Résistance politique: Lutter contre le colonialisme des mots, la sémantique de la soumission ~ 2ème partie ~ (Steven Newcomb)

Cet article fait suite à celui que nous avions traduit et publié le 12 décembre: « Leadership et libération de nos nations originelles » par le même auteur Steven Newcomb (Shawnee-Lemappe). Ces deux articles analysent la sémantique coloniale employée pour maintenir le statu quo colonialiste à la fois dans les pays à gouvernance coloniale (Etats-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande et toutes les nations du Commonwealth dépendantes de la « couronne britannique »), mais aussi ce qui est pire, aux Nations-Unies, qui n’est qu’un bureau de validation de l’hégémonie coloniale de l7occident et dont les institutions ne sont faites que pour mettre le « coup de tampon » officiel à la supercherie et aux crimes coloniaux occidentaux.

— Résistance 71 —

 

La sémantique coloniale des Etats-Unis et l’expression “les tribus de notre nation”

 

Steven Newcomb

 

16 décembre 2014

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2014/12/16/colonial-semantics-united-states-our-nations-tribes

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Un œil critique est très important lorsqu’il s’agit d’interpréter les déclarations des Nations-Unies au sujet de nos nations originelles (amérindiennes), qui sont si typiquement appelées “tribus indiennes”. Le 13 Septembre 2007, les Etats-Unis ont voté “non” à la Déclaration des Droits des Peuples Indigènes (DDPI), mais trois ans plus tard, le 15 Décembre 2010, le président Obama fît une annonce officielle de soutien à cette déclaration de l’ONU.

A cette époque, il semblerait que la plupart des peuples indiens ont alors pris le président Obama au mot et ne prirent jamais la peine d’interpréter le texte sous-jacent à cette déclaration. Quoi qu’il en soit, ceux qui payèrent quelque attention à ce qu’il se passait, ont noté sans coup férir qu’Obama avait aussi dit dans son annonce de décembre 2010 que le ministère des affaires étrangères américain publierait une explication plus détaillée et compréhensive de la position des Etats-Unis sur le sujet.

Glenn Morris (Shawnee), Peter d’Errico et moi-même (Shawnee-Lemappe), avons publié des articles au sujet de la déclaration du ministère des affaires étrangères américain de 2010. J’ai peut-être loupé l’analyse, mais je dois toujours voir une organisation majeure autochtone publier une analyse détaillée et profonde interprétant la déclaration du président Obama de 2010, aussi bien que celle du ministère des affaires étrangères sur la déclaration de l’ONU. Ce que je n’ai pas encore vu non plus de ces organisations indiennes est une analyse de comparaison entre la position américaine de 2007 et celle de 2010. Une telle comparaision montrerait qu’il n’y a quasiment aucune différence entres elles.

Un tel travail d’interprétation est critiquement important pour donner un contexte précis et sensé au sein duquel il est possible de discuter du document récent résultant de la réunion pléniaire de l’ONU sur les peuples indigènes, document nous dit-on, qui sera utilisé comme base d’une nouvelle Déclaration des Droits des Peuples Indigènes de l’ONU. Quand on y pense, nous devons nous rappeler que ce que les Etats-Unis vont mettre en application ne sera que sa propre interprétation de convénience de la déclaration de l’ONU, qui est épelée dans sa déclaration de 2010.

Lorsque nous faisons plus attention au contenu de l’article sur la position américaine datant du 16 décembre 2010, il devient alors évident de constater que le but des Etats-Unis est d’utiliser la DDPI pour renforcer le système de la loi fédérale sur les Indiens existant déja. Une partie de ce renforcement est accomplie en définissant les “tribus” reconnues fédéralement comme des possessions (physiques) politiques des Etats-Unis et en définissant le peuple amérindien comme “américain”, juste des Américains “natifs”, ou “premiers Américains”.

Une réalité américaine dominante qui cadre les “tribus indiennes comme des possessions des Etats-Unis” est renforcée à chaque fois que des nations indiennes originellement libres et de fait toujours libres de plein droit, sont citées comme étant des “tribus des Etats-Unis”. Une telle réalité de subjection est aussi renforcée lorsque les Etats-Unis utilisent la phrase “les tribus de notre nation”. Une telle utilisation coloniale du langage par les Etats-Unis démontre en fait qu’il n’y a aucun désir de ceux-ci à vouloir mettre fin à leur attitude de domination et leur attitude (coloniale) inhérente envers nos peuples et nations originels.

Le 2 décembre 2011, un an après avoir annoncé son soutien à la DDPI de l’ONU, le président Obama a signé le décret (executive order) 13592 sur l’éducation des Indiens dans lequel l’attitude coloniale de la Maison Blanche envers les nations indiennes est démontrée avec une simple expression employée: “nos tribus de la Nation”, qui dénote une tournure possessive de l’expression tout en établissant la hiérarchie des valeurs où les “tribus” avec un “t” sont positionnées sous la “Nation” avec un “N”, qui les possèdent en tant que “possession” coloniale. “Depuis des siècles, la relation du Gouvernement Fédéral avec ces tribus a été guidée par un contrat de confiance comcernant la responsabilité…” Avez-vous remarqué les “G” et “F” et “t” pour les entités respectives ? Ceci est significatif de la relation dominant/dominé dirigeant la structure politique de la relation entre nous et la loi et politique fédérales sur les Indiens.

Que devons-nous tirer de ces observations ? Avant son soi-disant soutien à la DDPI, les Etats-Unis exprimaient l’idée que les “tribus” indiennes fédéralement reconnues sont des possessions des Etats-Unis et depuis que le gouvernement américain a dit soutenir la DDPI de l’ONU, il a continué à exprimer et diffuser l’idée coloniale que les “tribus” fédéralement reconnues sont des possessions des Etats-Unis.

Voici ce qui est important: La sémantique coloniale des Etats-Unis n’a pas changé du tout en résultat de l’annonce par les Etats-Unis de leur soutien à la DDPI et tant que la terminologie états-unienne ne change pas, la réalité qui est construite par cette terminologie ne peut pas changer positivement ni même s’améliorer.

Les Etats-Unis utilisent la DDPI de l’ONU pour justifier de leur utilisation continuelle de la fondation conceptuelle de la loi et de la politique de la loi fédérale sur les Indiens dans sa forme actuelle et courante. Ce système présume que les Etats-Unis sont le “souverain” dans la relation aux “tribus indiennes fédéralement reconnues”, un “souverain” qui affirme sa propriété sous-jacente de tout territoire indien, que les Etats-Unis clâment être des “terres fédérales”, Aussi, le gouvernement des Etats-Unis, spécifiquement au travers de sa cour suprême, présume que les Etats-Unis possèdent un “pouvoir pléniaire” non pas seulement sur “les affaire indiennes” mais aussi sur les nations indiennes elles-mêmes.

Les Etats-Unis n’ont pas changé leur cadre conceptuel de la loi fédérale sur les indiens et leur politique inhérente pour coïncider avec leur “soutien” de la DDPI de l’ONU. Les Etats-Unis nous ont tous mis en demeure du fait qu’ils ont la pleine intention d’interpréter la déclaration de l’ONU en termes de la relation coloniale existante entre les nations indiennes et les dits Etats-Unis. Ceci est constamment démontré par l’utilisation de l’adjectif “tribal” apposé au mot “nations”.

Cadrer les nations indiennes en termes de “nations tribales” est une utilisation politiquement subordonnée de la langue anglaise contre nos nations. Dans la rhétorique états-unienne, les Etats-Unis sont la “Nation” avec le “niveau national”, tandis que nos nations ne sont que des “nations tribales” subordonnées, existant à un niveau sous-national, ce qui veut dire existant politiquement sous les Etats-Unis.

Le document résultant de la réunion pléniaire de haut niveau de l’ONU, qui est maintenant une résolution de l’ONU, ne fait qu’ajouter une couche suplémentaire à l’affaire. Le contenu de document des Etats-Unis émanant de son ministère des affaires étrangères en 2010, montre que rien n’a changé dans l’attitude des Etats-Unis sur son approche d’interprétation de la DDPI. Le document du MAE affirme frauduleusement que la déclaration de l’ONU “appelle” à une “nouvelle forme” d’auto-détermination pour les peuples indigènes. Ces organisations amérindiennes et autres qui négligent de vraiment porter toute l’attention nécessaire à la sémantique (coloniale) des Etats-Unis à ce sujet ne sont même pas engagées dans la plus simple et basique forme de discernement qui est critiquement important dans le contexte de l’arène politique internationale.

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