Petit jeu de fin d’année sur une variation de Charles Baudelaire…

Nous avons pris la liberté d’adoucir ce superbe poème de Charles Baudelaire pour le rendre à la fois plus sympathique aux lecteurs, mais aussi pour satisfaire notre vision un peu moins nihiliste et faite d’espoir…

Nous avons changé quatre mots du poème, sauriez-vous dire lesquels amis lecteurs ?

— Résistance 71 —

 

Au Lecteur

La sottise, l’erreur, le péché, la lésine,
Occupent nos esprits et travaillent nos corps,
Et nous alimentons nos aimables remords,
Comme les mendiants nourrissent leur vermine.

Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches;
Nous nous faisons payer grassement nos aveux,
Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux,
Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches.

Sur l’oreiller du mal c’est Satan Trismégiste
Qui berce longuement notre esprit enchanté,
Et le riche métal de notre volonté
Est tout vaporisé par ce savant chimiste.

C’est le Diable qui tient les fils qui nous remuent!
Aux objets répugnants nous trouvons des appas;
Chaque jour vers l’Enfer nous descendons d’un pas,
Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent.

Ainsi qu’un débauché pauvre qui baise et mange
Le sein martyrisé d’une antique catin,
Nous volons au passage un plaisir clandestin
Que nous pressons bien fort comme une vieille orange.

Serré, fourmillant, comme un million d’helminthes,
Dans nos cerveaux ribote un peuple de Démons,
Et, quand nous respirons, la Mort dans nos poumons
Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes.

Si le viol, le poison, le poignard, l’incendie,
N’ont pas encor brodé de leurs plaisants dessins
Le canevas banal de nos piteux destins,
C’est que notre âme, hélas! n’est pas assez hardie.

Mais parmi les chacals, les panthères, les lices,
Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,
Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants,
Dans la ménagerie infâme de nos vices,

II en est un plus laid, plus méchant, plus immonde!
Quoiqu’il ne pousse ni grands gestes ni grands cris,
Il ferait volontiers de la terre un débris
Et dans un bâillement avalerait le monde;

Ignorance! L’oeil chargé d’un pleur involontaire,
Elle rêve d’échafauds en fumant son houka.
Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,
— Volontaire lecteur, — mon semblable, — mon frère!

 

~ Charles Baudelaire et (très humblement) Résistance 71 ~

14 Réponses vers “Petit jeu de fin d’année sur une variation de Charles Baudelaire…”

  1. oscarsutter Says:

    Très bon, les amis!! Je vois que vous au moins, vous ne vous ENNUYEZ pas!!
    Je suppose que la CONNAISSANCE vous en préserve, mais le passage au féminin personnellement ne manque jamais de me ravir!

    Je vous souhaite en tout cas de pouvoir persévérer dans votre (relatif) optimisme en 2015!!

  2. hypocrite ???

    Je cherche, je cherche

  3. oscarsutter Says:

    Problème technique mystérieux (les mânes de Beau de l’air qui protestent?), j’essaie de finir: … « envers Madame Sabatier quand elle lui eut enfin offert les faveurs qu’il lui mendiait, ajoutant la goujaterie à l’hypocrisie, pour s’en convaincre… »

    Que voulez-vous, cette pauvre Madame Sabatier n’avait pas deviné qu’il ne l’aimait que… poétiquement…

    • Proposition de sujet de Bac: « L’universalité du talent excuse t’elle la goujaterie ? »
      😉

      • oscarsutter Says:

        Faut-il le préciser: je n’ai jamais songé à mettre sur le même plan les petitesses morales du grand poète que reste Baudelaire, et les charognes (pour utiliser son vocabulaire dans « Les Fleurs du Mal ») sur pattes pires que les monstres de Lovecraft (lui-même raciste) qu’ont été Sade et Céline, le premier de ces deux-là ayant été de surcroît nul littérairement contrairement à Laclos par exemple (illustrateur de génie du sadisme psychologique),

        mais ce n’est pas sur le DEGRE de pourrissement et de puanteur que me semblait porter véritablement la question proposée par Résistance comme sujet de bac….

        • Des gens comme Sade, Céline et autres sont utiles pour garder les esprits actifs et pour montrer le côté obscur. Ils contribuent à éviter ce que l’oligarchie désire par dessus tout: l’uniformité et la stérilisation de l’esprit humain.
          On aime ou pas, mais ils sont nécessaires, comme tous les germes sont nécessaires à la biosphère, il suffit de les maintenir à leur place ni plus ni moins… 😉

  4. oscarsutter Says:

    Eh oui, l’éternelle distinction entre le créateur et sa vie…

    Tout dépend de ce qu’on entend par « excuser », surtout dans un tel contexte, je veux dire s’agissant par exemple d’un poète au génie incontestable, même si perso je trouve que les « Illuminations » de Rimbaud font paraître bien vieillie la rhétorique ampoulée et moralisante de Baudelaire…

    Pour un Sade au moins, la question ne se pose pas, vu que sa lecture est aussi chiante que ses tendances, qu’ils n’a certes pas choisies, sont immondes, même s’il est de bon ton de persister à lui vouer un culte quasi religieux dans certains cercles d’intellectuels parisiens avec une opiniâtreté qui me laisse pantois en liaison avec la mauvaise foi qu’ils doivent déployer à cette fin…
    Même Michel Onfray n’a pas réussi à leur clouer le bec une fois pour toutes, et pour certaines ravissantes jeunes femmes iraniennes Sade a paraît-il joué le rôle d’un exaltant libérateur (psychologique bien entendu) face à Khomeiny cf. un livre intitulé curieusement « Khomeiny, Sade et moi »)… Je ne m’étendrai pas davantage sur ce rapprochement que je trouve… baroque même dans l’opposition…
    je n’arrive pas à comprendre les motivations profondes de ces étranges zélateurs, mais grand bien leur fasse…
    Je ne puis pour ma part m’empêcher de penser que tout en le dépassant de loin dans le talent du massacre collectif, Napoléon a eu raison de le faire enfermer dans un asile d’aliénés jusqu’à sa mort.

    Cependant, que dire d’un Céline par exemple?

    • 4 mots à définir dans le sujet: « universalité », « talent », « excuse » et « goujaterie »… pas assez de deux heures pour faire le travail correctement… 😀
      Céline… la controverse ne cessera jamais, comment le pourrait-elle ?

  5. Il fallait oser, j’adore 🙂

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