Espoir de Noël ?… Le Confédéralisme et l’Autonomie Démocratique au Kurdistan syrien…

Petite plongée dans l’Autonomie Démocratique du Rojava et de l’autogestion kurde dans une révolution sociale moderne. Le tout dans un contexte de guerre civile pilotée de l’extérieur par l’impérialisme occidental. cela ne va pas sans rappeler la révolution sociale espagnole de 1936… Faisons en sorte que cela ne se termine pas de la même façon…

L’Idée est là… et bien là. Puisse 2015 la faire germer de partout !

— Résistance 71 —

 

Le confédéralisme démocratique au Kurdistan

Impressions de Rojava

 

Janet Biehl

 

Décembre 2014

 

Url de l’article original:

http://robertgraham.wordpress.com/2014/12/20/libertarian-revolution-in-rojava/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71~

 

Rojava consiste en trois cantons géographiquement non-contigus, nous n’avons pu voir que celui le plus à l’Est, Cezire ou Jazira, à cause de la guerre continue avec l’État Islamique (EI) qui fait rage à l’Ouest, spécifiquement autour de Kobané. Partout ailleurs, nous avons été chaleureusement été accueillis.

Après que des groupes d’opposition tunisien et égyptien aient monté une insurrection lors du printemps arabe de 2011, des syriens rebelles se sont aussi soulevés, initiant une guerre civile (NdT: Nous savons depuis que tout cela a été fomenté par la NED/CIA et sa 5ème colonne d’ONG dans ces pays respectifs à des fins de déstabilisation au profit de l’empire et ses transnationales…). Durant l’été 2012, le régime autoritaire s’est effondré à Rojava et les Kurdes n’eurent que peu de problèmes à persuader ses officiels de sortir du processus politique de manière non-violente.

Les gens de la province de Rojava (essentiellement Kurdes, mais aussi Arabes, Assyriens, Tchétchènes et autres ethnies) durent ensuite faire face au choix de s’aligner avec le régime qui les avait persécuté ou avec les groupes d’opposition islamistes.

Les Kurdes du Rojava étant relativement séculier, ils refusèrent les deux côtés et décidèrent de s’embarquer dans une troisième voie, fondée sur les idées d’Abdullah Ocalan, le leader kurde (PKK) emprisonné qui a repensé la solution kurde, la nature même de la révolution (NdT: Le PKK, créé dans les années 1970, est originellement marxiste-léniniste) vers une modernité alternative à l’état-nation et au capitalisme… tirant ses sources de manière éclectique de l’histoire, de la philosophie, de la politique et de l’anthropologie, Ocalan a proposé une solution de “Confédéralisme Démocratique”, nom choisi pour un programme de liaison visant à une démocratie par la base de la société, pour l’égalité des genres, l’écologie et une économie participative et coopérative. La mise en place de ces principes dans des institutions non seulement d’autogestion démocratique mais aussi économiquement, éducativement autogestionnaire avec des ramifications sociales sur la santé et l’égalité des genres, tout ceci est appelée l’Autonomie Démocratique.

Une révolution des femmes

Sous cette troisième voie, les trois cantons du Rojava ont déclaré l’Autonomie Démocratique et l’ont formellement établi avec un contrat social (le terme non-étatique utilisé au lieu du mot “constitution”). Sous ce programme, ils ont créé un système d’autogestion populaire, fondé dans les assemblées des voisinages dans les communes (comprenant plusieurs centaines de foyers chacune), assemblées ouvertes à toutes et tous et avec un pouvoir émanant de la base qui élit des représentants aux niveaux de la ville et du canton (NdT: mandat révocable, délégués sous contrôle des assemblées populaires)

Lorsque notre délégation a visité un voisinage de la ville de Qamishlo (plus grande ville du canton de Cezire), nous avons assisté à une réunion d’un conseil populaire local, où l’électricité et des problèmes faisant référence aux femmes, des résolutions de conflit et des sujets liés aux familles de martyrs, étaient discutés. Les hommes et les femmes étaient assis et participaient ensemble. Ailleurs dans Qamishlo, nous avons été témoins d’une assemblée de femmes discutant de problèmes directement liés à leur genre.

Le genre est d’une importance spéciale à ce projet d’émancipation humaine. Nous avons en fait très vite compris que la révolution de Rojava est fondamentalement une révolution des femmes. Cette partie du monde est traditionnellement attachée à une très forte oppression patriarcale: être née femme est être à risque d’abus violents, de mariage forcé en étant enfant, de meurtre “d’honneur”, de polygamie et bien plus.

Mais aujourd’hui, les femmes de Rojava ont secoué la tradition et participent pleinement à la vie publique: à tout niveau de la politique et de la société, Le leadership institutionnel consiste non pas en une position, mais deux, une position homme et une position femme pour la garantie de l’égalité des genres, mais aussi pour éviter que trop de pouvoir ne se concentre en les mains d’une seule personne.

Les représentantes de Yekitiya Star, l’organisation ombrelle des groupes de femmes, a expliqué que les femmes sont essentielles à la démocratie, elles ont même défini l’antogoniste de la liberté des femmes, non pas par le patriarcat de manière stupéfiante, mais l’état-nation et la modernité capitaliste. La révolution des femmes vise à libérer tout le monde. Les femmes sont à cette révolution ce que le prolétariat était aux révolutions marxiste-léniniste du siècle dernier. Elle a profondément transformé non seulement le statut des femmes mais aussi chaque aspect de la société.

Même les segments de la société traditionnellement dominés par les hommes comme l’armée, ont été profondément transformés. Les Unités de Protection du Peuple (YPG) ont été rejointes par le YPJ, ou les Unités de Protection des Femmes, dont les images sont maintenant devenues célèbres dans le monde entier. Ensemble, le YPG et le YPJ défendent la société contre les djihadistes de l’EIIL et d’Al Nosra avec des Kalashnikovs et, peut-être de manière tout aussi formidable, une motivation intellectuelle et émotionnelle non seulement envers la survie de leur communauté mais aussi de ses aspirations et de ses idées politiques.

Quand nous avons visité une réunion des YPJ, on nous a dit que l’éducation des combattantes consistait non seulement en un entrainement pratique comme celui des armes, mais aussi dans l’Autonomie Démocratique. “Nous combattons pour nos idées”, insistent-elles chaque fois. Deux des femmes que nous avons rencontrées ont été blessées au combat. L’une était assise avec une perfusion dans le bras, l’autre avait une béquille métallique. Toutes deux grimaçaient de douleur, mais ont eu la force et la discipline de participer à notre session d’entretien.

Cooperation et Education

Les gens de Rojava se battent certes pour la survie de leur communauté, mais par-dessus tout, comme nous l’ont dit et redit les YPJ, pour leurs idées. Les gens ont même mis le succès de la mise en place de la démocratie au-dessus de l’ethnicité. Leur accord social affirme l’inclusion des minorités ethniques (arabe, tchétchène, assyrienne) et religieuses (musulmans, chrétiens et Yézidis) ; l’Autonomie Démocratique en pratique, semble tendre la main vers l’arrière pour inclure les minorités, sans l’imposer aux autres contre leur gré, laissant en cela la porte ouverte à tous.

Lorsque notre délégation a demandé à un groupe d’Assyriens de nous dire quels étaient les défis, les challenges rencontrés avec l’Autonomie Démocratique, ils nous ont dit qu’il n’y en avait pas. En neuf jours, nous n’avons bien sûr pas pu évaluer Rojava pour tous ses problèmes et nos interlocuteurs ont candidement admis que Rojava n’est pas exempte de toute critique, mais d’aussi loin que j’ai pu le constater, Rojava au strict minimum aspire à se faire un modèle de tolérance et de pluralisme dans une région du monde qui a vu bien trop de fanatisme et de répression et quelqu’en soit le succès, ceci commande le respect.

Le modèle économique de Rojava est le même que son modèle politique, nous a dit un conseiller économique de la ville de Derik: créer une “économie de communauté”, construire des coopératives dans tous les secteurs et éduquer les gens à cette idée. Le conseiller a exprimé sa satisfaction en disant que bien que 70% des ressources de Rojava devaient aller vers l’effort de guerre, l’économie parvient quand même à fournir tous les besoins de base à tout le monde.

Ils poussent pour l’auto-suffisance, parce qu’ils le doivent: le fait crucial ici est de savoir que Rojava existe malgré un embargo. La région ne peut ni exporter, ni importer de son voisin immédiat du Nord, la Turquie, qui voudrait bien voir disparaître l’ensemble du projet kurde.

Même le KRG, sous contrôle de leur semblable ethnique mais lié économiquement à la Turquie, observe l’embargo, bien que le commerce frontalier entre Rojava et KRG se produit maintenant dans la vague du développement politique. Mais le pays manque toujours de ressources. Ceci ne démotive en rien leur esprit: “s’il n’y a que du pain à manger, alors nous le partagerons”, nous a dit le conseiller.

Nous avons visité une académie d’économie et des coopératives, une coopérative textile de Derik, faisant des uniformes pour les forces de défense ; une serre coopérative qui fait pousser des concombres et des tomates, une coopérative de produits laitiers à Rimelan, où un nouveau bâtiment était en construction.

Les zones rurales du kurdistan syrien sont les plus fertiles de la Syrie, elles abritent d’abondantes récoltes de blé, mais le régime Baathiste a délibérément ralenti l’industrialisation de la zone, une source de matières premières. Ainsi, le blé pouvait être cultivé, mais il n’y avait pas de moulin industriel pour le moudre et faire de la farine. Nous avons visité un moulin récemment construit depuis la révolution, improvisé avec des matériaux locaux. Il fournit maintenant de la farine pour le pain consommé à Cezire, dont tous les résidents reçoivent trois miches de pain par jour.

Similairement, Cezire était la source majeure de pétrole de la Syrie et avait développé plusieurs milliers de puits de pétrole, la plupart dans la région de Rimelan. Mais le régime baathiste s’est assuré que Rojava n’ait pas de raffineries, forçant ainsi le pétrole à être transporté vers des raffineries ailleurs en Syrie. Depuis la révolution, les habitants de Rojava ont improvisé deux nouvelles raffineries, qui sont essentiellement utilisées pour fournir du gasoil pour les générateurs qui alimentent en électricité le canton. L’industrie locale du pétrole, si tant est qu’on puisse l’appeler ainsi, produit suffisamment pour les besoins locaux, rien de plus.

Une révolution “faites-vous-mêmes”

Le niveau d’improvisation est stupéfiant à travers tout le canton. Plus nous voyagions dans Rojava et plus je m’émerveillais de la nature “faites-vous-mêmes” de la révolution, sa confiance en l’ingénuosité locale avec les rares matériaux à disposition. Mais ce ne fut pas avant que nous visitions les différentes écoles, l’académie des femmes de Rimelan et l’académie mésopotamienne de Qamishlo, que je réalisais à quel point ceci est partie intégrante du système dans son ensemble.

Le systéme éducatif de Rojava est non-traditionnel, rejette les idées de hiérarchie, de pouvoir et d’hégémonie. Au lieu de suivre une hiérarchie enseignant-élève, les élèves s’enseignent les uns les autres et apprennent de l’expérience de l’autre. Les élèves apprennent ce qui est utile de manière pratique, ils “recherchent une signification”, comme on nous dit, aux sujet intellectuels. Ils ne mémorisent pas, ils apprennent à penser par et pour eux-mêmes et à prendre des décisions, à devenir des sujets actifs de leurs propres vies. Ils apprennent à avoir le pouvoir et à participer à l’Autonomie Démocratique.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.