Stratégie impérialiste: Après Cuba, normalisation avec l’Iran pour le pays du goulag levant ?…

Intéressante analyse de Thierry Meyssan sur la relation de l’empire avec ceux qui lui résistent. Tout ce panier de crabes ne fait que confirmer le fait qu’il est grand temps pour l’humanité de sortir de la pourriture induite des états-nations et que les peuples reprennent le pouvoir pour le diluer en leur sein et se fédèrent pour fonctionner de concert.

— Résistance 71 —

 

Les négociations secrètes de Washington avec La Havane et Téhéran

 

Thierry Meyssan

 

22 décembre 2014

 

url de l’article original:

http://www.voltairenet.org/article186242.html

 

L’annonce du rétablissement des relations diplomatiques de Washington avec La Havane préfigure celui des relations avec Téhéran. Les États-Unis n’ont pas abandonné leur ambition impérialiste et ces deux États n’ont pas renoncé à leur idéal révolutionnaire. Cependant, pragmatique, Washington reconnaît que Cuba et l’Iran ne seront pas vaincus par l’isolement diplomatique et la guerre économique. Il se prépare à un autre type d’affrontement.

L’annonce simultanée par Barack Obama et Raúl Castro du rétablissement des relations diplomatiques entre les États-Unis et Cuba a beaucoup surpris en Europe. Comme à l’habitude, Washington négociait en secret avec son adversaire, tout en imposant à l’Union européenne des sanctions qu’il s’empressera de lever le premier, à son avantage.

Depuis deux ans, le président Obama tente d’apaiser les conflits qui opposent son Empire aux États qui lui résistent : Cuba en Amérique latine, l’Iran au « Moyen-Orient élargi ». En effet, force est de constater que les sanctions unilatérales —véritables actes de guerre économique— prises par Washington et étendues par lui à ses alliés ne fonctionnent pas. Cuba, comme la République islamique d’Iran, ont considérablement souffert, mais n’ont pas cessé de résister.

Un demi-siècle de lutte

Durant la Guerre froide, Cuba se mobilisa contre la politique d’apartheid que l’Afrique du Sud entendait étendre à ses voisins. Le régime blanc de Prétoria était alors soutenu par les États-Unis et Israël. L’armée cubaine se déploya en Angola et en Namibie jusqu’à la conclusion d’un accord de paix en 1988. Fidel Castro fut ainsi en mesure de faire échec à une idéologie divisant l’humanité en deux : les maîtres et les esclaves. Il fallu cependant attendre encore trois ans pour que le régime d’apartheid sud-africain soit démantelé et que Nelson Mandela devienne le président du Peuple sud-africain réunifié.

Identiquement, la République islamique d’Iran se mobilisa contre la politique d’apartheid qu’Israël entend étendre chez ses voisins. Le régime sioniste de Tel-Aviv est soutenu, depuis sa proclamation illégale en 1948, par les États-Unis et le Royaume-Uni. Il revendique toute la terre du Nil à l’Euphrate. L’Iran soutient la Syrie, le Hezbollah et les organisations de la Résistance palestinienne. Sous le président Mahmoud Ahmadinejad, les États-Unis et Israël ont essuyé de nombreuses défaites, notamment au Liban, en Palestine, en Syrie et au Yémen.

Les liens entre l’Afrique du Sud et Israël ont été abondamment documentés. Les deux États ont la même origine : l’Afrique australe fut organisée par le diamantaire Cecil Rhodes —le théoricien de l’« impérialisme germanique » [1]—, tandis qu’Israël fut porté par un disciple de Rhodes, Theodor Herzl, qui suivit en tous points le modèle rhodésien. En 2002, la Reine Elizabeth censura la publication des correspondances entre Rhodes et Herzl, dont on ne connaît donc que la lettre reproduite par ce dernier dans un de ses ouvrages.

Les liens entre la Révolution cubaine et la Révolution islamique sont ténus. Certes, Ali Shariati, le penseur qui prépara la révolution iranienne, était le traducteur de Che Guevara en persan. Mais, jamais les deux États ne nouèrent de liens politiques significatifs. J’ai été surpris de constater leur méconnaissance mutuelle en discutant avec les dirigeants respectifs. Il est vrai qu’il existe des différences culturelles qui rendent les contacts difficiles : la société cubaine est ultra-permissive sexuellement, tandis que la société iranienne (bien avant la Révolution islamique) est au contraire ultra-protectrice en ce domaine.

Deux États révolutionnaires

Il est évident que les intérêts des États-Unis d’une part, et de Cuba et de l’Iran d’autre part, sont et resteront inconciliables. Il ne peut y avoir de compromis entre impérialisme et nationalisme. Cependant, cette situation n’empêche pas la conclusion de cessez-le-feu régionaux. La reprise des relations diplomatiques ne signifie d’ailleurs pas la levée complète des « sièges économiques », ce que Washington appelle des « sanctions », comme s’il s’agissait toujours de punitions décidées par le Conseil de sécurité.

Actuellement, Cuba est considéré par la gauche européenne comme une dictature, mais l’île est, au contraire, reconnue par la gauche latino-américaine comme un exemple de Résistance. Fidel Castro jouit d’une aura de libérateur et exerce une attraction sur tout le continent.

Identiquement, la République islamique d’Iran est considérée comme un régime moyen-âgeux par la gauche européenne, tandis qu’elle est l’allié indispensable de tout mouvement de Résistance au « Moyen-Orient élargi ». Cependant, si Mahmoud Ahmadinejad jouissait d’une vaste popularité, le Guide suprême Ali Khamenei est moins connu à l’étranger.

Dans les deux cas, ces États ont été victimes de leur image. Ainsi Cuba est qualifié de « communiste », mais Fidel Castro ne l’était pas avant sa victoire. C’est son frère Raúl qui militait au Parti communiste. De même Che Guevara était opposé au modèle économique soviétique et l’a écrit avant de démissionner de ses fonctions de ministre de l’Industrie, puis de partir se battre aux côtés de Laurent-Désirée Kabila au Congo.

L’Iran s’étant proclamé République islamique, on comprend généralement qu’elle est de religion musulmane. Mais Ali Shariati assurait que l’islam est un processus révolutionnaire et que tous les révolutionnaires du monde entier sont musulmans, dès lors qu’ils luttent pour la Justice. Au demeurant, l’Iran chiite intervint également en Afrique et soutint… le chrétien Laurent-Désirée Kabila lorsqu’il arriva au pouvoir.

Dans les deux cas, l’Histoire retiendra qu’il s’agissait d’États révolutionnaires. Mais les révolutions, lorsqu’elles ont lieu et lorsqu’elles réussissent à émanciper les hommes, ne sont approuvées que lorsqu’elles sont terminées et ne menacent plus aucun privilège.

La stratégie de Washington

Pour les États-Unis, il y avait à la fois urgence et une occasion de suspendre leurs conflits avec les Résistances cubaine et iranienne. Le réinvestissement états-unien en Amérique latine et le déplacement des troupes états-uniennes du « Moyen-Orient élargi » vers l’Extrême-Orient se trouvaient bloqués. En outre, une solution devait intervenir avant le Sommet des Amériques. En effet, sous l’impulsion de Rafaël Correa, le Panama qui accueille le Sommet avait invité Cuba, pour la première fois. Barack Obama allait donc rencontrer son adversaire Raúl Castro. Sans parler du fait, extrêmement préoccupant pour les militaires états-uniens, de la réouverture d’une base d’espionnage électronique russe à Lourdes (au sud de La Havane) [2]. De la même manière, les États-Unis ne peuvent espérer créer trois États indépendants en Irak sans l’assentiment iranien.

Dernière remarque : le cessez-le-feu avec Washington est particulièrement dangereux. Les États-Unis ne vont pas cesser de chercher à déstabiliser ces États révolutionnaires, mais ils vont désormais le faire avec un accès à l’intérieur. Ni Cuba, ni l’Iran ne pourront désormais surveiller les nombreux États-uniens qui viendront chez eux, pour du business ou du tourisme. La CIA ne manquera pas, dans les deux ans à venir de tenter des révolutions colorées.

En cela, la reprise des relations diplomatiques entre Washington et La Havane préfigure celle entre Washington et Téhéran.

[1] Cecil Rhodes parlait d’« impérialisme germanique » pour désigner l’Empire anglais. Les souverains du Royaume-Uni sont en effet des germains.

[2] “Russia to reopen spy base in Cuba as relations with US continue to sour”, Alec Luhn, The Guardian, July 16, 2014.

10 Réponses vers “Stratégie impérialiste: Après Cuba, normalisation avec l’Iran pour le pays du goulag levant ?…”

  1. Ouallonsnous ? Says:

    « Tout ce panier de crabes ne fait que confirmer le fait qu’il est grand temps pour l’humanité de sortir de la pourriture induite des états-nations  »

    N’est ce pas l’objectif que poursuit l’Empire dans le cadre de la mondialisation, la destruction des états-nations ?

    Vos écrits sont troublants, pour qui « roulez vous » en définitive ?

    • Les ordures chantres du N.O.M veulent la destruction des « états-nation » pour instaurer leur grille de contrôle totalitaire transnationale résultant de la fusion des entreprises et des états, une vision ultra-fasciste du monde selon la définition mussolinienne du fascisme, où l’humanité serait gérée par un ordre mondial répressif, eugéniste, destructeur, au profit d’une infime « élite » psychopathe et dégénéré (qui existe déjà) s’adonnant à un transhumanisme mortifère.
      Nous voulons sortir du modèle des « états-nation » coercitif pour que le pouvoir soit redilué dans le peuple, là où il n’aurait jamais dû sortir. Nous voulons l’abolition des états et l’avènement d’une confédération de communes libres garante d’une société non-pyramidale, non coercitive, égalitaire et libre. Nous pédalons pour la vie, l’égalité et la société libre contre une nécro-oligarchie ultra-fasciste.
      Saisissez-vous la nuance ?

      • Ouallonsnous ? Says:

        Je saisis surtout que vous vous bercez d’une utopie et n’hésitez pas à remettre en cause les acquis de la construction de plusieurs millénaires de construction sociale, je précise bien qu’il s’agit du « construit » ensembles, et non du « donné » des religions et sectes qui nous divisent, ce qui rejoint l’annihilation de l’organisation des états nations poursuivie par l’Empire anglo-yankee !

        • L’État est une imposition de la division politique et n’a aucun lieu d’être, les « acquis » sont pour la même caste. L’humanité a vécu des millénaires sans cela et se réadaptera très vite une nouvelle fois sans.
          Le système étatique est une aberration qui doit, sera corrigée. L’État et l’état-nation sont des outils de DIVISION des peuples et non pas de « construction sociale ». La vaste littérature de ce blog le prouve amplement. Que vous ne soyez pas d’accord, c’est une autre histoire… Il n’y a aucune élucubration sur ce blog et la « construction millénaire » se démonte aisément comme bien des historiens, philosophes, anthropologues l’ont fait. La paradigme politique actuel est l’épitomé de la division politico-sociale et l’anthropologie politique moderne a prouvé qu’il n’est au mieux qu’un paradoxe, une anomalie, au pire une construction oligarchique volontaire.
          Détruire ce paradigme pour le remplacer par un vrai progressisme politique égalitaire, non-pyramidal et non-coercitif ? Et comment ! c’est la fonction historique du peuple ! De la société organique véritable réservoir de compassion d’entre aide mutuelle et de solidarité, dont la vocation est de fonctionner de manière égalitaire. Nous avons été détourné du chemin et les traces ont été effacés pour nous perdre. C’est ce chemin qu’il faut retrouver.
          On s’y attache !

    • Ouallonsnous ? Says:

      Encore faudrait il que les peuples soient conscients de ce qu’ils sont, de leur histoire, messieurs les rêveurs et idéalistes !

      Tout cela passe par l’éducation et jusqu’à présent , on n’a rien inventé de mieux que l’état nation !

      Il n’a donc pas terminer de servir l’évolution de l’humanité !

      • Pour formater les esprits à ne plus réfléchir, voilà ce que fut et est toujours la fonction de « l’éducation étatique » Mr le conservateur archaïque…
        Trois options ici:
        1- Vous n’avez pas tous les éléments en main (en tête) pour former un avis plus éclairé
        2- Vous refusez d’y voir plus clair…
        2- Vous pédalez pour l’oligarchie et agissez en troll volontairement ou non…

        Vous seul pouvez répondre à ceci « dondevamos » 😉

      • Pas besoin de l’État pour l’éducation, l’Etat est même un sérieux obstacle à la pensée critique nécessaire à une éducation juste et bonne. Le peuple est anesthésié et si les conditions redevenaient propices à la réflexion et non pas à l’abrutissement qui ne fait que s’aggraver depuis des lustres, la conscience du peuple redeviendrait ce qu’elle n’aurait jamais dû cessée d’être.

        • Ouallonsnous ? Says:

          L’idéologie ultralibérale fait de la recherche du profit le moteur de notre vie publique, et pratique pour cela la politique du chaos au niveau des états non alignés.
          Les dirigeants actuels des pays dits « occidentaux » aliénés au capitalisme se soumettent au plan de l’oligarchie anglo-américaine – commandités par la Couronne britannique, dont les centres de pouvoir financiers sont La City de Londres et Wall Street aux USA incarnés dans la FED et le lobby militaro industriel yankee – de guerres perpétuelles, sous la dénomination trompeuse de « guerre contre le terrorisme », terrorisme qu’ils fabriquent eux-mêmes pour se donner les prétextes de leur ingérence dans les pays qui refusent de s’aligner !
          Tirons les premières mesures en installant un cordon sanitaire entre ces entités criminelles (tout d’abord, l’UE/OTAN, le parlement (AN et Sénat) et le gouvernement français vendus à l’UE, nos « merdias » corrompus, Journaux, JT ,publicitaires aux ordres des lobbys, représentants des lobbys… etc.) et « nous » les citoyens libres des pays de l’UE inféodés au système des pays alignés sur la politique de l’Empitre !
          Dans ces mesures, la prise de conscience des peuples et de leurs histoires est indispensable !
          Comment y arriver autrement qu’en enseignant l’historiographie réelle – pas la propagande historique du système – des états nations spécifique à chaque partie de l’humanité et ceci dans l’historique de la construction des institutions qu’a élaborés chaque partie de cette humanité, chaque état nation ?
          Le contraire ne mènera qu’à favoriser et accélérer la mise en place du chaos général nécessaire à l’achèvement des visées de l’Empire pour mettre en place le NOM !

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