Résistance au colonialisme: La supercherie de la Déclaration des Droits des Peuples Indigènes de l’ONU… (Steven Newcomb)

Le document de conclusion de haut niveau des Nations-Unies*

 

Steven Newcomb

 

10 Décembre 2014

 

url de l’article original:
http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2014/12/10/united-nations-high-level-outcome-document

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Note (*): Il s’agit ici du document qui fut rédigé par les Nations-Unies à l’issue de sa réunion pléniaire de haut niveau sur les droits indigènes qui s’est tenue en Septembre dernier.

Le débat au sujet de la signification et de l’utilité du document résultant de la réunion pléniaire de l’ONU sur les peuples indigènes (appelée de manière erronée la Conférence Mondiale sur les Peuples Indigènes), n’est pas près de s’achever dans un futur proche. Le 22 septembre dernier, le document est devenu une résolution de l’ONU qui est maintenant proclamée par ses supporteurs comme étant un effort des états membres de mettre en application la Déclaration des Droits des Peuples Indigènes de l’ONU (DDPI), qui fut adoptée le 13 Septembre 2007. Une lecture attentive du document montre qu’il ne mérite en rien l’enthousiasme qu’il a reçu de la part de ses supporteurs.

Avant d’énoncer les spécificités de ce document, rappelons-nous d’abord le contexte du terme “indigène” employé par l’ONU. D’après les définitions de l’ONU, les peuples dits “indigènes” existaient librement dans un endroit particulier. Puis, éventuellement, un autre peuple d’une “race” ou d’une “origine ethnique” différente est arrivé dans l’endroit, et les nouveaux arrivants sont graduellement devenus dominants par la conquête, la colonisation/occupation des sols (settlement) et autres moyens. En d’autres termes, les définitions admises de l’ONU nous disent que les peuples originels ont été réduits à une position “non-dominante ou de colonisés”.

Aux Nations-Unies, il y a différents “droits”. Ce qu’on appelle les “droits indigènes” se rapportent à ces peuples qui ont été forcés de vivre soit sous une domination coloniale ou soit étatique. Bien que certaines personnes puissent encore présumer que l’ONU reconnaisse que les peuples existant sous domination d’état possèdent un droit fondamental de se libérer, les états du monde semblent assumer qu’un tel droit de libération n’existe pas pour les peuples “indigènes”. Comme expliqué ci-dessous, le document résultant de la réunion pléniaire de haut niveau des 22 et 23 Septembre de cette année, exprime ce point de vue.

J’ai soutenu dans de nombreux articles, que les efforts faits par les gouvernements des états pour mettre en pratique les article de la Déclaration des Droits des Peuples Indigènes de l’ONU, étaient une tentative de maintenir un état de domination sur des peuples et des nations étiquettés “indigènes”. L’utilisation de lettres capitales d’imprimerie est une façon avec laquelle les états symbolisent leur ascendance affirmée sur les peuples libellés “indigènes”. Ainsi nous trouvons ces lettres capitales d’imprimerie dans le paragraphe d’ouverture du document résultant de la réunion pléniaire: “Chef d’État et de Gouvernement, Ministres et représentants des États Membres.” (en anglais: “Heads of State and Government, Ministers and representatives of Member States.”) Ceci est parfaitement en contraste avec le “p” et “i” des mots “peuples indigènes” dans le même paragraphe. Cette utilisation de lettres capitales d’imprimerie pour, par exemple, le mot “État” et minuscule pour les mots “peuples indigènes” est une des méthodes utilisées par les gouvernements des états et les Nations-Unies pour protéger une réalité d’une domination de l’état ou d’une domination sur les peuples appelés “indigènes”.

Mettre une lettre majuscule au mot “États” est la manière de l’ONU de signaler que quelques soient les droits accordés aux peuples dits “indigènes”, ces droits ne peuvent avoir d’existence que sous les entités politiques appelées états. La Déclaration des Droits des Peuples Indigènes de l’ONU renforce plutôt que ne défie cette structure politique et pour cette raison, les efforts de l’état pour mettre en application la dite déclaration ne sont pas des efforts d’état pour mettre fin à la domination sur les peuples “indigènes”, mais au contraire de perpétuer cet état de fait. Ceci est aussi vrai pour la réunion de haut niveau de l’ONU et de son document résultant.

En ce qui concerne le gouvernement des Etats-Unis, l’analyse ci-dessus peut-être simplement testée en posant cette question: Les Etats-Unis ont-ils fait une quelconque déclaration officielle indiquant qu’ils s’impliquent, dans l’optique de la Déclaration des Droits des Peuples Indigènes de l’ONU, ou de la mise en pratique du document résultant de la réunion pléniaire, qu’ils allaient mettre fin au pouvoir qu’ils ont sur les nations indiennes ou de mettre fin à toute submission des nations indiennes à la loi fédérale sur les Indiens et sa politique ? La réponse évidente est: Bien sûr que non !. Personne ne pourra trouver l’ombre d’une preuve du contraire.

Comme preuve du système de domination-soumission, référez-vous à l’avant-propos de James Crawford du livre d’Anthony Anghie “Imperialism, Sovereignty, and the Making of International Law” (Oxford, 2004). Crawford y fait remarquer que l’histoire des relations entre “civilisations” et “peuples” est celle de relations de “domination” par les “états”. Ceci est une preuve supplémentaire, que la mise en application de la déclaration de l’ONU, du point de vue dominant des états, implique que les états maintiennent leur dominance sur des nations et des peuples étiquettés “indigènes”.

L’article 46 de la Déclaration des Droits des Peuples Indigènes de l’ONU défend l’ “intégrité territoriale” des états contre les assertions des peuples indigènes. Ce point est critiquement important pour toute discussion du document de clôture de la réunion pléniaire de haut niveau de l’ONU ainsi que pour tout effort dans une tentative de mise en application de la déclaration des Nations-Unies. Le langage tenu dans l’article 46 semble impliquer que personne n’a le droit de questionner “l’intégrité territoriale des états”, mais ce que cela veut vraiment dire est que les états présument que personne et certainement pas les dits peuples indigènes, n’a le droit de questionner la domination de l’état qui est typiquement qualifiée d’”intégrité territoriale”. La forme de domination qui est maintenant nommée “intégrité territoriale des états” pour les Etats-Unis commence avec la doctrine chrétienne de la découverte et de domination et la décision dans le rendu de la cour suprême des Etats-Unis dans l’affaire Johnson contre M’Intosh en 1823.

Le document résultant de la réunion pléniaire de l’ONU divertit l’attention de toute considération sur le statut juridique et légal réel des nations indiennes ou de toute reconnaissance qu’il existe de fait un “niveau de nation” pour les nations indiennes. Le langage du document traite les états comme étant les seules entités politiques de niveau “national”. Ainsi par exemple, le paragraphe 8 du document fait dire aux gouvernements des états: “Nous promettons de coopérer avec les peuples indigènes au travers de leurs propres institutions, de préparer et de mettre en application des plans d’action nationale quand ce sera nécessaire, dévoués à aboutir aux objectifs de la Déclaration des Droits des Peuples Indigènes de l’ONU.”

La grande majorité des paragraphes dans le document de clôture place le point de focalisation sur les “individus” ou les “personnes” indigènes, comme “les personnes indigènes handicapées”, “personnes indigènes, particulièrement les anciens, les femmes, les enfants, les jeunes-gens et les personnes handicapées” au sein du cadre politique interne et de domestication étatique. La phrase “leurs propres institutions représentatives” a été la méthode par laquelle les gouvernements des états ont pris efficacement à contre-pied toute reconnaissance dans le contexte des Nations-Unies que les “peuples indigènes” aient quelque forme que ce soit de “gouvernements”. Du point de vue des états, seuls ceux-ci ont un “gouvernement” dans le cadre de ce qui est appelé “l’arène internationale”. Les peuples étiquetés “indigènes”, parce qu’ils ne sont supposés exister que sous l’autorité de gouvernements des états, sont évoqués par les états comme n’ayant pour ainsi dire pas d’ “institutions représentatives”.

De par cette analyse produite, la question demeure: Pourquoi certains représentants des peuples nommés “indigènes”, semblent être si enthousiastes au sujet d’un tel document si biaisé que celui de l’ONU, document qui a été développé au nom de la mise en application de la Déclaration des Droits des Peuples Indigènes de l’ONU ?

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.