Ingérence occidentale en « Syrak »: Kobané ou la guerre contre le Confédéralisme Démocratique kurde… (Pepe Escobar)

“Le droit d’auto-détermination des peuples inclut le droit à un état pour eux-mêmes. Quoi qu’il en soit, la fondation d’un État n’augmente en rien la liberté du peuple. Le système des Nations-Unies qui est fondé sur celui des États-Nations est demeuré inefficace. Dans le même temps, les états-nations sont devenus de sérieux obstacles au développement social. Le Confédéralisme Démocratique est le paradigme politique constrastant des peuples opprimés. Le Confédéralisme Démocratique est un paradigme social non-étatique. Il n’est pas contrôlé par un état. Dans le même temps, le Confédéralisme Démocratique est le modèle culturo-organisationnel d’une nation démocratique. Le Confédéralisme Démocratique est fondé sur la participation de la base. Son processus de prise de décision repose sur les communautés. Les plus hauts niveaux ne servent que la coordination et la mise en place de la volonté des communautés qui envoient leurs délégués dans les assemblées générales. Pour un temps très limité dans un espace donné, ils sont à la fois des portes-paroles et une institution exécutive. Mais le pouvoir de décision ultime demeure avec les mouvements de la base des communautés.”

~ Abdulah Ocalan, leader du Parti Ouvrier Kurde, PKK: “Le Confédéralisme Démocratique”, 2011~

 

La démocratie directe, l’énigme de Kobané

 

Pepe Escobar

 

24 Octobre 2014

 

url de l’article:

http://www.informationclearinghouse.info/article40053.htm

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Les femmes courageuses de Kobané, où les Kurdes syriens combattent désespérément l’EIIL/EI sont en train d’être trahies par la “communauté internationale”. Ces femmes guerrières se battent contre les sbires du calife Ibrahim, mais aussi contre les agendas traitres des Etats-Unis et de la Turquie et de l’administration irakienne du Kurdistan. Alors, que se passe t’il vraiment à Kobané ? Commençons d’abord par parler de Rojava. La véritable signification de Rojava, les trois provinces les plus kurdes du nord de la Syrie, est narrée dans cet éditorial en turc de l’activiste emprisonné Kenan Kirkaya. Il argumente que Rojava est la place d’un “modèle révolutionnaire” qui est ni plus ni moins qu’un défi à “l’hégémonie capitaliste et son système des états-nations” et cela au-delà de “sa signification régionale pour les Kurdes, les Syriens ou le Kurdistan”.

Kobané, région agricole, est à l’épicentre de cette expérience démocratique non-violente, rendue possible grâce à un arrangement pendant la tragédie syrienne entre Damas et Rojava (vous ne poussez pas pour un changement de régime contre nous et nous vous laissons tranquilles). Il est argumenté que “même si seulement un seul aspect du vrai socialisme était permis de survivre là-bas, des millions de personnes mécontentes seraient attirées par Kobani.

A Rojava, le processus de prise de décisions se fait au gré d’assemblées populaires qui sont multi-culturelles et multi-religieuses. Les trois personnes officiant dans chaque municipalité sont un Kurde, un Arabe et un Assyrien ou Assyrien chrétien et au moins l’un d’entr’eux doit être une femme. Les minorités non-kurdes ont leurs propres institutions et parlent leurs propres langues.

Parmi la myriades de conseils de femmes et de la jeunesse, il y a aussi une croissance de l’armée féministe devenue célèbre, La YJA milice de l’étoile (”Union des Femmes Libres” avec l’”étoile” symbolisant la déesse mésopotamienne Ishtar). Le symbolisme ne pouvait être plus graphique, pensez aux forces d’Ishtar (Mésopotamie) combattant les forces d’ISIS (NdT: le sigle anglophone de l’EIIL), à l’origine déesse égyptienne, maintenant mutées en un califat intolérant. Dans notre jeune XXIème siècle, ce sont les barricades des femmes de Kobani qui sont à l’avant-garde du combat contre le fascisme.

Inévitablement, il devait y avoir quelques intersections entre les Brigades Internationales combattant le fascisme en Espagne en 1936 et ce qu’il se passe à Rojava, comme l’a consaté un des trop rares articles à ce sujet dans la presse occidentale (David Graeber dans The Guardian: http://www.theguardian.com/commentisfree/2014/oct/08/why-world-ignoring-revolutionary-kurds-syria-isis ). Si ces composants ne suffisaient pas pour rendre fous les profondément intolérants sbire Wahabbites et Takfiristes et leurs puissants soutiens des pays à pétrodollars du Golfe, il y a alors l’environnement politique lui-même.

Le combat à Rojava est essentiellement mené par le PYD, qui est la branche syrienne du PKK turc, le groupe de guerilla marxiste en guerre contre Ankara depuis les années 1970. Washington, L’UE et l’OTAN, sous la pression turque, ont toujours étiqueté le PKK comme “terroriste”. Un examen attentif du livre que tout le monde devrait lire, d’Abdullah Ocalan:: Democratic Confederalism (en français: http://www.freedom-for-ocalan.com/francais/Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique.pdf) révèle au grand jour que cette équation PKK= staliniste = terroriste est totalement fausse (Ocalan est emprisonné depuis 1999 dans l’île prison d’Imrali). Le modèle politique du PKK et du PYD est le “municipalisme libertaire” (NdT: Inspiré des idées et de la pratique de Pierre Kropotkine et plus récemment de Murray Bookchin et de la pratique zapatiste de l’EZLN au Chiapas). En fait c’est exactement ce que Rojava a mis en place: des communautés auto-gérées mettant en application les principes de la démocratie directe en utilisant les piliers que sont les conseils populaires, assemblées populaires, coopératives entièrement gérées par les travailleurs et défendu par des milices populaires. Ainsi, cela positionne Rojava à l’avant-garde d’un mouvement mondial de démocratie et d’économie coopératif dont le but ultime serait de contourner le concept d’état-nation…

Non seulement cette expérience politique se déroule dans tout le nord de la Syrie, mais en terme militaire, c’est le PKK et le PYD qui parviennent a effectivement sauver ces dizaines de milliers de Yazidis assiégés par l’EIIL sur le Mont Sinjar et non pas les bombes américaines comme veulent le faire croire les pirouettes médiatiiques de l’occident. Maintenant, comme le détaille le co-président du PYD Asya Abdullah, ce qui serait utile est un couloir humanitaire pour briser l’encerclement de Kobané par les porte-flingues du calife Ibrahim. Le jeu de pouvoir du sultan Erdogan d’Ankara pendant ce temps, semble vouloir prolonger la politique du “beaucoup de problèmes avec nos voisins”.

Pour le ministre de la défense turc Ismet Yilmaz, “la cause principale de l’EIIL est le régime syrien” et le premier ministre Ahmet Davutoglu, qui a inventé le défunt “pas de problème avec nos voisins” a constamment insisté sur le fait qu’Ankara n’interviendrait pour sauver Kobané que si les Américains sortaient un plan politique de “l’après Assad”. Puis il y a le personnage haut en couleur d’Erdogan, alias sultan Erdogan. Les édits du sultan Erdogan sont bien connus: les Kurdes syriens devraient combattre contre Al-Assad sous le commandement de cette faction de pieds nickelés qu’est l’Armée Syrienne Libre, reconstituée et qui devra être entraînée en Arabie Saoudite, qu’ils doivent oublier toute forme d’autonomie, qu’ils devraient accepter la requête turque à Washington pour une zone d’exclusion aérienne au dessus de la Syrie et aussi une frontière “sécurisé” avec la Syrie. Pas étonnant qu’à la fois le PYD et Washington aient refusé ces demandes.

Le sultan Erdogan a ses yeux rivés sur le redémarage du processus de paix avec le PKK et il veut mener les débats en position de force. Jusqu’ici sa seule concession a été de permettre aux Kurdes irakiens Peshmergas d’entrer dans la Syrie du Nord pour contre-balancer les milices du PKK-PYD et ainsi empêcher le renforcement d’un axe anti-turc kurde. Dans le même temps, le sultan Erdogan sait que l’EIIL/EI a déjà recruté plus de 1000 citoyens turcs et plus à venir. Son cauchemar additionnel est que cette mixture toxique débordant en “Syrak” va tôt ou tard déborder aussi puissamment dans les frontières turques.

Attention aux ennemis à la porte

Les sbires du calife Ibrahim ont déjà télégraphié leur intention de massacrer ou de réduire en esclavage la population civile entière de Kobané. Et pourtant Kobané en tant que telle n’a aucune valeur stratégique pour l’EIIL/EI (c’est ce qu’a dit le ministre des affaires étrangères américain lui-même la semaine dernière, mais de manière prévisible, s’est rétracté…). Ce commandant très persuasif du PYD est parfaitement au courant de la menace représentée par l’EIIL/EI. Kobani n’est pas essentielle comparée à Deir Ez-Zor (qui a un aéroport alimentant l’armée arabe syrienne) ou Hasakah (qui a des puis de pétrole contrôlés par les Kurdes aidés par l’armée syrienne). Kobané n’a ni aéroport, ni champs pétroliers. D’un autre côté, la chute de Kobané générerait une forte publicité positive pour la déjà très bien promue entreprise du calife, augmentant la perception d’une armée gagnante surtout pour le moral des jeunes recrues actuelles et potentielles aux passeports européens, ainsi que d’établir une base solide tout près de la frontière turque.

Ce que fait essentiellemet le sultan Erdogan est de lutter à la fois contre Damas (sur le long terme) et les Kurdes (sur le moyen terme), tout en donnant un passage libre (de court terme) à l’EIIL/EI et pourtant à terme, le journaliste turc Fehim Tastekin a raison: entraîner des militants modérés inexistants dans cette si démocratique Arabie Saoudite ne mènera qu’à la “Pakistanisation” de la Turquie. Un remix de ce qui s’est passé dans les années 80 en Afghanistan et son djihad. Comme si cela n’était pas suffisamment trouble comme changement de jeu et renversant son dogme “terroriste”, Washington a maintenant façonné une entente cordiale (NdT: en français dans le texte original) avec le PYD. Cela donne un mal de tête supplémentaire au sultan Erdogan. Cet accord entre Washington et le PYD est toujours à prendre. Pourtant des faits de terrain disent la vérité, toujours plus de bombardements américains, toujours plus de parachutages (incluant de grosses “boulettes” dans les largages qui virent des armements et munitions fraîchement échoir aux portes-flingues du calife). Un élément clef ne devrait pas être occulté. Dès que le PYD a été plus ou moins “reconnu” par Washington, son chef Saleh Muslim s’en alla rencontrer le leader rusé du Kurdistan Regional Governement (KRG) Masoud Barzani. C’est alors que le PYD a promis un “partage du pouvoir” avec les Peshmergas de Barzani sur Rojava.

Les Kurdes syriens qui furent forcés d’abandonner Kobané et de s’exiler en Turquie et qui soutiennent le PYD, ne peuvent pas retourner en Syrie, mais les Kurdes irakiens peuvent aller et venir. Cet accord foireux est l’œuvre du chef du renseignement du KRG Lahur Talabani, Le KRG a de bonnes relations avec Ankara. Ceci met plus en lumière le jeu d’Erdogan. Il veut que les Peshmergas, qui sont de féroces opposants du PKK, deviennent l’avant-garde de la lutte contre l’EIIL/EI et ainsi minent l’alliance entre le PYD et le PKK. Une fois de plus la Turquie joue les Kurdes contre les Kurdes. Pour sa part, Washington manipule Kobani pour complètement légitimiser sa campagne anti-EIIL/EI dans la veine du “R2P humanitaire”. Il est toujours bon de rappeler que tout ceci a commencé avec un véritable barrage de mensonges et de pirouettes de Washington au sujet du groupe terroriste tout autant fantôme que bidon de Khorasan qui soi-disant préparait un nouveau 11 Septembre. Ce groupe a de manière prévisible, complètement disparu de la circualtion depuis. Sur le long terme, le jeu des Américains est une sérieuse menace pour l’expérience de démocratie directe entreprise à Rojava, que Washington ne peut qu’interprèter que comme, dieu nous protège ! Un retour au communisme !

Donc Kobané est donc devenu maintenant une pièce maîtresse dans un jeu sans merci manipulé par Washington, Ankara et Irbil. Aucun de ces acteurs ne veut la floraison et le succès d’une expérience de démocratie directe à Kobané et Rojava, que celle-ci fasse tâche d’huile et qu’elle commence à être remarquée dans le sud globalement. Les femmes de Kobané sont en danger mortel d’être si pas mises en esclavage du moins d’être amèrement trahies.

Cela devient même encore plus évident lorsque le jeu de l’EIIL/EI sur Kobané est vu pour ce qu’il est essentiellement: une tactique de diversion, un piège pour le gouvernement Obama. Ce que visent les sbires du calife est la province Anbar d’Irak, qu’ils contrôlent déjà largement ainsi que la ceinture si cruciale de Baghdad. Les barbares sont non seulement aux portes de Kobané mais aussi aux portes de Bahgdad.

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Une Réponse to “Ingérence occidentale en « Syrak »: Kobané ou la guerre contre le Confédéralisme Démocratique kurde… (Pepe Escobar)”

  1. Ici le lien du manifeste d’Abdulah Ocalan « Le Confédéralisme Démocratique »:

    http://www.freedom-for-ocalan.com/francais/Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique.pdf

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