Résistance politique: Leçon d’histoire coloniale du Nouveau-Mexique

La déclaration antiguerre de Maurus Chino du peuple Acoma Pueblo: Des bouchers conquistadores aux officiers de réserve

 

Maurus Chino

 

22 Août 2014

 

url de l’article:

http://indigenousresistancejuly2014.blogspot.com/2014/08/acoma-pueblo-maurus-chino-anti-war.html

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Cette déclaration, originellement publiée sur Censored News en 2011, a été le top article lu en Août 2014 depuis nos archives, par nos lecteurs à travers le monde. Indigenous Resistance continue le travail de Censored News.

La veulerie, la violence et l’arrogement de droit ont marqué cette terre sacrée

Déclaration de Maurus Chino du 19 Mars 2011 à la manifestation commémorant la guerre en Irak, Albuquerque, Nouveau Mexique

(Minute de silence pour ceux qui sont morts ou sont toujours vivants et qui se sont dressés ou se dressent encore pour le Peuple face à l’oppression régnante dans le monde)

Guwaatsi! Gai d’awa hauba? Wa shinum’e Kaaimaisiwa d’aagashi, D’yaami Hanu suda. Uusraatra Hanu waashdi suda etyu. Ak’ume suda.

Bonjour, Comment allez-vous ? Mon nom Acoma est Kaaimaisiwa. Mon nom colonial américain est Maurus Chino. J’appartiens au clan de l’aigle et suis un enfant du clan du soleil du peuple Acoma.

Acoma, un très bel endroit à l’Ouest d’ici, est pour nous le centre de l’univers. Je vis peut-être dans d’autres endroits, comme je le fais maintenant ici à Albuquerque, mais Ak’u l’adorée est une grande force qui tire ceux d’entre nous nés pour Acoma et ceux qui naîtront pour Acoma, toujours de retour à l’endroit, à son centre.

Ak’u est le mot qui nomme la pierre sur laquelle est bâti le vieux village. Ak’ume se traduit par “une personne provenant d’Ak’u”. Du mot Aku’me provient le mot Acoma.

Guerre et terrorisme”. Nous avons beaucoup entendus ces mots récemment, mais ici, au Nouveau-Mexique, il y a 400 ans, ils furent bien plus que des mots à la mode au sujet de terres lointaines. Ici, ce fut l’actualité.

En Octobre 1598, mon peuple Acoma, en défense de sa terre et du peuple, vit le premier contact violent avec le soi-disant conquistador espagnol. Dans ce conflit initial, 13 soldats espagnols furent tués et en résultat de cela, en Janvier 1599, une guerre s’ensuivit à Acoma, guerre qui détruisit presque le village. La guerre épique laissa des centaines, certains disent des milliers de morts massacrés. Juan de Onate ordonna que le pied droit de chaque guerrier fut amputé et les jeunes filles et femmes de 12 à 25 ans mises en esclavage pour 25 ans.

Je dis ici le “soi-disant conquistador”, parce que malgré les évènements horribles que mon peuple a enduré, nous n’avons jamais été conquis. Nous pratiquons toujours nos anciennes croyances qui ont soutenues les gens pendant des milliers d’années. Les chants sacrés, rituels et prières sont toujours celles qu’ils furent pendant des millénaires. Nous n’avons jamais été un peuple parlant espagnol. Contre toute attente, même après le génocide, nous sommes toujours ici.

Je parle de cela parce qu’il est important de comprendre l’état d’esprit de la veulerie violente et du colonialisme. C’est pourquoi nous sommes réunis ici aujourd’hui. Nous sommes menacés de manière persistante dans le monde entier et dans les villes de nos communautés au moyen de maladies sociales directement reliées à cet état d’esprit de veulerie, de violence et d’arrogement de droits. Sur cette terre sacrée, là où vous êtes en ce moment même, il y a 400 ans et presque 100 ans plus tôt en Amériques centrale et du sud, une invasion violente a écrasé nos peuples et nations et cela s’est produit pour exactement la même raison que s’est produit cette guerre en Irak: veulerie, accaparement, empire et au nom de la domination judéo-chrétienne.

Au Moyen-Orient, cela a commencé à cause du pétrole, ici dans le sud-ouest, ce fut pour l’or et des âmes humaines. Dans le journal d’Albuquerque du 25 Février, il y avait une photo et le titre de l’article était: “Une leçon vivante d’histoire”. C’était au sujet de la reconstitution des conquistadores espagnols, des gens déguisés visitèrent le collège de Madison pour participer à une exhibition historique de travaux d’élèves. La photo impliquait que l’évènement se fit le cœur léger, avec du bon temps à prendre pour tous les participants. Les acteurs conquistadores sourient alors qu’ils encouragent les enfants. Bien évidemment, rien ne fut mentionné au sujet du vol des terres, du génocide, des rues dégoulinantes du sang des victimes des massacres, des bébés éclatés par terre à Acoma et ce de la même manière de ce que les morts de civils au Moyen-Orient ne sont jamais mentionnées. Comment cela se pourrait-il ? Cela ne colle pas avec la rhétorique de la liberté et de la démocratie.

Quand nous permettons aux enfants d’apprendre une histoire qui est fausse et vue sous le même angle (NdT: toujours celui des vainqueurs et des puissants), alors nous permettons à l’ignorance et à la bigoterie de se perpétuer. Il est vrai que si on n’apprend pas de l’histoire alors nous sommes condamnés à la répéter. Dans les années à venir, alors que ces jeunes éléves naïfs et impressionables deviennent des leaders de nos communautés, ne soyez pas surpris lorsqu’ils seront confrontés avec les mêmes maux sociaux auxquels nous faisons face aujourd’hui. Ces beaux jeunes esprits empoisonnés par l’école ajourd’hui deviennent ce contre quoi nous nous dresserons demain.

Le soi-disant conquistador Juan de Onate, un psychopathe assassin déifié au travers de presque tout le Nouveau-Mexique et dans l’ouest du Texas où il bénéficie toujours d’une mauvaise révérence, alors même que nous baignons dans la mort et la violence qu’il représente. Nous avons des villes, des places, des rues, des écoles et des bâtiments publics de Taos à El Paso au Texas qui portent son nom. Vous pouvez aujourd’hui voir Onate devant le musée d’Albuquerque, un terrible sourire sur son visage, tentative dérisoire et incompétente de la part du sculteur d’amener une certaine légèreté au sujet de la colonisation assoiffée de sang. Juste dehors Alcade au Nouveau-Mexique, un autre hommage de bronze à Onate, cette version aussi médiocre que celle que nous avons ici à Albuquerque, paraît élever Onate de dessous, dégoulinant de boue… ou de sang. Aussi bizarre que cette œuvre puisse paraître, elle rend peut-être une sorte de justice poétique au personnage. A El Paso, Texas, une statue de 2 millions et demi de dollars, de 4 étages et demi (NdT: environ 14m de haut) tente d’embellir ce qu’un magazine a appelé le 5ème plus moche aéroport de la nation.

Honteusement, le Nouveau-Mexique à lui seul a dépensé des millions pour honorer un boucher, alors que ces millions de dollars auraient pu être dépensés pour fixer les maux sociaux qui nous minent et qui vont continuer a nous miner si nous ne faisons rien contre: les abus de drogues et d’alcool, la violence de rues, le chômage, l’éducation et les services de santé défaillants.

Comme vous le savez, les héros que nous choisissons de célébrer révèlent beaucoup de ce que nous sommes en tant que personnes. Lisez les nouvelles et tôt ou tard vous verrez le Nouveau-Mexique apposé sur une liste désastreuse ou une autre. Nous sommes les plus ignorants, les plus violents et comme le montrent sans cesse les informations qui ne cessent de venir, les plus politiquement corrompus. Nous ne devrions pas être étonnés lorsque nous lisons toutes ces histoires de crimes liés à la drogue et à l’alcool. Que nous soyions un des plus violents états de l’union ne devrait pas nous surprendre non plus, parce qu’en fait nous aidons à perpétuer cet état de fait. Lorsque nous restons tranquilles, lorsque nous ne faisons rien même lorsque nous voyons le monde s’effondrer autour de nous, nous devenons alors une partie du problème.

En 2004, je suis descendu en voiture avec d’autres activistes dans le sud du Mexique dans l’état du Chiapas. À San Cristobal de Las Casas. Nous descendîmes pour aider les Zapatistes dans leur célébration du dixième anniversaire de leur soulèvement contre l’oppression étatique de 1994. Nous avons conduit 3 jours pour descendre et 3 jours pour remonter. Nos avons conduit à travers des déserts, des montagnes, des jungles, de petites villes et des plus grandes. Nous avons parlé avec des leaders des communautés Maya dans des villages montagneux et nous n’avons vu aucun monument à la gloire des conquistadores espagnols, nulle part. On pourrait penser que s’il y avait un endroit où on en verrait plein ce serait au Mexique, mais non. Seulement ici dans le sud-ouest américain pouvez-vous voir de tels pathétiques vestiges de notre passé violent et mal représenté.

L’amour du Nouveau-Mexique, sa dépendance et son obsession pour la violence ont eu pour habitude de me laisser perplexe, jusqu’à ce que je réalise que ce que je voyais autour de moi n’était en fait qu’un état d’esprit, une mentalité, vérouillée dans la pierre longtemps avant l’arrivée des drogues et de l’immigration au travers de nos frontières. Ce qui a commencé avec la glorification d’un passé violent, continue aujourd’hui quand nous voyons les gens si fiers et pourtant si dépendants de ce complexe militaro-industriel pour la simple survie de notre économie. Une fois par an, dans notre seul journal d’Albuquerque, lisons-nous une histoire qui insinue insidieusement la fierté d’être le berceau d’une des pires inventions jamais inventées par l’Homme: la bombe atomique. J’ai entendu beaucoup de gens référer au maintenant en retraite sénateur du Nouveau Mexique Pete Dominici en l’appelant “St Pete”, qui fut bien sûr le champion de la recherche sur l’arsenal nucléaire au laboratoire national de Los Alamos. Chaque mois d’Août, la Fiesta morbide de Santa Fé a lieu. Elle célèbre la soi-disante “reconquête non sanglante du Nouveau-Mexique”, qui en fait ne fut pas si “non-sanglante” que ça. Quand les gens aiment et deviennent obsessifs au sujet de la violence alors les communautés et leurs valeurs se polluent de cette même obsession. Dans une mentalité collective, une obsession de la violence se matérialise par la violence.

Quand j’étais un jeune-homme, à l’époque de vapeurs d’alcool d’un autre temps, j’avais l’habitude de boire avec cet homme Acoma. Il n’est plus parmi nous aujourd’hui. Il s’en est retourné à la source. Son nom était Paul. C’était un Marine (NdT: fusilier marin) et venait juste de revenir du Vietnam. Nous parlions lui et moi de tout, mais souvent nos conversations revenaient sur ce que chacun connait pour être le “bon vieux temps”.

Une fois il me dit quelque chose qui me surprit parce que je savais exactement de quoi il parlait. Cela me mit sur le cul parce que je pensais être le seul qui connaissait cette partie triviale mais si importante de ma vie. Il dit: “Quand j’étais au bahut, j’ai rejoint l’équipe de foot (NdT: football américian ici bien sûr…) simplement parce que les jours de matches, l’équipe avait d’excellents et copieux repas.”

C’était exactement moi. J’étais dans l’équipe de cross country. J’adorais courir, l’anticipation nerveuse, l’adrénaline et l’excitation de la compétition. Mais comment j’espérais ces repas dans des restaurants. C’était mon meilleur repas de la semaine. Vous comprenez, Paul et moi, connaissions la pauvreté dans nos propres maisons.

C’est la même chose maintenant avec beaucoup de nos jeunes et je parle ici de notre jeunesse indienne, nos jeunes hommes et femmes. Même si peu expérimentent la même pauvreté que Paul et moi, le triste réalité est que beaucoup font l’expérience du manque d’opportunité, le même manque d’éducation de qualité dans un système scolaire remplis d’enseignants payés au lance-pierre. Beaucoup de nos jeunes pensent qu’il n’y a as beaucoup d’autres choix pour eux que l’armée.

Beaucoup de jeunes d’ Acoma, et de nos voisins et parents autochtones les Din’e (Navajos), Apache, Southern Ute, Cheyenne, Comanche, Hopi, Zuni, K’awaik’me, T’amayam’e , K’ewam’e, Ohkay Owingeh, Zia, Cochiti, Lakota, Kiowa, Taos, O’odham, etc, etc…, ont été dans des guerres sans fin: World War ll, Iwo Jima, Korean War, Cambodia, le Viet Nam War et maintenant le Moyen-Orient. Il est difficile pour eux de retourner aux valeurs de ces deux choses les plus importantes: la terre et le peuple. “Amuu haatsi e amuu hanu” la terre aimée et le peuple chéri. Ils reviennent changés, s’ils en reviennent, sans exception, nous le savons tous.

Mais rappelez-vous ceci: bien que les guerres soient injustes, nous devons toujours respecter nos femmes et nos hommes qui servent dans ces guerres (NdT: c’est ici que nous nous démarquons. Pour nous, il faut dire non et arrêter de servir de chair à canon pour les guerres des riches pour devenir plus riches encore et dont le but est d’appauvrir toujours plus la masse pour qu’elle n’ait plus d’autre choix que de justement servir de chair à canon… Respecter le “pauvre guerrier”, c’est cautionner les guerres. Il n’y a pas à sortir de là,)

Je vous remercie tous aujourd’hui ; en faisant acte de présence vous faites simplement ce que la majorité des gens ne font pas, et ceci veut dire prendre part à l’action. Ce n’est jamais facile d’agir je le sais en connaissance de cause. J’ai fait ma part du travail d’activiste depuis des années et j’aurai arrêté il y a longtemsp si je pensais que cela ne faisait aucune différence.

Je vais vous dire quelque chose que j’ai entendu il y a bien des années qui m’aide à continuer. Je planifiais à l’époque un évènement avec un homme mexicain, un homme plus âgé et activiste depuis bien des années. “Nous savons, disait-il, que nous allons perdre cette bataille, mais nous le faisons quand même. Nous continuons quoi qu’il arrive parce qu’il est jusre de le faire.” Voilà pourquoi je continue de me battre, parce qu’il est juste de le faire.

J’essaie de faire mon chemin en tant qu’artiste en ces temps incertains. Je m’immerge dans mon travail tout comme vous. Nous avons tous les mêmes problèmes sous différentes formes alors que nous essayons de nous en sortir. Personne ne l’a facile. Il est difficile de dévouer de temps pour la justice sociale, mais nous devons le faire si nous voulons reconstruire nos communautés. Nous appartenons à la communauté et nous avons une responsabilité. Ne devrions-nous pas nous aider les uns les autres ? Nous voyons bien du tumulte aujourd’hui, en Egypte, en Libye et récemment ici aux Etats-Unis dans le Wisconsin. Nous sommes les témoins d’une lutte massive pour la justice sociale et cela peut-être dur de lutter contre tous les obstacles. Néanmoins, cela fait chaud au cœur de voir que le peuple peut vraiment reprendre le pouvoir. Nous pouvons faire une grande différence si nous parlons unis et si notre objectif est valide. Tout part de là. La folie du monde peut trouver un remède en commençant ici-même.

Plaignez-vous aux officiels, à vos mairies, dénoncez les dépenses inutiles d’argent, dénoncez les programmes de recrutemet de l’armée et des officiers de réserve dans les écoles (NdT: Au pays du goulag levant, l’armée a des programmes de sensibilisation et de recrutement dans les écoles, collèges et lycées, le Pentagone sponsorise les jeux vidéo wargames etc…), dénoncez la glorification et les célébrations des conquistadores et du colonialisme, soyez sûr de connaître les valeurs des gens qui se proposent de vous aider, de vous représenter. Faites quoi que ce soit d’utile petit ou grand. Nos actions créent un effet papillon. Nos actions posivitives doivent avoir et ont une effet sur tout le reste.

Merci à tous d’être venus.

D’awa’e hauba, baa Druuwishatsi.

 

Maurus Chino, Acoma Tribe, Founder Southwest Indigenous Alliance

mauruschino@yahoo.com

Une Réponse vers “Résistance politique: Leçon d’histoire coloniale du Nouveau-Mexique”

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