Orwell… Grand Frère… Ukraine, Palestine, Propagande et Vérité (John Pilger)

Le retour de George Orwell, de la guerre de Grand Frère en Palestine, en Ukraine et la vérité

 

John Pilger

 

11 Juillet 2014

 

url de l’article original:

http://johnpilger.com/articles/the-return-of-george-orwell-and-big-brothers-war-on-palestine-ukraine-and-truth

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

L’autre soir, j’ai revu “1984” de George Orwell sur une scène de Londres. Bien que criant pour une interprétation contemporaine, l’avertissement d’Orwell au sujet du futur fut présenté de manière réminiscente de certaines choses: détachée, non-menaçante, presque rassurante. C’était comme si Edward Snowden n’avait rien révélé, comme si Grand Frère n’était pas aujourd’hui un espion numérique et comme si Orwell lui-même n’avait jamais dit: “Pour être corrompu par le totalitarisme, on n’a pas besoin de vivre dans un pays totalitaire.

Acclamée par la critique, la fine production était à la bonne mesure de nos temps culturel et politique. Lorsque les lumières se sont rallumées, les gens étaient déjà en train de sortir. Ils semblaient indemnes, ou peut-être d’autres distractions leur faisaient-elles signe. “Quelle pétage de plomb”, dit une jeune femme en allumant son portable.

Alors que les sociétés avancées sont dépolitisées, les changements sont subtils et spectaculaires. Dans le cours de chaque journée, le langage politique est mis sens dessus-dessous, juste comme Orwell l’avait prophétisé dans “1984”. “La démocratie” est maintenant un objet réthorique. La paix est la “guerre perpétuelle”; “global” est impérialiste. Le concept qui jadis était empli d’espoir de “réforme” veut maintenant dire régression et même destruction ; “austérité” est l’imposition de mesures capitalistes extrêmes sur les pauvres et le don du socialisme pour les riches: Un système très ingénieux sous lequel la grande majorité rend service aux dettes du petit nombre.

En art, l’hostilité à dire la vérité est un gage de foi bourgeoise. “La période rouge de Picasso”, nous dit une manchette du journal l’Observer et “pourquoi la politique ne fait pas d’excellent art”. Considérez ceci venant d’un canard qui a fait la promotion du bain de sang en Irak comme étant une croisade libérale. L’opposition de Picasso au fascisme, sa vie durant, est un détail, tout comme le radicalisme d’Orwell s’est estompé du prix littéraire qui s’est approprié son nom.

Il y a quelques années, Terry Eagleton, alors professeur de littérature anglaise à l’université de Manchester, a reconnu que “pour la toute première fois en plus de deux cents ans, il n’y a as de poète britannique prominent, de dramaturge ou de romancier prêts à questionner les fondations mêmes du mode de vie occidental.” Pas de Shelley parlant pour les pauvres. Pas de Blake pour les rêves utopiques, pas de Byron pour damner la corruption de la classe dirigeante, pas de Thomas Carlyle ou de John Ruskin pour révéler le désastre moral du capitalisme. William Morris, Oscar Wilde, HG Wells, George Bernard Shaw n’ont aucun équivalent aujourd’hui. Harold Pinter fut le tout dernier à avoir élever la voix. Parmi les voix insistantes du féminisme consumériste, aucune ne fait écho à Virginia Woolf qui décrivit “les arts de dominer les autres, de diriger, de tuer, d’accroître et accumuler biens et capital.”

Au théâtre national, une nouvelle pièce “Grande-Bretagne”, satirise le scandal du hacking des téléphones qui a vu des journalistes comparaître devant la justice et être condamnés, incluant un ancien éditeur de la publication du magazine de Ruppert Murdoch News of the World. Décrite comme “une farce avec crochets venimeux qui met toute la culture des médias à quai et la ridiculise sans pitié”, les cibles de la pièce de théâtre sont les personnages “vraiment marrants” de la presse dite tabloïde britannique. Très bien et tellement familier. Mais qu’en est-il des médias non-tabloïdes (NdT: tabloid press en anglais est l’équivalent de notre “presse à scandale”, style “Détective” etc…), cette presse qui se considère si crédible et de haute réputation et qui pourtant sert un rôle parallèle comme bras promotionnel de l’état et du pouvoir entrepreneurial, celle qui fait dans la promotion de la guerre illégale ?

L’enquête sur Leveson au sujet du hacking de téléphone a brièvement fait état de cette chose dont on ne peut parler. Tony Blair donnait des preuves, se plaignait à sa grâce au sujet du harcèlement de sa femme par la presse à scandale, lorsqu’il fut interrompu par une voix du public. David Lawley-Wakelin, un réalisateur de film, demandait l’arrestation de Tony Blair et sa comparution en justice pour crimes de guerre. Il y eut alors une longue pause: le choc de la vérité. Lord Leveson se dressa d’un coup et ordonna que le diseur de vérité fut jeté dehors et s’excusa auprès du criminel de guerre. Lawley-Wakelin fut mis en accusation, Blair demeura libre.

Les complices de longue date de Blair sont plus respectables que les hackers de téléphone. Lorsque la présentatrice artistique de la BBC Kirsty Wark, s’entretint avec lui pour le 10ème anniversaire de son invasion de l’Irak, elle lui offrît un moment auquel il n’aurait pu que rêver, elle lui permît d’agoniser sur sa décision “si difficile” au sujet de l’Irak au lieu de le confronter pour son crime d’une portée épique. Ceci évoque la procession de journalistes de la BBC qui, en 2003, déclaraient que Blair puisse se sentir “blanchi” et la subséquente série de la BBC “Les années Blair”, pour laquelle David Aaronovitch fut choisi comme rédacteur, présentateur et interviewer. Un mignon de Murdoch qui fit campagne pour l’attaque militaire sur l’Irak, la Libye et la Syrie, Aaronovitch cira les pompes avec grande expertise.

Depuis l’invasion de l’Irak, un exemple d’acte d’agression non provoquée, que le procureur du procès de Nüremberg avait appelé “le crime international suprême qui ne diffère des autres crimes de guerre que parce qu’il contient en son sein le mal accumulé de l’ensemble”, Blair et son porte-parole et principale complice Alastair Campbell, ont bénéficié d’un ample espace dans le journal du Guardian pour réhabiliter leurs réputations. Décrit comme la “star” du parti travailliste (NdT: le soi-disant PS anglais…), Campbell a recherché la sympathie des lecteurs pour sa dépression (nerveuse) et a étalé ses intérêts, mais pas son rôle principal actuel comme conseiller, avec son acolyte blair, de la tyrannie militaire égyptienne.

Comme l’Irak a été complètement démantelée en conséquence de l’invasion du tandem Blair/Bush, une manchette du Guardian déclare: “Renverser Saddam était la chose à faire, mais nous nous sommes retirés trop tôt”. Ceci parut dans un article important du 13 Juin, écrit par un ancien fonctionnaire de Blair, John McTernan, qui a aussi servit sous les ordres du dictateur irakien installé par la CIA, Iad Allaoui. En appelant à une autre invasion d’un pays que son ancien maître a aidé à détruire, il ne fit aucune référence aux quelques 700 000 personnes qui trouvèrent la mort, la fuite de 4 millions de réfugiés et les troubles sectaires dans une nation qui fut autrefois fière de sa tolérance communautaire.

“Blair personnalise la corruption et la guerre”, a écrit le journaliste radical du Guardian Seumas Milne dans un article plein d’allant ce 3 juillet dernier. Ceci est connu comme un “équilibrage” dans le jargon. Le lendemain, le journal publiait une pleine page de publicité pour un bombardier furtif américain. Imprimés sur une photo menaçante du bombardier étaient ces mots: “Le F-35 GREAT for Britain”. Cette autre personnalisation de “la corruption et de la guerre” coûtera aux contribuables britanniques 1,3 milliards de Livres, ses prédécesseurs F-modèles ayant massacré un très grand nombre de gens à travers le monde.

Dans un village d’Afghanisatan, habité par les plus pauvres des pauvres, j’ai filmé Orifa, s’agenouillant sur les tombes de son mari, Gul Ahmed, un tisseran de tapis, de sept autres membres de sa famille, incluant six enfants et deux autres enfants de la maison voisine qui furent également tués. Une bombe de “haute précision” de 250 kg est tombée directement sur leur maison faite de pierres et de torchis, laissant un cratère de 15m de diamètre. Lockheed Martin, le producteur de l’avion, avait la place d’honneur dans la pub du Guardian.

L’ancienne ministre des Affaires Etrangères américaine et aspirante président des Etats-Unis, Hillary Clinton, était récemment invitée de l’émission “women’s hour” (L’heure des femmes) sur la BBC, la quintessence de la respectabilité médiatique. La présentatrice, Jenni Murray, présenta Clinton comme un phare du succès feminin. Elle n’a cependant pas rappelé à ses auditeurs la profanité de Clinton disant que l’Afghanistan fut envahi pour “libérer” des femmes comme Orifa. Elle ne posa aucune question à Clinton sur la campagne de son gouvernement utilisant des drones pour assassiner des hommes, des femmes et des enfants. Aucune trace de la menace à peine voilée de Clinton, alors qu’elle faisait campagne pour être la première femme présidente des Etats-Unis, “d’éliminer” l’Iran, rien non plus au sujet de la campagne de surveilance massive et de la persécution des lanceurs d’alerte.

Murray posa une question le doigt sur la bouche… Clinton a t’elle pardonné à Monika Levinski d’avoir eu une relation avec son mari? “Le pardon est un choix” a t’elle dit, “pour moi ce fut le bon”. Ceci nous ramène aux années 1990 et les années consumées par le “scandale” Levinski. Le président Clinton envahissait alors Haïti, bombardait les Balkans, l’Afrique et l’Irak. Il détruisait également les vies d’enfants irakiens ; l’UNICEF rapporta la mort de 500 000 enfants irakiens plus jeunes que 5 ans à cause de l’embargo mené contre l’Irak par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.

Les enfants ne sont personne pour les médias, tout comme les victimes d’Hillary Clinton des invasions qu’elle a soutenues et promues en Afghanistam Irak, Yémen, Somalie, ne sont personne pour les médias. Murray ne fit absolument aucune référence à ces gens. Une photo d’elle et de son invitée, radieuses, fut publiée sur le site internet de la BBC.

En politique comme en journalisme et en art, il semble que le désaccord, qui fut toléré de manière générale, a régressé au point de la dissidence: une activité souterraine métaphorique. Quand j’ai commencé ma carrière sur Fleet Street dans les années 1960, il était acceptable de critiquer le pouvoir occidental comme la force prédatrice qu’il est. Lisez les rapports célèbres de James Cameron sur l’explosion de la bombe à hydrogène sur l’atoll de Bikini, la guerre barbare en Corée et le bombardement américian du nord-vietnam. La grande illusion d’aujourd’hui est celle d’un âge de l’information où en vérité, nous vivons un âge médiatique dans lequel la propagande corporatiste incessante est insidieuse, contagieuse, efficace et libérale.

Dans son essai de 1859 “De la liberté”, que les libéraux (gens de gôche) révère aujourd’hui, John Stuart Mill écrivit: “Le despotisme est un mode légitime de gouvernement en regard des barbares, pourvu que la fin en soit leur amélioration et les moyens justifiés en réalisant effectivement cette fin.” Les “barbares” étaient de larges segments de l’humanité de qui une “obédience implicite” était requise. “C’est un bon et utile mythe que les libéraux soient des pacifistes et les conservateurs des va t’en guerre”, a écrit l’historien Hywel Williams en 2001, “mais l’impérialisme des libéraux est peut-être plus dangereux parce qu’il est ouvert de nature, qu’il a la conviction qu’il représente une forme supérieure de vie.” Il avait à l’esprit un discours de Blair dans lequel le premier ministre avait promis de “réordonner le monde autour de nous” en accord avec ses “valeurs morales”.

Richard Falk, l’autorité respectée du droit international et rapporteur spécial de l’ONU pour la Palestine avait un jour décrit “une façon à sens unique, vertueuse, un écran légal/moral avec images positives des valeurs occidentales et l’innocence dépeinte comme étant menacée, validant ainsi une campagne de violence politique sans retenue”. C’est si “largement accepté que cela en est virtuellement inattaquable,”

Le travail sécurisé et le patronage récompensent les gardiens. Sur la station 4 de la BBC, Razia Iqbal s’est entretenue avec Toni Morrison, lauréate afro-américaine du prix Nobel. Morrison se demandait pourquoi les gens étaient si “en colère” après Obama, qui était “cool” et souhaitait construire une “économie forte et un très bon système d’assurance santé”. Morrison était fière d’avoir parlé au téléphone avec son héro, qui avait lu un de ses livres et l’avait invité à son intronisaton présidentielle.

Ni elle ni son hôte ne mentionnèrent les sept guerres d’Obama, incluant sa campagne de terrorisme par drones dans laquelle des familles entières, leurs sauveteurs et ceux qui portent le deuil ont été assassinés. Ce qui semblait importer le plus était cet homme de couleur “qui parle bien”, qui était parvenu au sommet de la pyramide du pouvoir. Dans son livre “Les damnés de la terre”, Frantz Fanon écrivit que la “mission historique” des colonisés était de servir de “courroi de transmission” à ceux qui gouvernent et oppriment. Dans l’ère moderne, l’emploi de la différence ethnique dans les systèmes de pouvoir et de propagande occidentaux est maintenant vu comme essentiel. Obama est le fer de lance de ceci, bien que le cabinet ministériel de George W. Bush, sa clique de va t’en guerre, a été la plus multiraciale de l’histoire présidentielle.

Alors que la ville irakienne de Mossoul tombait aux mains des djihadistes de l’EIIL, Obama a dit “Le peuple américain a fait de lourds investissements et de sacrifices afin de donner aux Irakiens l’opportunité de tracer une meilleure destinée”. Il est pas “cool” ce mensonge là ? A quel point le discours d’Obama de West Point le 28 Mai était-il “finement ciselé” ? En délivrant son discours sur “l’état du monde” durant la cérémonie de cloture de cette promotion de jeunes officiers, à ceux qui “vont mener le leadership américain à travers le monde”, Obama a dit: “Les Etats-Unis utiliseront la force militaire, unilatéralement si c’est nécessaire, lorsque nos intérêts vitaux le demandent. L’opinion internationale est importante, mais l’Amérique ne demandera jamais la permission…

En répudiant la loi internatioale et les droits des nations indépendantes, le président américain affirme une divinité fondée sur la puissance de sa “nation indispensable” Ceci est un message familier d’impunité impérialiste, même s’il est toujours choquant à entendre. Evoquant la montée des fascismes dans les années 1930, Obama a dit: “Je crois en l’exceptionalisme américain de toutes les fibres de mon être. » L’historien Norman Pollack a écrit: “Pour les marcheurs au pas de l’oie, ils substituent la militarisation apparemment inoffensive de la culture et pour leader faquin nous avons un réformateur manqué, travaillant nonchalemment, planifiant et faisant exécuter des assassinats tout en souriant.”

En février, Les Etats-Unis ont monté un de leurs coups d’état “coloré” contre un gouvernement élu en Ukraine, exploitant des protestations véritables contre la corruption de Kiev. La conseillère à la sécurité d’Obama, Victoria Nuland, a personnellement sélectionné le leader d’un “gouvernement intérimaire”. Elle lui donna le surnom de “Yats”. Le vice-président Joe Biden vint à Kiev, tout comme le fit le directeur de la CIA John Brennan. Les troupes de choc de leur putsch étaient des nazis ukrainiens.

Pour la première fois depuis 1945, un parti néo-nazi, ouvertement antisémite, contrôle les zones clef du pouvoir d’état d’une capitale européenne. Aucun leader d’Europe de l’Ouest n’a condamné cette résurrection du fascisme dans les territoires limitrophes au travers desquels les nazis envahisseurs d’Hitler tuèrent des millions de Russes. Ils étaient soutenus par l’armée insurgée ukrainienne (AIU), responsable de massacres de juifs et de russes qu’ils appelaient “vermine”. L’AIU est l’inspiration historique de ce qu’est aujourd’hui la parti politique Svoboda et ses acolytes du Secteur Droit. Le chef de Svoboda, Oleg Tyanibok a appelé pour une purge de la “mafia juive moscovite” et “autres ordures”, incluant les homosexuels, les féministes et tout ce que comprend la gauche politique.

Depuis l’effondrement de l’URSS, les Etats-Unis ont encerclé la Russie de bases militaires, d’avions à capacité nucléaire et de missiles dans ce qui est présenté comme le projet d’élargissement de l’OTAN. Reniant une promesse faite au président russe des années 1990 Mikhaïl Gorbatchev que l’OTAN ne chercherait pas “à s’étendre d’un pouce à l’Est”, l’OTAN a en fait, militairement occupé l’Europe orientale. Dans l’ancien Caucase soviétique, l’expansion de l’OTAN constitue le plus gros développement militaire depuis la seconde guerre mondiale.

Un plan d’action des membres de l’OTAN est la cadeau de Washington au régime de Kiev issu du coup. En Août, “Operation Rapide Trident” mettra des troupes américaines et britanniques sur la frontière russo-ukrainienne et “Sea Breeze” enverra des navires de guerre en vue des ports russes. Imaginez la réponse si ces actes de provocation et d’intimidation se faisaient sur les frontières américaines.

En récupérant la Crimée, que Nikita Kroutchev avait illégalement détaché de la Russie en 1954, les Russes se sont défendus comme ils l’ont fait depuis près d’un siècle. Plus de 90% de la population de Crimée a voté pour la réintégration de son territoire dans la fédération de Russie. La Crimée est la maison-mère de la flotte russe de la Mer Noire et sa perte est une question de vie ou de mort pour les Russes et leur marine, ceci constitue un grand prix à remporter pour l’OTAN dans le même temps. Confondant les partis sur le sentier de la guerre à Washington et à Kiev, Poutine a fait retirer les troupes russes de la frontière ukrainienne et a insisté pour que les ukrainiens d’ethnie russe de l’Ukraine orientale abandonne leur idée de séparatisme.

De manière très orwellienne, ceci a été pirouetté en occident comme étant la “menace russe”. Hillary Clinton a comparé Poutine à Hitler. Sans aucune ironie, les commentateurs allemands droitistes ont fait de même. Dans les médias occidentaux, les nazis ukrainiens sont asseptisés en “nationalistes” ou “ultra-nationalistes”. Ce dont a peur l’occident c’est que Poutine trouve intelligemment une solution diplomatique et qu’il y réussisse. Le 27 juin, en réponse à la dernière proposition de Poutine, l’assemblée russe abrogea le pouvoir de Poutine d’intervenir en Ukraine pour les populations russophones, le ministre des affaires étrangères américain John Kerry lança alors un autre de ses ultimatums. La Russie devait “agir dans les prochaines heures” pour mettre un terme à la révolte en Ukraine orientale. Nonobstant le fait que Kerry est reconnu comme un parfait bouffon, le but sérieux de ces “avertissements” est d’affubler la Russie du statut de paria et de supprimer toujours plus d’information sur la guerre menée par le régime de Kiev contre son propre peuple.

Un tiers de la population ukrainienne parle russe et est bilingue. Ils ont depuis longtemps recherché une fédération démocratique qui refléterait la diversité ethnique de l’Ukraine et qui serait à la fois autonome de Kiev et de Moscou. La vaste majorité n’est ni “séparatiste” ni “rebelle”, mais des citoyens qui veulent vivre en sécurité dans leur pays. Le séparatisme est une réaction aux attaques de la junte de Kiev contre ces peuples, causant, d’après les estimations de l’ONU, une fuite de plus de 100 000 personnes en Russie. Typiquement, des femmes et des enfants traumatisés.

Tout comme les enfants victimes de l’embargo irakien et des femmes et jeunes filles “libérées” d’Afghanistan, terrorisés par les seigneurs de la guerre à la solde de la CIA, ces personnes ethniques d’Ukraine ne sont pas humains pour l’occident, leur souffrance et les atrocités commises contre eux sont minimisées ou purement supprimées. Les médias occidentaux ne rapportent aucunement l’échelle de l’amplitude de l’assaut du régime sur ces gens. Ceci n’est pas nouveau. En relisant l’excellent livre de Philip Knightley: ‘The First Casualty: the war correspondent as hero, propagandist and mythmaker‘, je renouvelais mon admiration sans bornes pour le journaliste du Guardian de Manchester Morgan Philips Price, le seul journaliste occidental qui resta en Russie durant la révolution russe de 1917 et qui rapporta la vérité sur une invasion désastreuse des alliés occidentaux. Courageux et objectif, Philips Price à lui seul perturba ce que Kinghtley appela le “sombre silence” anti-russe de l’occident.

Le 2 mai à Odessa, 41 ukrainiens russophones furent brûlés vifs dans le bâtiment du QG des syndicats, alors que la police était présente. Il y a des preuves vidéo horribles. Le leader de Secteur Droit Dimitro Yarosh loua le massacre comme “un autre grand jour de notre histoire nationale”. Dans les médias britanniques et américians, ceci fut rapporté comme étant une “sombre et opaque tragédie” résultant d’escarmouches entre des “nationalisres” (néo-nazis) et des “séparatistes” (des gens réunissant des signatures pour un referendum sur une Ukraine fédéralisée). Le New York Times enterra l’affaire, après avoir balayé d’un revers de la main comme propagande russe les avertissements sur les politiques fascistes et antisémites des nouveaux clients de Washington. Le Wall Street Journal condamna les victimes: “L’incendie mortel ukrainien a été sûrement déclanché par les rebelles dit le gouvernement”. Obama félicita la junte pour sa “retenue”.

Le 28 juin, le quotidien the Guardian a dévoué près d’une page aux déclarations du “président” du nouveau régime de Kiev, l’oligarque Petro Porochenko. Une fois de plus, la règle de l’inversion d’Orwell s’appliquait. Il n’y a pas eu de putsch, pas de guerre non plus contre une minorité ukrainienne, les Russes sont à blâmer pour tout et en tout. “Nous voulons moderniser mon pays”, a dit Porochenko. “Nous voulons y introduire la liberté, la démocratie et les valeurs européennes. Quelqu’un n’aime pas cela ; quelqu’un ne nous aime pas pour cela.”

D’après cet article. Le journaliste du Guardian, Luke Harding n’a défié aucunement ces assertions, ni n’a même mentionné les atrocités d’Odessa, les attaques du régime sur des zones résidentelles par artillerie et par raids aériens, les enlèvements et les meurtres de journalistes, la destruction à la bombe incendiaire d’un journal d’opposition et sa menace de “libérer l’Ukraine de la fange et des parasites”. L’ennemi est qualifié de “rebelles”, “insurgés”, “militants”, “terroristes”, “suppôts du Kremlin”. Rappelons les fantômes de l’histoire, ceux du Vietnam, du Chili, du Timor Oriental, d’Afrique du Sud, d’Irak: notez les mêmes étiquettes. La Palestine est l’aimant de ce mensonge incessant. Le 11 Juillet, après le début du dernier carnage en date israélien, équippé par les Etats-Unis, faisant 120 victimes incluant 6 enfants d’une même famille, un général israélien écrit dans le Guardian sous le titre de : “Une démonstration de force nécessaire”.

Dans les années 70, j’ai rencontré Leni Riefenstahl et lui ai demandé au sujet de ses films glorifiant les nazis. Utilisant des techniques de lumière et des mouvements de caméra révolutionnaires, elle produisit une forme de documentaire qui hypnotisa les Allemands ; ce fut son “Triomphe de la Volonté” qui envoûta tant au sujet d’Hitler. Je lui ai demandé au sujet de la propagande dans les sociétés qui s’imaginent supérieures. Elle me répondit alors que les “messages” dans ses films étaient dépendants non pas des “ordres venant d’en haut”, mais d’un “vide de la soumission” de la part de la population allemande. “Cela incluait-il la bourgeoisie éduquée et libérale” “ demandais-je. “Tout le monde”, répondit-elle “et bien évidemment l’intelligentsia”.

5 Réponses vers “Orwell… Grand Frère… Ukraine, Palestine, Propagande et Vérité (John Pilger)”

  1. Pétard ça fait mal… Et pourtant c’est la stricte vérité… Tout se met en place pour un État policier. Et l’on interdit les manifs de soutien aux gazaouis. Hollandouille légitime tout ; Israël est grand, gloire à Israël… Pétard que ça fait mal… Je crois qu’il serait grand temps de se sortir les doigts du fion et d’agir, vite. Nous sommes avertis, et depuis longtemps ; Mossadeg en 1953, puis le Guatemala, puis l’Equateur, puis le Panama, l’Argentine, l’Irak, l’Afghanistant, les Balkans, l’Afrique, la Lybie, la tunisie, l’Egypte, la Syrie, l’Iran encore, l’Ukraine… Qu’est-ce qu’il nous faut de plus ? Combien de Orifa ? Pétard que j’ai mal…

  2. Du grand soir:
    http://www.legrandsoir.info/israel-quand-on-revient-a-l-essentiel-tout-redevient-simple.html

    15 juillet 2014

    Israël : Quand on revient à l’essentiel, tout redevient simple.

    Sur les bases d’un texte soi-disant d’origine divine, un Etat raciste sera créé… euh… « là ».
    Un tel Etat attirera – et assez naturellement – tous les malades mentaux (« colons ») qui s’identifient à une narrative suprémaciste maquillée par un discours victimaire (« méchants palestiniens ») et paranoïaque (« antisémites ») délivré par des psychopathes manipulateurs (« sionistes »).
    Un tel Etat – forcément raciste et criminel – sera soutenu par un réseau de complices (« sayanim »), y compris, et assez incroyablement, « à gauche ». Ce qui d’ailleurs permet de repérer assez facilement et avec beaucoup de fiabilité les salauds parmi nous (ça ne loupe jamais).
    Et tout le reste, absolument tout, n’est que du baratin destiné à instaurer un écran de fumée (« hasbara ») devant cette simple vérité.
    Théophraste R.
    Faut pas me la faire avec vos pseudos-arguments historiques.

    C’est tout à fait ça. J’ajoute que le sinistre Etat Israélien vient de demander à 100.000 palestiniens d’évacuer avant destruction de leurs maisons. Quelle sollicitude!!!
    Mais pour aller où, bon sang de bois???
    http://www.brujitafr.fr/article-israel-demande-a-100-000-habitants-de-la-bande-de-gaza-de-quitter-leurs-maisons-en-prevision-des-bom-124169496.html

  3. Oui Doctorix, c’est exactement ce que je gueule toute seule devant mon poste, lorsque je tombe sur BFMWC ! Y veulent qu’ils aillent où les 100 000 gazouis… Non, non, et l’autre Hollandouille qui légitime ça ! Avez-vous le Roger Cukierman qui prétend que dimanche 13 juillet rue de la Roquette « on est pas passé loin d’un pogrom… » Non mais, vous avez-vu la vidéo amateur et tout de suite les médias alternatifs ont dénoncé que les attaques ne s’étaient pas du tout passées comme ça. Y se cachent même plus pour provoquer et pouvoir réprimer ceux qu’ils ont décidé être les mauvais… J’ai honte d’avoir aidé à porter ce sale type au pouvoir, vraiment j’ai honte. Mais, on ne m’y reprendra plus jamais. À ça non ?

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