Société contre l’État: Pratique politique anarchiste et révolution (2ème partie)

Voici ce qu’écrivait Pierre Kropotkine en 1914, à l’orée de la première guerre mondiale. Peut-on encore une fois être plus d’actualité et si oui, ne devrions-nous pas nous poser la question de pourquoi exactement 100 ans après son écriture, RIEN n’a changé ? Nos politicards nous parlent de « progressisme ». A hurler de rire si ce n’était pas si tragique…

— Résistance 71 —

 

L’action anarchiste dans la révolution

 

Pierre Kropotkine (1914)

 

Note: L’emphase sur certains passages est de notre chef et non pas de l’auteur.

 

1ère partie

 

2ème partie

 

IV

La bourgeoisie est une force, non seulement parce qu’elle possède la richesse, mais surtout parce qu’clle a mis a profit le loisir que lui donnait la richesse pour s’instruire dans l’art de gouverner et pour élaborer une science qui sert à justifier la domination. Elle sait ce qu’elle veut, elle sait ce qu’il faut pour que son idéal de société se maintienne ; et tant que le travailleur ne saura pas, lui aussi, ce qu’il lui faut, et comment y arriver, il devra rester l’esclave de celui qui sait.

Il serait certainement absurde de vouloir élaborer, dans l’imagination, une société telle qu’elle devra sortir de la révolution. Ce serait du bysantinisme que de se quereller d’avance sur les moyens de pourvoir à tel besoin de la société future, ou sur la façon d’organiser tel détail de la vie publique. Les romans que nous faisons sur l’avenir ne sont destinés qu’à préciser nos aspirations, à démontrer la possibilité d’une société sans maître, à voir si l’idéal peut être appliqué, sans se heurter à des obstacles insurmontables. Le roman reste roman. Mais il y a toujours certaines grandes lignes, sur lesquelles il faut tomber d’accord pour construire quoi que ce soit.

Les bourgeois de 1789 savaient parfaitement qu’il serait oiseux de discuter les détails du gouvernement parlementaire qu’ils rêvaient ; mais ils étaient d’accord sur deux points essentiels : ils voulaient un gouvernement fort, et ce gouvernement devait être représentatif. Plus que cela : il devait être centralisé, ayant pour organes dans les provinces une hiérarchie de fonctionnaires, ainsi que toute une série de petits gouvernements dans les municipalités élues. Mais aussi, il devait être constitué de deux branches séparées : le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif. Ce qu’ils appelaient « la justice » devait être indépendant du pouvoir exécutif, et aussi, jusqu’à un certain degré, du pouvoir législatif.

Sur deux points essentiels de la question économique ils étaient d’accord. Dans leur idéal de société la propriété privée devait être mise hors de discussion, et la soi-disant « liberté du contrat » devait être proclamée comme principe fondamental de l’organisation. Ce qui plus est, les meilleurs d’entre eux croyaient, en effet, que ce principe allait réellement régénérer la société et devenir une source d’enrichissement pour tous.

D’autant plus accommodants sur les détails qu’ils étaient fermes sur ces points essentiels, ils purent, en un an ou deux, totalement réorganiser la France selon leur idéal et lui donner un code civil (usurpé plus tard par Napoléon), — code qui fut copié plus tard par les bourgeoisies européennes, dès qu’elles arrivaient au pouvoir.

Ils travaillaient à cela avec un ensemble merveilleux. Et si, plus tard, des luttes terribles surgirent dans la Convention, ce fut parce que le peuple, se voyant trompé dans ses espérances, vint avec de nouvelles réclamations, que ses meneurs ne comprirent même pas, ou que quelques-uns d’entre eux cherchèrent vainement à concilier avec la révolution bourgeoise.

Les bourgeois savaient ce qu’ils voulaient ; ils y avaient pensé dès longtemps. Pendant de longues années, ils avaient nourri un idéal de gouvernement ; et quand le peuple se souleva, ils le firent travailler à la réalisation de leur idéal, en lui faisant quelques concessions secondaires sur certains points, tels que l’abolition des droits féodaux ou l’égalité devant la loi. ( 1)

Sans s’embrouiller dans les détails, les bourgeois avaient établi, bien avant la révolution, les grandes lignes de l’avenir. Pouvons-nous en dire autant des travailleurs ?

Malheureusement non. Dans tout le socialisme moderne et surtout dans sa fraction modérée, nous voyons une tendance prononcée à ne pas approfondir les principes de la société que l’on voudrait faire triompher par la révolution. Cela se comprend. Pour les modérés, parler révolution c’est déjà se compromettre, et ils. entrevoient que s’ils traçaient devant les travailleurs un simple plan de réformes, ils perdraient leurs plus ardents partisans. Aussi préfèrent-ils traiter avec mépris ceux qui parlent de société future ou cherchent à préciser l’oeuvre de la révolution. « On verra plus tard, on choisira les meilleurs hommes, et ceux-ci feront tout pour le mieux ! » Voilà leur réponse.

Et quant aux anarchistes, la crainte de se voir divisés sur des questions de société future et de paralyser l’élan révolutionnaire, opère dans le même sens ; on préfère généralement, entre travailleurs, renvoyer à plus tard les discussions, que l’on nomme (à tort, bien entendu), théoriques, et l’on oublie que peut-être dans quelques années on sera appelé à donner son avis sur toutes les questions de l’organisation de la société, depuis le fonctionnement des fours à pain jusqu’à celui des écoles ou de la défense du territoire, — et que l’on n’aura même pas devant soi les modèles de la révolution anglaise, dont s’inspiraient les Girondins au siècle passé.

On est trop porté, dans les milieux révolutionnaires, à considérer la révolution comme une grande fête, pendant laquelle tout s’arrangera de soi-même pour le mieux. Mais, en réalité, le jour où les anciennes institutions auront croulé, le jour où toute cette immense machine — qui, tant bien que mal, supplée, aux besoins quotidiens du grand nombre, — cessera de fonctionner, il faudra bien que le peuple lui-même se charge de réorganiser la machine détraquée.

Rien qu’à faire des décrets, copiés sur les vieux clichés républicains, connus par coeur de longue date, les Lamartine et les Ledru-Rollin passaient des vingt-quatre heures à travailler de la plume. Mais que disaient ces décrets? — Ils ne faisaient que répéter les phrases sonores que l’on avait débitées depuis des années dans les réunions et les clubs républicains, et ces décrets ne touchaient rien de ce qui fait l’essence même de la vie quotidienne de la nation. Puisque le gouvernement provisoire de 1848 ne touchait ni à la propriété, ni au salaire, ni à l’exploitation, il pouvait bien se borner à des phrases plus ou moins ronflantes, à donner des ordres, à faire, en un mot, ce que l’on fait chaque jour dans les bureaux de l’Etat. Il n’avait que la phraséologie à changer.

Et cependant, rien que ce travail absorbait déjà toutes les forces des nouveaux venus. Pour nous, révolutionnaires, qui comprenons que le peuple doit manger et nourrir ses enfants avant tout, la tâche sera autrement difficile. — Y a-t-il assez de farines ? Viendront-elles jusqu’aux fours des boulangers ? Et comment faire pour que les apports de viande et de légumes ne cessent pas ? Chacun a-t-il un logis ? Le vêtement ne manque-t-il pas ? et ainsi de suite. Voilà ce qui nous préoccupera.

Mais tout cela demandera un travail immense, féroce, — c’est le mot — de la part de ceux qui auront à coeur le succès de la révolution, — « D’autres ont eu la fièvre pendant huit jours, six semaines » disait un ancien conventionnel dans ses mémoires, — « nous l’avons eue pendant quatre ans sans interruption ». Et c’est miné de cette fièvre, au milieu de toutes les hostilités et de tous les déboires — car il y en aura aussi — que le révolutionnaire devra travailler.

Il devra agir. Mais comment agir s’il ne sait, dès longtemps quelle idée le guidera, quelles sont les grandes lignes de l’organisation qui, selon lui, répond aux besoins du peuple, à ses désirs vagues, à sa volonté indécise ?

Et on ose encore dire que de tout cela nul besoin, que tout s’arrangera de soi-même ! Plus intelligents que ça, les bourgeois étudient déjà les moyens de mater la révolution, de l’escamoter, de la lancer dans une voie où elle devra échouer. Ils étudient, non seulement les moyens d’écraser par les armes le soulèvement populaire, dans les campagnes (au moyen de petits trains blindés, de mitrailleuses), aussi bien dans les villes (ici, les états-majors ont étudié les détails en perfection) ; mais ils étudient aussi les moyens pour mater la révolution en lui faisant des concessions imaginaires, en les lançant dans des voies où la révolution est sûre de s’embourber dans la fange de l’intérêt personnel et des luttes mesquines individuelles.

Oui, la révolution sera une fête, si elle travaille à l’affranchissement de tous ; mais pour que cet affranchissement s’accomplisse, le révolutionnaire devra déployer une audace de pensée, une énergie d’action, une sûreté de jugement, et une âpreté au travail dont le peuple a rarement fait preuve dans les révolutions précédentes, mais dont les précurseurs commencèrent déjà à se dessiner dans les derniers jours de la Commune de Paris et dans les premiers jours des grèves de ces dernières vingt années.

V

— « Mais où prendrons-nous cette audace de pensée et cette énergie au travail d’organisation, quand le peuple ne l’a pas ? N’admettez-vous pas vous-mêmes — nous dira-t-on — que si la force d’attaque ne manque pas au peuple, l’audace de la pensée et l’âpreté à la reconstruction lui ont trop souvent fait défaut ? ».

Nous l’admettons parfaitement Mais nous n’oublions pas non plus la part qui revient aux hommes d’initiative dans les mouvements populaires. Et c’est de cette initiative que nous allons dire maintenant un mot pour terminer notre étude.

L’initiative, la libre initiative de chacun, et la possibilité pour chacun de faire valoir cette force lors des soulèvements populaires, voilà ce qui a toujours fait la puissance irrésistible des révolutions. Les historiens en parlent peu ou point. Mais c’est sur cette force que nous comptons pour entreprendre et accomplir l’oeuvre immense de la révolution sociale.

Si les révolutions du passé ont fait quelque chose, c’est exclusivement grâce aux hommes et femmes d’initiative, aux inconnus qui surgissaient dans les foules et ne craignaient pas d’accepter, vis-à-vis de leurs frères et de l’avenir, la responsabilité d’actes, considérés d’une audace insensée par les timides.

La grande masse se décide difficilement à entreprendre quelque chose qui n’ait pas eu un précédent dans le passé. On peut s’en convaincre tous les jours. Si la routine nous enveloppe de ses moisissures à chaque pas, c’est qu’il manque d’hommes d’initiative pour rompre avec les traditions du passé et se lancer hardiement dans l’inconnu. Mais si une idée germe dans les cerveaux, vague encore, confuse, incapable de se traduire dans les faits, et que des hommes d’initiative surviennent et se mettent à l’oeuvre, ils sont immédiatement suivis, — pourvu que leur oeuvre réponde aux vagues aspirations. Et lors même que, rompus de fatigue, ils se retirent, le travail commencé sera continué par des milliers de continuateurs, dont on n’osait même pas supposer l’existence. C’est l’histoire de toute la vie de l’humanité, — histoire que chacun peut constater de ses propres yeux, par sa propre expérience. Il n’y a que ceux qui ont voulu marcher à l’encontre des voeux et des besoins de l’humanité, qui se sont vus maudits et abandonnés par leurs contemporains.

Malheureusement, les hommes d’initiative sont rares dans la vie de tous les jours. Mais ils surgissent aux époques révolutionnaires, et ce sont eux, à proprement dire, qui font les oeuvres durables des révolutions.

Ceux-là font notre espoir et notre confiance dans la prochaine révolution. Qu’ils aient seulement la conception juste et, partant, large de l’avenir, qu’ils aient l’audace de la pensée et ne s’acharnent pas à faire revivre un passé condamné à mourir ; qu’un idéal sublime les inspire, — et ils seront suivis. Jamais, à aucune époque de son existence, l’humanité n’a tellement senti le besoin d’une grande inspiration qu’à ce moment où nous vivons, après avoir traversé un siècle de pourriture bourgeoise.

Mais pour qu’ils surgissent, il faut l’oeuvre préparatoire. Il faut que les idées nouvelles, — celles qui marqueront un nouveau point de départ dans l’histoire de la civilisation, soient ébauchées avant la révolution ; qu’elles soient fortement répandues dans les masses, afin qu’elles puissent y être soumises à la critique des esprits pratiques et, jusqu’à un certain point, à la vérification expérimentale. Il faut que les idées qui germent avant la révolution soient assez répandues pour qu’un certain nombre d’esprits s’y sentent accoutumés. Il faut que ces mots : « anarchie », « abolissement de l’Etat », « libre entente des groupements ouvriers et des communes », « la commune communiste » deviennent familiers — assez familiers pour que les minorités intelligentes cherchent à les approfondir.

Alors, les Chalier, les Jacques Roux, les Dolivier de la prochaine révolution seront compris par les masses qui, une fois la première surprise passée, apercevront dans ces mots l’expression de leurs propres aspirations.

— Mais l’envie des opprimés eux-mêmes ? N’a-t-on pas souvent remarqué et avec raison, que l’envie fait l’écueil des démocraties ? Que si le travailleur subit avec trop de patience l’arrogance du maître en paletot, il regarde d’un oeil envieux jusqu’à l’infIuence personnelle du camarade d’atelier. — Ne nions pas le fait ; ne nous retranchons même pas derrière l’argument, très juste d’ailleurs, que l’envie naît toujours de la conscience que le camarade, une fois l’influence acquise, l’employera à trahir ses camarades d’hier, et que le seul moyen de paralyser l’envie, comme la trahison, serait d’ôter au camarade, comme au bourgeois, la possibilité d’accroître son autorité, de devenir un maître.

Tout cela est juste ; mais il y a plus. Nous tous, avec notre éducation autoritaire, quand nous voyons une influence surgir, nous ne pensons la réduire qu’en l’annihilant ; et nous oublions qu’il y a un autre moyen, infiniment plus efficace, de paralyser les influences, déjà nuisibles, ou celles qui tendent à le devenir. C’est celui de faire mieux à côté.

Dans une société servile, ce moyen est impossible et, enfants d’une société servile, nous n’y pensons même pas. Un roi devenu insupportable, — quel moyen avons-nous de nous en débarrasser, si ce n’est de le tuer ? Un ministre nous gêne-t-il, que faire, sinon chercher un candidat pour le remplacer ? Et quand un « élu du peuple » nous dégoûte, nous en cherchons un autre pour lui faire concurrence. Cela se passe ainsi. Mais, est-ce bien raisonnable ?

Que pouvaient faire, en effet, les Conventionnels en présence d’un roi qui leur disputait le pouvoir, si ce n’était le guillotiner ? et que pouvaient faire les représentants de la Montagne en présence d’autres représentants, investis des mêmes pouvoirs — les Girondins, — si ce n’était de les envoyer à leur tour au bourreau ? Eh bien, cette situation du passé reste en nous jusqu’à présent, tandis que le seul moyen vraiment efficace de paralyser une initiative nuisible est de prendre soi-même l’initiative de l’action dans une meilleure direction.

Aussi, quand nous entendons les révolutionnaires se pâmer d’aise à l’idée de poignarder ou de fusiller les gouvernants qui pourraient s’imposer pendant la révolution, nous sommes saisis d’épouvante en pensant que les forces des vrais révolutionnaires pourraient s’épuiser en luttes qui ne seraient, au fond, que des luttes pour ou contre les individus qui se donneraient du galon.

Leur faire la guerre, c’est déjà reconnaître la nécessité d’avoir d’autres hommes couverts du même galon. En 1871, on voit déjà, à Paris, un vague pressentiment d’une meilleure manière d’agir. Les révolutionnaires du peuple semblaient comprendre que le « Conseil de la Commune » devait être considéré comme un simple décor, comme un tribut payé aux traditions du passé ; que le peuple, non seulement, ne devait pas désarmer, mais qu’il devait maintenir, à côté du Conseil, son organisation intime, ses groupes fédérés, et que de ces groupes, non de l’Hôtel de Ville, devaient sortir les mesures nécessaires pour le triomphe de la révolution. Malheureusement, une certaine modestie des révolutionnaires populaires, appuyée, aussi par les préjugés autoritaires, encore très enracinés à cette époque, empêchèrent ces groupes fédérés d’ignorer totalement le Conseil et d’agir, comme s’il n’eût-pas existé du tout, pour ouvrir une nouvelle ère de construction sociale.

Nous n’éviterons pas le retour de ces tentatives de gouvernement révolutionnaire lors de la prochaine révolution. Mais, sachons, du moins, que le moyen le plus efficace d’annuler son autorité ne sera pas celui de comploter des coups d’Etat, qui ne feraient que ramener le pouvoir sous une autre forme aboutissant à la dictature. Le seul moyen efficace sera de constituer dans le peuple même une force, puissante par son action et les faits révolutionnaires constructifs qu’elle aura accomplis, ignorant le pouvoir quel que soit son nom, et grandissant toujours par son initiative révolutionnaire, son élan révolutionnaire, et son oeuvre de démolition et de réorganisation. Pendant la Grande Révolution de 1789-1794 ce furent les sections de Paris et d’autres grandes villes et des municipalités révolutionnaires dans les petites villes qui dépassant la Convention et les organes provinciaux du gouvernement révolutionnaire, se mirent à ébaucher des tentatives de reconstruction économique et de libre entente de la Société. C’est ce que nous démontrent, aujourd’hui, les documents, déjà publiés, concernant l’activité de ces organes trop méconnus de la révolution.

Un peuple qui aura su organiser lui-même la consommation des richesses et leur reproduction dans l’intérêt de toute la société, ne pourra plus être gouverné. Un peuple qui sera lui-même, la force armée du pays, et qui aura su donner aux citoyens armés la cohésion et l’unité d’action nécessaires, ne sera plus commandé. Un peuple qui aura lui-même organisé ses chemins de fer, sa marine, ses écoles, ne pourra plus être administré. Et enfin, un peuple qui aura su organiser ses arbitres pour juger les petites disputes, et dont chaque individu se considérera comme un devoir d’empêcher que le gredin n’abuse du faible, sans attendre l’intervention providentielle, du sergent de ville, n’aura besoin ni d’argousins, ni de juges, ni de geôliers.

Dans les révolutions du passé, le peuple se chargeait de l’oeuvre de démolition ; quant à celle de réorganisation, il la laissait aux bourgeois. — « Mieux versée que nous dans l’art de gouverner, venez, seigneurs ; organisez-nous, ordonnez-nous le travail, pour que nous ne mourrions pas de faim ; empêchez-nous de nous entre-dévorer, punissez et pardonnez selon les lois que vous aurez faites pour nous, pauvres d’esprit ! » – Et l’on sait comment ils profitaient de l’invitation.

Eh bien, la tâche qui s’impose au peuple lors du prochain soulèvement, sera de s’emparer précisément de cette fonction qu’il a abandonnée jadis aux bourgeois. Elle sera de créer, — d’organiser, en même temps que de détruire.

Pour accomplir cette tâche, la révolution populaire aura besoin de toute la puissance d’initiative de tous les hommes de coeur, de toute l’audace de leur pensée, affranchie des cauchemars du passé, de toute leur énergie. Elle devra aussi se garder de paralyser l’initiative des plus résolus : elle devra simplement redoubler d’initiative, si celle des autres vient à manquer, si elle s’émousse, ou si elle prend une fausse direction. L’audace de la pensée, une conception nette et large de tout ce que l’on veut, la force constructive surgissant du peuple lui-même à mesure que la négation de l’autorité se fait jour ; et enfin, l’initiative de tous dans l’oeuvre de reconstruction, — voilà ce qui donnera à la révolution la puissance qu’elle doit posséder pour vaincre.

C’est précisément ces forces que la propagande active de l’Anarchie, aussi bien que la philosophie même de l’Anarchie, tendent à développer. A la discipline, — cette ancre de salut des autoritaires, — ils opposent la conception large et grande de la révolution qui, seule, peut donner l’inspiration nécessaire. Et, à ceux qui aimeraient voir le peuple se borner à un rôle de meute lancée contre les gouvernants du jour, mais toujours retenue à temps par le fouet, nous disons : « La part du peuple dans la révolution doit être positive, en même temps que destructive. Car lui seul peut réussir à réorganiser la société sur des bases d’égalité et de liberté pour tous. Remettre ce soin à d’autres, serait trahir la cause même de la révolution. »

Voyez la Grande Révolution. Paris (Stock éditeur.) 1908

= = =

Source:

http://fr.wikisource.org/wiki/L’Action_anarchiste_dans_la_révolution

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.