Colonialisme et ONU: Contrôler le langage contrôle les gens, jeu sémantique, jeu de domination pour un statu quo colonialiste

La “bonne domination” des États contre les peuples et les nations appelés “indigènes”

 

Steven Newcomb

 

10 Juin 2014

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2014/06/10/good-dominance-states-against-nations-peoples-called-indigenous

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Au moment où ceci sera publié, la 13ème session du Forum Permanent sur les Affaires Indigènes de l’ONU (UNFPII) sera terminé. Le “thème spécial” pour cette année était “Les principes de bon gouvernement consistant avec la Déclaration des Nations Unies des Droits des Peuples Indigènes: article 3 à 6 et 46”.

Dans le contexte du système des Nations-Unies, les peuples appelés “indigènes” sont définis en termes de l’établissement il y a plusieurs siècles d’un système global de domination. Ceci est le cadre au sein duquel il faut interpréter de manière précise la phrase “bon gouvernement” dans le thème du Forum Permanent de l’ONU de cette année.

Les peuples étiquetés “indigènes” étaient à l’origine libres sur leurs territoires, quand, comme le dit une définition de l’ONU, “des personnes d’une culture et d’une origine ethnique différentes arrivèrent là-bas venant d’autres endroits du monde”. La définition appelle ces envahisseurs les “nouveaux arrivants”, qui “surclassèrent” les nations originelles et leurs peuples “par conquête, colonisation ou par d’autres moyens” et “les réduisirent au stade de non-dominant ou à une situation coloniale”.

Etant donné la définition ci-dessus des peuples indigènes, le concept de “bon gouvernement” dans ce thème spécial du Forum des Nations-Unies est interprété de manière juste en gardant la réduction politique voulue au départ des nations originellement libres et de leurs peuples à leur dégradation au niveau d’indigènes ou au statut d’indigènes. Au travers de la construction d’un système de réalité de domination d’état, des nations indépendantes et libres ainsi que leurs peuples sont maintenant caractérisées comme ayant été réduites à un sous-ordre d’existence “indigène”.

Bien que ce que j’ai écrit ci-dessus exprime précisément une définition donnée par l’ONU des “peuples indigènes”, les états membres de l’ONU considèrent qu’il est très impoli pour nous d’attirer l’attention là-dessus. Tandis que le mot domination est écrit dans la définition de l’ONU du mot “indigène”, les gouvernements des états se sentent inconfortables si et quand nous le stipulons. Pourquoi ? Parce que le mettre en lumière est questionner ce que les états considèrent l’inquestionable légitimité de leur domination sur nos nations et peuples originellement libres et indépendants.

Mettre en avant, montrer les schémas de domination impliqués dans la définition “indigène” de l’ONU et par là-même identifier que le “bon gouvernement” dans ce contexte veut en fait dire “bonne domination”, provoque deux réponses possibles.
Une réponse est d’être marginalisé ou ignoré pour avoir mis en valeur cette connexion ; une autre réponse possible est d’être accusé de s’engager dans une “hyperbole” dans l’utilisation du terme “domination”.

D’après mon énorme dictionnaire Webster non abrégé, une hyperbole est “une exagération extravagante qui représente quelque chose comme étant plus grande ou plus petite, meilleure ou pire, ou plus intense qu’elle ne l’est en réalité…” Imaginez être accusé d’être hyperbolique pour avoir indiqué le schéma de domination impliqué dans la définition du mot “indigène” de l’ONU ? Une réplique pourrait être comme suit: “Ok, bien sûr, la définition de l’ONU pour les ‘peuples indigènes’ est précisément interprétée en terme de domination, mais c’est une sorte de domination qui est juste mineure, minimaliste. Vous essayez d’exagérer les effets de la domination sur ces peuples et nations qui sont obligés de vivre sous celle-ci.

Bien sûr, cette réponse implique qu’il y a eu à ce jour un effort quelconque pour essayer de mesurer les effets négatifs qui résultent de forcer des nations et des peuples de vivre sous domination. Aussi loin que je sache, il n’y a eu aucun effort jusqu’à ce jour pour mesurer les effets de la domination sur des nations et peuples originellement libres. Et pourtant, ces effets sont constamment illustrés par des informations venant de ce qu’il se passe pour les peuples dominés du monde appelés “indigènes”.

Quels exemples de domination pourrions-nous citer ? En premier lieu et avant toute chose, nous pouvons citer les rituels et les cérémonies que les colons pratiquèrent originellement comme base pour affirmer un droit “souverain” de domination et de “dominion/colonisation” sur le sol des nations et peuples originels. Deuxièmement, au nom de “civiliser” les natifs “non-civilisés” (non-dominés), nous pouvons citer l’utilisation de ces affirmations symboliques de “souveraineté” et de “domination” comme la base d’imposer par la force des systèmes politique et légal sur les peuples et nations originels.

D’autres exemples incluent la société dominante prenant en charge les terres et territoires des nations et peuples originels, prenant, saisissant tout ce qui a de la valeur, des terres aux territoires, pour l’enrichissement des colons ; tuant ou emprisonnant les peuples originaux qui résistent au massacre perpétré par le système de domination. Un autre exemple de domination est la destruction des endroits sacrés, cérémonieux et significatifs des nations et peuples originels, chose que ces peuples n’ont pas la capacité d’enrayer.

Deux autres effets de la domination sont la destruction intentionnelle des langues des peuples originels (lingui-cide) par la société dominante, ainsi que le traumatisme infligé aux parents et aux enfants quand la société dominante sépare et emmène les enfants des nations dominées et les institutionalise dans des centres d’endoctrinement de façon à ce que les enfants puissent être socialisés aux valeurs, aux normes et aux façons de faire et de penser de la société dominante (ethnocide). De plus, les statistiques de santé inhérentes à ces centres, nous donne encore un exemple des effets négatifs de la domination (NdT: Plus de 55 000 enfants sont morts dans les pensionnats pour Indiens au Canada seul entre 1824 et 1996…).

Nous avons le choix. Nous pouvons permettre aux sociétés dominantes de continuer à utiliser leur terminologie euphémistique sans être dérangées, pour qu’elles puissent continuer à caractériser (justifier) ce qu’elles ont fait pendant des siècles pour dominer nos nations et nos peuples. Ou bien nous pouvons utiliser le mot “domination” (et son résultat en terme de déshumanisation) pour nommer et identifier précisément le problème qui a besoin d’être résolu. Ensuite, et seulement ensuite, sera t’il possible de poser la question critique: “Comment mettons-nous un terme ou abolissons-nous la domination de nos nations et de nos peuples ?

Quand la domination est phrasée euphémistiquement comme “bon gouvernement” par ceux qui ont un conflit d’intérêt évident pour maintenir la domination sur nos existences, il est de notre responsabilité de dénoncer leur utilisation manipulative du langage. Le simple fait que des schémas de domination puissent être appelés “bon gouvernement” aux Nations-Unies sans que notre peuple ne semble même le noter est un témoignage de la subtilité sémantique à laquelle nous devons faire face quotidiennement.

La sémantique est une interprétation des mots et des symboles. L’auto-détermination sémantique est une partie critique de ce que représente le droit à l’auto-détermination pour les nations et peuples originellement libres appelés “indigènes”. Originellement libres ; nous devons reprendre le contrôle du champ sémantique et ne plus permettre aux sociétés dominantes de continuer à dominer nos existences en étiquetant leurs systèmes de domination de “bon gouvernement”. Nous devons comprendre que la Déclaration des Droits des Peuples Indigènes (Peuples Dominés) de l’ONU est faite pour renforcer plutôt qu’abolir la domination d’état sur notre existence de nations et peuples originellement libres et que ceci est démontré dans son article 46 qui donne à la domination le nom de couverture, le déguisement d’ “’intégrité territoriale des états”.

4 Réponses to “Colonialisme et ONU: Contrôler le langage contrôle les gens, jeu sémantique, jeu de domination pour un statu quo colonialiste”

  1. Adiès Says:

    En France en Vendée en 1792 et 1793 se perpétua le génocide sur les Vendéens qui refusèrent de se laisser coloniser par les républicains et autres jacobinistes croyant détenir la vérité pour le monde occidental : « Ce qui est bien pour nous est bien pour vous ». Et que dire des Russes en 1917 qui refusèrent de se laisser coloniser par ces mêmes républicains (le socialisme et le marxisme en général ne sont que la maturité de l’opinion conçu comme critère de vérité politique à partir de 1789) ; résultat : des dizaines de millions de morts, en passant par l’institution et l’économie du système du Goulag, de la guerre civile, des horreurs stalinienne, jusqu’à la disparition de Staline et même jusqu’au milieux des années 1980. Les bolcheviques savaient parfaitement contrôler le langage et ils avaient Ivan Pavlov comme outil de « traitement ».

    • L’Amérique latine est la grande source d’espoir pour le monde, il est néanmoins délicat d’employer cette terminologie de « nouvel ordre mondial » quand on parle de vision progressiste.
      L’initiative est louable, mais en ce qui nous concerne, la solution n’est pas dans le système… L’étatisme doit être combattu. La solution est plus proche de la méthodologie et vision politique du Chiapas, que des étatismes socialistes… Plus proche d’Emiliano Zapata que de Simon Bolivar…

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