Allégorie politique: Le feu et la cendre…

Remuer les cendres

 

John Karhiio Kane, Mohawk

 

1er Avril 2014

 

url de l’article:

http://bsnorrell.blogspot.jcom2014/04/john-kane-mohawk-stirring-ashes.html

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Un des plus grands défis pour n’importe quel peuple est une participation élargie sur des problèmes qui affectent tout le monde. Et quand vous y pensez vraiment, il y a peu de chose des plus petites vagues dans une famille aux calamités majeures d’une communauté, qui se produit sans impact sur les autres.

La notion de se “mêler de ses oignons” ou “de laisser quelqu’un d’autre gérer le truc” est devenue chose commune dans bien des cultures. Alors que nous observons les faiblesses de certaines de ces autres cultures et sociétés, il y a ceux parmi nous qui voudraient penser que l’Haudenosaunee (NdT: La confédération iroquoise) a vécu dans une société utopique où le conflit et la controverse n’ont jamais eu droit de cité. Nous parlons du “bon esprit” comme si nos ancêtres n’avaient jamais eu de mauvaises pensées.

Bien sûr, ce n’est pas le cas. Une bonne inspection des concepts capturés dans notre langue et nos cérémonies clarifie bien que toutes deux ont été développées pour donner les leçons nécessaires afin d’éviter de répéter les erreurs de ceux qui sont venus avant nous.

Leur sagesse est démontrée dans les métaphores au-delà du temps, qui ont été dessinées génération après génération, non seulement sans perdre leurs significations mais aussi en fait, en gagnant en signification au fil du temps. “Le feu” est un bon exemple de ceci.

Un feu de manière fondamentale sert de symbole de la famille. Un feu fournit la chaleur et la protection. A sa lueur trouve t’on la sagesse et l’apprentissage et l’effet apaisant presque hypnotique de ses flammes dansantes et des ses braises rougeoyantes, sont quelque chose qui est sans équivalent dans la nature.

Au-delà de la famille, le feu représente le conseil, l’assemblée. En fait, le feu est un symbole de notre droit d’assemblée. Nous référons à notre processus de délibération comme quelque chose qui se fait à travers et autour d’un feu.

Alors que le feu et son entretien sont des parties significatives de cérémonie, du conseil et de la fondation même de notre “Longue Maison”, il y a des concepts de base associés avec le feu qui sont soit manquants, ignorés ou qui sont interprêtés de manière trop étriquée.

Des poètes, auteurs et conteurs d’histoire ainsi que des chamans ont façonné des messages et des sermons au moyen d’images qui évoquaient le fait de “remuer les cendres”. Mais une des plus signifiantes et plus pragmatiques connexion culturelle de cette expression n’est ni spirituelle, ni chargée de connotations sinistres ou fantômatiques.

Comme cela me fut expliqué, un des concepts capturés dans l’acte de remuer les cendres est spécifiquement associé avec l’appartenance et l’encouragement à la participation. L’acte même de remuer les cendres et de tisonner le foyer et ses braises dormantes, va en fait raviver bon nombre de ces braises. En les exposant, ces braises pas encore tout à fait éteintes, vont luire de nouveau de leur propre feu et même celles qui semblent avoir perdu de leur flamme peuvent être ravivées.

Beaucoup de nos gens sont comme ces braises dormantes et quasi-éteintes. Alors que les flammes chaudes brillent et dansent de leur énergie flamboyante, beaucoup se pelotonnent dans les endroits tranquilles permettant à notre feu d’être nourri principalement par les feux les plus vifs d’entre nous. En nous refugiant dans les cendres, nous préservons nos pensées et nos opinions, les protégeant de l’attention des autres. En faisant cela, nous croyons souvent que nous gardons le droit de critiquer calmement, en dehors de tout engagement.

Le concept de remuer les cendres donne l’énergie et la vie à ceux qui se cachent de leur responsabilité lorsque leur contribution à notre feu se fait le plus sentir. Remuer les cendres ravive ceux qui peuvent se sentir négligés tout comme ceux qui souhaitent l’être. C’est un symbole de participation et d’inclusion. Pourtant, aussi loin que cette image puisse être intelligible, elle n’est pas souvent utilisée ni même partagée.

J’ai énormément de chance d’avoir des personnes autour de moi qui continuent de partager et de m’expliquer ces choses. Et à cause de ces relations très spéciales, ma responsabilité devient celle de continuer les conversations qui me sont offertes et d’encourager ce concept même d’inclusion et de participation par dessus tout.

C’est au travers de ces conversations que des gens de même esprit se rassemblent et que ceux qui sont enclins à l’action peuvent vraiment savoir si leurs actions sont soutenues ou condamnées. Nous ne devons pas avoir peur des braises noircies. Nous devons remuer ces cendres afin de trouver l’étincelle latente en chacun de nous. Il n’y a pas de véritable consensus sur quoi que ce soit si la lumière de tant de personnes est laissée enfouie dans la cendre.

De la même manière que nous enlevons la poussière avec une aile de mouette de la connaissance passée par ceux qui sont venus avant nous, nous remuons les cendres de nos feux pour retirer cette poussière de la connaissance qui se tient gentiment juste à côté de nous.

Pour ceux qui sont forts dans leurs, dans nos, convictions, nous devons chaleureusement accueuillir les voix rarement entendues et si ces voix nous défient, nous donnent la contradiction, alors un tel défi doit être vu et perçu comme une opportunité pour enseigner à ceux qui n’ont pas été encore assez engagés ou pour apprendre de ceux qui attendent à être plus engagés. Un lit de braises chaudes est une fondation forte pour un feu qui attend de s’embraser et cette mer de braises incandescentes est bien plus puissante que n’importe quelle allumette, torche ou feu de signalement.

Nous avons besoin de bien plus de participation que nous n’avons besoin de leadership. Un leadership fort n’est seulement nécessaire que pour mener des gens faibles d’esprit. Les grands femmes et hommes qui nous ont précédé savaient tout cela, c’est bien pour cela que des expressions comme “dépoussiérer” ou “remuer les cendres” furent spécifiquememt capturées dans notre langue et incorporées dans notre culture et nos cérémonies. Ce ne sont pas des mots destinés à des prières au monde céleste mais bien plutôt des concepts développés pour enseigner et éviter les erreurs de la nature de l’Homme sur cette Terre.

Une Réponse to “Allégorie politique: Le feu et la cendre…”

  1. JBL1960 Says:

    Ceux qui ont une cheminée, comprendront mieux encore cette « allégorie » ou métaphore. Et c’est tellement juste. Souvent je vous quitte en vous disant : Je vais méditer au coin du feu… Et je remue les cendres… Mon mari souvent m’appelle la « trifouilleuse » car, selon lui, je trifouille le feu. En fait, je remue les cendres. Et je trifouille au plus profond de moi, afin de trouver des réponses à mes questions. Ce texte me parle, et je vous remercie pour ce partage. A+

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