Crimée russe… début d’un mur de Berlin à l’envers ?…

Très bonne analyse de T. Meyssan sur la situation au delà de l’Ukraine et de la Crimée: Y a t’il un effet boule de neige en vue ? Bon nombre de nations commencent à sérieusement penser à tourner le dos à l’UE et l’empire pour rejoindre Moscou et la Russie. A l’heure où l’empire anglo-américain et ses satellites devient de plus en plus totalitaire, le moment où scientifiques, intellectuels et dissidents de tout horizon demanderont l’asile politique à la Russie (comme Edward Snowden…) n’est sans doute plus bien loin.

L’Archipel du Goulag occidental est en marche, mais ne gagnera pas…

— Résistance 71 —

 

Le basculement de la Crimée est-il le premier d’une longue série ?

 

Thierry Meyssan

 

24 mars 2014

 

url de l’article original:

http://www.voltairenet.org/article182898.html

 

Au-delà des pleurs emphatiques de l’Occident face à l’adhésion de la Crimée à la Fédération de Russie, le vrai enjeu est de savoir s’il s’agit d’un événement orphelin ou s’il préfigure le basculement de l’Europe orientale vers Moscou. N’ayant plus que l’asservissement à la bureaucratie bruxelloise à offrir, Bruxelles craint que ses actuels clients soient attirés par la liberté et l’argent de Moscou.

Les Occidentaux s’époumonent à dénoncer l’« annexion militaire » de la Crimée par la Russie. Selon eux, Moscou, revenant à la « doctrine Brejnev », menace la souveraineté de tous les États qui furent membres non seulement de l’ex-URSS, mais aussi du Pacte de Varsovie, et s’apprête à les envahir comme il le fit en Hongrie en 1956 et en Tchécoslovaquie en 1968.

Est-ce bien vrai ? Manifestement, les mêmes Occidentaux ne sont pas convaincus de l’imminence du danger. S’ils assimilent en paroles l’« annexion » de la Crimée par Vladimir Poutine à celle des Sudètes par Adolf Hitler, ils ne pensent pas que l’on se dirige vers une Troisième Guerre mondiale.

Tout au plus ont-ils pris des sanctions théoriques contre quelques dirigeants russes —y compris criméens— en bloquant leurs comptes, au cas ou ils voudraient en ouvrir dans des banques occidentales, ou en leur interdisant d’y voyager, si l’envie leur en prenait. Le Pentagone a bien envoyé 22 avions de combats en Pologne et dans les États baltes, mais il n’a pas l’intention de faire plus que cette gesticulation, pour le moment.

Que se passe t-il au juste ? Depuis la chute du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989, et le sommet de Malte qui l’a suivie, les 2 et 3 décembre, les États-Unis n’ont cessé de gagner du terrain et, en violation de leurs promesses, de faire basculer un à un tous les États européens —sauf la Russie— dans l’Otan.

Le processus a débuté quelques jours plus tard, à la Noël 1989, avec le renversement des Ceaușescu en Roumanie et leur remplacement par un autre dignitaire communiste subitement converti au libéralisme, Ion Iliescu. Pour la première fois, la CIA organisait un coup d’État aux yeux de tous, tout en le mettant en scène comme une « révolution » grâce à une nouvelle chaîne de télévision, CNN International. C’était le début d’une longue série.

Une vingtaine d’autres cibles allaient suivre, souvent par des moyens tout aussi frauduleux : l’Albanie, l’Allemagne de l’Est, l’Azerbaïdjan, la Bosnie-Herzégovine, la Bulgarie, la Croatie, l’Estonie, la Géorgie, la Hongrie, le Kosovo, la Lettonie, la Lituanie, la Macédoine, la Moldavie, le Monténégro, la Pologne, la Serbie, la Slovaquie, la Slovénie, la Tchéquie et l’Ukraine.

Aucun document ne fut signé lors du sommet de Malte, mais le président Bush Sr., conseillé par Condoleezza Rice, prit l’engagement oral qu’aucun membre du Pacte de Varsovie ne serait accepté dans l’Otan. En réalité, l’Allemagne de l’Est y entra de facto, par le simple jeu de son adhésion à l’Allemagne de l’Ouest. La porte étant ainsi ouverte, ce sont aujourd’hui 12 États ex-membres de l’URSS ou du Pacte de Varsovie qui y ont adhéré et les autres qui sont en attente de rejoindre l’Alliance.

Cependant, « les meilleures choses ont une fin ». La puissance de l’Otan et de son versant civil, l’Union européenne, vacille. Certes l’Alliance n’a jamais été si nombreuse, mais ses armées sont peu efficaces. Elle excelle sur de petits théâtres d’opération, comme en Afghanistan, mais ne peut plus entrer en guerre contre la Chine, ni contre la Russie, sans la certitude de perdre comme on l’a vu en Syrie cet été.

En définitive, les Occidentaux sont stupéfaits de la rapidité et de l’efficacité russes. Durant les jeux Olympiques de Sotchi, Vladimir Poutine n’a stoïquement livré aucun commentaire sur les événements de la place Maidan. Mais il a réagi dès qu’il a eu les mains libres. Chacun a pu alors constater qu’il abattait des cartes qu’il avait préparées durant son long silence. En quelques heures, des forces pro-russes ont neutralisé les forces pro-Kiev de Crimée tandis qu’une révolution était organisée à Semferopol pour porter au pouvoir une équipe pro-russe. Le nouveau gouvernement a appelé à un référendum d’autodétermination qui a enregistré une immense vague pro-russe, population tatare incluse. Puis, les Forces officielles russes ont fait prisonniers avec leurs matériels les soldats se réclamant encore de Kiev. Tout cela sans tirer un coup de feu, à l’exception d’un sniper ukrainien pro-Otan qui fut arrêté à Semferopol après avoir tué une personne de chaque bord.

Il y a vingt ans, les mêmes Criméens auraient certainement voté contre la Russie. Mais aujourd’hui, leur liberté est bien mieux assurée par Moscou que par Kiev, où un tiers du gouvernement revient aux nazis et les deux autres tiers aux représentants des oligarques. En outre, leur économie en faillite a immédiatement été relevée par la Banque de Russie, tandis que, malgré le FMI et les prêts des États-Unis et de l’UE, Kiev est condamné à une longue période de pauvreté. Il n’était pas nécessaire de parler russe pour faire ce choix et, malgré la propagande occidentale, les musulmans Tatars l’ont fait comme les russophones. C’est également le choix de 88 % des militaires ukrainiens stationnés en Crimée, qui se sont ralliés à Moscou avec la ferme intention de faire venir leurs familles et de leur obtenir la nationalité russe. C’est aussi le choix de 82 % des marins ukrainiens qui se trouvaient en mer, trop heureux de pouvoir devenir Russes, ils se sont ralliés à Moscou avec leurs bâtiments sans y être contraints d’aucune manière.

La liberté et la prospérité, qui ont été les arguments de vente de l’Occident depuis presque 70 ans, ont changé de camp.

Il ne s’agit pas d’affirmer ici que la Russie est parfaite, mais de constater que pour les Criméens et en réalité pour la plupart des Européens, elle est plus attractive que le camp occidental.

C’est pourquoi l’indépendance de la Crimée et son adhésion à la Fédération de Russie marquent le retour du balancier. Pour la première fois, un peuple ex-soviétique décide librement de reconnaître l’autorité de Moscou. Ce que craignent les Occidentaux, c’est que cet événement ait un effet comparable à la chute du Mur de Berlin, mais dans l’autre sens. Pourquoi ne verrait-on pas des États membres de l’Otan —comme la Grèce— ou simplement de l’Union européenne —comme Chypre— suivre le même chemin ? Le camp occidental se déliterait alors et sombrerait dans une très forte récession —comme la Russie d’Eltsine—.

En outre, la question de la survie des États-Unis ne manquerait pas de se poser. La dissolution de l’URSS aurait dû entrainer celle de son ennemi et néanmoins partenaire, ces deux super-puissances n’existant que l’une face à l’autre. Or, il n’en fut rien. Washington étant débarrassé de son compétiteur se lança à la conquête du monde, globalisa l’économie et installa un Nouvel Ordre. Il fallut deux ans et un mois à l’Union soviétique pour se dissoudre après la chute du Mur de Berlin. Verrons-nous bientôt la dissolution des États-Unis et de l’Union européenne en plusieurs entités, ainsi que l’enseigne Igor Panarin à l’Académie diplomatique de Moscou ? L’effondrement sera d’autant plus rapide que Washington réduira ses subventions à ses alliés et Bruxelles ses fonds structurels.

Personne ne doit craindre l’attractivité de la Russie, car c’est une puissance impériale, mais pas impérialiste. Si Moscou a tendance à rabrouer les petits pays qu’il protège, il n’entend pas étendre son hégémonie par la force. Sa stratégie militaire est celle du « déni d’accès » à son territoire. Ses armées sont les premières au monde en termes de défense anti-aérienne et anti-navale. Elles peuvent détruire des flottes de bombardiers et de porte-avions. Mais elles ne sont pas équipées pour partir à la conquête du monde, ni déployées dans quantité de bases extérieures.

Il est particulièrement étrange d’entendre les Occidentaux dénoncer l’adhésion de la Crimée à la Fédération de Russie comme contraire au droit international et à la Constitution ukrainienne. N’est-ce pas eux qui démembrèrent l’URSS et le Pacte de Varsovie ? N’est-ce pas eux qui rompirent l’ordre constitutionnel à Kiev ?

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, déplore une prétendue volonté russe de « couper l’Europe en deux ». Mais la Russie s’est débarrassée de la dictature bureaucratique soviétique et n’entend pas restaurer le Rideau de fer. Ce sont les États-Unis qui veulent couper l’Europe en deux pour éviter l’hémorragie vers l’Est. La nouvelle dictature bureaucratique n’est plus à Moscou, mais à Bruxelles, elle se nomme Union européenne.

D’ores et déjà, Washington tente de fixer ses alliés dans son camp, il développe sa couverture de missiles en Pologne, en Roumanie et en Azerbaïdjan. Il ne fait plus mystère que son « bouclier » n’a jamais été destiné à contrer des missiles iraniens, mais est conçu pour attaquer la Russie. Il tente aussi de pousser ses alliés européens à prendre des sanctions économiques qui paralyseraient le continent et pousseraient les capitaux à fuir… aux États-Unis.

L’ampleur de ces ajustements est telle que le Pentagone examine la possibilité d’interrompre son « pivot vers l’Extrême-Orient », c’est-à-dire le déplacement de ses troupes d’Europe et du Proche-Orient pour les positionner en vue d’une guerre contre la Chine. Quoi qu’il en soit, toute modification de sa stratégie à long terme désorganisera encore plus ses armées sur le court et le moyen terme. Moscou n’en demandait pas autant, qui observe avec volupté les réactions des populations de l’Est de l’Ukraine et, pourquoi pas, de la Transnistrie.

7 Réponses vers “Crimée russe… début d’un mur de Berlin à l’envers ?…”

  1. ASSOUA Says:

    Bonjour à toutes et à tous,

    Ci-dessous, la traduction du Discours du Président Vladimir Poutine sur l’intégration de la Crimée à la Fédération de Russie.

    Également, l’analyse de pierre HILLARD

    Bien à vous

    http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/discours-du-president-vladimir-149669

    Pierre Hillard au Salon du Livre 2014 : Analyse de la situation en Ukraine

    • Le discours du président Poutine est plein de signification et de vérités;cela diffère d’une allocution de Hollande ou d’un de ses sinistres ministres,vide de sens,ne voulant rien dire sinon des mensonges et des contre-vérités.Merci pour la traduction.

  2. marco polo lalune Says:

    Vous avez oublié un point important. Le pétrole.

    Saviez-vous que « Chevron », l’une des compagnies « soeurs » de la Standard Oil (ajourd’hui EXXON et ESSO), fondé par David Jr. Rockefeller, a signé une entente de principe qui donnait au gaz naturel de l’ukraine?

    http://www.platts.com/latest-news/natural-gas/kiev/ukraine-chevron-to-sign-shale-gas-project-agreement-26675319

    Rockfeller Foundation finance aujourd’hui les groupes écologistes-progressistes tel que (Equiterre, Greenpeace, foundation Suzuki,…) via Tides Canada Foundation pour s’opposer au développement pétrolier canadien et Québécois, mais surtout aux pipelines canadiens qui pourraient l’acheminer d’est en ouest, et non du nord au sud?

    http://www.sunnewsnetwork.ca/video/featured/prime-time/867432237001/eco-charities-targeted-for-abusing-charitable-status/3182291705001

    Demandez-vous maintenant pourquoi QS et le NPD s’opposent aussi fermement au pétrole !!!

  3. La question devrait partir de l’analyse transversale mais pas sur l’axe est/ouest mais plutôt dirigeants dirigés et mass médias; depuis l’UE et l’intégration par l’UE à t’on eu la prétention de construire une autre politique qu’économique d’adhésion des peuple as t’on vu apparaitre des programmes communs ? A quel moment ces politiques ont elle étés orientés vers la participation de ces peuple à la détermination de leur avenir : la PAC demande des structures de tailles que nous avons mis 1/2 siècle à mettre en place; l’euro fort et la politique de libre échange ne semble pas plus pertinente à apporter une uniformisation du peuple même avec ces travers ; peut être que les idéaux paneuropéen ne sont simplement pas les mêmes nous avons repoussé la libre circulation des peuples par un moratoire qui a duré jusqu’à la moitié de l’année dernière tout en sommant de se conformer à des taux ubusques pour des pays qui ont tant a construire pour bénéficier des mêmes aides. Quelle culture commune pouvons nous offrir si nos intérêts ne sont pas scindables suivant nos position respectives y compris dans ce qui devait être un état fédéral d’Europe. Pendant se temps des investisseur privés pro russes ont intégré l’avantage d’un tel marché de libre échange ont fourni des emplois et des distractions car nous n’avons pas plus cherché à abolir les différences culturelle dont une de taille le langage. Nous ne sommes plus aux temps des jeux du cirques mais franchement quelle Auguste Europe.

  4. Désolée pour les fautes

  5. Et surtout pour l’hors sujet : si je pars sur tes conclusions que l’orientation économique mondiale vas en bref diminuer les capitaux extérieurs et l’influence de cet incontinent machin ; tout d’abord avons nous besoin d’une place au premier plan ? économique ou politique ? Non : à l’heure actuelle la BCE maintient des taux extrêmement bas justement pour permettre aux investisseurs extérieur de placer leurs billes par le biais de leurs marchés soutenus et l’augmentation de leurs dettes pour qui qu’oncques à déjà joué aux billes sachant qu’on ne gagne que les billes en jeu (non ayant touché les murs ou limites) l’essentiel est de jouer en dernier et au plus proche du centre. Hors avec ces taux extrêmement bas nous avons constitué contrairement aux Etat Unis une réserve inoxydable de prêts possibles aux grandes banques françaises et européennes (qui en attendant manquent un peu d’air mais c’est une autre histoire ; donc ces investisseurs étrangers en cas d’effondrement partiraient à perte pour une recapitalisation européenne ( http://fr.global-rates.com/taux-de-interets/banques-centrales/banque-centrale-europeenne/taux-de-bce.aspx )

    Le second risque serait alors un investissement massif chinois seulement malgré le doux nom de république populaire de chine ils sont dégoutés par notre aspect social qui coûterait cher à l’entretient (ce qui est faux nous avons également un des meilleur rendement car nous ne cherchons pas la valeur ajouté dans la main d’œuvre à bas coût bref les chinois ils préfèrent l’Afrique et l’Asie du sud)

    Politiquement nous n’avons rien à perdre car historiquement/relativement nous n’avons rien à gagner pour le moment les interventions GUERRES auxquelles nous participons sont ponctuelles surement parce que contrairement à d’autres contrées notre regard critique populaire déteste tout ce qui porte un synonyme d’occupation. Même pour partir au Mali c’est dire…

    Donc partant de ces conclusions qui ne dit pas que finalement ces pays de l’est avec leur main d’œuvre à bas coût avec leur transition qui aurait dilué les aides européennes ne semblaient pas un petit caillou dans la chaussure ?

    Que faute d’avoir institué un smic européen pour recentrer notre politique sociale et donc productiviste (bouh le vilain mot) on a préféré sortir mémé des ortie en la plaçant dans une maison de retraite tout confort ?

    Ceci n’engage que moi mais laisse; je pense; la porte ouverte à la réflexion.

    Je vous engage à consulter le PIB de l’UE en PPA vous seriez surpris.

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