Nouvel Ordre Mondial: Le gouvernement par la peur… L’exemple du Mexique.

Excellent article à mettre en parallèle avec l’article que nous avons  publié hier sur le sujet de la brigade des stups plus gros narco-trafiquant au pays du goulag levant.

— Résistance 71 —

 

Au Mexique la paranoïa et la terreur comme forme de gouvernement

 

Reprise de l’article “Narcos Militaros” par Primitivi du 7 Mars 2011

 

url de l’article:

http://les-etats-d-anne.over-blog.com/article-mexique-la-paranoia-et-la-terreur-comme-forme-de-gouvernement-1-122245676.html

et

http://philum.info/50746

 

Comment le gouvernement mexicain(et l’empire) installent la guerre et un climat ou protestations, indignations et dénonciations seront désormais dérisoires. par Alessi dell’umbria depuis Oaxaca

L’année 2010 s’annonçait exceptionnelle, à en croire les panneaux installés par le gouvernement le long des routes : un Mexique moderne allait fêter tout à la fois le bicentenaire de la Guerre d’Indépendance et le centenaire de la Révolution. Exceptionnelle, elle le fut vraiment. Chaque année, le 6 janvier, les enfants qui viennent au pied de l’Angel de la Independencia, à Mexico, déposent des messages aux Rois Mages. « Queridos Reyes Magos, No queremos la guerra de Calderón », voilà le message, pour 2011, sur une pancarte brandie par un niño de dix ans. Si le Mexique existe encore en 2110, il se souviendra que 2010 aura été l’une des années les plus sanglantes de toute son histoire. La « guerre au narcotrafic » aura fait à ce jour 34 000 morts et près de la moitié ont été tués en 2010. Une grande partie de ces morts sont considérés comme dommages collatéraux.

Faut-il dresser l’épouvantable comptabilité ? Le 22 octobre 2010, le journal Reforma recensait 9 598 exécutions dans le pays depuis le 1er janvier. Mais l’addition augmente d’heure en heure ; ce même jour, 14 jeunes étaient tués dans une fête d’anniversaire à Ciudad Juarez, Chihuahua. Le 24, 13 jeunes en désintoxication étaient tués dans un centre de cure à Tijuana, Basse Californie. Le 28, des pistoleros attaquaient trois bus transportant le personnel d’une maquiladora de Ciudad Juarez, tuant cinq ouvriers et en blessant quatorze. Le 30, 15 jeunes dont onze en cure de désintoxication étaient tués dans un carwash a Tepic, Nayarit. En janvier 2011 le porte-parole du cabinet de sécurité nationale a admis 13 593 exécutions pour toute cette année 2010. Ce qui ferait donc, en rapprochant ce chiffre de celui de la Reforma, 3995 pour les seules dix dernières semaines de l’année…

Ceux qui ne font que passer en direction des USA n’échappent pas davantage au danger. Ce sont les Zetas qui, avec la complicité notoire de la police, contrôlent le rackett des immigrants et exécutent les récalcitrants. Durant le même mois d’octobre 2010, une fosse était découverte à San Fernando, Tamaulipas, à une centaine de kms de la frontière. Les cadavres de 72 immigrants d’Amérique centrale y avaient été entassés. On peut seulement supputer que cette fosse constituait un message…

C’est que plus la frontière se rapproche, plus le danger se précise. La frontière n’est plus seulement une ligne de démarcation entre le primer mundo et les autres, faite de murs et de barbelés. La frontière est devenue un rapport social, qui implique la violence -quiconque exploite la frontière en trafiquant doit contrôler les voies de passage, éliminer les concurrents et intimider les mauvais payeurs. La drogue, comme l’immigrant clandestin, sont deux marchandises qui démultiplient leur valeur du simple fait de passer la frontière. A un certain point cependant la balance commerciale entre les deux côtés tend à se stabiliser : si la drogue latino traverse la frontière dans un sens, les armes de fabrication yankee la traversent en sens inverse.

La paranoïa, inhérente à la nation américaine, contamine le Mexique non pas malgré la frontière mais grâce à elle. Ces dernières années, plusieurs films ont bien illustré cette essence paranoïde de la frontière, comme « No country for old men » des frères Cohen ou « Los tres entierros de Melquiades Estrada » de Tommy Lee Jones. La nouveauté, avec la guerre de Calderón qui a débuté il y a quatre ans, tient à ce que la logique de la frontière s’étende bien au-delà de la ligne fortifiée, dans le but de convertir les Etats du Nord du Mexique en sas de sécurité des USA. Telles furent les consignes que Felipe Calderón reçut de Georges Bush en 2006. Mais, au plus le glacis de sécurité s’étend au-delà de la frontière, au plus les marchandises qui le traversent vont prendre de la valeur (ainsi un pollero qui prenait 600 $ pour conduire un clandestin de Tijuana à Los Angeles voici une quinzaine d’années prendra, aujourd’hui que les contrôles se sont multipliés, pas moins de 2000 $). Il n’y a donc aucune raison que ce circuit infernal s’épuise. Tout ceci a un prix social : aujourd’hui, selon même les très prudents observateurs de l’ONU, le Mexique se trouve au niveau de l’Irak et de l’Afghanistan en matière de violence.

*

La « guerre au narcotrafic » aura été le grand oeuvre du président Felipe Calderón. Le candidat du PAN (Partido de Acción Nacional), élu au moyen d’une gigantesque fraude électorale en 2006, dirige depuis le pays à l’avenant. La corruption des corps de police fut l’argument qui permit de déployer l’armée dans tout le pays sous prétexte de démanteler les cartels de la drogue. Certes, que la police en croque, nul n’en doute ; en 2009, plus de 2000 policiers ont été radiés des effectifs voire poursuivis pour collusion avec l’un ou l’autre des groupes criminels… Mais ce n’étaient là que les petites mains : des « repentis » ont fini par confirmer ce qui se chuchotait, à savoir que depuis des années des haut-gradés de la police escortent les convois de drogue vers les USA et assurent la protection des big boss.

L’armée serait-elle exempte ? Le fait que les narcos disposent d’armements et de munitions provenant directement des arsenaux militaires tend à prouver le contraire, et plus encore, le fait que ce sont quelques dizaines de transfuges du corps d’élite de l’armée, les « Grupos Aeromoviles de Fuerzas Especiales » (GAFES) qui ont créé en 1999 l’une de plus redoutables organisations criminelles du pays, les Zetas, groupe de tueurs initialement au service du cartel du Golfe. Rappellons aussi que les GAFES dont sont issus les Zetas avaient été créés en 1995 spécialement pour lutter contre l’insurrection au Chiapas. Ils ont suivi des entraînements aux USA et en Israel. L’armée américaine apporte aussi sa contribution, puisque nombre de chicanos ex-marines revenus d’Irak ou d’Afghanistan ont vendu leurs services à l’un ou l’autre des cartels mexicains…

Actuellement, un détenu sur trois parmi ceux arrêtés pour participation au narcotrafic fait partie ou a fait partie d’un service de police ou d’un corps de l’armée -il est tellement plus avantageux pour les cartels d’employer un flic ou un soldat déjà formé que d’entraîner un tueur… Il est en outre notoire que la quasi-totalité des services de renseignements de l’Etat, policiers ou militaires, vend à l’un ou l’autre des cartels les informations indispensables pour pouvoir localiser et éliminer les concurrents.

L’appareil de la Justice est tout aussi corrompu, avec ses magistrats parfaitement capables de fabriquer des chefs d’inculpations fantaisistes pour faire emprisonner des rebelles mais curieusement incapables de faire emprisonner certains tueurs ayant des dizaines d’homicides sur les bras. Les services fiscaux, bons à emmerder les petites gens pour des sommes dérisoires, sont tout aussi incapables de détecter les millions de $ du narcotrafic investis au vu et au su de tous en villas de luxe, en écuries automobile, en hotels et restaurants etc.

Du reste, le mot de corruption est faible quand il s’agit bien plutôt de complicité active dans les services de l’Etat et dans chacun des trois grands partis politiques. Au niveau fédéral, il n’y a pas eu, depuis longtemps, un président qui n’ait eu des liens privilégiés avec tel ou tel des cartels. Il se dit ainsi que si nul ne réussit à arrêter « El Chapo » Guzmán, en fuite depuis 2001, c’est qu’il aurait les faveurs du gouvernement -ce que confirme le faible nombre de membres du cartel de Sinaloa arrêtés, en comparaison avec les autres. Du plus petit échelon du pouvoir politique jusqu’au plus haut, c’est par la corruption et l’intimidation que l’on se fait élire, et cela coûte de l’argent. Un argent qui, par nature, ne peut être déclaré.

Tout aurait été pour le mieux dans le pire des mondes où toute la classe politique recevait des subventions des narcotrafiquants. Mais le grand frère yankee, plutôt que d’assumer la « guerre au narcotrafic » à l’intérieur de ses propres frontières, préfère l’exporter au-delà. Histoire de neutraliser un pays qui constitue depuis 1994 une poudrière. Cela fait donc quatre ans que le Mexique tout entier, et plus spécialement le Nord, vit dans un état d’exception non déclaré. L’article 29 de la Constitution permettrait au pouvoir législatif de déclarer un tel état ; les généraux mexicains, gênés de n’avoir aucun cadre légal précis pour soutenir leur action, y seraient favorables. En réalité, la déclaration ne serait plus qu’une formalité juridique, dont le gouvernement peut aussi bien se dispenser. Le général Guillermo Galván, Secrétaire à la Défense Nationale, a déclaré en janvier 2011 que la présence militaire dans les rues du pays va devoir durer encore dix ans. Le général regrette qu’il en soit ainsi, et suggère qu’une coopération plus étroite avec les USA pourrait raccourcir ce temps… Il se dit prêt à accepter toute proposition en ce sens. Ce petit chantage semble préparer le terrain à une présence militaire US sur le territoire mexicain, selon les dispositions appliquées en Colombie où depuis 2009 une dizaine de bases américaines ont été installées en accord avec le gouvernement, au nom de la lutte « contre le narcotrafic et le terrorisme », ce dernier étant assimilé aux mouvements de guérilla. Amalgame sur lequel Hillary Clinton insiste lourdement en évoquant le spectre d’une « narcoinsurgencia » lors de ses déplacements dans la capitale mexicaine. Ajoutons que des milliers de soldats et d’officiers mexicains reçoivent périodiquement un entraînement militaire en Colombie.

Le 14 avril 2010 s’est déroulée une réunion inédite à Washington : l’amiral Michael Mullen, chef d’état-major des USA -il a dirigé l’invasion de l’Afghanistan- réunissait dans son bureau ledit général Guillermo Galván et l’amiral Mariano Francisco Saynez, responsable de la Marine nationale mexicaine, avec le général Freddy Padilla, chef des forces armées colombiennes. Il s’agissait de « fortifier la coopération dans la lutte contre le narcotrafic et le terrorisme ». C’est la première réunion trilatérale du genre. Le même général Mullen a déclaré le 12 janvier 2011 : « Sous certains aspects, cette guerre contre la drogue et notre façon de la mener sont très similaires à ce que nous avons vu dans d’autres guerres que nous avons menées ». Le « nous » qu’il emploie est à lui seul parfaitement explicite, et de fait diverses voix évoquent ces derniers temps l’hypothèse d’une prochaine « invasion américaine du Mexique ».

Celle-ci a cependant peu de chances de se produire. D’abord parce que la présence de soldats US sur le territoire mexicain serait de nature à provoquer des réactions que le gouvernement mexicain aurait beaucoup de mal à contrôler. Mais surtout, une telle présence serait parfaitement superflue. Parce que les USA ont d’ores et déjà envahi le Mexique.

L’invasion a commencé voici seize ans avec l’accord de libre-échange de l’ALENA. Elle se fit à l’initiative du PRI (Partido Revolucionario Institucional), au pouvoir depuis des décennies. Mais en ouvrant le pays aux capitaux et aux marchandises nord-américaines, le PRI sciait la branche sur laquelle il était assis. Avec l’entrée en vigueur de l’ALENA, il devait fatalement laisser place à un autre type de gouvernance, plus conforme à l’idéologie néo-libérale. La victoire du PAN aux élections présidentielles en 2000 marqua ce changement d’époque. Vicente Fox, avant de devenir président de la République cette année-là, était le PDG de Coca-Cola pour l’Amérique latine… Le PAN n’est que le parti des USA au Mexique. Il a son électorat de prédilection au sein de ces classes moyennes aisées qui voient dans son orthodoxie ultralibérale et son idéologie conservatrice la garantie de leur standard de vie à l’américaine. Le PRI continue cependant de sévir, dans nombre de municipalités et de gouvernements régionaux où sa maîtrise consommée des vieux mécanismes clientélistes lui assure une certaine fidélité électorale.

 

2 Réponses vers “Nouvel Ordre Mondial: Le gouvernement par la peur… L’exemple du Mexique.”

  1. http://www.vice.com/fr/read/joyeux-20e-anniversaire-les-zapatistes

    L’article est pas trop mal, même si il passe complètement sous silence les succès des Zapatistes, c’est surtout les photos qui valent le coup.

    Bon, ok, vice est un site de merde et un tel article leur permet juste de s’acheter de la crédibilité mais les photos ont leur utilité, c’est toujours un plus que de pouvoir associer une image à un sujet.

    • Tout est dit dans ton commentaire… Oui les photos sont bien, mais trop axées sur le côté militaire. Pour rendre hommage à l’EZLN et au Chiapas en image il faut aussi publier des photos des communes autonomes, du travail des gens, des caracoles de « bon gouvernement » et maintenant la nouvelle expérience zapatiste s’ouvrant sur l’extérieur: la escualita zapatista ou petite école zapatiste… Quant à Marcos, c’est une figure certes incontournable, mais c’est avant tout un idéologue de synthèse tout à fait remarquable. Il faut le lire pour vraiment comprendre. Le sub Moisès est excellent aussi…
      Marcos a dit que si une chose était à refaire, ce serait de ne pas mettre « Marcos » si en avant, ceci dit, il a su obéir pour diriger, son approche est dans la lignée de ce qu’un vrai leader est et il se comporte de manière juste dans le cadre autonome et autogestionnaire imparti.
      Bien sûr, tout le monde ne peut pas vivre comme au Chiapas, mais la méthode zapatiste est à géométrie variable, il suffit de l’adapter à chaque environnement.
      Une dernière chose: Il est fait mention de la « pauvreté extrême » du Chiapas, n’oublions pas non plus une chose: les populations autochtones zapatistes rejettent la société de consommation et ne désirent que vivre de la façon dont leurs ancêtre vivaient. La notion de « richesse » ou de « pauvreté » est une notion eurocentrique qui n’a pas cours dans la psysché des peuples originaux des Amériques, pour la simple et bonne raison que les notions de propriété et d’accumulation de richesses sont étrangères à ces cultures. Les Mayas étaient une société déjà politiquement divisée à pouvoir coercitif (étatique), mais bon nombre de nations sous leur coupe avaient des modes de vie où le pouvoir était dilué dans le peuple, où les chefs n’avaient pas le pouvoir, mais seulement représentait leur communauté. Les richesses étaient régulièrement redistribuées de façon justement à totalement éviter la formation d’une caste de privilégiés en contrôle. C’est ce qui se passe dans la société zapatiste du Chiapas et en cela, elle se rapproche du mode de vie de leurs ancêtres qui s’ils vivaient à l’époque de l’empire Maya, n’avaient pas tous embrassés le modèle étatique qu’implique la division politique de la société…

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