Colonialisme et chrétienté: Le dogme de la « doctrine de la découverte » toujours à la source de l’oppression coloniale d’aujourd’hui…

La révocation des bulles Romanus Pontifex et Inter Caetera par le Vatican et l’abandon de la « doctrine de la découverte » chrétienne comme fondement de la loi coloniale sont les deux piliers de la solution du marasme de nos sociétés et de la destruction de la planète Terre au nom du profit et de la concentration ultime du pouvoir.

— Résistance 71 —

 

Clyde Warrior et le combat des Indiens d’Amérique pour être libres

 

Steven Newcomb

 

20 Novembre 2013

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2013/11/20/clyde-warrior-and-american-indian-fight-be-free

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

En 1971, Alvin Josephy publiait son désormais classique “Red Power: the Americian Indians’ Fight for Freedom”, qui est une compilation de différents articles et de dialogues par des personnalités variées autochtones et non-autochtones. L’idée des Indiens luttant pour être “libres” dans ce soi-disant “pays des hommes libres”, était probablement plus compris comme quelque chose d’ironiques il y a quatre décennies de cela.

Le chapitre “Nous ne sommes pas libres” contient un discours donné en Février 1967 par le grand et éloquent Clyde Warrior (Ponca), qui était alors le président du National Indian Youth Council (Conseil National de la Jeunesse Indienne) et qui mourut un an plus tard à l’âge précoce de vingt-huit ans. Il parla devant la commission national de conseil du président sur la pauvreté rurale à Memphis (Tennessee). “La plupart des membres du Conseil National de la Jeunesse Indienne”, a dit Warrior, “peut se rappeler que lorsque nous étions enfants, nous passions des heures aux pieds de nos grands-pères, écoutant leurs histoires du temps où les Indiens étaient un grand peuple, du temps où ils étaient libres, riches et menaient une belle vie.” Il continua:

Dans le même temps, nous écoutions des histoires de sécheresses, de famines et de pestilence. Ce n’est que très récemment que nous avons compris qu’il y avait sûrement de grandes privations ces jours là, mais que nos peuples anciens se sentaient riches parce qu’ils étaient libres. Ils étaient riches en spiritualité, mais s’il y a une chose qui caractérise la vie indienne aujourd’hui c’est bien la pauvreté des esprits. Nous avons toujours des passions humaines et une profondeur sentimentale (qui peut-être toutefois bien rare de nos jours), mais nous sommes spirituellement pauvres parce que nous me sommes plus libres, libres au sens le plus basique du mot.”

Clyde Warrior ne retint pas ses coups: “Il y a 50 ans, le gouvernement fédéral vint dans nos communautés et emporta de force la grande majorité de nos enfants vers de lointains pensionnats. Mon père et bon nombre de personnes de sa génération vécurent leur enfance dans une atmosphère quasi-carcérale.” Et il ajouta:

“Beaucoup retournèrent sans même être capable de parler de nouveau leur propre langue. D’autres retournèrent pour devenir des poivrots. La plupart haïssait les blancs et plus pathétique de tous les Indiens modernes, haïssait les Indiens. Très peu échappèrent à la confusion mentale et devinrent des individus ambivalents et statiques, jamais capables de réconcilier les tensions et les contradictions qui furent implantées en eux par des institutions extérieures.”

Il ne fait aucun doute que des Indiens aujourd’hui argumenteront que les choses se sont bien améliorées en territoire indien dans les décennies qui ont suivies le discours de Warrior, spécifiquement dans ces secteurs qui ont de bons revenus comme les casinos. Mais une question se pose à l’aune du discours de Clyde Warrior: “Les nations indiennes sont-elles libres ? Sont-elles libres dans le sens le plus basique ?”

Quand on regarde ce qui constituait conceptuellement le lit de la loi fédérale indienne (Indian Federal Law) à l’époque de Clyde Warrior et son incroyable discours et qu’on le compare avec le concept du fondement de cette loi aujourd’hui, on se rend compte que les concepts de la fondation même de la domination (dominion) chrétienne et de la subordination non-chrétienne n’ont pas changé d’un iota. Pour cette simple raison, nos nations et nos peuples ne sont pas plus libres de la domination des Etats-Unis, de leur pouvoir pléniaire, aujourd’hui qu’il ne l’était en 1967.

Un très bon indicateur que nos nations et nos peuples ne sont pas libres se trouve démontré avec la profonde implication, compréhensible, de l’acceptation de la cour suprême des Etats-Unis de l’affaire de l’État du Michigan contre Bay Mills Indian Community et la préoccupation de l’immunité de la souveraineté de la nation indienne. Le contexte de ce litige particulier et de tant d’autres conflits légaux concernant les territoires autochtones, est le point de vue toujours sujet à discussion, que les Etats-Unis ont sur le fait qu’ils disposeraient d’un droit indiscutable de définir de notre existence, de sceller notre destin de quelque manière que ce soit qui leur convient. Ceci à son tour devenant le prémisse de l’affirmation des Etats-Unis que notre indépendance originelle en tant que nations a été “réduite” de manière permanente ou “diminuée” par la doctrine de la “découverte” (du continent).

Un exemple clair de cette présomption se trouve dans le rendu de la cour suprême des Etats-Unis en 1987 dans l’affaire Oliphant contre Squamish Indian Tribe. A ce moment là, 20 ans s’étaient écoulés depuis le discours de Clyde Warrior. Le juge suprême Rehnquist écrivit l’opinion de la cour comme suit: “Leurs droits de souveraineté complète, en tant que nation(s) indépendante(s), [sont] nécessairement diminués.”. Les crochets nous disent que le juge avait remplacé un plus vieux mot de la citation originale avec le mot “sont”. La phrase que Rehnquist citait et revisitait était du verdict de l’affaire Johnson contre MacIntosh (1823): “Leurs droits à la souveraineté complète en tant que nations indépendantes, furent nécessairement diminués par le principe original fondamental que la découverte donna le titre de propriété à ceux qui la firent.”

Malgré le prémisse du juge Rehnquist sur son affirmation que l’indépendence indienne avait été “diminuée, réduite” par la phrase du cas Johnson, Rehnquist n’a pas rendu explicite le “droit de la découverte”. Dans Johnson contre M’Intosh, le juge Marshall avait fondé la décision du tribunal sur le fait que l’indépendance indienne avait été réduite de par le “droit de la découverte”. Marshall avait dit que le droit “était confiné aux pays alors inconnus de tous les peuples chrétiens”, utilisant plusieurs chartes anglaises pour illustrer ce point précis.

La patente donnée à John Cabot et ses fils fut la première charte que Marshall utilisa pour illustrer “le droit de la découverte”. D’après James A. Williamson, “Nous pourrions conclure en notant une grande implication de la patente [de Cabot]. Ceci fut à l’époque accepté comme une loi fondamentale de la chrétienté stipulant que les chrétiens étaient en état de guerre avec tous les infidèles. Ceci fut la justification de la permission de “conquérir, occuper et posséder”, tous les territoires non-chrétiens qui pourraient être rencontrés.” (The Cabot Voyages and Bristol Discovery Under Henry VII [1962, Cambridge, MA: Published for the Hakluyt Society, p. 53])“

Le commentaire de Williamson nous permet d’identifier la logique tacite du tribunal de Rehnquist dans l’affaire Oliphant et la logique explicite de Marshall dans l’affaire Johnson, pour dire que notre indépendance a été “réduite”: La cour suprême a raisonné dans l’affaire Johnson en disant que “les droits indiens à une souveraineté complète, en tant que nations indépendantes, étaient (sont) nécessairement réduits” sur la base “d’une loi fondamentale de la chrétienté établissant que les chrétiens étaient en état de guerre avec les infidèles”. En bref, l’argument de la cour suprême des Etats-Unis pour dire que l’indépendance originelle de nos nations fut réduite par la “découverte”, est fondé sur le christianisme, lui-même fondé sur la bible.

La déclaration de Williamson ci-dessus explique clairement le fond religieux de couverture avec lequel la cour suprême des Etats-Unis (NdT: et des autres pays colons comme le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, qui fonctionnent sur les mêmes principes “légaux”…) décide et rend ses arrêts sur chaque décision de justice concernant les Indiens, comme par exemple dans l’affaire de l’État du Michigan contre Bay Mills Indian Community. Le juge associé Joseph Story, qui était au tribunal au moment du rendu de la décision concernant l’affaire Johnson contre MacIntosh, a exprimé ce fond religieux dans son livre de 1883 Commentaries on the Constitution of the United States: “Parce qu’ils étaient infidèles, païens et sauvages, les Indiens ne furent pas autorisés par les chrétiens à posséder les prérogatives appartenant aux nations abolues, souveraines et indépendantes”, a t’il écrit. Aujourd’hui, en résultat de de ce processus de raisonnement archaïque et inacceptable, fondé sur un état de guerre de la chrétienté avec les infidèles, il est présumé que la cour suprême des Etats-Unis (NdT: et toutes les instances équivalentes au Canada, Australie et Nouvelle-Zélande, qui fonctionnent sur la même base juridique…) puisse légitimement pontifier sur l’immunité souveraine de nos nations indiennes originellement libres.

Steven Newcomb (Shawnee, Lenape) est le co-fondateur et co-directeur de l’Institut de Loi Indigène et il est l’auteur de l’ouvrage “Pagans in the Promised Land: Decoding the Doctrine of Christian Discovery” (2008, Fulcrum Publishing).

5 Réponses to “Colonialisme et chrétienté: Le dogme de la « doctrine de la découverte » toujours à la source de l’oppression coloniale d’aujourd’hui…”

  1. On peut donc dire que l’oligarchie chrétienne,entrainant une bonne partie des chrétiens,a fait plus de mal à l’humanité qu’aucun terroriste,aucune secte,aucun gouvernement ne pourra jamais égaler;et comme si ça ne suffisait pas,elle continue.

    • Dans le temps, oui… c’est juste… Et d’une manière plus générale, le business de « dieu » connu sous le vocable de « religions » est responsable de plus de morts dans l’histoire que tout autre cause. Les inventeurs dans la durée, de cette fadaise ont pris soin de bien imprégner les religions monothéistes fabulatrices de la notion d’un « dieu » anthropomorphe vengeur, cruel et prône à dicter massacres et génocides. La bible est remplie des injonctions du barbu à massacrer allègrement, ceci fut plus tard « sanctifier » par la doctrine de l’indulgence chrétienne qui dit que tout chrétien massacrant païens et sarazins est automatiquement absout de la notion de crime puisque c’est « fait au nom de dieu et de l’église »…

      Bakounine disait ceci à juste titre: « Toutes les religions sont cruelles, toutes sont fondées sur le sang, car toutes reposent principalement sur l’idée du sacrifice, c’est à dire de l’immolation perpétuelle de l’humanité à l’inextinguible vengeance de la divinité. Dans ce sanglant mystère, l’Homme est toujours a victime et le prêtre, homme aussi mais homme privilégié par la grâce, est le divin bourreau… »

      Albert Camus conclue ainsi sa « révolte métaphysique » dans « L’Homme Révolté »:
      « [L’homme révolté] a chassé dieu de son ciel, mais l’esprit de révolte métaphysique rejoignant alors franchement le mouvement révolutionnaire, la revendication irrationnelle de la liberté va prendre paradoxalement pour arme la raison, seul pouvoir de conquête qui lui semble purement humain. Dieu mort, restent les Hommes, c’est à dire l’histoire qu’il faut comprendre et bâtir. »

  2. […] les occupant. Cette main-mise illégale et coercitive sur des terres et ressources au nom d’une doctrine raciste ecclésiastique dite “de la découverte” a amené le monde à a situation actuelle. L’empire anglo-américain a pu développer sa […]

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