Résistance politique: Le langage comme hégémonie culturelle et pilier du colonialisme…

Comment la langue parlée nous trahit

 

Steven Newcomb

 

6 Novembre 2013

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2013/11/06/how-english-language-betrays-us

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Ceux d’entre nous qui tracent nos vies à leur existence originelle des nations libres de l’Amérique du Nord (L’Île de la Grande Tortue) et qui utilisent la langue anglaise quotidiennement font face à un défi. Nous devons décider avec quels mots et métaphores de langue anglaise il serait le plus approprié de penser, de parler et d’écrire à notre sujet et de notre existence collective. Sommes-nous des nations, des tribus, des états ou quelque chose d’autre ? Et quel cadre de référence devons-nous utiliser pour répondre à de telles questions?

Il est vrai que nous pourrions utiliser nos véritables noms: Kumeyaay, Chumash, Cahuila, Shawnee, Lenape, Hopi, Navajo, Lakota, Cree, Mohawk etc… Simple et efficace. Le défi est de décider comment communiquer le mieux avec autrui, particulièrement la société dominante, au sujet de notre identité politique en tant que peuples distincts, spécifiquement contre l’identité politique “de l’état”.

Ce n’est pas un secret que je préfère appliquer les termes de “nation” et “ nations” à nos peuples car ce sont des mots anglais qui ont le plus d’impact politique autre que le mot “état”. Les officiels de la politique aux Etats-Unis démontrent ce point de vue en préférant appliquer le mot “nation” aux Etats-Unis. Ils appellent les Etats-Unis une “nation”, et non pas une “tribu” ou une “nation tribale”.

Même si les mots “nation” et “nationalité” sont des termes contestés, l’image mentale typique idéale d’une “nation” est modelée par certains pays européens comme l’Angleterre, la France, l’Espagne, le Portugal, les Pays-Bas, la Suède, la Russie etc. Dans ce contexte, une “nation” est synonyme de “pays”. Chaque nation, chaque pays, a ses propres frontières discrètes et bien définies. Le caractère politique et l’identité de chaque nation sont reconnus par les autres nations d’Europe. Aucune d’entre elles n’est considéré comme une “tribu” et toutes considéreraient  être insultant à leur caractère politique consciencieusement préservé, d’être étiqueté comme “tribu”.

Dans la préface du livre “Tribus indiennes comme gouvernements souverains” (2ème édition, 2004) le sénateur américain John McCain (Républicain-Arizona) distingue entre “nations” et “tribus” lorsqu’il écrit: “Parmi les nations du monde, les Etats-Unis sont uniques dans leur reconnaissance des droits inhérents des tribus indiennes à se gouverner elles-mêmes ainsi que leurs territoires”. Sa catégorisation générale est “nations du monde”, parmi lesquelles il place les Etats-Unis. Sa catégorie “nations du monde” n’inclut pas en revanche les “tribus indiennes”. En le stipulant différemment, McCain exclut les “tribus indiennes” de la catégorie “nations du monde”.

Dans la théorie de l’esprit humain (théorie de la connaissance ou théorie cognitive), il y a un terme appelé un Modèle Cognitif Idéalisé (MCI) ou ce que de manière commune nous pourrions appeler un modèle mental idéal. Prenez par exemple le modèle mental typique et idéalisé d’une mère. La mère idéale a des caractéristiques comme: 1) Elle donne naissance à l’enfant 2) elle est celle qui s’en occupe le plus 3) elle est mariée avec le père biologique de l’enfant, etc…

Quand nous voyons un qualificatif s’appliquer au mot “mère” comme par exemple “belle-mère”, ceci indique immédiatement qu’une ou plusieurs des caractéristiques principales  de la maternité sont absentes ou ont été altérées. Dans le cas de la “belle-mère”, cela indique qu’il y a eu un divorce ou un décès et que la nouvelle femme que le père biologique a remariée est devenue la “belle-mère” de l’enfant.

De la même manière, le modifiant “tribale” attaché au mot “nation” (“nation tribale”), indique que quelque chose manque, qu’une ou plusieurs caractéristiques, propriétés, manquent pour caractériser une “nation”. De même les mots “indienne” ou “autochtone” ajoutés au mot “nation” indiqueront la même chose.

En voici un exemple dans le préface du livre mentionné précédemment, faite par le sénateur Daniel Inouye, où nous trouvons ceci: “Le statut de souveraineté des nations indiennes prédate la formation des Etats-Unis.” Il écrivit aussi: “Ce statut souverain des nations indiennes est la base fondamentale sur laquelle une série d’accords entre les Etats-Unis et des gouvernements tribaux indiens s’ensuivirent et la fondation sur laquelle des centaines de statuts fédéraux et des milliers de décisions judiciaires fédérales ont été basées.”

La phrase “accords entre les Etats-Unis et les gouvernements tribaux indiens” indique que ces “gouvernements” appelés donc “tribaux” ne sont pas complets, qu’il leur manque des caractéristiques, des propriétés que des “gouvernements” ordinaires, normaux possèdent. Ceci mène immanquablement à la connotation que les “gouvernements tribaux indiens” ne sont pas de vrais gouvernements, qu’ils sont moins que les gouvernements ordinaires, qu’ils ne sont que des gouvernements tribaux,

Sur la base de cette sorte de connotation, il a été courant de voir des gens référer aux “tribus indiennes” comme étant “quasi-souveraines”. Le terme “quasi”, venant du latin, veut dire “comme si, similaire, approximativement”. C’est défini en anglais comme étant “en quelque sorte, dans une certaine mesure ou APPAREMMENT”. Comme adjectif, “quasi” est défini comme “ayant une ressemblance en mimiquant certains attributs”. Toute métaphore a une qualité de  “comme si” sur la base de quelque comparaison.

Ainsi le mot “comme” dans le titre “Tribus indiennes comme gouvernements souverains” indique une sorte de métaphore ou une comparaison métaphorique entre les termes “tribus” et “gouvernements”, représentant des nations idéalisées “complètes”. Prenant en compte que chaque métaphore a une connotation du “comme si”, un titre plus précis dans cette ligne de pensée serait: “Des tribus comme si elles étaient des gouvernements souverains”. Ce phrasé rendrait le sens métaphorique bien plus explicite. Sans souvent le réaliser, ceux qui ajoutent des termes comme “tribu” ou “tribal” à nos nations et peuples acceptent tacitement le statut de “quasi nation”, tout comme pour dire que nos nations ne sont pas de “vraies” nations, mais sont des “tribus”, qui ne font que ressembler dans une certaine mesure à la forme idéalisée de nation. Décoloniser nos vies implique également le rejet de ces tendances à l’auto-colonialisme et à l’auto-diminution de notre statut.

Steven Newcomb (Shawnee, Lenape)  a étudié le droit fédéral indien et le droit international depuis le début des années 1980.  Il est le directeur et le co-fondateur de l’Institut de Droit Indigène et auteur du livre “Païens en terre promise: Décoder la doctrine de la découverte chrétienne” (éditions Fulcrum, 2008) 

Une Réponse vers “Résistance politique: Le langage comme hégémonie culturelle et pilier du colonialisme…”

  1. […] Excellente analyse de Steven Newcomb, le directeur et le co-fondateur de l’Institut de Droit Indigène et grand spécialiste du droit institutionnel et indigène, sur les rouages du colonialisme plus que jamais présent en Amérique du Nord. Cet article est le pendant de l’article précédemment traduit et publié: "Comment la langue parlée nous trahit". […]

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.