Résistance politique: Sagesse autochtone d’Amérique du Nord… Les sociétés technocrates ignorent le vivant !

 Les nations indigènes des Amériques luttent contre le terrorisme depuis 1492 !

— Résistance 71 —

 

“La science a pour unique mission d’éclairer la vie et non de la gouverner. Le gouvernement de la science et des hommes de science… ne peut-être qu’impuissant, ridicule, inhumain, cruel, oppressif, exploiteur et malfaisant.”
~ Michel Bakounine ~

 

Où va le bison: Comment la science ignore le monde du vivant

Un entretien avec Vine Deloria par Derrick Jensen

 

(Juillet 2000 pour le journal “The Sun”)

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Vine Deloria est un des plus importants écrivains amérindiens. Pendant plus d’un quart de siècle, il a produit une extraordinaire critique écrite de la culture occidentale. Au centre du travail de Deloria est la compréhension qu’en contrôlant la nature, nous sommes devenus les esclaves de la technologie et de son système de croyances sous-jacent. Nous avons non seulement abandonné notre liberté, mais aussi notre relation avec la monde naturel.

Deloria est né en 1933 (NdT: décédé en 2005) dans la réserve de Pine Ridge Sioux dans l’état du Dakota du sud. Pour plusieurs générations, sa famille a enfourché les cultures blanches et indiennes. Un de ses ancêtres, le fils d’un commerçant de fourrure et de la fille d’un chef Sioux Yankton, a eu la vision que ses descendants serviraient de médiateurs pour la société dominante.

Les titres de ses livres sont un témoignage de son approche directe dans sa confrontation avec l’arrogance de la culture eurocentrique. Son livre “Red Earth, White Lies” (Terre rouge mensonges blancs) a reçu le prix du livre de non-fiction pour le Colorado en 1996. “Custer est mort pour vos pêchés” a rappelé la longue chaîne des traités brisés jusqu’à nos jours et “God is Red” (Dieu est rouge) demeure un des tous meilleurs livres jamais écrit sur la spiritualité des nations autochtones d’Amérique du Nord.

~ Derrick Jensen ~

 

Jensen: Qu’est pour vous la différence fondamentale entre les modes de vie occidentaux et autochtones ?

Deloria: Je pense que la différence primordiale est que l’expérience des Indiens est reliée à un univers vivant, tandis que pour les occidentaux, spécifiquement les scientifiques, les choses sont réduites, vivantes ou non, à des objets. Les implications de ceci sont immenses. Vous voyez le monde autour de vous comme une collection d’objets que vous pouvez manipuler et exploiter et vous allez inévitablement détruire le monde que vous tentez de contrôler. Vous vous volez vous-mêmes de ses richesses, de sa beauté et de la sagesse qu’il y a en participant au large dessein de la nature.

Afin de maintenir la fiction que le monde est mort et que ceux qui croient qu’il est vivant ont succombé à une superstition primitive, la science doit rejeter toute interprétation du monde naturel qui implique une capacité à communiquer de la part des non-humains. La science insiste et ce à un grand coût dans la compréhension, que l’observateur soit le plus détaché possible de l’évènement qu’il ou elle observe. Contrastez ceci avec l’attitude des  peuples indigènes, qui reconnaissent le fait que les humains doivent participer aux évènement naturels et ne pas s’isoler eux-mêmes.

Ironiquement, bien que la science se targue d’être à la recherche de la connaissance, les Indiens peuvent obtenir la connaissance des oiseaux, des animaux, des rivières et des montagnes, ce qui est inaccesible à la science moderne. Les indiens peuvent utiliser cette connaissance pour obtenir de bien meilleurs résultats. Prenez la météorologie. Les scientifiques savent que semer les nuages avec certains produits chimiques amènera la pluie, mais cette méthode d’interagir avec la nature est entièrememnt mécanique et force la nature à nous obéir. Les Indiens obtiennent les mêmes résultats de manière plus pacifique en faisant des cérémonies et en demandant aux esprits de la pluie. Les deux méthodes sont diamétralement opposées. C’est la différence entre commander à un esclave de faire quelque chose et demander de l’aide à un ami.

En étant en accord avec leur environnement, les Indiens ont pu trouver de la nourriture, localiser les passages, se protéger des aléas de la météo et anticiper des évènements à venir grâce à leur compréhension du comment toutes les choses sont inter-reliées. Cette connaissance n’est pas unique aux natifs des Amériques, elle est possible pour tous ceux qui vivent dans le monde naturel, qui sont raisonnablement intelligents et respectent toute les formes de vie pour leur inteliigence. Le respect pour les autres formes de vie filtre dans chacune de nos actions, l’opposé est aussi vrai: percevoir le monde comme étant sans vie. Si vous réduisez les autres formes de vie à des objets, alors vous vous êtes commis à un univers totalement matérialiste qui n’est même pas consistant avec les trouvailles de la physique moderne.

L’idée centrale de la science, comme elle a été développée et appliquée, est d’avoir des machines ou la nature travaille pour les humains, faire ce que nous ne voulons pas faire. Ceci est très pratique, mais seulement à courte vision.

Jensen: Comment cela ?

Deloria: Développer l’automobile par exemple, a permis aux gens d’aller plus vite d’un endroit à un autre, mais à quel prix, à la fois en termes d’accidents et de dégàts au monde naturel ? Quel effet a eu l’automobile sur notre vie spirituelle ? Dans un système capitaliste, quiconque fournit l’argent détermine la technologie. Ceci veut dire que la science, dans son application, n’est jamais vraiment pour le bien-être de l’humanité, mais plutôt pour le bien-être d’une élite financière ou militaire. Ceci veut aussi dfire que la science sera dominée par les autorités qui auront trouvées une faveur institutionnelle, qu’elles aient la meilleure preuve pour leurs croyances ou non.

Quand croyances et connaissances se renforcent et deviennent institutionalisées, nous nous retournons vers des institutions pour résoudre tous nos problèmes: les gens achètent de la nourriture développée par d’autres, règlent leurs conflits en cours de justice au travers de la loi plutôt que par des solutions informelles et un consentement partagé, ils font de terribles guerres de plus en plus vastes sur des principes abstraits au lieu de batailles mineures sur les droits d’occuper un terrain pour chasser ou pêcher. Similairement, les croyances au sujet du monde sont mis sous forme de principes philosophiques et religieux plutôt que d’expériences anecdotiques et la religion est réduite à des dogmes et des doctrines.

Maintenant, toutes les sociétés ont besoin de gens éduqués, mais la principale responsabilité des gens éduqués devrait être de ramener la sagesse dans la communauté et la rendre accessible aux autres. A cause des hiérarchies, les penseurs européens n’ont pas bien rempli leur fonction sociale. Au lieu de cela, la science et la philosophie ont pris le chemin déjà occupé par la religion occidentale et se sont mystifiées elles-mêmes. Les personnes qui occupent les plus hautes positions dans la science, la religion, et la politique ont une chose en commun: Ils sont responsables de la création d’un langage technique incompréhensible du reste d’entre nous, ainsi nous leur cédons notre droit et notre responsabilité de penser. En retour, ils formulent de beaux mensonges qui nous endorment et nous distraient de nos problèmes, ce qui fini éventuellement par nous priver de nos droits, incluant de manìere pressante, le droit à un monde viable.

Plutôt que de faire confiance à nos propres expériences, à nos propres sens, nous demandons souvent à des scientifiques des explications sur le monde. En nous donnant des explications, ces scientifiques s’en remettent aux dogmes et aux doctrines qu’ils ont appris dans les universités . Ceci est arrivé à un point où presque chaque personne ayant un Ph.D (doctorat) qui parle est prise pour paroles d’évangile, plutôt que comme l’opinion de quelqu’un.

Un exemple de cette crédulité est l’acceptance assez large de la notion que les Indiens sont arrivés dans les Amériques après avoir traversé le détroit de Béring. Les journaux et les livres disent que des archéologues ont prouvé qu’il y avait eu des vagues de personnes se déplaçant à travers le détroit de Béring, mais ils n’ont en fait rien prouvé de la sorte. En assumant que dater par le carbone est une chose précise et que les chercheurs n’aient pas jeté comme “bruits” tous les résultats avec lesquels ils n’étaient pas d’accord, tout ce qu’ils peuvent prouver c’est qu’un groupe de personne a vécu dans telle ou telle place, il y a tant de temps. Tout le reste n’est juste que théorie, hypothèse et spéculation.

Jensen: Ainsi vous regardez la théorie que veut que des êtres humains soient venus peupler l’amérique du Nord et du Sud par le détroit de Béring comme un article de foi, putôt qu’un fait historique réel ?

Deloria: Je dois toujours être confronté à une preuve un tant soit peu convaincante pour soutenir cette théorie. C’est une croyance doctrinale que la science institutionalisée nous a imposée.

L’effort de nier que les Indiens sont natifs de cette terre a vraiment commencé avec les religieux espagnols, qui essayèrent d’identifier les Indiens comme étant soit des survivants de l’arche de Noé ou des membres des tribus perdues d’Israël. Donc les théories scientifiques modernes sont parties d’un mode de pensée hermétique: une insistance judéo-chrétienne de voir le monde au travers d’un œil eurocentrique. Les Indiens ne peuvent simplement pas être des Indiens. Ils ont sûrement dû venir d’Europe ou des alentours.

Jensen: Pourquoi cette question de l’origine profonde est-elle importante ?

Deloria: Les gens veulent croire que l’hémisphère occidental, et particulièrement l’Amérique du Nord, était vide, non-exploité, une terre fertile n’attendant qu’à être cultivée comme la volonté de dieu le dictait. L’endroit appartenait donc à quiconque était capable de le “sauver” de son état sauvage. Nous voyons exactememt la même rationalisation des faits aujourd’hui dans les contrées amazoniennes et ailleurs. Si les Indiens n’étaient pas les habitants originels du continent, mais des occupants relativement tardifs, qui avaient à peine défait leurs bagages avant l’arrivée de Christophe Colomb, alors ils n’avaient vraiment aucun droit de cité sur la terre et pouvaient être balayés en toute impunité. Donc, la science justifie l’histoire et soulage le remord et la culpabilité sur ces cinq siècles d’extrême violence. Même aujourd’hui j’entends des non-indiens dire: “Ne sommes-nous pas tous des immigrants de quelque part ?” La courte réponse est “Non !” En faisant des Indiens des immigrants en Amérique, les occidentaux sont capables de nier le fait que ceci est notre continent.

Une autre façon de la science pour alléger la culpabilité de l’occident est de déclarer prouver que les Indiens sont tout juste aussi destructeurs que les occidentaux. Vous avez probablement entendu parler de l’hypothèse de la sur-chasse/pêche du Pleistocène, qui déclare sans véritable preuve, que dès que les Indiens “arrivèrent” sur le continent, ils commencèrent à tuer tout ce qu’ils voyaient. Quand la théorie fut proposée en premier lieu il y a plus de 50 ans par Carl Sauer, elle fut abattue en flamme presqu’immédiatement par Loren C, Eiseley, qui émît plusieurs objections qui ne furent jamais réfutées. L’une d’entre elles était que non seulement de gros mammifères disparurent durant cette époque du Pleiostène, mais aussi des oiseaux, des mollusques, des grenouilles, qui n’avaient pas pu être chassés au point de l’extinction. De plus, il n’y a aucune preuve que des groupes tribaux anciens, chassant en utilisant des techniques archaïques, puissent décimer voire exterminer une population animale conséquente, à moins que chasseurs et proies ne soient limités à un espace très restreint ce qui n’était pas le cas. L’exemple de tribus modernes utilisant des techniques de chasse de l’âge de pierre soutient cette conclusion.

Ainsi la théorie de la sur-chasse/pêche était au placard jusqu’aux années 1960, lorsqu’elle fut ravivée par un livre intitulé: “Pleiostene Extinctions”. Depuis lors, alors que la destruction du monde naturel est devenu de plus en plus difficile à ignorer, les occidentaux ont eu besoin de salves plus fortes pour leurs consciences, alors la théorie fut ravivée de plus belle. Bien qu’il y ait toujours très peu de véritable preuve pour la soutenir, sa fonction idéologique pour prouver que la destruction fait partie de la nature humaine et non pas le résultat d’une façon de vivre destructrice et de percevoir le monde est assez important pour justifier son admission dans les canons de la science.

Il y a même une nouvelle théorie disant que les Indiens sont responsables de la quasi extinction des bisons. D’après cet argument, les camps d’hiver indiens privèrent les bisons de nourriture et leur population s’effondra.

Jensen: Comment quiconque peut-il dire cela ?

Deloria:.Simple: En ignorant toute preuve qui contredit cette hypothèse, comme par exemple les articles de journaux des années 1870 rapportant les chasseurs blancs envoyant des trains complets de toisons de bisons. Dans la région de Dodge City à elle seule, les chasseurs blancs ont tué 3 millions de bisons en 3 ans !

Jensen: Si les Indiens n’ont pas traversé le détroit de Béring, comment ont-ils occupé le continent ? Qu’est-ce qu’en disent les Indiens eux-mêmes ?

Deloria: Cette dernière question n’est jamais assez posée et pose un autre problème avec la tradition scientifique. Quelque part il est présumé que les scientifiques et donc les Européens, connaissent mieux les Indiens que les Indiens eux-mêmes et comment ils sont arrivés là et comment ils vivaient avant l’époque de Colomb. Cette attitude est au mieux condescendante. Au lieu de chercher, de creuser et d’analyser, pourquoi les chercheurs ne demandent-ils pas simplement aux Indiens ? Ensuite, ayant demandé, pourquoi ne prennent-ils pas les réponses au sérieux ?

Les croyances natives au sujet de leur origine varient considérablement de tribu à tribu, de nation à nation. Beaucoup de tribus commencent simplement leur histoire en un certain endroit et décrivent leurs migrations, d’autres disent qu’ils sont venus d’un autre continent par bateau (bien sûr les archéologues généralement refusent de les croire, parce qu’ils croient les Indiens incapables de construire des bateaux, ce qui est absurde). Un grand nombre de tribus disent qu’elles ont été créées ici. Certaines disent qu’elles sont venues par un portail depuis un autre monde. Qu’ils ont marché dans une grotte ou un tunnel, par exemple, jusqu’à ce que ce fut complètememt noir, et ils continuèrent à marcher jusqu’à ce qu’ils aient vu une petite lueur devant eux. Alors qu’ils s’avançaient vers elle, elle devînt de plus en plus grande, graduellement se révélant être le point d’entrée d’un nouveau monde.

Personnellement, j’aime l’idée des tribus du nord-ouest côté pacifique, qui disent que dans le passé très lointain, le monde physique n’était pas le monde dominant et que vous pouviez changer votre forme et expérimenter la vie comme un animal ou une plante ou un oiseau. Puis le monde changea, et quelques personnes furent prises dans différentes formes et devinrent des animaux, des plantes etc…

La connaissance indienne des origines est en grande partie révélée dans des cérémonies et impliquent des visions du temps, de l’espace, de la matière et du but cosmique que la perspective scientifique considère comme hérétique. A cause de cela, de telles histoires sont généralement ignorées comme n’étant que de la superstition, de belles histoires de feu de camp qui n’ont aucune connexion avec la réalité.

Jensen: Le philosophe de la science Paul Feyerabend a dit que “quoi que ce soit ne cadrant pas dans le système catégoriel établi ou est déclaré incompatible avec ce sytème est vu soit comme quelque chose d’horrifiant ou plus fréquemment, simplement déclaré comme n’existant pas.”

Deloria: Ceci est un standard de procédure scientifique. Vous jetez à la poubelle les résultats qui ne vous satisfont pas, avec lesquels vous n’êtes pas d’accord, vous vous retournez vers les résultats qui “ont un sens” et vous dites: “vous voyez, c’est prouvé”. Ceci est absurde.

Des scientifiques collectent des données de ce qui leur apparait être des sources et circonstances similaires et, après une méditation, annoncent la découverte de “lois” qui gouvernent l’univers avec quelques exceptions notables dont nous entendons très rarement parler. Parfois ces “anomalies” sont reconnues et deviennent la base de discussions fertiles, mais la plupart du temps, elles sont balayées sous le tapis. La sophistication croissante de l’instrumentation scientifique continue de révéler des erreurs dans le canon sur lequel tout le monde était d’accord au préalable, et cela ne semble pourtant pas déranger une vaste majorité de scientifiques, ni le reste d’entre nous, qui devraient pourtant en être préoccupé plus que nous.

Les scientifiques imposent des lois hautement restrictives sur le monde naturel, limitant par là même le potentiel de réponse. Ils posent des questions incomplètes dans leur nature et souvent même des questions inutiles. A mon avis, les champs qui se disent scientifiques devraient passer considérablement plus de temps à réexaminer ce qu’ils peuvent vraiment prouver et ce qui n’est que spéculation et ensuite réétablir leurs principes. On doit ériger des standards de mise à l’épreuve. Il doit y avoir une discipline et du courage. Les scientifiques devraient avoir la volonté de parler et de s’exprimer quand des conclusions autoritaires émises sur la base des preuves questionables ou non-existentes, sont avancées.

Jensen: Un de mes amis dit que la science est un bien meilleur moyen de contrôle social que le christianisme, parce que si vous ne croyez pas aux dogmes du christianisme, vous êtes simplement condamné à brûler dans un enfer auquel vous ne croyez pas en première instance, tandis que si vous ne croyez pas en la science, alors on vous présume stupide.

Deloria: Je pense que la science a remplacé le christianisme comme la religion dominante de la société. Vous voyez une preuve de cela dès que quiconque va en cours de justice pour essayer d’établir ou de protéger un droit religieux. Si la science et la religion sont en conflit, la religion perdra toujours. Ceci est vrai pour les fondamentalistes chrétiens, les Indiens ou les juifs orthodoxes: quiconque a un point de vue religieux qui n’est pas acceptable pour les scientifiques.

NdT: C’était l’inverse pendant des siècles !…

Jensen: Quelles meilleures façons y a t’il de percevoir et de vivre dans ce monde ?

Je dirai qu’une des alternatives de forcer la nature à nous dire ses secrets est de l’observer et de nous ajuster sur ses plus grands rythmes. Cette alternative est pratiquée par bon nombre de cultures, mais cela fait peur à beaucoup de monde en occident, parce que cela dérive des informations de sources qui peuvent être connectées avec le mysticisme. Par exemple, il y a plusieurs siècles, trois sœurs apparurent à la nation Seneca (NdT: membre de la confédération iroquoise) et dirent qu’elles voulaient établir une relation avec les “personnes bipèdes”. En retour de certaines performances pour des cérémonies qui les aideraient à se développer, les sœurs deviendraient des plantes qui nouriraient les gens. Les trois sœurs devinrent les haricots, le maïs et le potiron et la terre de la nation Seneca ne fut jamais infertile, parce que ces trois plantes, en addition de partager une relation spirituelle l’une avec l’autre, forment aussi un cycle naturel sophistiqué de l’azote, qui maintient le sol fertile et productif.

L’homme blanc vint bien plus tard, planta seulement du maïs et de blé et bientôt épuisa son sol. Ensuite, après avoir conduit plusieurs expériences, des scientifiques “découvrirent” le cycle de l’azote et produisirent des engrais chimiques pour remplacer l’azote naturel. Mais maintenant nous savons que ces produits chimiques ont des effets secondaires déplaisants qui sont peut-être pires pour nous qu’ils ne le sont pour le sol.

L’important est que pour chaque découverte “scientifique”, il peut exister une ou plusieurs façons altertnatives de comprendre les processus naturels. Mais nous ne pouvons pas comprendre ces processus tant que nous ne rejetons  pas complètement l’idée de forcer la nature à nous révéler ses secrets et au lieu de çà de commencer à observer la nature et être à l’écoute de ses rythmes.

Jensen: J’ai entendu parler de tribus d’Amérique du sud qui peuvent prendre des plantes très toxiques et par un processus assez complexe de bouillir trois fois, d’écumer le bouillon etc en font un médicament. Habituellement on pense que ces tribus sont arrivées à ce type de processus par le biais d’essais et d’erreurs, mais ceci me paraît-être idiot, parce que la pante originale est un poison mortel. Par contraste, vous avez écrit qu’ “obtenir l’information des oiseaux et des animaux en ce qui concerne les plantes est une proposition tout à fait évidente pour les Indiens des Amériques.”

Deloria: Il y a plein d’histoires indiennes où une plante apparait en rêve et parle à quelqu’un, ou une personne marche dans la forêt et soudainement, une plante lui dit “Je suis comestible, mais il faut faire telle et telle chose pour pouvoir me manger”.

Quand j’étais beaucoup plus jeune, j’amenais la connaissance indienne d’une plante à un scientifique pour recherche. Il voulait toujours décomposer la plante et analyser ses constituants. Ces efforts étaient inutiles, parce que ce n’est pas la façon dont les hommes-médecine l’utilisent. Ils l’utilisent entière et ils n’obtiennent les produits essentiels qu’en faisant une concoction, une infusion ou un cataplasme. Vous ne pouvez pas la désassembler chimiquement parce que c’est la plante dans son entièreté qui guérit, pas un de ses ingrédients.

Jensen: Ceci semble aller droit au cœur de la difféence entre les cultures indigène et occidentale: voir la plante dans sont entièreté et la laisser littéralement vous parler, contre mettre la nature comme Francis Bacon l’a dit “sur une étagère pour en extraire ses secrets”.

Deloria: C’est vrai, bien que bon nombre de grands scientifiques ont considérablement puisé dans les matières spirituelles et croyaient que des expériences mystiques et intuitives leur avaient donné la connaissance. Ceci est même vrai pour Descartes, le premier matérialiste, qui est célèbre pour avoir articulé la dissociation corps/esprit et humain/nature. Il a dit qu’un ange était venu et lui avait expliqué les choses. Heisenberg, Einstein, Böhr, tous ont soudain eu des intuitions. Quelle est la différence entre çà et l’Indien faisant une cérémonie et entendant la plante lui dire “fais comme çà” ?

Jensen: J’ai entendu parler de cérémonies dans lesquelles les Indiens chanteraient au maïs. Comment cela aide t’il ? Qu’est-ce que le chant apporte à la plante ?

Deloria: Nous donnons de l’énergie et du respect à la plante. C’est un peu comme quand vous voulez apprendre à votre gamin(e) à jouer au Basket et bien qu’il.elle ne puisse pas toucher le panier avec le ballon, vous lui dites “Hey, c’était un super tir !” Vous mettez aussi beaucoup d’importance sur le fait qu’il.elle grandit. C’est un transfert direct d’énergie.

N’importe quel abruti peut traiter une entité vivante comme si c’était une machine et la forcer à remplir certaines fonctions. Tout ce que cela demande est une certaine force. Mais le résultat est de l’esclavage, à la fois pour la victime et pour le perpétrateur.

Jensen: Dans un de vos livres, vous citez le chef Osage “Grand Soldat”: “Je vois et admire votre façon de vivre… Vous pouvez faire presque tout ce que vous choisissez. Vous les blancs, possédez le pouvoir de soumettre chaque animal pour votre usage. Vous êtes entourés d’esclaves. Tout ce qui vous entoure est sous chaînes, et vous êtes les esclaves de vous-mêmes. J’ai peur que si je change le cours de ma vie pour la votre, je ne devienne moi aussi, un esclave.”

Deloria: C’est une des meilleures choses qu’un Indien ait dite. J’enseigne à l’université du Colorado et tant de mes élèves sont convaincus qu’ils sont libres et pourtant ils agissent comme tout le monde. Ils font tous les mêmes choses. Ils pensent tous pareil. Ils sont presque comme un troupeau, des clones. Ils sont asservis à un certain mode de vie. Une fois que vous avez échangé l’intuition spirituelle pour le confort matériel, c’est très difficile de la récupérer. Je vois ces gamins faire de la randonnée en montagne, essayant de communiquer avec la nature; mais vous ne pouvez pas communiquer avec la nature simplement en marchant. Vous devez en fait vivre dedans. Ces jeunes gens n’ont aucun moyen de critiquer la société dans laquelle ils vivent et les réduit en esclavage, parce qu’ils n’en sortent qu’une fois tous les week-ends. Ils peuvent contempler de beaux paysages et développer une appréciation esthétique de cet autre monde mais ils ne pourront pas avoir une compréhension métaphysique de qui ils sont vraiment.

En ce sens, les pauvres blancs vivant dans les montagnes Appalaches et les noirs ruraux sont bien plus proches du monde naturel que mes élèves, parce qu’ils vivent dedans 24h/24. Ces groupes ont aussi en commun leur oppression par l’industrialisation et la destruction de leur terre, leur environnement, desquels leur vie dépend. Leur connexion au monde naturel leur enseigne qui ils sont et ceci n’est pas juste une simple abstraction, mais une relation profonde avec un arbre particulier ou une montagne particulière.

Jensen: Comment rester longtemps au même endroit vous enseigne t’il qui vous êtes ?

Deloria: Si vous vivez dans un endroit suffisamment longtemps, vous commencez à perdre le système de défense que vous avez construit afin de survivre dans la civilisation industrielle et vous retombez dans le rythme de la terre. Vous développez un sens différent du monde naturel et ne devez plus penser de choses dans l’abstrait. Vous pensez au contraire à quoi la terre ressemble et ce qu’elle vous dit. Je pense que beaucoup de gens des Appalaches ont ce trait de caractère, ce sens, surtout ceux qui vivent dans la montagne depuis 5 ou 6 générations. Ils ont commencé à s’ajuster à la terre au lieu de forcer la terre à s’adapter à eux. Si vous leur parlez, vous vous rendrez vite compte qu’ils n’ont plus ces préoccupations abstraites que les soi-disant personnes civilisées ont.

Jensen: Quels types de préoccupations abstraites ?

Deloria: Toujours vous demander qui vous êtes. Toujours essayer de vous prouver, de prouver que vous êtes assez bon, assez fort, assez riche, assez beau. Toujours essayer de vous définir en termes de votre statut social, de votre travail, de vos loisirs ou de ce que vous pouvez acheter. Je peux comprendre comment cela est une technique de survie efficace dans la ville de New York, mais si vous vivez dans un endroit où vous n’avez pas besoin de vous inquiéter de ces choses, vous pouvez simplement être vous-même.

A cause de la machine industrielle, personne n’a plus vraiment d’identité. Alors vous devez aux gens des nombres et des façons absurdes de se définir eux-mêmes. Si vous regardez la liste des meilleures ventes de livres, vous y voyez tous ces livres qui vous disent comment être vous-même. Et bien, quand la terre vous donne une fondation, vous ne devez pas lutter pour résoudre cette question. Si vous vivez longtemps dans un endroit, vous avez une expérience accumulée de ce contexte. Sinon, votre vie est limitée à de petites expériences déconnectées entre elles. Pour vraiment se sentir en vie, vous devez saisir le plus d’expériences possible. Ainsi vous avez MTV, les boîtes de nuit et les galeries marchandes.

Jensen: Pourquoi croyez-vous que l’occident détruit toute culture traditionnelle avec laquelle il entre en contact ?

Deloria: Je ne pense pas que ceux qui sont au pouvoir désirent que cela se sache qu’il y a en fait d’autres façons de vivre, parce que pour que l’état industriel continue d’exister, tous les citoyens doivent faire partie de la machine économique. Si vous avez des gens vivant dans des zones rurales de manière relativement indépendante et auto-suffisante et qui passent leur temps à chanter et à écrire de la poésie, cela va tenter ceux qui font toujours partie de la machine industrielle, à rechercher une meilleure vie pour eux-mêmes. Si vous aviez vu l’absence de stress chez les peuples indigènes et ensuite aviez vu le stress créé par la machine industrielle, alors vous auriez réalisé que tout le système est devenu fou. Nous ne contrôlons pas les machines ; elles nous contrôlent. Donc le système se doit d’écraser toutes alternatives.

Ceci est l’héritage du christianisme. La morale chrétienne établie est : “aime ton prochain”, mais historiquement, les chrétiens ont toujours eu peur et ont toujours été méfiants de tout voisin qui ne leur ressemble pas. Si ces voisins ne changent pas, alors les chrétiens les ont simplement tué. Il y a certainmemet eu des millions d’indiens à qui on a donné le choix de la chrétienté et de l’esclavage ou la mort. La même chose se passe aujourd’hui, mais c’est maintenant énoncé en termes économiques plutôt qu’en termes religieux.

Jensen: Je suis ami avec un indien Okanagan de Colombie Britannique (Canada). Je lui ai demandé d’où provenaient les rêves et elle m’a dit “Tout le monde sait que ce sont les animaux qui nous les donnent”. Comment répondriez-vous à cette question ?

Deloria: Vous devez garder présent à l’esprit que la relation de l’Indien à la terre n’est pas abstraite, mais très particulière, attachée à un morceau de terre. Mon peuple (Sioux) vient des grandes plaines, nous disons que les rêves viennent des esprits et non pas des animaux. Si vous regardez les grandes plaines, vous n’y verrez que trois grandes créatures sauvages: le bison, l’ours et le loup et vous ne les rencontrez pas tout le temps. Par contre, dans la région nord-ouest pacifique, d’où est votre amie, il y a tellement de créatures vivantes, que l’homme est en danger de disparaître dans la foule du vivant. Donc si elle dit que les rêves proviennent des animaux, elle a absolument raison, dans son contexte. Si je dis que les rêves viennent des esprits, j’ai raison, mais seulement dans le contexte des plaines.

Jensen: Il me parait évident que si la culture dominante garde la main, ele va détruire la planète.

Deloria: Absolument, aucun doute la dessus.

Jensen: Que pouvons-nous donc faire ?

Deloria: Tant que nous percevons la science comme une solution pour tout et un moyen de dominer la nature, nous ne pouvons rien faire. Notre réponse à des évènements météorologiques de plus en plus violents par exemple, est de construire des bunkers en béton pour nous protéger des tornades. Nous nous ajustons au système destructif plutôt que de l’abandonner.

Jensen: Vous avez suggéré la possibilité merveilleuse que l’extinction n’est peut-être pas définitive, mais qu’au contraire, les créatures en voie de disparition disparaissent et reviennent lorsque l’habitat est de nouveau propice et traité correctement.

Deloria: Il y a environ dix ans, j’ai parlé à des membres de la Société pour la Restauration Écologique. Je leur ai dit que la connaissance traditionnelle indienne dit que les êtres ne disparaissent jamais. Ils s’en vont, mais ont le pouvoir de revenir. J’avais prédit que dans leur restauration, s’ils préparaient la bonne zone, des plantes qu’ils pensaient disparues à tout jamais commenceraient à revenir, sans aide, après 5 ou 6 ans. Les plantes reviendront en premier lieu, puis les animaux, puis les oiseaux.

Bien sûr mon audience a pensé que jétais fou. Mais plus tard, à la pause café, plusieurs personnes me suivirent. Ils me dirent: “vous avez raison. Nous sommes dans la 7ème année de la restauration d’un marécage dans le Wisconsin et les plantes originaires reviennent.”

Ceci n’est pas aussi extraordinaire qu’il y paraît. Les anciens nous disent que les bisons ont l’habitude d’aller et venir entre deux mondes. En été, les gens se retrouvent au mileu de larges troupeaux pendant des semaines, mais en hiver, il n’y aura que quelques bisons près des rivières ou vers les pâturages. Où sont donc passés les larges troupeaux ? D’après les Sioux, ils sont sous-terre. Il y a environ une dizaine d’endroits où ils entrent et sortent.

Quand j’ai entendu cela, je ne l’ai pas cru. Puis j’ai parlé à quelques anciens qui ont dit: “bien sûr” et ils m’ont montré les collines d’où les bisons sortaient au printemps. J’ai pensé, ceci est insensé, alors j’ai étudié la littérature, mais je n’ai pas pu trouver de traces de gros troupeaux de bisons en hiver. Puis vient Juin, et la satanée plaine est couverte de bisons et à l’automne, ils commencèrent à disparaître de nouveau.

Je suis encore sur ce mystère. Mais c’est la vie. Vous prenez des faits disparates, les mettez ensemble et dites: “Maintenant, quelle est la véritable question ?” et très souvent vous êtes stupéfait de constater que le sujet est bien plus profond que vous ne l’aviez jamais imaginé. Mais le but est de poser les questions et de toujours en poser.

 

Source: http://72.52.202.216/~fenderse/Deloria.htm

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