Fin de partie en Syrie… Vers un nouveau Yalta pour le Moyen-Orient ?

Bientôt plus d’obstacles au nouveau Sykes-Picot

 

Thierry Meyssan

 

22 Juillet 2013

 

url de l’article original:

http://www.voltairenet.org/article179494.html

 

Vous avez sûrement observé le changement de ton de la presse atlantiste sur la question syrienne. Les « rebelles », ces « héros de la Liberté », se sont soudain mués en terroristes fanatiques qui s’entre-déchirent. Pour Thierry Meyssan, il n’y a rien de nouveau sous le soleil : Washington a simplement abandonné l’idée de renverser Bachar el-Assad et se dirige vers la tenue de la conférence de Genève II. Prochaine étape : la perte d’influence française dans la région.

Le 13 juin dernier, le porte-parole du Conseil de sécurité nationale des États-Unis annonçait que la ligne rouge avait été franchie : ainsi que le montraient les preuves accumulées par les Français et les Britanniques, la Syrie de Bachar el-Assad avait utilisé des armes chimiques contre son propre peuple. On allait voir ce que l’on allait voir… Sans attendre, le nouveau commandement joint des Forces terrestres de l’Otan était activé à Izmir (Turquie). La guerre était imminente.

Un mois plus tard, la détermination occidentale a disparue. La presse atlantiste découvre avec effroi que l’opposition armée en Syrie est composée de fanatiques haïs par la grande majorité des Syriens, ce que nous ne cessons de dire depuis deux ans. Tandis que, sur place, l’Armée syrienne libre et le Front Al-Nosra, au lieu de combattre contre les troupes de Damas, se livrent l’un à l’autre une guerre sans merci.

Que s’est-il donc passé qui a pu transformer la guerre de « libération » de la Syrie en ce vaste désordre ? En réalité, aucun des enjeux n’a changé en un mois : l’Armée arabe syrienne n’a jamais utilisé d’armes chimiques contre les « rebelles » ; et ceux-ci ne se sont pas « radicalisés ». Par contre, le plan US que j’exposais, le premier, en novembre dernier, se met lentement en place. L’étape du jour, c’est le lâchage de l’opposition armée.

Tout ceci nous confirme l’essoufflement de l’impérialisme anglo-saxon. L’application sur le terrain des décisions prises à Washington s’effectue avec une extrême lenteur. Ce processus met en évidence l’aveuglement des médias occidentaux qui ignorent ces décisions prises jusqu’à ce qu’elles se traduisent en actes. Incapables d’analyser le monde tel qu’il est, ils persistent à relayer et à crédibiliser la « communication politique ».

Ainsi, ce que j’écrivais [1], et qui était qualifié de « théorie du complot » par la presse dominante, devient une évidence pour elle, dix mois plus tard. Eric Schmitt écrit pudiquement dans le New York Times que « les plans de l’administration US sont bien plus limités qu’elle ne le déclarait en public et en privé » [2]. Tandis que David Ignatius titre crument dans le Washington Post : « Les rebelles syriens ont été plaqués par Washington » [3]. Ils attendaient des armes anti-char et ils reçurent des mortiers de 120 millimètres. On leur avait promis des avions, et ils reçurent des kalachnikovs. Des armes arrivent en nombre, mais pas pour renverser Bachar el-Assad, pour qu’ils se tuent entre eux et qu’il n’en reste aucun.

Et pour qu’il n’y ait pas de doute : le directeur de la CIA, John Brennan, et le vice-président, Joe Biden, ont convaincu à huis clos le Congrès qu’il ne fallait pas envoyer d’armes décisives en Syrie. Tandis qu’à Londres, la Chambre des Communes s’est engouffrée dans la brèche. Et qu’à Paris, Alain Marsaud et Jacques Myard —pour d’autres raisons— tentent d’embarquer l’Assemblée nationale dans le même refus occidental de continuer à soutenir les « rebelles ».

Sans aucun état d’âme, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius qui déplorait en décembre l’inscription par les États-Unis du Front Al-Nosra sur leur liste des organisations terroristes « parce qu’ils font du bon boulot sur le terrain » (sic), a lui-même demandé à l’ONU de l’inscrire sur la liste internationale des organisations terroristes. Et Manuel Valls, le ministre français de l’Intérieur, a déclaré sur France2 que les Français qui combattent en Syrie aux côtés de ses anciens alliés islamistes seraient arrêtés et jugés à leur retour en France.

La conférence de Genève II, dont on parle depuis un an, se précise. Les principaux obstacles venaient de la Coalition nationale qui, soutenue par le Qatar, exigeait la capitulation préalable de Bachar el-Assad, et des Franco-Britanniques qui refusaient de voir l’Arabie saoudite et l’Iran à la table des négociations.

L’ayatollah Khamenei a retiré du jeu le président Ahmadinejad et son directeur de cabinet Meshaie, hommes de foi et anti-cléricaux forcenés, pour les remplacer par le cheikh Rouhani, un religieux très pragmatique. Dès son installation comme nouveau président iranien, fin août, ce dernier devrait accepter de participer à la négociation. De leur côté, les Anglo-Saxons ont retiré du jeu le Qatar, ce micro-État gazier qui leur servait à camoufler l’alliance entre l’OTAN et les Frères musulmans. Ils ont confié la gestion des « rebelles » en Syrie à la seule Arabie saoudite, tout en discréditant ces « rebelles » internationaux dans leur presse. Avec ou sans le roi Abdallah, Riyad devrait également accepter la négociation.

Fausse surprise : à la demande pressante du secrétaire d’État John Kerry, l’Autorité palestinienne a accepté de reprendre les négociations avec Israël, même si celui-ci poursuit la colonisation des Territoires.

Sauf revirements inattendus en Égypte ou en Tunisie, il ne devrait donc plus y avoir, d’ici deux à trois mois, d’obstacles majeurs à la tenue de Genève II, le « nouveau Sykes-Picot » élargi ; du nom des accords secrets par lesquels la France et le Royaume-Uni se partagèrent le Proche-Orient durant la Première Guerre mondiale. Au cours de cette conférence, les États-Unis et la Russie se répartiront l’Afrique du Nord et le Levant, au détriment de la France, en divisant la région en zones sous-traitées par les Saoudiens (sunnites) ou les Iraniens (chiites).

Après avoir contraint l’émir du Qatar à abdiquer et avoir abandonné les « rebelles » en Syrie, Washington va donc retirer son influence régionale à sa fidèle alliée, la France, qui aura sali ses mains durant deux ans pour rien. C’est la loi cynique de l’impérialisme.

 

[1] « Obama II : la purge et le pacte », Réseau Voltaire, 27 novembre 2012. « L’ASL continue de briller comme une étoile morte », Réseau Voltaire, 26 décembre 2012. « Obama et Poutine vont-ils se partager le Proche-Orient ? », Odnako (Fédération de Russie), 26 janvier 2013.

[2] “No Quick Impact in U.S. Arms Plan for Syria Rebels”, par Mark Mazzetti, Eric Schmitt et Erin Banco, The New York Times, 14 juillet 2013

[3] “Syrian rebels get ‘the jilt’ from Washington”, par David Ignatius, The Washington Post, 18 juillet 2013.

9 Réponses vers “Fin de partie en Syrie… Vers un nouveau Yalta pour le Moyen-Orient ?”

  1. Doctorix Says:

    Les rebelles syriens sont une bande de crapules qui se battent entre eux, et Bachar el Assad garde le soutien de sa population.
    Nos ministres des affaires étrangères (Fabius) et de l’intérieur (Walls), aveuglés par leur soutien forcené à Israël, sont une paire de Jean-Foutre qui nous ont ridiculisés, ont détruit notre image aux yeux du monde et tous nos intérêts dans la région. Triste bilan d’une totale inféodation à un Etat terroriste, un vrai, celui-là…

  2. C’était à prévoir ce qui arrive à la France et surtout prendre en charge, le cout financier de ses interventions à la place des USA, pour la couler un peu plus !

    • Bien sûr et les guignols politicard franchouillards tombent dans le panneau à chaque coup… En fait, ils ne tombent pas dans le panneau, ils font ce que les banquiers leur disent de faire pour torpiller la France plus avant, c’est un classique de la relation maître/esclave, qui se déroule perpétuellement devant nos yeux, à tous les niveaux de la société étatique déliquescente et obsolète.

      • Christiane Says:

        La France est trahie par ses  » élites » depuis la dernière guerre et même depuis 1870. Nous touchons le fond, mais ne faut-il pas cela avant de remonter à la surface ? le défi
        suivant sera de garder la tête hors de l’eau avant d’être sauvés de l’immersion complète. La leçon à en tirer sera que les Etats-Unis sous de fausses apparences, n’ont
        jamais été nos amis. D’autre part, outre les francs-maçons
        au pouvoir, il faudra nous débarrasser de ces sionistes-talmudistes descendant des Khazars qui nous étouffent au profit d’ Israël.

        • Nous avons été trahi depuis la division de la société et la création de l’État !
          L’oligarchie en contrôle depuis lors ne fait qu’utiliser subterfuge après subterfuge pour nous maintenir divisés, même au sein des classes privilégiées (c’est le but de toutes ces sectes secrètes, franc-maçonnerie et autre ainsi que des partitions politico-religieuses dont le sionisme fait partie…).
          Si l’humanité veut faire mieux que survivre, il faudra sortir de ce paradigme de l’illusion et embrasser une organisation sociétaire égalitaire et autogestionnaire. Un retour aux sources en quelque sorte.

  3. […] Bientôt plus d’obstacles au nouveau Sykes-Picot Thierry Meyssan 22 Juillet 2013 url de l’article original: http://www.voltairenet.org/article179494.html Vous avez sûrement observé le changement de ton de la presse atlantiste sur la question…  […]

  4. enterrée ! à travers ce que je dis, j’en doute !

    ils évacuent les dégats, en portant les responsabilités sur quelques entreprises qui n’auraient mal consolidé les puits donc par où fuit les produits toxiques et par le viellissement des puits, et tout cela est entrièrement faux mais cela leur permet de faire face aux demandes d’indemnisation, tout en les niant des années durant, alors que ce sont tous les puits qui sont visés et on ne peut traiter les déchets, l’eau étant polluée et étant déversé dans les fleuves avoisinants ! et le déversement final dans l’atlantique pour les puits qui se trouvent près des côtes atlantiques !

    ils cherchent tout simplement en fin de compte, à touver des débouchés à leurs compagnies au Canada bien sûr, mais aussi en Europe et dans tous les pays du monde où pouvoir exporter leurs méfaits.

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