Résistance politique: Combattre et éradiquer le fléau colonial, première nécessité ~ 2ème partie ~

“Le grand responsable dans le domaine de la colonisation est le pédantisme chrétien pour avoir posé les équations malhonnêtes: Christianisme = Civilisation et Paganisme = Sauvagerie, d’où ne pouvait que s’ensuivre d’abominables conséquences colonialistes et racistes, dont les victimes devaient être les Indiens, les Jaunes et les Nègres.”
~ Aimé Césaire ~

*  *  *

“Au travers des années, les anthropologues ont réussi à enterrer les communautés indiennes si complètement sous une masse d’information sans aucune importance que l’impact total de la communauté universitaire sur les peuple indigène est devenu celui d’une simple autorité… Dans les grandes largeurs, les nègres étaient considérés comme des bêtes de somme, tandis que les peaux-rouges étaient considérés comme des animaux sauvages, les niakoués comme des animaux domestiques et les chicanos de marrantes bestioles fainéantes.”

~ Vine Deloria Jr. ~

 

 

Tuer le colon intérieur pour sauver l’homme

 

Résistance 71

 

1er Juillet 2013

 

Nous avons emprunté pour titre de cet exposé, en la paraphrasant, une déclaration tristement célèbre d’un capitaine de l’armée américaine, Richard Pratt, qui en 1892 déclara qu’il fallait “Kill the Indian and save the man” (“Tuer l’indien pour sauver l’homme” c’est à dire tuer l’indien à l’intérieur de lui-même pour sauver l’homme). Ceci fut le motto d’une des plus atroces campagnes de génocide culturel de l’Histoire, concernant les populations natives d’Amérique du Nord, qui vit les enfants indigènes arrachés de leur environnement pour être endoctrinés par la force dans des pensionnats où les histoires d’horreur d’abus d’autorité, de viols et de meurtres, tant sous l’égide des autorités étatiques que religieuses, sont légions. Pratt fut en charge du programme et ouvrit la première école à cet effet: la Carlisle School de sinistre renommée.

Nous avons vu dans notre précédent article sur le sujet “Tous colonisés”, que si la colonisation est le plus grand fléau de l’humanité, elle n’a pu être possible que parce que l’oligarchie qui la commandite a d’abord réussi à endoctriner les masses occidentales pour qu’elles acceptent le concept arrogant, fondamentalement raciste et criminel de la colonisation. Il a fallu que nous soyons “convaincus” du bien fondé de “l’universalisme occidental”, du “devoir de civilisation” de l’occident, si chers aux criminels tels Jules Ferry, larbins des cartels monopolistes industriels et banquiers en France et ailleurs en occident.

Si la colonisation est incontestablement plus dure dans les pays conquis, elle n’en est pas moins le résultat d’une colonisation des esprits à la maison, c’est en cela que nous sommes tous des colonisés, sous le joug de la même pensée unique doctrinaire et réactionnaire, qui écrase les peuples et annihile les consciences et les cultures.

Le devoir des peuples aujourd’hui, si nous voulons réellement échapper à l’emprise mortifère qui nous opprime tous, colonisés et colons pour la plupart involontaires, est le devoir de “décolonisation”. Nous devons décoloniser comme on dératise.

Grâce à un certain nombre de travaux ethnologiques et sociologiques, tels ceux de gens comme Aimé Césaire, Frantz Fanon pour la France ou Vine Deloria et Taiaiake Alfred pour l’Amérique du Nord (Deloria étant in Sioux, Alfred Iroquois, Mohawk, tous deux professeurs de science politique) nous avons une très bonne compréhension de ce qu’est la colonisation, ses tenants et aboutissants et certains principes pour l’éradiquer. Nous reprendrons ici en l’adaptant la méthode résultant d’une analyse de fond d’Alfred, pour permettre aux nations indigènes de rester sur le chemin de la décolonisation. Cette méthode peut et doit également être appliquée sur nous, afin que nous sortions de la transe suprémaciste factice forcée sur nous par une oligarchie avide de maintenir son pouvoir privilégié exclusif d’abord sur nous, puis sur les peuples des nations conquises, colonisées.

Les cinq points clés pour demeurer sur le chemin de la décolonisation:

(source: Taiaiake Alfred, professeur de science politique à l’université de Victoria, Colombie Britannique, Canada et directeur du programme d’étude sur la gouvernance indigène)

 

  • Langage: ne pas laisser la langue être annihilée, restaurer / maintenir le langage traditionnel
  • Territoire: connexion, relation à la terre ancestrale
  • Nourriture: retour à un régime alimentaire traditionnel
  • Peur: arrêter d’avoir peur, la peur est l’outil du contrôle
  • Pratique: mettre en pratique en groupe et étendre la sphère d’influence peu à peu

 

Ces cinq points clés ont été identifiés comme étant le meilleur moyen de garder les peuples colonisés sur le chemin de la décolonisation sans être récupérés, co-optés par les entités étatiques dont les fonctions sont de promouvoir le consensus du statu quo et la survie du pouvoir colonialiste. Ce chemin de la décolonisation est emprunté par un certain nombre de nations indigènes des Amériques, parfois avec grand succès ; citons par exemple la confédération iroquoise, qui a la particularité de se situer de part et d’autre de la frontière américano-canadienne, les nations de l’Ouest canadien en Colombie Britannique, la nation Lakota (Sioux) avec la création de la république des Lakotas après un retrait unilatéral du traité de Fort Laramie de 1868, la nation Mapuche au Chili et bien sûr les nations indigènes du Chiapas au sud du Mexique, dont nous relayons l’actualité sur ce blog le plus souvent possible et tous ceux que nous omettons qu’ils nous en excusent.

En quoi donc ceci peut-il être adapté aux peuples occidentaux, eux-mêmes colonisés par la pensée unique mortifère oligarchique, qui a historiquement forcée les peuples à accepter cette escroquerie de la “mission civilisatrice de l’occident” à des fins hégémoniques. Reprenons donc point par point le chemin de la décolonisation et voyons comment nous pourrions l’utiliser pour nous libérer nous-même de la transe maléfique dans laquelle nous avons été plongés il y a trop longtemps déjà.

1-   Le langage:

En ce qui nous concerne, nous devons faire attention à deux choses. La première est de ne pas laisser les langages dégénérer comme cela est en train de se faire avec l’ère électronique et l’avènement du code, de la convention de langage SMS et internet d’un côté et d’un autre côté de l’intégration de mots d’origines étrangères dans la langue. Si toute langue vivante évolue de manière naturelle, l’évolution d’une langue n’implique aucunement sa désintégration dans une bouillie pseudo multi-culturelle.
La seconde chose est le danger de l’imposition par la caste privilégiée d’une novlangue directement sortie du roman “1984” de George Orwell. Aujourd’hui, l’occident ne fait plus la guerre, il “intervient humanitairement pour la paix et la démocratie”, chez Orwell “la guerre est la paix”. Aujourd’hui, l’occident ne supprime pas les libertés individuelles, il “lutte contre le terrorisme”, ceci impliquant la surveillance de tout le monde et la perte des libertés individuelles (voir les lois liberticides en vigueur et le dernier scandale en date des écoutes mondiales de la NSA américaine). Aujourd’hui, comme chez Orwell, “le mensonge est vérité” et les ministères de la propagande occidentaux veillent au grain pour que le décryptage propagandiste ne puisse pas se faire à grande échelle. Ce fut vrai pendant un bon nombre de décennies, mais depuis plusieurs années, la résistance à la sémantique totalitaire a gagné pas mal de terrain.

2-   Le territoire:
Si la relation des peuples colonisés à la terre ancestrale est plus évidente, il n’en demeure pas moins vrai que chaque colons a souvent des relations dans le pays d’origine de sa famille. Prenons le cas d’une famille canadienne dont le père serait d’origine allemande (un des berceaux du Canada et de ses premiers colons est la ville de Lunenbourg en Nouvelle Ecosse, qui constituait une grosse communauté germanophone dès le XVIIème siècle) et la mère d’origine anglaise ou irlandaise ou écossaise. Il est plus que probable que ces personnes ont encore de la famille en Europe qu’elles visitent de temps en temps et réciproquement. Il en va de même avec les Québecois et la France, les Australiens, Neo-Zélandais et Etats-Uniens avec leurs racines européennes ou moyen-orientales (diaspora libanaise par exemple). Même pour les colons de la xème génération, la relation à la terre d’origine est toujours forte et s’amplifie avec l’âge semblerait-il. Beaucoup de retraités décident de “retourner aux sources”, symbolisant par là même un malaise refoulé, voire pour certains un sentiment de culpabilité assumé au delà d’une curiosité à assouvir.
Ainsi la connexion à la terre ancestrale demeure souvent réelle. Pour ceux des occidentaux qui n’ont pas physiquement participés à la colonisation mais n’en sont pas moins des colonisés de l’esprit à domicile, il est important de conserver son petit coin de terre originelle et de ne pas oublier ses racines, ni sa langue, ni ses traditions régionales.

3-   La nourriture:
Ici nous pouvons parler d’une véritable hégémonie “culinaire” du fast food et du “plat préparé”, qui nous a été imposée à des fins purement commerciales et de domination alimentaire. Si la France résiste et garde une certaine tradition culinaire, la qualité des produits agricoles est en chute libre depuis déjà un bon moment. Dans le domaine de l’agro-alimentaire, nous sommes passés de l’empoisonnement des populations par nécessités économiques (agriculture intensive, rentabilité sur des stratégies chimiques) à un empoisonnement programmé génocidaire des populations par l’oligarchie.
Reconquérir notre nourriture traditionnelle, celle faite avec des produits de qualité (connexion supplémentaire au point précédent de la terre ici…) et donnant une quantité et surtout une qualité nutritionnelle optimale, est une nécessité absolue. Le seul moyen  de reconquérir notre nourriture passe par le boycott des cartels agro-alimentaires et le patronage des petits agriculteurs, des maraichers et des éleveurs de terroir à la qualité de produits avérée. Ici, nous parlons d’une stratégie délibérée de reconquête de notre nourriture, cela est parfaitement possible dans un laps de temps relativement court, même si bon nombre de sols agricoles sont “grillés” chimiquement pour plusieurs dizaines d’années, l’espace de création existe toujours, il suffit de mieux gérer en faisant la promotion du local et de la qualité.

4-   La peur:
Essentiel ! Arrêtons d’avoir peur… Peur des représailles, peur du système en place, peur du futur, peur de l’inconnu d’un nouveau paradigme. Ceci représente souvent la plus grande des peurs: se retrouver devant l’inconnu et se décider à franchir le pas. Tout consiste en le “lâcher prise” d’avec les anciennes valeurs devenues obsolètes mais auxquelles on se rattache comme à une bouée en pleine eau. Pour vaincre la peur, le point #5 est essentiel…

5-   La pratique:
Créer de petits groupe de réflexion et de travail, appliquer ce qu’on décide à petit échelle, gardant à l’esprit que le but est d’élargir la portée de cette praxis (réflexion + action) pour déboucher sur un nouveau paradigme d’organisation de la société à bien plus vaste échelle, dans le style d’une confédération de communes libres et autogérées par exemple. La pratique et la mise en commun des idées en suivant une ligne politico-sociale déterminée par toutes et tous, aide à supprimer la peur initiale de l’inconnu, à reprendre confiance et à pratiquer et encourager la seule qualité humaine au-delà de l’intelligence qui nous a permis non seulement de survivre mais d’évoluer sur le chemin du bien commun: la solidarité faite d’entre aide mutuelle et de coopération.
C’est cela que nous devons redécouvrir, ensemble.

Nous avons vu que les points clés déterminés comme étant essentiels pour que les colonisés demeurent sur le chemin de la décolonisation et retrouve la voie identitaire, peuvent parfaitement s’appliquer à nous, peuples occidentaux. Pourquoi donc si nous étions si différents et incompatibles comme l’oligarchie nous l’assène depuis la fin du XVème siècle ? Simplement parce que nous sommes également colonisés, la colonisation de nos esprits par la pensée oligarchique qui a déployée une foule d’artifices pour générer un consentement sinon de fait du moins tacite des masses, est responsable de ce que nous n’ayons pas été suffisamment critiques des horreurs de la colonisation et de son inutilité factuelle.

Nous pensons que le monde s’émancipera définitivement de la tutelle étatique, raciste, arrogante et mortifère de l’oligarchie hégémonique, lorsque les peuples colonisés (indigènes) et les peuples colonisés de l’esprit (nous) joindront leurs forces et créeront ensemble la société du futur, une société égalitaire, fraternelle, solidaire et donc libre, où l’intérêt commun sera en permanence l’objectif de toute action intentée.

En cela les peuples colonisés et la décision des peuples occidentaux de se tenir à leurs côtés, détermineront la destinée de la planète.

 

=  =  =

 

Note:

Ceci peut bien évidemment être appliqué par tout peuple victime du néo-colonialisme occidental. Nous n’avons pas spécifiquement mentionné ici les peuples africains simplement parce qu’officiellement du moins, la colonisation “n’existe plus” et les nations anciennement colonisées sont devenues indépendantes. Nous sommes parfaitement conscients que les relations internationales dites “post-coloniales” ne sont qu’un travesti de ce qui devrait être. L’occident non seulement ne respecte pas les peuples africains devenus souverains mais s’est rendu coupable de la mise en place d’un système mafieux de contrôle des pays et des ressources naturelles et humaines par le biais de l’impositino de gouvernements fantoches. L’Afrique vit ajourd’hui et ce depuis les indépendances des nations, sous un de facto joug néo-colonial, encouragé par le clientélisme politico-financier.

Le seul peuple y subissant aujourd’hui une oppression similaire aux indigènes du continent américain étant le peuple palestinien soumis au colonialisme sioniste et dont les territoires se réduisent à une peau de chagrin depuis 1947.

 

Bibliographie:

  • Aimé Césaire, “Discours sur le colonialisme”, 1955
  • Frantz Fanon, “Peau noire, masque blanc”, 1952
  • Vine Deloria, “Custer died for your sins”, 1969
  • Taiaiake Alfred, “Heeding the Voices of our Ancestors”, 1995
  • Taiaiake Alfred, “Peace, Power, Righteousness, An Indigenous Manifesto”, 1999, 2009
  • Taiaiake Alfred, “Wasase, Indigenous Pathways of Action and Freedom”, 2005
  • Nils Anderson, “Fondements et permanence du colonialisme”, 2011
  • Saïd Bouamama, “L’espace mental colonial comme matrice du racisme contemporain”, 2013
  • Immanuel Wallerstein, “Eurocentrism and its Avatars: the Dilemmas of Social Science”, 1997
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5 Réponses to “Résistance politique: Combattre et éradiquer le fléau colonial, première nécessité ~ 2ème partie ~”

  1. les nègres étaient considérés comme des bêtes de somme, et ceux qui partaient vers les pays arabes ? Il m’en reste rien parce qu’en fait ils devenaient des eunuques ……… Là aussi c’est à frémir

  2. http://manicheism.free.fr/maniblog/mysteresdejesus1.pdf

    Les Mystères de Jesus de Timothy Freke – intéressant – les « paiens » ont été copiés

    • Oui en images, la première partie sur la religion du premier film Zeitgeist… Tout y est dit, visuel en plus.

      le film ici en VOSTF:



      1ère partie sur la religion entre 10’40 et 40′

      Tout le film vaut le coup d’être vu…

  3. […] Nous avons traduit ici un des derniers articles du politologue canadien Andrew Gavin Marshall, qui a une vision très similaire à la notre concernant le lien entre les luttes des nations natives contre le colonialisme  actif (Amérique du Nord et Latine), le néo-colonialisme prenant place en Afrique et les mouvements de lutte sociale en Europe et en occident. Nous devons venir à terme de notre culpabilité et tendre la main aux peuples que nous opprimons. Les mêmes méthodes sont appliquées contre nous que celles qui ont été et sont appliquées contre les nations indigènes, seul le degré varie. Nous sommes tous des colonisés ! […]

  4. […] contre l’oligarchie, qui nous l’avons dit ici même à maintes reprises (1 et 2), nous opprime de la même manière, mais pas (encore) avec la même intensité que les nations […]

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