Période post-électorale au Vénézuéla: Ingérence et déstabilisation au menu…

Venezuela : déstabilisation en chantier

 

Ahmed Halfaoui

 

Les Débats (Algérie)

 

Le 17 Avril 2013

 

url: http://www.lesdebats.com/editions/170413/les%20debats.htm

 

Nous allons savoir bientôt ce que les médias du comité de rédaction international vont trouver comme grille de présentation du Venezuela. Des élections présidentielles viennent d’avoir lieu. A les lire, il n’y en aurait jamais eu et Hugo Chavez aurait été un dictateur qui verrouillait toute ouverture, non pas un président élu à plusieurs reprises dans des conditions aussi transparentes, sinon plus que celles qui sont en pratique dans les pays dits démocratiques. Il y a donc eu un scrutin au Venezuela, ce que personne ne peut nier. Mais, encore une fois, même Chavez mort, c’est l’un de ses camarades, son dauphin, disent les préposés de la propagande, qui est choisi par les urnes. Ce n’est évidemment pas du goût des Etats-Unis et de la presse affidée de la ploutocratie mondiale.

Libération, ce quotidien qui a depuis longtemps changé de main et de vocation, titre : «Le candidat écarté envisage des manifestations». Savourons le mot «écarté», quand il s’agissait plutôt d’écrire «battu» ou «défait» ou «perdant». «Ecarté» est plus suggestif et fait appel à la fantasmagorie élaborée et entretenue contre la montée en puissance du mouvement social antilibéral, symbolisé par le président défunt. Henrique Capriles, le candidat des affairistes et poulain des Etats-Unis, n’aurait pas perdu le vote, selon cette approche, mais aurait été victime d’une fraude ou d’une manœuvre de la commission électorale qui serait, c’est suggéré, sous les ordres des «chavistes».

Dans la réalité, ce serait plutôt à ces «chavistes» de s’interroger sur l’écart enregistré entre le score prédit par les sondages et celui du décompte des voix. Ce qui représente beaucoup, plus de 15% des suffrages. Qu’à cela ne tienne, ce n’est qu’avec une avance de près de 300.000 voix que Nicolas Maduro, le bolivarien, dame le pion à son adversaire. C’est très peu pour affirmer la dynamique en cours d’émancipation des Vénézuéliens des griffes du néolibéralisme. Mais assez pour empêcher des remises en cause dramatiques des avancées sociales réalisées ces dernières années.

La démocratie joue souvent avec les chiffres. C’est ce qui s’est produit. En pourcentage cela donne, selon le Conseil national électoral (CNE), 50,66% contre 49,07%. Le score attribue la présidence à Maduro, en toute légalité. Tibisay Lucena, responsable du CNE, avait expressément affirmé que le résultat est «irréversible» et demandé aux Vénézuéliens «de rentrer tranquillement dans leur foyer». En dépit de tout, son adversaire et les Etats-Unis (on peut s’interroger sur ce qui les autorise à se mêler de la chose) demandent un recomptage des suffrages. Les bolivariens sont d’accord. Ce qui a dû pas mal décevoir. Un refus de leur part, largement justifié par le modèle opératoire utilisé et la proclamation des résultats par l’instance légale, pouvait être une réponse tout à fait légitime à une attitude qui fleure la provocation et le déni de droit, la mise en place d’une atmosphère de coup d’Etat.

Cela suffira-t-il à faire entendre raison aux partisans du candidat déçu et à Washington. Rien de moins sûr. Il semble bien qu’une entreprise de déstabilisation est mise en branle. Reste aux Vénézuéliens de la mettre en échec, tel qu’ils l’ont fait pour les précédentes.

 

7 Réponses vers “Période post-électorale au Vénézuéla: Ingérence et déstabilisation au menu…”

  1. […] Venezuela : déstabilisation en chantier Ahmed Halfaoui Les Débats (Algérie) Le 17 Avril 2013 url: http://www.lesdebats.com/editions/170413/les%20debats.htm Nous allons savoir bientôt ce que les médias du comité de rédaction international…  […]

  2. Les hyénes sont à l’affût, néanmoins si le score de 50,7 % est réel et n’est pas plus important, parce que on peut envisager et cela doit être certain des fraudes à l’envers qui auraient remplacé les votes pour Maduro, par les votes pour Capriles.

    Donc si ce vote n’est que de 50,7 %, cela veut dire que le peuple n’a pas beaucoup de répondant et ne semble attendre qu’un clone de Chavez, qui pourtant lui a consacré ses mandatures à renverser la tendance.

    Les mois à venir ne vont pas être simples, lorsqu’on voit la violence qui se répand sur toute la planète face à un ultra libéralisme qui ne cache même plus les coups tordus qu’il compte employer contre les Etats et contre les peuples.

    • Juste, et concernant le Vénézuéla, les dernières élections ne font que confirmer ce que nous avons toujours dit: Chavez a loupé le créneau, certes il a fait de bonnes choses pour le peuple, mais il ne lui a pas rendu service en maintenant une sorte de « culte de la personnalité », même si elle n’était pas voulue, c’est ce qu’il s’est produit quand même dans la pratique.
      Le mouvement zapatiste du Chiapas, n’a pas ce problème car le pouvoir est totalement dilué dans les conseils de « bon gouvernement » populaire. Marcos n’est qu’une figure porte-parole, sans pouvoir, juste celui de parler, dans la tradition de la chefferie des sociétés natives. Le mouvement zapatiste du Chiapas survivra Marcos, le mouvement d’Oaxaca n’a pas de leader non plus, ce qui risque de perdre le peuple vénézuélien, c’est l’incapacité ou le manque de volonté de Chavez de diluer le pouvoir dans le peuple et de plus le responsabiliser.
      Nous espérons nous tromper, suivons ce qu’il se passe au Venézuéla de près.

      • Pour suivre de près ce qui se passe au Venezuela, j’affirme que cette vision des choses est loin de la réalité. Maduro a été désigné par Chavez, OK,, mais le PSUV a ratifié ce choix. Et 7 millions et quelques de Vénézueliens également.
        Lors des déferlement de hordes fascistes pots-élections qui ont fait déjà 9 morts, des dizaines de blessés dont une militante du PSUV qu’ils ont tenté de brûler vive, détruit des centres de santé, des locaux du PSUV, des logements de petrocasas,(logements sociaux payé avec la rente pétrolière), etc… le peuple c’est mobilisé pour défendre ces acquis de la révolution. Et il est en effervescence et soutien Maduro fermement. Certains de ceux qui ont été assassinés et la plupart des blessés l’ont été dans ces actes de défenses des acquis de la révolution. Si je voulais suivre toutes les structures communales, toutes les associations en luttes, tous les rhizomes qui les relient à d’autres,toutes les actions menées,toutes les propositions qu’elles font, concrètes pour renforcer les communes,et le soutien venu de tout le continent sud des peuples comme des mandataires avec qui en tant que ministre des Affaires étrangères maduro a été un des principaux acteur de la construction d’une unité régionale qui s’est concrétisée dans leur reconnaissance unanime de sa légitimité,Et dans les parles de respect de chacun qui démontre à quel point il est apprécié, il me faudrait des dizaines d’heures chaque jour et même plus et je n’en aurais encore vu qu’une petite partie.. En plus de catalyser la volonté du peuple pour défendre sa révolution, la tentative de coup d’état au Venezuela et les attaques de Kerry contre la région catalysent le renforcement des processus d’intégration régionale.
        Ces jours-ci cette multiplicité des réactions constructives y compris d’intelligence collective me font parfois tourner la tête, tant elles sont nombreuses, diverses, affines et complémentaires. Un des cinq points de la réunion d’Unasur de jeudi dernier est la mise en évidence des responsables de la violence au Venezuela,,exécutants, transmetteurs des ordres et commanditaires extérieures. Les peuples latinos sont conspirationnistes dans leur ensemble depuis le 11 septembre 1973. Chavez a été un mur de contention qui a permis au peuple de grandir, et il est devenu grand parce qu’il était porté par un peuple debout.
        La guerre est à présent engagée entre l’Empire et l’Union Sud-Américaine en constitution. Quand au Venezuela 7 millions de révolutionnaires, conscients politiquement et responsables de l’avenir collectif,c’est pas si mal.

        • Merci du compte-rendu. Le peuple vénézuélien, et les peuples en général, ne peut compter que sur lui-même. Le jeu de la réaction sera de le diviser, de co-opter les leaders de quartiers etc… Le salut est dans l’autogestion et le peuple vénézuélien semble être politiquement armé pour en assumer la tâche.

          • Je suis toujours étonnée de voir comme des évènements cruciaux pour l’Amérique Latine (et donc pour le monde) passent inaperçus ici. Voici la déclaration de Kerry qui annonce on ne peut plus clairement la couleur :

            “L’hémisphère occidental (terme de la même connotation colonialiste utilisé aux USA pour désigner l’Amérique Latine. NdT) est notre cour-arrière, il est d’une importance vitale pour nous. Avec une grande fréquence, beaucoup de pays de la région sentent que les USA ne leur portent pas assez d’attention et dans certaines occasions c’est très certainement la vérité. Nous devons nous rapprocher vigoureusement, nous avons planifié de le faire. Le Président se rendra bientôt au Mexique et ensuite au Sud je ne me rappelle pas dans quels pays, mais il va dans la région ».

            Cela a provoqué une réaction de colère à travers tout le continent, L’arrière-cour – patio trasero – symbolise le colonialisme. Ce qui est intéressant, c’est que les réactions de contre-attaque se mettent en place de manière concertée à travers tout le continent.
            Comprendre les « retards » pris par la révolution 1) l’échec du référendum de 200?7
            2) l’offensive silencieuse mise en oeuvre dès le début de son premier mandat par Obama. Coup d’état au Honduras et multiplication de la présence militaire, dont deux bases, en Colombie à la frontière du Venezuela. Le cauchemar de Chavez était de voir un jour le peuple sus les bombes à uranium appauvri. Là des gros budgets ont été utilisés pour créer une force militaire dissuasive. Le peuple a aussi eu l’occasion d’apprendre à se défendre et c’est à ce moment que Chavez de « Presidente » est devenu « Comandante »/
            On ne doit pas se leurrer, l’état de guerre est latent, coup d’état institutionnel contre Lugo juin 2012, suivi d’une tentative ratée en Bolivie. Nouvelles élections au Paraguay qui ramène le vieux parti fasciste au pouvoir alors que des troupes US manœuvrent aux frontières avec la Bolivie… et tentative de coup d’état au Venezuela qui se poursuit.
            La division comme en témoigne le résultat des élections a déjà été semée. Et c’est toute la région qui s’unit pour répondre à la question « Comment? » en remontant clairement sur les méthodes et moyens mis en œuvre par l’ingérence de ceux qui dirigent le régime Obama. Montrer les vrais responsables, comment ils agissent et dans quel but.
            Ce qui est intéressant pour nous. Là on sait que la Conspiration existe ,elle a des visages,des noms, une histoire, une brulante actualité qui donne lieu à un immense travail pour mettre en lumière ses ficelles occultes. Comme ce sont les mêmes qui sévissent ici et là, ce travail peut contribuer à déniaiser un peu les peuples abrutis de l’Europe ex « riche »
            A suivre de très près. (en plus c’est passionnant de voir toute cette intelligence politique en action)

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