Résistance politique: L’arme de la désobéissance civile fait son chemin…

Cet article du Monde Libertaire fait écho à nos traductions d’Howard Zinn (1, 2, 3) qui fut, à l’instar de Martin Luther King (qu’il connaissait) et Gandhi, un adepte efficace de la désobéissance civile.

Nous publierons prochainement une compilation de la pensée de Zinn et de personnes comme Henry David Thoreau concernant la désobéissance civile.

« Quand des décisions injustes deviennent la norme, alors le gouvernement et ses officiels se doivent d’être renversés. » (Howard Zinn, « Disobedience and Democracy », 1968)

— Résistance 71 —

 

La désobéissance civile

 

Moriel

 

Le 20 Décembre 2012

 

url de l’article original:

http://www.monde-libertaire.fr/autogestion/16108-la-desobeissance-civile

 

On ne s’improvise pas désobéissant collectif. Ça se travaille. Dans le désordre et la discipline.

Je me suis rendue à un stage de formation à la désobéissance civile pour connaître les outils de ce mode d’action qui privilégie l’organisation aux dépens de la spontanéité. Il permet de casser les routines des modes traditionnels de revendication – comme une manifestation ou un rassemblement – qui, s’ils sont nécessaires dans un premier temps, sont insuffisants par la suite et minent souvent le moral des « troupes ». Ils doivent alors s’accompagner d’actions plus radicales qui dépassent l’objectif d’information et d’expression d’une opposition pour bloquer un fonctionnement : faire perdre du temps, de l’argent à nos ennemis ou les discréditer aux yeux de l’opinion publique.

Campagne et stratégie collective

Ce type d’actions requiert une stratégie collective : il doit y avoir des paliers dans la lutte. Les désobéissants appellent ça une « campagne », c’est-à-dire un plan d’action. Si on s’accorde sur le fait qu’une poignée de gens ne fera pas tomber le capitalisme et qu’il faut se faire davantage d’alliés que d’ennemis, il faut passer d’abord par des actions légales, même si on les sait inutiles : cela légitime par la suite les actions plus radicales aux yeux de l’opinion publique. Cela met des personnes de notre côté lors de la phase légale des opérations, augmentant ainsi le nombre de gens susceptibles de nous rejoindre dans la radicalité. L’objectif peut ne pas être uniquement l’abolition du capitalisme, vaste programme un peu décourageant par son ampleur, même s’il est présent dans le discours.

Avant de passer à l’action, les désobéissants privilégient rassemblements, manifestations, pétitions, lettres aux élus.

Lorsque vient le moment de l’action, elle est mûrement réfléchie et réclame une

organisation méticuleuse en amont. Au cours du stage auquel j’ai participé, un grand jeu de rôle nous a donné un aperçu des conséquences du manque de préparation et d’organisation d’une action. Un groupe de manifestants devait occuper une préfecture, il en était empêché par les forces de l’ordre. Les participants au jeu étaient soit des agents des forces de l’ordre, soit des manifestants, d’autres avaient un rôle inconnu des autres joueurs. Dans le feu de l’action, on a pu se rendre compte – alors que ce n’était qu’un jeu – quelle importance peut prendre le climat émotionnel généré par une situation inhabituelle : beaucoup de bruit, de stress, ce qui laisse davantage de place à l’impulsivité, aux sentiments, à l’irrationnel, à l’émotionnel plutôt qu’à la raison, aux gestes et aux paroles maîtrisés. Chacun a sa stratégie qu’il considère comme la meilleure. La confusion qui en découle aboutit à des divisions dans les rangs des manifestants. S’organiser en amont permet plus de sérénité, chacun sait ce qu’il a à faire, à dire, et jusqu’où il peut aller dans les initiatives nécessaires pendant la durée de l’action. Cela favorise l’émergence d’une force collective bien utile pendant l’affrontement.

S’organiser, c’est décider ensemble des objectifs de l’action, se choisir une cible et trouver les moyens humains et matériels pour arriver à ses fins. Lors du stage, on apprend que ça ne s’improvise pas, que ça nécessite de se former aux techniques d’élaboration d’une stratégie et de préparation des actions. L’animateur du stage, par ses expériences et sa connaissance du sujet, nous a transmis, dans le temps limité d’un week-end, un peu de son savoir. Il nous a donné une grille de questions à se poser et d’éléments à prendre en compte pour préparer l’action. Cela va du repérage des lieux, du contexte, du matériel à la répartition des rôles.

Les participants se répartissent les rôles selon leurs compétences, leurs forces, leurs faiblesses et leurs envies. Les « actions désobéissantes » ont l’avantage de concerner un éventail large de la population, jeunes, vieux, personnes en petite forme physique… Tous étaient présents au stage et prêts à s’investir dans des modes d’actions radicaux touchant à l’illégalité. La conception « désobéissante » du militant est intéressante car elle fait appel à leur condition d’homme et non à un surhomme héroïque, prêt à tout pour la cause. Elle casse l’image religieuse et orthodoxe du militant qui fait de ses activités une vocation religieuse pétrie de sacrifice, de douleur, de souffrance. Un « militant désobéissant » a des limites et il les connaît. Il va choisir son rôle dans l’action. Il ne va pas s’enchaîner à une grille s’il a trop peur, ne va pas se suspendre à un arbre s’il a le vertige. Il préférera peut-être prendre soin du confort physique et moral de celui qui est attaché (l’activiste) en lui apportant de l’eau, à manger, des vêtements s’il a froid, en le tenant au courant du déroulement de l’action. Il aura le rôle d’« ange gardien ». Les médiateurs, eux, sont chargés du dialogue avec les adversaires : forces de l’ordre, patrons, Il sont censés maintenir un climat serein pour retarder l’évacuation par les forces de l’ordre et faire durer l’action en temporisant et en expliquant la lutte, les revendications… Il y a aussi les preneurs d’images (photographes, cameramen), chargés de relayer l’action auprès des médias indépendants. Les référents-presse s’occupent du contact avec les journaux régionaux, voire nationaux. Ils vont transmettre aux médias le contenu des revendications portées par les participants de l’action.

Les non-violents et les forces de l’ordre

Les désobéissants sont conscients de la répression policière à l’encontre des opposants à l’ordre capitaliste, cet ordre qui privilégie les intérêts d’une minorité (actionnaires, multinationales, banques) aux dépens de la collectivité. Pourtant, ils prônent aussi la non-violence face à des CRS, montrant ainsi qu’ils reconnaissent la personne humaine avant son rôle social. Ils pensent que c’est à la fonction qu’il faut s’attaquer, et non à la personne. Que les forces de l’ordre sont des travailleurs au bas de l’échelle, des pions comme d’autres, pris au piège du salariat. Cette _attitude met en évidence la contradiction qui existe en chacun de nous, à savoir que, même si on cherche à s’émanciper de cette société, on en est tous le produit et nos façons d’être et d’agir dépendent souvent de son fonctionnement. Ainsi, des travailleurs d’une usine polluante qui doit fermer vont se mobiliser pour sauver leur usine, alors qu’elle est nuisible à leur santé et à l’écosystème.

Dans cette logique, les désobéissants ne considèrent pas que les agents des forces de l’ordre sont tous sadiques, même s’il y en a parmi eux. Ils ne pensent pas non plus qu’ils ont tous choisi ce métier pour le simple plaisir de frapper leurs contemporains. Réagir de façon non violente, en faisant preuve d’empathie et en favorisant le dialogue avec les forces de l’ordre, participe à enrayer l’escalade de la violence et aide à l’efficacité de l’action. La violence des manifestants rend légitime et valorise, aux yeux de la population, la fonction répressive des flics. Un manifestant non violent va davantage les surprendre, les renvoyer dans leur contradiction. Et puis, les désobéissants soutiennent l’idée que la stratégie non violente peut induire une division parmi les agents des forces de l’ordre. Il y aura ceux qui continuent à être agressifs et d’autres, plus modérés, qui finissent par se prendre de sympathie pour le manifestant.

Enfin, même s’ils reconnaissent que leur posture non violente n’empêche pas toujours les violences policières, elle peut, avec les techniques qu’elle suppose (le poids mort qui bouge encore, la tortue, le train), faire perdurer l’action et retarder l’évacuation par les forces de l’ordre.

Les rapports avec la presse

Les désobéissants sont conscients que les médias appartiennent à des grands groupes industriels qui sont complices du système en place et desservent l’intérêt de l’être humain au nom de gains financiers. Cette situation ne garantit pas l’objectivité de l’information et peut entraîner la désinformation. Cependant, la réussite des actions non violentes repose en large partie sur leur médiatisation. C’est un moyen de sensibiliser l’opinion publique sur le combat qu’ils mènent et qui légitime la désobéissance. La présence de la presse permet aussi de limiter, voire d’éviter les interventions musclées des forces de l’ordre.

Pour finir, lors d’une action désobéissante, les divergences sont mises de côté au profit d’un objectif commun. Ce type d’action consolide les liens entre militants et donne un côté plaisant au militantisme.

Nos milieux libertaires devraient s’inspirer de ces différentes formes d’action et des acteurs qui les mettent en pratique car ils sont souvent engagés dans les mêmes combats. Je pense nécessaire de sortir de notre microcosme, enfermés que nous sommes dans une posture puritaine qui nous éloigne du commun des mortels. Pour cela, nous devons nous débarrasser d’une vision puriste et manichéenne de l’engagement selon laquelle il y aurait ceux qui veulent changer le système et ceux qui font semblant de le vouloir et qui en sont les complices ! Nous devons rechercher des alliés dans les luttes. Le challenge du libertaire n’est-il pas de porter, au sein de ce terreau de résistances, un discours sur la nécessité de créer société, plus juste et égalitaire, émancipée de tout pouvoir et de toute domination ?

 

15 Réponses vers “Résistance politique: L’arme de la désobéissance civile fait son chemin…”

  1. […] société libertaire, terrorisme d’état. Suivez toutes les réponses à cet article par flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse ou envoyer un rétrolien depuis votre […]

  2. Très précis … Merci pour cet article! 😉

  3. En Egypte, 32 % de votants seulement. Au Caire, 50-50 , beau résultat. On sait qu’ils s’appuient sur l’illétrisme et la peur qu’ils génèrent pour se maintenir.

    A la vue de ses résultats, la lutte contre les islamistes est bien ancrée et attendons les législatives.

    je considère que les élections, tout en sachant qu’elles mantiennent le systéme en place qui se régènère sans fin comme le cancer est cependant un test de l’avancée des luttes.

    Le FMI est cependant en embuscade pour étrangler ce pays, le moment venu avec ses 4,5 milliards de dollars de prêts.

  4. Bolivie : le « Manifeste de l’Ile du Soleil » d’Evo Morales | Humanite
    http://www.humanite.fr/…/bolivie-le-manifeste-de-lile-du-soleil-devo-mora...

    Excellent discours d’Evo Morales pour un socialisme communautaire !!!!!

    Cela me semble la première pierre posée par un chef d’Etat d’un nouveau monde, là où les chrétiens ont entrepris leur entreprise de dévastation de la planète.

    • le lien ne trouve pas la page, dommage… On va essayer de le trouver en ligne ailleurs, merci…

    • Les 10 recommandations de Moralès dans son discours, directement adaptées de la sagesse et méthodologie native, Moralès sait de quoi il parle:

      « Ce 21 décembre, premier jour du « Pachakuti » (…) marque la transition de l’ère de la violence entre les êtres humains et contre la nature vers une nouvelle ère, où l’être humain et la Mère Terre ne font qu’un, et où tous les hommes vivent en harmonie et en équilibre avec l’ensemble du cosmos. (…) Nous sommes les Guerriers de l’Arc-en-ciel, les Guerriers du « vivir bien », les Insurgés du monde. Nous proposons dix recommandations pour faire face au capitalisme et construire la culture de la vie:
      – refonder la démocratie et la politique, en transférant le pouvoir aux pauvres et en le mettant au service du peuple
      – davantage de droits sociaux et humains, et non la marchandisation des besoins humains
      – décoloniser nos peuples et nos cultures pour construire le « socialisme communautaire du buen vivir »
      – pour une vraie politique écologique contre tout « colonialisme environnemental de l’économie verte »
      – la souveraineté sur les ressources naturelles est la condition pour s’émanciper de la domination néocoloniale et œuvrer au développement intégral des peuples
      – atteindre la souveraineté alimentaire, et le droit humain à l’alimentation
      – l’alliance des peuples du sud contre l’interventionnisme, le néolibéralisme, et le colonialisme
      – le développement de la connaissance et des technologies pour tous
      – la construction d’une union institutionnelle mondiale des peuples
      – le développement économique ne doit pas se fixer pour objectif l’accumulation du capital et des profits, ni les bénéfices des marchés, mais doit être ‘intégral’, et viser le bonheur des gens et l’harmonie avec la Mère Terre.

  5. le lien est mal indiqué, mais l’article est dans l’humanité ce matin.

    à lire absolument, car il met dans le même bain l’économie verte qui n’est qu’une supercherie des capitalistes.

    Le futur viendra de là bas, des peuples premiers d’Amérique latine ou ne sera pas.

    il faut partir de ce qui est dit dans ce long appel des peuples. la terre devrait être inappropriable, c’est un bien collectif ! Les capitalistes ont détruit la terre ( pollutions ) les fleuves et les océans (pollutions ) l’air ( sulfuré ).

  6. Ce qui se passe en Egypte, malgré l’emprise des islamistes est interessant et voir le Caire acquis à 50 % à l’opposition est important comme résultat, d’autant plus qu’en Tunisie le même président dans un voyage en province s’est fait caillassé par la foule et a dû être évacué.

    Et ce qui est surprenant pour ces 2 dirigeants, ils ont été puisé dans le vivier occidental, pour l’égyptien aux USA où il avait fait ses études et l’autre qui résidait en France, ce qui montre de manière irréfutable, que l’intervention militaire, depuis longtemps, était envisagée sur tous ces pays avec à la clef, plus des petits sergents dictateurs comme Mobutu pour l’Afrique, mais des élites occidentalisées à la sauce US ou européenne pour tenir un rôle bien particulier.

    Et de même pour nous, pays européens tous ceux sortis de Goldman Sachs ou de la BCE.

    • Les USA et le FMI sont bien à la manoeuvre en Egypte;

      En effet l’aide militaire accordé aux militaires pour maintenir les liens que souhaite les USA avec Israël est divisée pour partie donné aux militaires, qui ainsi arbitrent ainsi les relations entre l’opposition et les islamistes et pour partie aux islamistes.

      Et le FMI, pour sa part avec ses 4,5 milliards de dollars est aussi à la manoeuvre ! Les agences de notation se sont aussi empressées de rentrer dans la dance en déclassant l’Egypte !

      Mais la rue 50-50 lors des élections au Caire ne va pas se contenter des gesticulations de ces pantins.

      • L’Egypte avait accepté une offre du FMI dès la nouvelle marionnette installée au pouvoir, on sait ce que cela veut dire…
        Esclavagisme de la dette..
        Seul moyen: toutes les nations font défaut de leur dette odieuse, le chaos provoqué sera propice au renversement des institutions et la proclamation de l’autogestion. En Europe, le FMI n’est pas à l’œuvre, pas besoin… Il y a la BCE !! L’endettement exponentiel aux banques privées s’accélèrent, l’enfumage de faire croire que « l’austérité » corrigera le tir continue de plus belle.

        Il s’agit d’une guerre totale entre le grand capital et le salariat, qui comme nous l’avons dit ici à maintes reprises n’est que la forme moderne de l’esclavage et doit disparaître en même temps que l’état. Plus on y réfléchit et plus on se rend compte que Kropotkine avait 100 fois raison.
        Le communisme libertaire (communisme pris au sens de confédération des communes libres et non pas au sens marxiste étatiste…) qui a quelques variantes efficaces, est la solution à la destruction programmée de nos sociétés.

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