Résistance politique: Le mouvement natif « Idle No More » ouvre la voie d’une réconciliation pouvant déboucher sur une alliance sociétale profonde…

« Quand dans la société primitive, l’économique se laisse repérer comme champ autonome et défini, quand l’activité de production devient travail aliéné, comptabilisé et imposé par ceux qui vont jouir des fruits de ce travail, c’est que la société n’est plus primitive, c’est que la société est devenue une société divisée en dominants et dominés, en maîtres et sujets, c’est qu’elle a cessé d’exorciser ce qui est destiné à la tuer: le pouvoir et le respect du pouvoir. La division majeure de la société, celle qui fonde toutes les autres, y compris sans doute la division du travail, c’est la nouvelle disposition entre la base et le sommet, c’est la grande coupure politique entre les détenteurs de la force, qu’elle quelle soit guerrière ou religieuse et ceux assujettis à cette force. La relation politique de pouvoir précède et fonde la relation économique d’exploitation . Avant d’être économique, l’aliénation est politique, le pouvoir est avant le travail, l’économique est une dérive du politique, l’émergence de l’état détermine l’apparition des classes. »

(Pierre Clastres)

 

Depuis 12 jours, Chief Theresa Spence de la nation Attawapiskat du nord de l’Ontario est en grève de la faim à Ottawa et demande une entrevue avec le premier ministre Harper et le gouverneur général du Canada concernant la dégradation des conditions de vie de sa nation et des violations permanentes des « traités » régissant les relations entre les colons installés et les nations natives.

Le texte pamphlétaire ci-dessous a été écrit en anglais et en français ce mois-ci et peut servir de base pour une compréhension des mouvements de reconnaissance des nations autochtones canadiennes. Co-rédigé par le professeur universitaire et activiste de la nation  Mohawk (Confédération Iroquoise) Taiaiake Alfred, le texte établit quelques recommandations cruciales pour un juste réamorçage de la relation entre les peuples autochtones et le Canada.

Nous pensons qu’une alliance entre les peuples natifs et la vaste majorité des colons exploités et spoliés des Amériques est la voie de la réunification pour une nouvelle société égalitaire et autogérée. Le mouvement EZLN du Chiapas au Mexique a gagné les cœurs et les esprits de bon nombre de Mexicains non autochtones qui soutiennent le mouvement depuis 1994, une telle chose peut et va se produire dans le reste des Amériques et pourrait donner lieu à un modèle à suivre pour le reste de l’humanité.

Il est grand temps de renoncer au colonialisme obsolète et mortifère et d’agrandir le cercle de la véritable fraternité. L’occident se doit de reconnaître ses torts passés, présents et arrêter ceux à venir. Toutes les sociétés natives refusent l’état. D’après les travaux de Pierre Clastres, ethnologue français, les sociétés dites « primitives » passent leur temps à diluer le pouvoir afin que l’état, même embryonnaire, ne puisse voir le jour. Les nations natives nord-américaines ont été et sont toujours des modèles de société égalitaire, souvent (pas toujours) matriarcale, pour qui la société prime l’état et non pas l’inverse et pour qui le pouvoir est dilué au point que le « chef » ne soit qu’un représentant sans pouvoir. Nous avons énormément à apprendre des sociétés natives nord-américaines, très complémentaires en cela de la pensée libertaire européenne.

Mitakuye Oyasin

— Résistance 71 —

 

Réparer et Réamorcer la Relation entre les Peuples Autochtones et le Canada

par Taiaiake Alfred et Tobold Rollo Territoire de Coast Salish Territory, Victoria, C-Bm, Canada http://taiaiake.posterous.com

 

url de l’article original:

http://ipsmo.files.wordpress.com/2012/12/idlenomore_handout_francais.pdf

 

Nous témoignons aujourd’hui à une résurgence inspirante de la conscience des peuples autochtones devant l’existence d’injustices au sein de l’État canadien. L’histoire démontre que de tels événements constituent les conditions préalables de changements sociaux et politiques. Il y a deux décennies, la résistance autochtone au colonialisme a fait pression sur le Canada afin d’établir la Commission Royale sur les Peuples autochtones (CRPA). L’objectif de la commission était d’établir les mesures nécessaires pour rétablir une relation juste entre le Canada et les peuples autochtones. CRPA démontrait une compréhension et une inclusion dans ses recommandations reflétant un consensus extraordinaire entre les peuples autochtones et non autochtones. Un accord s’était conclu à travers un processus basé sur le respect mutuel, l’amitié et la paix.

Vingt ans plus tard, les peuples autochtones et les Canadiens sont replongés dans un nouveau moment de profonde résistance et de résurgence. Le sentiment d’urgence et le contexte pourrait être sans précé- dent. Peut-être qu’il n’y a pas de meilleur moment, alors, pour aller de l’avant avec le rétablissement d’une relation avec certaines limites à l’intérieur du CRPA. Dans l’esprit de respect mutuel, d’amitié et de paix, nous avons rendu compte précisément de ce que nous croyons être les recommandations les plus cruciales et immédiatement nécessaires:

(voir à l’intérieur)

1. Déclaration de responsabilité.

Pour rétablir cette relation, le Gouvernement du Canada doit reconnaître la nature coloniale systématique du Canada dans le passé comme le présent. Les gouvernements récents ont présenté des excuses pour des programmes spécifiques coloniaux, tels le système des pensionnats, mais ils n’ont pas encore reconnu la responsabilité de l’ensemble des institutions coloniales, y compris la législation actuellement en vigueur par la Loi sur les Indien.

2. La reconnaissance par la loi de l’autorité politique.

Le gouvernement du Canada doit adopter une loi qui reconnaît les droits inhérents des Nations autochtones à définir l’autorité politique en respect de leurs propres lois, leurs principes de gouvernance et coutumes. La loi pourra donner les orienta- tions et promulguer la reconnaissance déjà existante du droit à l’autodétermination inscrite dans la Section 35 de la Constitution canadienne et de la relation de nation à nation établie par les traités et accords antérieurs. De plus, il permettra aux systèmes d’autorité politique une responsabilité d’enraciner au sein des communautés autochtones une correction des irrégularités dé- mocratiques et dysfonctions sur le système de la Loi sur les indiens.

3. La transmission de la Gouvernance par la loi.

Le gouvernement du Canada doit déléguer le contrôle des services sociaux, culturels, économiques, le logement, la santé, les services éducatif aux gouvernements autochtones conformément à l’article 35 de la Constitution du Canada. L’actuel «Obligation de consulter» doit être remplacé par une juridiction partagée (compétence partagé) des territoires pour le développement urbain et économique. La jurisdiction des autochtones occasion- nera des mesures effectives devant l’érosion de la protection de l’environnement causé par des pressions extérieures .

4. Législation sur l’obligation fiduciaire de la Couronne.

Le gouvernement du Canada doit fournir le financement, la formation et les ressources nécessaires pour assister les nations autochtones dans le rétablissement de leurs capacités et de recouvrer l’autonomie en tant que Nations autochtones. Lorsque ces capacités seront réalisées, les coûts engendrés au Canada diminueront fortement jusqu’à ce que le besoin ne soit plus nécessaire.

5. Processus d’un traité moderne sans restrictions.

Le Gouvernement du Canada doit supprimer les restrictions formelles et informelles mises sur les négociations des traités avec les gouvernements autochtones concernant les droits aux territoires et à la culture. Un refus de négocier de bonne foi revi- endrait à une simple affirmation de la souveraineté coloniale qui se veut comme un affront au droit international et de la Constitu- tion même du Canada.

À propos des auteurs de ce pamphlet:

Taiaiake Alfred est Professeur sur la gouvernance autochtone au Département de Science Politique à l’Université de Victoria. Il est l’auteur de Heeding the voices of our Ancestors (1995), Wasáse: Indigenous Pathways of Action and Freedom (2005) et Peace, Power, and Righteousness: An Indigenous Manifesto (2009). Il a travaillé comme chercheur et conseiller à la Commission Royal sur les Peuples autochtones de 1992 à 1996 sur la gouvernance et les problématiques jeunesses.

Tobold Rollo est candidat doctorant de l’Université de Toronto. Il se spécialise dans la politique canadienne et la théorie démocratique. Il est l’auteur de Embodied Recognition: Toward a Phenomenology of Political Affirmation (2008).

Informations sur “Idle No More”

(tout cela est en anglais) www.idlenomore.com             —   Facebook: Idle No More

Twitter: @IdleNoMore4 .and. #IdleNoMore

www.rabble.ca/issues/indigenous  www.aptn.ca/pages/news/tag/idlenomore  www.ammsa.com/content/idlenomore-campaign

 

4 Réponses to “Résistance politique: Le mouvement natif « Idle No More » ouvre la voie d’une réconciliation pouvant déboucher sur une alliance sociétale profonde…”

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  2. […] avons traduit à Noël le manifeste du mouvement Idle No More et avons relayé des informations importantes sur le mouvement. Notre position est la suivante, nous l’avons dit et le répétons: l’activisme des […]

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