Crise économique et sociale: Visions du passé pour un meilleur futur… Murray Bookchin et le municipalisme libertaire

Murray Bookchin (1921-2006) fut un des penseurs anarchistes les plus visionnaires et controversés de la seconde moitié du XXème siècle. Issu du prolétariat juif américain de New York et formé dans les jeunesses communistes, marxiste convaincu durant de longues années, il se désillusionna du modèle communiste autoritaire pour embrasser les thèse sociales anarchistes. Fondateur de la Ligue Libertaire de New York dans les années 1950 et du mouvement du municipalisme libertaire à forte connotation écologiste, il est certainement le penseur qui a connecté au mieux les thèse anarchistes classiques (Proudhon, Bakounine, Kropotkine) avec un concept libertaire moderne post révolution espagnole (son livre « Spanish Anarchists, the heroic years 1868-1939 » est un des meilleurs livres écrit sur la révolution espagnole…). Ses idées sur les communes autogérées localement dans une ère moderne où l’impasse de la mondialisation rend la pensée locale viable. Bookchin a rendu accessible à toutes et tous des idées parfois complexes. 

Dans son livre « Notre environnement synthétique » écrit en 1962, il fut un des tous premiers à exposer les horreurs des pesticides, des additifs alimentaires et le danger des rayons X et leur  plus que possible implication dans le développement du cancer. Il publia en 1998 avec sa compagne Janet Biehl un des livres qui fit date dans l’histoire de l’anarcho-écologie: « The Politics of Social Ecology » traduit en français sous le titre: « Qu’est-ce que l’écologie sociale ? » (Atelier de Création, 1999). A lire absolument !

— Résistance 71 —

 

Bookchin et le municipalisme libertaire: Du concret pour le changement !

 

HD

 

Juillet 2012

 

url de l’article original:

http://ecosystemesdemocratiques.org/2012/07/24/bookchin-et-le-municipalisme-libertaire-du-concret-pour-le-changement/

 

Conférence de Murray Bookchin à San Francisco en 1985 en 7 parties, (sous-titrage français): durée totale ~ environ 75 minutes ~

http://www.youtube.com/watch?v=EJNZLhAvg5Q&feature=relmfu

http://www.youtube.com/watch?v=EJTDr3nimfk&feature=relmfu

http://www.youtube.com/watch?v=XFQLSAu_DOQ&feature=relmfu

http://www.youtube.com/watch?v=xmvuFIOAs20&feature=relmfu

http://www.youtube.com/watch?v=s-Xyu42Y9Z8&feature=relmfu

http://www.youtube.com/watch?v=aRm0CJiStgI&feature=relmfu

http://www.youtube.com/watch?v=masHJOCaLyo&feature=relmfu

 

« En résumé, le municipalisme libertaire veut revitaliser les possibilités démocratiques latentes dans les gouvernements locaux existants et les transformer en démocratie directe. Son but est de décentraliser ces communautés politiques de sorte qu’elles soient à échelle humaine et adaptées à leur environnement naturel. » (1)

 

Murray Bookchin (1921-2006) est malheureusement très peu connu en France. Il est né et a grandi dans le New York des années 1920 et 1930, celui de la grande crise, des mobilisations et manifestations socialistes énormes, un New York qui était encore humain, où le commun des mortels était très engagé politiquement, avec une vraie vie de quartier, de village même; des quartiers où les habitants se connaissaient, s’entraidaient et se réunissaient pour discuter des affaires communes et des positions à adopter : une vie « normale » pour l’époque.

ITINÉRAIRE POLITIQUE : A LA RECHERCHE DE L’HUMAIN ET DE LA LIBERTÉ

Pendant son adolescence, il se tourna vers le Trotskisme, puis perdit peu à peu ses illusions à cause de la coercition qu’il jugeait inhérente au marxisme-léninisme. Il est devenu rapidement connu pour la facilité avec laquelle il envoyait des critiques dévastatrices au marxisme en utilisant la langue marxiste elle-même. C’est le fondateur de l’écologie sociale, école de pensée qui propose une nouvelle vision politique et philosophique du rapport entre l’homme et son environnement : c’est un des premiers à avoir introduit l’idée de l’écologie dans la pensée de la gauche.

Bookchin est toujours resté un anti-capitaliste radical et un défenseur de la décentralisation de la société. Il a consacré sa vie à « chercher les moyens de remplacer par une société plus éclairée et rationnelle l’actuelle société capitaliste qui réduit la majorité de l’humanité à un état lamentable et empoisonne la Nature ». (2)

LES FORMES DE LA LIBERTÉ : L’ASSEMBLÉE DES HABITANTS COMME POUVOIR POLITIQUE SUPRÊME

Un élément essentiel de son projet a été d’identifier les « formes de liberté » révolutionnaires (voir la vidéo ci-contre!) qui donnent à l’idée de liberté une substance organisationnelle. En discutant avec les anciens et en étudiant l’histoire, surtout européenne et américaine, il découvre qu’on retrouve à travers les âges et les continents une pratique politique récurrente et synonyme d’émancipation sociale : l’Assemblée municipale des citoyens comme pouvoir politique suprême.

Bookchin montre qu’un autre monde est possible, que le politique ne se réduit pas à la politique politicienne, mais qu’il est au contraire la discussion face à face entre tous les habitants d’un village/ville/quartier de ville, au sein d’assemblées se réunissant régulièrement et prenant les décisions en commun sur les affaires de la cité : ce sont aux citoyens eux-même, sur un territoire, de décider, ensemble, du présent et du futur qu’ils veulent construire ensemble. Bien sûr, cette possibilité est des nos jours indissociable de la recréation de lien social nécessaire en maintes endroits de notre pays : les deux vont ensemble !

« Bookchin n’est pas l’ennemi des institutions en tant que telles. La liberté conçue en termes purement personnels et qui ne s’incarne pas dans des institutions, soutient-il, sombre dans le narcissisme. Une société qui nourrit à la fois la liberté individuelle et la liberté sociale doit reposer fermement sur des institutions elles-mêmes libératrices. Elle doit fournir la structure qui permettra aux citoyens de diriger collectivement leurs propres affaires. La question n’est donc pas de savoir si une société doit avoir des institutions, mais bien lesquelles. »(3)

DÉMOCRATIES DIRECTES LOCALES, DÉCENTRALISATION, CONFÉDÉRALISME… DU PRATIQUE !

« En résumé, le municipalisme libertaire veut revitaliser les possibilités démocratiques latentes dans les gouvernements locaux existants et les transformer en démocratie directe. Son but est de décentraliser ces communautés politiques de sorte qu’elles soient à échelle humaine et adaptées à leur environnement naturel. Son objectif est de restaurer les pratiques et les qualités de la citoyenneté de sorte que les femmes et les hommes puissent collectivement prendre la responsabilité de la conduite de leurs propres communautés, selon une morale du partage et de la coopération, plutôt que de dépendance envers les élites » (4). Lorsqu’on aura créé des démocraties, les municipalités démocratisées pourront être reliées dans des confédérations capables de gérer de vastes territoires. De tels États ont existé dans l’histoire, la possibilité n’a rien d’utopique.

L’intérêt de l’engagement de Bookchin et du municipalisme libertaire est qu’il n’a rien de théorique. Il est au contraire extrêmement pratique, et dans le Vermont notamment, autour de Bookchin et de bien d’autres, des mouvements citoyens ont essayé de reprendre ainsi un peu leur vie en main. En de nombreux endroits du monde, (pas besoin d’avoir entendu parler de Bookchin pour ça!) des citoyens essaient, réussissent parfois, à faire revivre cette tradition humaine de prise de décision commune à échelle humaine. Et les écrits de Bookchin peuvent nous être d’une grande aide dans ce chemin…

 

NOTES :

(1) : Avant-propos à l’ouvrage de Janet Biehl (avec la collaboration de Murray Bookchin), Le municipalisme libertaire, Editions Ecosociété, 1998, Montréal, Québec, p. 21.

(2) : ibid, p. 19

(3) : ibid, p. 21

(4) : ibid, p. 21

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13 Réponses to “Crise économique et sociale: Visions du passé pour un meilleur futur… Murray Bookchin et le municipalisme libertaire”

  1. Je suis convaincu qu’il faille des institutions, mais effectivement, lesquelles.
    La Terreur fut à mon sens un exemple de chaos dû notamment à l’absence d’institutions.

    Par ailleurs, l’actualité (économique, financière, écologique etc etc mondiale) fait penser que l’Homme voit son destin lui échapper; pour cause de « science » économique, mathématique, ce que l’on voudra, qui, force est de constater, n’a pas besoin de l’humain.

    Des « too big toofail » à la croissance exponentielle portée aux nues, on voit bien que cela ne se maitrise plus.
    De peur que tout se casse la figure, ou dans l’espoir que tout rentre dans l’ordre « comme avant », on se flanque des objectifs de déficits publics débiles, des prêts pour rembourser des prêts, des G20 à deux euros etc etc…
    On marche sur la tête parce que la machine dévale la pente et qu’on ne sait plus où sont les freins.

    Alors très certainement qu’un oeil local et une gestion du même tonneau sont la solution.

    Il y a un je ne sais quoi qui me gène dans le projet Vénus (zeitgeist), cela dit, c’est à potasser.

    • Les « institutions » ne doivent être que des assemblées populaires, les institutions étatiques et privées ne sont que des agences de conservation des privilèges à termes. Une « institution » par nature est statique, bureaucratique et stérile, le tentacule du monstre froid.
      La société est organique et ses assemblées organiques locales sont sa vie.
      Attention de ne pas mélanger Bookchin et Zeitgeist, rien à voir. Bookchin est bien antérieur à Zeitgeist. Bookchin n’est pas un technocrate, c’est un organique, sûrement très sincère (malgré un passage chez les trotskistes, toujours suspicieux convenons-en).
      Le projet Venus de Zeitgeist propose en fait la parfaite dictature technnocratique car ce qu’il ne dise pas est que le monde géré par les machines va automatiquement créé une nouvelle « race » d’aristocrates: ceux qui savent les contrôler, les réparer etc…
      Certains d’entre nous ont été très attentifs à ce que propose Zeitgeist. Le premier documentaire était une bombe, mais laissait de côté les « solutions » aux justes critiques élaborées, à partir du second documentaire çà part en vrille à notre sens, en proposant ce qui semble être une dictature technocratique, en fait un Nouvel Ordre Mondial édulcoré, une utopie technocratique rose bonbon acidulé.
      Pour qui pédale vraiment Peter Joseph ?

      • Je ne mélangeais pas les deux, je faisais juste un aparté en parlant de zeigeist qui fait partie des mouvements pronant un changement de civilisation, car c’est de cela dont il s’agit.
        Mais effectivement, de bonnes réflexions (et intervenants) mais ça part en vrille avec une odeur sectaire dont je pense il faut se méfier.

        Repoussoir comme dit emma, et très certainement la démonstration flagrante qu’une clique de crabes nous gouverne.

  2. Le spectacle que donne le politique aujourd’hui et l’inanité de leurs compétences, que démontre cette crise financière est de nature à le desacraliser totalement et même à servir de repoussoir !

    • Le terreau devient de plus en plus propice pour que les gens s’autonomisent et commencent à s’autogérer.
      Qu’il y ait un phénomène de rejet, c’est excellent, souhaitable et porteur… De là il faudrait que les citoyens se prennent en main et … OSENT..

      La devise du SAS britannique est « Qui ose gagne » (Who dares win en anglais), c’est une évidence…

  3. A quel année s’arretera cette crise mondiale???????????????l

    • Quand les peuples auront repris e pouvoir, l’auront dilué en leur sein et instauré enfin la société libertaire égalitaire et émancipée… Pas avant ! La société actuelle est fondée sur les crises contrôlées, les parasite survivent et oppressent grâce à cela…

      • En attendant d’avoir restauré une société viable, qui ne viendra que lorsqu’on aura traité la manière dont on nous conditionne et on nous transforme aujourd’hui en êtres en compétition permanente, les uns avec les autres au lieu d’échanger idées et biens dans avoir recours à un Etat qui nous spolie avec ceux qui le dominent, chaque jour davantage.

        je crois que les communes qui recherchent leur autonomie, à travers le monde sont le premier pas : les communes autogérées d’Amérique latine étant le premier pas, mais leur quotidien n’ayant pas été changé depuis des millénaires, elle peuvent d’emblée se tourner vers un autre modéle agricole et industriel et le politique suit car il ne peut ^plus se greffer sur un modéle imposé.

        Enfin pour les régions n’ayant pas choisi le modéle OGM, donc les modéles d’agriculture de montagne difficiles d’accès, car les grandes plaines attirent les vautours, comme d’habitude.

        Mais elles ont tout de même à se défendre contre ceux qui veulent leur enlever les ressources de base, l’eau, quand elles sont proches de réserves minières ou que le gaspillage des grandes métropoles conduit à construire de grands barrages en amont ou l’exploitation pétrolière, mais apparemment ces peuples ont enclenché ces moyens de défense.

        Nous nous pouvons nous tourner vers des expériences qui prouvent qu’on peut s’automiser : à Détroit où les friches industrielles ont été converti en maréchage et assure une nouvelle prospérité aux habitants, en Espagne où des communes enrégimentés dans la construction immobilière : 700 emplois perdus dans une commune de quelques milliers d’h et la reconversion agricole est plus que positive ou en Angleterre où des communes de presque 10 000 h tout en choisissant ce modéle agricole de agriculte de proximité diversifiée ont recrée également des commerces qui se distancient par rapport à la consommation et recyclent tous les produits de la société de consommation, à petit prix, que ce soit ordinateurs, électro ménager ou meubles et autres.

        • Absolument et tu mets là l’accent sur ce que nous disons aussi peut-être en d’autres termes, mais cela est très proche: le changement doit être social (et donc aussi bien sûr comportemental en retrouvant, en dépoussiérant notre nature humaine qui est faite de coopération, d’entr’aide et de compassion) avant d’être politique. C’est par le social et son adaptation aux besoins locaux, que le politique suivra comme tu l’as bien dit. La gestion politique d’une société suit la gestion sociale et non pas l’inverse comme nous avons été (en général s’entend..) endoctriné à le penser.
          La société de consommation spectacle a enseveli tout çà sous une bonne couche de fadaises, mais cela va se dépoussiérer, juste besoin d’un coup de plumeau… Peut-être sommes-nous toutes et tous, le plumeau de quelqu’un d’autre ?…

  4. coopérative énergie citoyenne Berlin

    http://www.youtube.com/watch?v=3tjGQ95iOWo

    Une expérience autogestionnaire à Berlin qui porte sur la production et gestion de l’lélectricité pour 2,5 millions de citoyens et génère 150 millions d’€ de bénéfices.

    • Oui, c’est un excellent début, la suite logique: supprimer profit et échange monétaire. La communauté produit pour elle-même en autogestion, pour le seul bénéfice d’elle-même, sans étiquette de prix aucune et distribue tout surplus aux communes libres avoisinantes. Ceci est valable pour toute entreprise, atelier, commerce, fonctionnant sans étiquette de prix, la notion de « profit » est abolie et immédiatement la spéculation disparaît.
      Cela peut se faire et s’est déjà fait à l’échelon de millions de personnes, sans problèmes majeurs.

  5. je crois que les allemands sont plus intelligents que nous et ne se contentent pas de s’endormir sur l’idée, comme nous que c’est le seul pays qui aurait échappé à l’effondrement avec la France, car le tour de passe passe a créé 7 millions d’emplois précaires dont 5 millions n’ont comme revenus que les minis jobs et cela leur permet de trafiquer les chiffres du chomage, notion qui ne veut plus rien dire.

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