Guerre de l’énergie: La Russie bouge ses pions sur l’échiquier géopolitique…

Tandis que le spectacle continue sous le chapiteau du plus grand cirque du monde en occident avec en vedette américaine le clown blanc, patron de la CIA, pris dans un vaudeville de la plus belle facture, Poutine et la Russie eux, ne disent rien et agissent…

L’UE est autant à la botte yankee par consentement qu’à la botte russe de manière forcée, car sa dépendance énergétique vis à vis de la Russie est dramatique. L’étau se resserre et la donne d’une nouvelle guerre froide se dessine à l’horizon.

— Résistance 71 —

 

 

Rosneft devient la première entreprise pétrolière mondiale

 

Par Alfredo Jalife-Rahme

 

Le 12 Novembre 2012,

 

Url de l’arrticle original:

http://www.voltairenet.org/article176539.html

 

Après avoir racheté l’essentiel de Yukos, puis avoir conclu une joint-venture avec Exxon-Mobil pour exploiter le pétrole de la Mer Noire, Rosneft vient d’absorber TNK-BP. Ce faisant, la Russie —qui dispose déjà avec Gazprom de la première entreprise gazière mondiale— se dote de la première entreprise pétrolière mondiale. L’analyste Alfredo Jalife-Rahme compare la stratégie nationale de Vladimir Poutine à la logique mercantile libérale qui prévaut dans son pays, le Mexique ; un parallèle qui a valeur d’exemple.

Le pétrole constitue toujours la matière première géostratégique par excellence pour la planète, et ce serait une grave erreur que d’analyser sa reprise en main par l’État sous un simple angle mercantiliste : ce qui est en jeu, c’est la sécurité énergétique des pays producteurs.

Si les USA, principaux acheteurs du pétrole mexicain, admettent que les hydrocarbures sont stratégiques, il est inconcevable que les pays vendeurs n’en tiennent pas compte.

Et pourtant c’est bien là le péché mortel que commettent les gestionnaires formés par l’ITAM (Institut Technologique Autonome de Mexico) au Mexique, qui affichent une ignorance géopolitique pathétique ; la question n’est pas de privatiser ou d’étatiser, termes qui ont des acceptions variables, bien souvent superficielles, tant aux USA qu’au Mexique, mais de se centrer sur qui détient le contrôle sur la première matière première d’importance géostratégique mondiale.

Aux USA, les entreprises privées d’hydrocarbures, telle Exxon Mobil, font partie de la panoplie garante de la sécurité nationale et internationale ; au Mexique, il n’y a aucune garantie en ce sens, s’agissant d’entreprises privées —au capital étranger ou national— qui opèrent au Mexique et qui sont soumises bien souvent aux crédits de Wall Street, ce qui pipe les dés d’emblée et mine la sécurité nationale, puisqu’aucun contrôle efficace ne peut s’exercer sur elles : dans le cadre de la dérégulation globale financiériste, leur financement devient aléatoire [1]

Le Mexique néolibéral des « énarques » de l’ITAM est l’exception, au moment où les grandes puissances pétrolières récupèrent leurs actifs perdus dans un vaste mouvement de ré-étatisation et de dé-privatisation : c’est le cas de la réorganisation du portefeuille de Rosneft en Russie, tout récemment, faisant suite à la légendaire BP britannique, qui était le symbole même de l’irrédentisme britannique.

Le site géopolitique StratRisks, basé en Floride, souligne que Rosneft a délogé Exxon Mobil du premier rang pour la production mondiale, après le rachat de TNK-BP (entreprise mixte constituée de Britanniques et d’oligarques russes, condensée dans la firme AAR). TNK-BP se trouvait parmi les 10 entreprises pétrolières privées les plus importantes au monde, et en 2010, elle produisait 1,74 millions de barils par jour à partir de ses sites actifs en Russie et en Ukraine.

Le président Poutine considère que l’opération, d’une envergure inédite, permettra une production de plus de 4 millions de barils par jour. Il rapporte les tribulations de TNK-BP qui était jadis une transnationale privée ; son rachat par Rosneft constitue une ré-étatisation et une dé-privatisation en deux étapes : d’abord « Rosneft acquiert 50 % de TNK-BP dans une alliance stratégique (joint-venture) avec BP, en échange de liquidités et d’actions de Rosneft d’un montant de 27 millions de dollars, ce qui attribue à BP 19,75 % de Rosneft ». Dans une deuxième étape, « les oligarques de AAR obtiendraient 28 milliards de dollars (cash) au titre de la moitié de la copropriété dans TNK-BP, quoique cet accord ne soit pas encore conclu ».

Ainsi l’entreprise d’État (sic) Rosneft débourserait 55 milliards de dollars pour avoir l’emprise décisive, avec une participation minoritaire de BP, entreprise privée (sic) dont la position se trouve fort diluée : il s’agit bien d’une dé-privatisation concomitante à la ré-étatisation de Rosneft.

 

Vladimir Poutine a mis en place une Commission pour le Développement stratégique du secteur de l’énergie et pour la sécurité environnementale. Elle élabore la Doctrine de sécurité énergétique de la Fédération de Russie (23 octobre 2012).

© Kremlin

Pour StratRisks, il s’agit bel et bien d’une nationalisation : Poutine a su créer un géant pétrolier national, qui lui permet de mettre en œuvre son plan de renforcement de l’influence russe dans le monde, par le contrôle des nécessités énergétiques d’autres pays.

Dans ce nouveau cadre, Rosneft va pouvoir extraire presque la moitié du pétrole produit en Russie, ce qui est énorme, si l’on compare avec l’Arabie saoudite : la Russie est une superpuissance énergétique, et en nationalisant progressivement ses ressources, Poutine renforce son contrôle sur les besoins européens.

Reste un problème : la Russie n’a pas les compétences technologiques suffisantes en matière d’hydrocarbures, ce pourquoi elle s’est assurée la permanence de BP comme associé minoritaire, afin de ne pas commettre l’erreur de l’Arabie saoudite, qui avait nationalisé son industrie pétrolière en 1980, alors qu’elle produisait plus de 10 millions de barils par jour, et qui en cinq ans sous le régime d’Aramco (l’entreprise d’État) avait vu diminuer sa production de 60 %.

Poutine estime que son influence à l’échelle internationale va augmenter, après l’opération Rosneft. Sa manœuvre stratégique amènera des prix du pétrole plus élevés, et un marché énergétique en hausse étonnante. À mon avis, fort de ses ogives nucléaires, Poutine joue finement sa carte pétrolière, tandis qu’au Mexique, la kakistrocratie (« gouvernement par les pires ») issue de ITAM a totalement perdu la vision géostratégique du président Lázaro Cárdenas (qui avait exproprié et nationalisé toutes les ressources du sous-sol en 1938).

Celui-ci, en bon général, avait compris il y a 74 ans déjà la portée géostratégique des hydrocarbures. Il s’agit de savoir qui garde le contrôle en dernière instance des hydrocarbures mexicains —d’un point de vue multidimensionnel—, et qui garantit l’approvisionnement lorsque l’État prendra ses distances : c’est ce qui s’appelle la sécurité nationale. Allons-nous créer l’équivalent d’une Televisa (conglomérat multimédia mexicain, le plus important d’Amérique latine et du monde hispanique) avec le pétrole mexicain, ce qui nous livrerait à la merci de ses intérêts totalitaires ?

Au Mexique, le pétrole se trouvait aux mains des Britanniques, avec les résultats cataclysmiques que l’on sait, outre les dégâts environnementaux dont nous avons hérité [après la marée noire provoquée par la plateforme pétrolière de BP Deepwater Horizon en 2010, le groupe pétrolier britannique est en discussions avancées avec l’États-unien Plains pour lui céder des champs pétroliers du golfe du Mexique pour un montant de 7 milliards de dollars, écrit le Wall Street Journal. Mais d’autres groupes ont exprimé de l’intérêt pour les actifs de BP et un autre acheteur pourrait émerger, précise le quotidien financier. Source : Le Figaro, 20 septembre 2012].

Le site StratRisks souligne que l’Europe dépend du pétrole et du gaz russe, et que la manœuvre poutinienne renforce cette dépendance, tout autant que la puissance russe ; cela va de la construction des oléoducs jusqu’au contrôle à hauteur de 40 % de sa capacité d’enrichissement d’uranium global. Le rachat des deux moitiés de TNK-BP par Rosneft, entreprise d’État, en fera un Goliath dans le secteur pétrolier global, au point que la Russie pourra produire des asphyxies par le contrôle de l’approvisionnement, quand elle décidera une hausse des prix.

StratRisks envisage une incrustation de la Russie dans l’OPEP ; alors le cartel pétrolier contrôlerait plus de la moitié de la production mondiale et la plus grande partie des réserves potentielles, et avec une telle influence, les pays de l’OPEP pourraient disposer à leur guise du prix que le reste du monde aurait simplement à payer. Ce n’est pas si facile —cela peut déboucher sur une guerre mondiale— mais ce n’est pas incongru non plus.

Pour résumer, selon StratRisks, Gazprom, l’entreprise gazière russe, contrôle déjà le gaz de l’Europe et Rosneft le pétrole, ce qui revient à étrangler la suprématie occidentale, et ouvre la voie à un nouvel ordre mondial présidé par la Russie.

Il s’agit de géopolitique, on est loin de l’esprit de clocher teinté de modernisme de pacotille qui caractérise le gouvernement mexicain néolibéral, qui prétend livrer à d’autres, les yeux fermés, le pétrole mexicain, en oubliant que pétrole et pouvoir, phonétiquement proches, vont profondément de pair.

Alfredo Jalife-Rahme

Traduction 
Maria Poumier

Source 
La Jornada (Mexique)
#La Jornada (Mexique)

10 Réponses vers “Guerre de l’énergie: La Russie bouge ses pions sur l’échiquier géopolitique…”

  1. Article particulièrement interessant qui peut nous donner une idée sur le bénéfice que la renationalisation de ressources primaires peut donner à un pays, d’autant plus que là Poutine avance une carte maitresse face à l’Occident prédateur !

    • Oui, ce qui confirme ce que nous avons dit ici depuis longtemps: Poutine on aime ou pas, mais il est le seul homme politique qui a une réelle envergure politique. Tous les autres guignols européens ou d’Amérique du nord font très très pâle figure à côté de lui. Nous sommes anti-étatiste, mais en se plaçant dans une optique étatique, Poutine est le seul politicien actuel à la pointure internationale, c’est un peu le De Gaulle russe…
      🙂 🙂

  2. Et quand il invite des investisseurs étrangers, il en met une dose minime, une pincée juste pour le savoir faire qu’ils peuvent apporter !

    Je me rappelle que dans un temps pas si lointain, en Occident, on lui reprochait de ne pas vouloir d’investissements massifs de nos sociétés occidentales.

    Eh bien, il démontre là, qu’on peut s’en passer.

    Ils ont donc décidé d’offrir leurs services aux dictateurs d’Asie centrale, tels Sacchachvili, qu’on commence d’ailleurs à changer parce que trop voyants les accords avec ceux ci et qu’on remplace par de bons milliardaires, parfaitement inféodés à l’Occident.

    • Poutine a vécu en première loge le pillage de la Russie par les oligarques d’Eltsine dont il était le protégé.
      Poutine a sauvé la Russie de la destruction totale, il l’a ramené du 36ème dessous où l’avaient mis la clique d’oligarques à la solde du capital transnational, à une position d’arbitre international dans les conflits provoqués par l’occident, de plus sur le plan pétrolier et gazier, les russes savent depuis 60 ans au moins que tous les hydrocarbures plus lourds que le méthane sont abiotiques et non pas biotiques et que donc les réserves mondiales (et russes par la même occasion…) sont grosso modo intarissables à l’échelle humaine.
      (Voir notre dossier sur le pétrole abiotique à ce sujet)

      • Maintenant que Poutine a redressé le pays, il faut que le peuple s’investisse, pour contrôler et peser sur les décisions et veiller à ce qu’une classe d’affairistes, au service desquels sont les médias ne s’empare du pouvoir.

        Poutine,à lui seul, ne peut exercer le pouvoir. il doit le partager !

        Et nous, nous devons reconquérir ce pouvoir qui nous a été enlevé par les oligarchies en place, qui nous a conduit à la ruine !

  3. Christiane Lapotre Says:

    En se plaçant d’un point de vue étatique, le FN est le seul parti qui gérerait la France comme Poutine gère la Russie.
    Au risque de vous déplaire, mais rien ne m’étonne.

    • Vous avez entendu parler des régimes d’extrême droite. je vous les rappelle : Franco, Salazar, Hittler, Mussolini. Plus personne n’en veut mais il y a ceux qui se modernisent comme en Gréce avec le parti d’extrême droite ou en Hongrie qui supprime toutes les libertés ! ou en Italie allié à berlusconi et à la mafia qui en a profité pour noyauter tous les organes de pouvoir.

      Personne ne veut de ces pouvoirs là et aux USA où le tea party s’était installé avec Sarah Palin, il a été renvoyé aux oubliettes !

      • Franco, Salazar, et même Hitler et Mussolini n’ont rien à voir avec le Tea-Party. La propagande judaïque- sioniste a utilisé tous les moyens pour les diaboliser et a très bien réussi au cours des années. Ce que personne ne pourra leur enlever est l’amour de leur pays et aucun de nos présidents ne peut prétendre à cette description. Ils ont tous trahi la France et je suis ravie de constater que ce régime maudit n’en a plus pour longtemps. Il se détruit de lui-même, gangréné par la pourriture de sa nauséabonde idéologie. Rien ni personne ne pourra le sauver de la fange puante des sables mouvants qui l’engloutira

    • personne… personne dans tout le spectre politique français n’a l’envergure politique d’un Poutine, qui est loin… loin de la pensée étriquée de l’extrême droite franchouillarde.

      • Christiane Lapotre Says:

        Comment le savez-vous ? Qui se serait douté de la personnalité de Poutine avant qu’il n’entre en fonction ?

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