Ingérence en Afrique: La France colonialiste et néo-colonialiste se porte bien…

Françafrique cette association de malfaiteurs qui a paralysée l’Afrique

 

Zehira Houfani

 

Le 22 Octobre 2012

 

url de l’article:

http://www.mondialisation.ca/francafrique-cette-association-de-malfaiteurs-qui-a-paralyse-lafrique/5309111

 

Ces jours-ci, il est de bon temps de parler d’un vent de renouveau dans les relations France-Afrique.  L’« honneur » des Africains est lavé, semble dire à l’unisson certains milieux politiciens des deux côtés de la méditerranée. Le nouveau président de la gauche française, François Hollande est venu soigner les « bobos » que son prédécesseur de la droite française, Nicolas Sarkozy, a commis envers les « élites » africaines.

Contrairement à Nicolas Sarkozy qui avait dans la même ville, Dakar, commis l’impair en pensant avoir identifié le « drame de l’Afrique » en disant que « l’homme africain n’est pas assez rentré dans l’histoire », François Hollande préfère « encenser » le continent « berceau de l’humanité », en valorisant ses atouts et en axant sur son avenir, sans s’attarder sur le lourd passé des relations franco-africaines, dont il veut apparemment se distancer. Désormais, déclare-t-il dans son premier discours en terre d’Afrique: « Le temps de la Françafrique est révolu : il y a la France, il y a l’Afrique, il y a le partenariat entre la France et l’Afrique, avec des relations fondées sur le respect, la clarté et la solidarité. »[1] En fait, l’exposé est truffé de belles phrases, des promesses d’amitié, de sincérité, bref, un beau discours avec des énoncés tout à fait judicieux pour susciter l’adhésion des Africains en ces temps d’incertitudes et de crise globalisée, dont ils sont encore une fois les otages.

Mais pour beaucoup d’Africains, le seul fait nouveau dans ce discours, c’est son orateur, le président François Hollande, le nouveau visage des intérêts de la France en Afrique. Le reste n’est que rengaine. Les mémoires sont pleines des promesses et autres engagements des gouvernements successifs de la France, qu’on s’empresse d’enterrer sitôt éteints les projecteurs. Qui ne se souvient du fameux discours prononcé à La Baule le 20 juin 1990 par un autre président français, également de gauche, François Mitterrand. Son contenu a marqué les esprits par le vent de changement qu’il prônait, autant en terme de relations entre la France et l’Afrique, qu’en terme de liberté, de développement et d’ouverture démocratique. D’autant que le contexte politique international de l’époque s’y prêtait particulièrement dans la foulée de l’effondrement de l’union soviétique et la chute du mur de Berlin. N’est-ce pas qu’il faut avoir la mémoire courte pour croire encore aux discours des présidents français sur l’Afrique? Aucun d’eux n’a jamais mis en péril le système néocolonialiste mis en place par le général de Gaule et son homme de main Jacques Foccart pour garder ses ex. colonies sous domination française. La machine monstrueuse qu’est la Françafrique est toujours active, même si les discours et les filières sont renouvelés à chaque changement de gouvernement français.

Alors, morte la Françafrique comme le proclame le président Hollande? Pas sûr. Chacun de ses prédécesseurs avait, dans des termes plus ou moins similaires, proclamé publiquement l’acte de décès de cette association de malfaiteurs, dont l’ampleur des crimes contre l’humanité occuperait la cour pénale internationale pour des années, à tout le moins. Mais aucun des présidents, de droite comme de gauche, n’a vraiment dévié de la ligne tracée par Jacques Foccart, laquelle comme chacun sait, ne fait aucune place aux droits des peuples des ex. colonies.

Gauche et droite, nourries au sein de la Françafrique

Si les Africains ne s’attendaient pas à des gestes révolutionnaires de la droite française, supposément pas très regardante sur la question des droits de l’homme dans la conduite de ses affaires en Afrique, l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 avait soulevé de grands espoirs. D’autant que François Mitterrand avait nommé au poste de ministre délégué à la « coopération » Jean-Pierre Cot, un homme tout acquis au changement dans les relations France-Afrique, comme l’écrivait Christian Fauvet dans l’Express : « La tête pleine d’idées généreuses (…), il s’emploie à faire souffler le vent du changement. Après tout, il est là pour ça. Dans son esprit, le changement consiste à abandonner la politique du secret, que symbolisait Foccart, (…) À promouvoir une autre politique du développement, fondée sur une certaine morale. »[2] Jean-Pierre Cot, explique pour sa part au réalisateur du remarquable documentaire Francafrique[3], Patrick Benquet : « qu’il représentait “l’image” à laquelle tenait le président Mitterrand”, l’ouverture sur le tiers-monde, le discours généreux du développement, les nations unies, les droits de l’homme… » Tout cela ne fut qu’une brève parenthèse.

Les Africains découvrent rapidement que ce n’est qu’une image derrière laquelle le président Mitterrand est devenu lui-même la nouvelle matrice de la Françafrique et encaisse dans les pures traditions de celle-ci, les dividendes engendrés par le pillage, les détournements, et autres crimes infligés aux peuples du continent. Ils ne sont pas les seuls à être déçus par la gauche française. Le ministre de la coopération l’est tout autant de voir son président reproduire dans les coulisses ce qu’il condamnait publiquement. Jean-Pierre Cot démissionne et devient ainsi une victime de l’argent sale, qui alimente les caisses noires de l’Élysée et les comptes bancaires des dictateurs alliés. Sauté l’obstacle Jean-Pierre Cot, la Françafrique repart sous la houlette de François Mitterrand, qui du même coup enterre le discours d’ouverture de la Baule qui faisait la part belle à la démocratie, au développement et les droits de l’homme dans les ex. colonies. Pendant un court instant de l’histoire, les peuples africains s’étaient mis à rêver si fort qu’ils en oubliaient que l’orateur et son assistance, un parterre de dictateurs sanguinaires et corrompus, étaient les pourvoyeurs exclusifs de leurs souffrances. Mitterrand a tout bonnement enterré le projet de rupture avec la Françafrique et mis celle-ci au service de ses propres ambitions.

On efface et on recommence

Plus de 15 ans plus tard, après d’autres guerres[4], d’autres massacres, et d’autres coups d’état qui ont confiné le continent dans la misère et la violence, le candidat président de la droite, Nicolas Sarkozy se présente aux Africains avec le même projet de rupture avec la Francafrique. Il parle d’instaurer une : « relation transparente. Il nous la faut, déclare-t-il, débarrassée des réseaux d’un autre temps, des émissaires officieux qui n’ont d’autre mandat que celui qu’ils s’inventent. Le fonctionnement normal des institutions politiques et diplomatiques doit prévaloir sur les circuits officieux qui ont fait tant de mal par le passé. Il faut définitivement tourner la page des complaisances, des secrets et des ambiguïtés »[5] Son secrétaire d’état chargé de la coopération et de la Francophonie, Jean-Marie Bockel va connaître le même sort que celui de Mitterrand, Jean-Pierre Cot. Dans un discours fort critique des relations France-Afrique, il déclare devant la presse : « Je veux signer l’acte de décès de la “Françafrique”[6]. Je veux tourner la page de pratiques d’un autre temps, d’un mode de relations ambigu et complaisant, dont certains, ici comme là-bas, tirent avantage, au détriment de l’intérêt général et du développement. » Il n’en fallait pas plus pour réveiller les monstres de la Françafrique. Et au lieu de rupture, c’est plutôt le secrétaire d’état qui est démis de ses fonctions dans la « patrie » des droits de l’homme. Cependant, contrairement à Jean-Pierre Cot qui a refusé de monnayer ses principes en déclinant l’offre de son gouvernement, cet ancien colonel accepta d’occuper le poste de ministre aux anciens combattants. 

50 ans après les indépendances, la mort de la Françafrique devrait être une affaire exclusivement africaine 

Tous ces épisodes de la Françafrique, qui renait à chaque fois de ses cendres, prouvent aux Africains que la balle de leur émancipation est désormais dans leur camp. Il leur faudra regarder bien en face, et surtout évaluer les incidences des instruments de leur dépendance vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale, la Françafrique, bien sûr, mais aussi la Francophonie et la Franc-maçonnerie[7], qui sont autant de ghettos qui neutralisent le développement des ex. colonies. Si la mondialisation n’est pas l’idéal pour l’humanité, il n’empêche qu’elle a permis l’ouverture du continent africain à d’autres possibilités de développement. Quand les Africains entendent les politiques et médias français s’indigner que la Chine fasse des affaires avec des régimes qui violent les droits humains, ça prête à sourire, tant le sarcasme est énorme. Il faut être bien arrogant et surtout méprisant pour reprocher aux Chinois, un crime qu’eux-mêmes commettent systématiquement et sans état d’âme depuis 50 ans sur le continent noir, au vu et au su de toute l’Europe, dont ils sont le fer de lance dans cette partie du monde. Tout comme les Britanniques et les États-Unis le sont dans d’autres endroits de la planète.

C’est parfait de vouloir tourner la page, mais alors, que la France cesse séance tenante son soutien aux dictateurs, qu’elle publie tous leurs biens et leurs avoirs[8] sur son territoire et qu’elle les restitue aux peuples pillés[9], qu’elle libère les archives de ses ex. colonies, qu’elle mette fin aux accords militaires secrets, et qu’elle procède au démantèlement de ses bases militaires. Peut-on y croire? Après 50 ans de pratiques inégales et de mensonges, les préjugés instillés par les réseaux de la Françafrique finissent comme une seconde nature qu’on peine à éliminer. Et on aurait tendance à penser que rien de cela ne sera fait. Force est de constater, encore une fois dans le cas du Mali, ce va-t-en guerre, dont la France use si facilement sur le continent et qui trahit la nature des relations néocolonialistes encore diffuses dans les esprits de l’Élysée. Ce n’est sûrement pas les peules du Congo, de la Côte d’ivoire, du Rwanda, du Tchad et beaucoup d’autres, comme aujourd’hui, les Maliens qui diraient merci à la France d’avoir intervenu militairement dans leur pays. Finalement, ce qui est présenté comme une rupture dans les relations avec l’Afrique peut se révéler n’être qu’une mutation et tous les atermoiements ne justifieraient ultimement qu’une chose : les intérêts économiques de l’Occident en Afrique, menacés par les économies émergentes, en particulier la Chine, de plus en plus présente sur le continent. Et sûrement à moindre coût (humain et matériel) pour des Africains en quête de liberté, de dignité et de développement.

Zehira Houfani, écrivaine

 

Notes

[1]Le discours de François Hollande, le Point.fr, 12 octobre 2012,

http://www.lepoint.fr/monde/verbatim-le-discours-de-francois-hollande-a-dakar-12-10-2012-1516395_24.php

[2] L’écart de Jean-Pierre Cot, Christian Fauvet , l’Express,10 décembre 1982

[3] Françafrique, Patrick Benquet, Infrarouge, France 2, 13 octobre 2010

[4] Voir cette chronologie partielle sur le monde : http://www.lemonde.fr/web/module_chrono/ifr/0,11-0@2-3212,32-867026@51-1016961,0.html  et aussi, http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article4418

[5] Discours prononcé au Bénin le 19 mai 2006

[6] Les voeux à la hussarde de Jean-Marie Bockel, Vincent Hugeux, L’EXPRESS, 15 janvier 2008

[7]Franc-maçons : les maîtres de l’Afrique, Théophile Kouamoua, Jeune Afrique, 11 avril 2011

Voir aussi l’excellent documentaire « Françafrique » de Patrick Benquet cité plus haut, qui montre une scène surréaliste et surtout affligeante de ces maîtres de l’Afrique dans leur accoutrementde franc-maçon

[8] Voir le site de l’ONG française Survie et l’important travail de son président, François-Xavier Verschave , une véritable bibliothèque sur les crimes de la Françafrique : http://www.survie.org

[9] Les affaires des biens mal acquis, ONG Sherpa :

http://www.asso-sherpa.org/nos-programmes/ffid/campagne-ra/bma

Voir aussi :

http://www.transparence-france.org/e_upload/pdf/appel_sections_africaines_de_ti_291009.pdf

 

9 Réponses vers “Ingérence en Afrique: La France colonialiste et néo-colonialiste se porte bien…”

  1. […] et démocratie, terrorisme d’état. Suivez toutes les réponses à cet article via le flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse ou envoyer un rétrolien depuis votre […]

  2. france-afrique : fils mitterand et fils pascua = trafique d’armes

    kouchner et Gluckmann : prêts à envoyer l’armée en Syrie , alors l’Afrique

  3. en contournant les décisions de la Russie et de la Chine

  4. Habillage tranquille de Hollande ! qui continue par prédateurs interposés la même politique !

    On peut noter cependant un petit pas en avant dicté par les circonstances au Mali ( pas d’intervention directe ) et en Syrie où on se fait tout petit, en précisant que « pas d’intervention militaire » et veiller à ce que les armes ne tombent pas entre les mains d’Al Quaida ( ils pourraient ajouter du gansterisme généralisé).

    La Turquie se retrouve seule face aux problèmes qu’elle a créé : Ce n’est pas une mauvaise chose et le Quatar se fait tout petit ( plus de déclarations tonitruantes, ce qui peut indiquer qu’il y a constat d’échec ).

    Il est certain que c’est la population syrienne qui en fait les frais, mais le cynisme de la coalition se préoccupe fort peu de ce probléme, si ce n’est qu’on constate là un aveu fracassant d’échec.

  5. et pourtant Kouchner et Gluksmann veulent une intervention en contenant la Russie et la CHINE

    • toujours les mêmes ordures va t’en guerre de service, qui écoute encore ces guignols ?? Même plus eux-mêmes très certainement. C’est comme la musique dans les ascenceurs, présente mais plus personne n’écoute…

  6. Ces 2 rigolos auxquels s’est joint BHL sont obligés de convenir que les djiadistes arrivent de partout et suinte du ganstérisme également que même le Monde est obligé de reconnaitre sur tous les théâtre d’opérations que ce soit en Lybie , en Tunisie où existent des camps d’entrainement.

    pour avoir voulu installé ( Sarkozy ) les musulmans soi disant modérés au pouvoir, qui amenaient avec eux les salafistes, on a les résultats escomptés.

    Et en plus le Quatar rencontre le Hamas en Palestine et boude le fatah en apportant 250 millions de dollars. ca ne doit pas être du gout des israéliens. Peut être que devant les déconvenues en Syrie, le Quatar change de braquet.

    De toute façon, devant le merdier que la coalition occidentale a provoqué dans les pays de Maghreb, ce n’est pas demain la veille que l’ordre est rétabli, mais en même temps, ils devront reconnaitre leurs erreurs !!!!

    Extraits de la déclaration de ces 3 corniauds :

    « Oui, il y a de plus en plus d’extrémistes dans l’opposition syrienne. Oui, il y a des djihadistes étrangers qui viennent renforcer les rangs des combattants. Oui, ils sont de plus en plus nombreux chaque semaine. Oui, ces quelques milliers de fanatiques, nationaux ou venus de l’extérieur, commettent des attentats-suicides qu’il faut condamner. Et oui encore, les insurgés se tournent d’autant plus volontiers vers le fondamentalisme que seuls les pays sous régime islamiste leur fournissent une aide réelle – qu’elle soit humanitaire, financière ou militaire.

    Mais non, mille fois non, nous ne pouvons pas en rester à ce constat navré. Non, mille fois non, nous ne devons pas, pour autant, nous laver les mains de la souffrance des civils syriens ni renoncer à soutenir les courants démocratiques qui luttent dans le pays.

    Les gouvernements occidentaux refusent de livrer des armes à la révolution au prétexte qu’elles pourraient tomber entre de mauvaises mains ? Qu’ils prêtent plutôt l’oreille à ces chefs de katibas qui espèrent recevoir de l’équipement, non seulement pour combattre l’armée d’Assad, mais pour construire une force alternative aux fondamentalistes. Qu’ils écoutent le Conseil national syriaque, qui veut la chute des gangsters au pouvoir mais demande de l’armement pour protéger sa communauté du totalitarisme islamiste. »

  7. il n’y a plus que ces 3 rigolos pour défendre l’intervention militaire :
    Gluksman dont le fils est à la manoeuvre comme conseiller dans une république du Caucase, Kouchner le ripoux de service ( étude sur le service de santé au Gabon une véritable arnaque à la Papandréou et autres ) sa femme Ockrent qui espionnait ses collègues de la direction de France 24 et BHL qui se cache deriière les 2 premiers !

    On rigole moins : Bien que on ne tente de rien lacher sur la Syrie ( saisine récente de l’ONU mais sans fracas ) tellement la situation est incertaine pour la France, dernier pignouf enrolé derrière la bannière étoilée.

    La Turquie et le Quatar qui ne rigolent plus car lachés sur le plan matériel par les précédents ( dans la mesure où les armes finissent entre les mains d’Al Quaida ) dont le merdier sur le sol turc, parce que les réfugiés, ils sont toujours là.

    Et le Liban qui vient s’essuyer la 1ére rafale ) à la gueule du phalangiste Hariri, grand ami de l’Occident !

    Pas mal quand même !!!

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