Crise économique: l’autogestion commence à voir le jour en Grèce…

[Europe Solidaire Sans Frontières]

Grèce : les Travailleurs d’Eleftherotypia sont de retour avec leur propre journal !

 

LITSIS Moisis

 

15 février 2012

 

 

url de l’article original:

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?page=article_impr&id_article=24260

 

 

Ci-dessous la traduction en francais de la « Tribune Libre » de Moissis Litsis, dirigeant du mouvement greviste des 800 travailleurs et travailleuses du grand quotidien grec Eleftherotypia (Liberté de la presse) qui vient de sortir ce matin. La parution du journal autogéré Les Travailleurs à Eleftherotypia représente un énorme pas en avant. Une telle expérience autogestionnaire dans la Grèce actuelle de la crise cataclysmique sociale, économique et politique constitue un exemple tangible et très visible de ce qui doit etre fait partout ailleurs pour débloquer une situation qui a déjà atteint les limites des luttes défensives les plus radicales.

*  *  *

Ça y est ! C’est fait ! Les travailleurs d’Eleftherotypia, un des plus grands et plus prestigieux quotidiens grecs, vont de l’avant dans la grande entreprise de l’édition de leur propre journal « Les Travailleurs à Eleftherotypia » !

Depuis le mercredi 15 février, les kiosques dans tout le pays affichent à côté des journaux habituels un journal de plus, écrit par ses propres salariés. Un journal qui ne cherche pas seulement à mettre en évidence la lutte des travailleurs de Eleftherotypia, mais qui veut aussi être un journal d’information complète, spécialement en cette période si critique pour la Grèce.

Les 800 travailleurs et travailleuses à l’entreprise X. K. Tegopoulos, qui édite le journal Eleftherotypia, des journalistes aux techniciens, des nettoyeuses aux employés et aux concierges, sont en grève reconductible depuis le 22 décembre 2011 puisque le patron ne leur verse plus leurs salaires depuis août passé !

Les travailleurs de Eleftherotypia, voyant que le patron demande l’application de l’article 99 du code des mises en faillite, en vue de se protéger de ses créanciers, en réalité ses salariés auxquels il doit un total d’environ 7 millions d’euros en salaires impayés (!), ont décidé parallèlement aux mobilisations et aux actions en justice de faire paraître leur propre journal. Un journal distribué par les agences de la presse dans tout le pays, pour le prix de 1 euro (contre le 1,30 euro qui est le prix habituel des autres journaux), avec comme objectif de soutenir da caisse de grève.

Etant impayés depuis sept mois, les travailleurs et travailleuses de Eleftherotypia sont soutenus par un mouvement de solidarité des diverses collectivités ou même des citoyens isolés qui font des dons en argent ou en espèces (nourriture, couvertures, etc). Avec l’édition de leur propre journal et l’argent de sa vente, ils pourront soutenir financièrement leur grève sans qu’il y ait la moindre médiation de personne : En somme, ils avancent dans une sorte d’autogestion.

Le journal a été confectionné dans un atelier ami, dans une ambiance qui rappelait l’édition d’un journal clandestin, puisque la direction, dès qu’elle a appris que les journalistes vont de l’avant dans leur entreprise d’édition, a coupé d’abord le chauffage, ensuite le système employé par les rédacteurs pour écrire leurs articles et enfin, elle a fermé l’atelier lui-même, bien que pour l’instant l’accès aux bureaux du journal reste libre. Eleftherotypia des Travailleurs a été imprimé dans une imprimerie étrangère à l’entreprise avec l’appui des syndicats des salariés de la presse, parce que les travailleurs de sa propre imprimerie hésitaient à occuper leur lieu de travail.

La direction qui a peur de l’impact de l’édition autogestionnaire du journal, menace de recourir à des actions en justice, elle intimide en menaçant de licencier les membres du comité de rédaction qui ont été élus tout a fait démocratiquement par l’assemblée générale des grévistes. Cependant, le public grec, et pas seulement les lecteurs de Eleftherotypia, attendait avec grand intérêt sa parution – on a été submergé par les messages encourageant les journalistes à éditer seuls le journal – puisque la dictature des marchés est couplée de la dictature des medias qui rendent opaque la réalité grecque. S’il n’y avait pas le climat consensuel cultivé par la plupart des medias en 2010, avec l’argument qu’il n’y avait pas d’alternative quand le gouvernement Papandreou signait le premier Mémorandum dont l’échec patent est reconnu maintenant par tout le monde, on aurait peut être vu le peuple grec se révolter plus tôt pour renverser une politique catastrophique pour toute l’Europe.

Le cas d’Eleftherotypia n’est pas unique. Des dizaines d’entreprises du secteur privé ont cessé depuis longtemps de payer leurs salariés, et leurs actionnaires les ont virtuellement abandonnées en attendant des jours meilleurs… Dans la presse, la situation est même pire. A cause de la crise, les banques ne prêtent plus aux entreprises tandis que les patrons ne veulent pas payer de leur poche, préférant avoir recours à l’article 99 –il y au moins 100 sociétés cotées en bourse qui l’ont déjà fait- afin de gagner du temps en vue de l’éventuelle faillite grecque et de sa probable sortie de la zone euro.

Elefthrotypia a été créée en 1975 comme un « journal de ses rédacteurs » dans la période de radicalisation qui a suivi la chute de la dictature en 1974. Aujourd’hui, dans une époque marquée par la nouvelle « dictature des créanciers » internationaux, les travailleurs et les travailleuses d’Eleftherotypia ont l’ambition de devenir l’exemple lumineux d’une information totalement différente, en résistant à la « terreur » tant du patronat que des barons des medias, qui ne voudraient absolument pas voir les travailleurs prendre en main le sort de l’information.

Moissis Litsis

 

* Moisis Litsis est rédacteur économique, membre du Comité de Rédaction d’ « Eleftherotypia des Travailleurs », membre suppléant du Conseil d’Administration du syndicat grec des Journalistes (ESHEA).

3 Réponses to “Crise économique: l’autogestion commence à voir le jour en Grèce…”

  1. shana23jfw Says:

    Lorsque nous avons pris l’habitude de faire appel à la Société de Consommation sans avoir à se poser de questions, on se dit qu’on ne peut pas s’autogérer dans le monde où nous vivons, dans la société actuelle.
    Lorsque nous avons démarré notre AMAP, il y a maintenant 5 ans, nous avons petit à petit commencé à nous prendre en charge en petit comité d’une cinquantaine de familles et nous avons avancé petit à petit;
    Actuellement nous avons créé une sorte d’AMAP en plus mais pour les autres produits, car lorsque nous avons créé cette AMAP c’était pour les légumes et nous ne pensions pas progresser vers autre chose; Résultat pour pouvoir avoir d’autres aliments nous avons été obligés de créer « Locavore » dans laquelle nous avons prévu tous les aliments possibles, nous avons d’ailleurs en cours, une livraison de fromages chez un fromager bio et qui ne vend qu’aux particuliers et une livraison de miel chez un apiculteur qui ne vend également qu’aux particuliers. Ce système nous permet également de bénéficier de prix de gros, c’est à dire moitié prix par rapport à la vente en supermarchés et autres et de plus nous pouvons aller visiter les producteurs, nous savons que nous pouvons avoir confiance en leurs produits.

    En fait, petit à petit on s’aperçoit que nous apprenons à vivre autrement, c’est à dire : on achète plus des vêtements simplement pour être à la mode, ou même par besoin dans le circuit normal… on apprend à recycler, ou même à faire ses propres vêtements.
    Pour ce qui est en laine, on achète la laine et on fait ses pulls, ses bonnets, ses écharpes, ses gilets et si possible dans des filières autres que celles qui existent et qui ont leurs sociétés en bourse.

    Autrefois les femmes savent tricoter, coudre et confectionnaient tout elles-mêmes. En fait ce n’est pas hyper-compliqué, il suffit juste d’apprendre… mais me diriez-vous aujourd’hui nous n’avons plus le temps avec le travail, les enfants, etc…
    Eh bien, j’ai travaillé pendant 43 ans, je viens de prendre ma retraite à 65 ans, avec 189 trimestres effectués, mais pas payés naturellement, puisque le surplus n’est pas pris en compte.
    J’ai toujours tricoté à chaque fois que j’avais un peu de temps, en regardant la TV lorsque j’avais fini ma journée de travail, au bureau et à la maison, avec 3 enfants j’avais de l’occupation…, je ne suis jamais restée sans rien faire, dès que j’avais un petit moment de libre.
    Pour la couture j’ai acheté un livre pour apprendre et à l’aide de patrons tout simples achetés, je faisais les vêtements de mes enfants moi-même.

    En fait c’est une habitude qui avant était toute naturelle, alors que maintenant les moments de libre, sont bien souvent des moments à ne rien faire.
    C’est ainsi que j’avais pris l’habitude de tricoter tout en lisant un livre. Je le faisais bien souvent devant la TV ce qui enquiquinait mon mari qui avait fini un jour par me poser des questions sur le livre et sur l’émission de TV. Il s’est finalement rendu compte que l’on peut faire plusieurs choses en même temps tout en restant concentré sur ce que l’on fait. Tout le monde est capable de le faire, mais avec la société actuelle, ce sont les habitudes que le monde a perdu.

    En fait, tout est une question d’organisation à tous les niveaux, il faut surtout en prendre conscience, c’est là que réside la solution.

  2. Initiative intéressante. Espérons que c’est cela qui sortira de la crise: la voix du peuple! Mais ce ne sera pas suffisant il devra aussi s’organiser pour reprendre en mains les leviers de sa souveraineté et notamment dans le domaine économique, financier et monétaire.

    C’est un bon début mais c’est loin d’être suffisant.

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