Résistance politique… De l’obsolescence du vote…

Petit plaidoyer pour la démocratie directe

 

Par Gargamel

 

Un des soucis majeurs et constants de la bourgeoisie, depuis son accession au pouvoir à la fin du XVIIIème siècle, a été de faire accroire au bon peuple que la démocratie représentative parlementaire était le nec plus ultra, le « must » dans le genre organisation sociétale : un aboutissement historique d’une indépassable modernité (l’échec récent et patent des démocraties dites « populaires » venant à point nommé pour corroborer ce discours), le stade ultime et Ô combien sublime d’une lente et douloureuse évolution de l’humanité vers un monde toujours plus juste quoique encore imparfait, mais, sans conteste le meilleur possible.

C’est la démocratie représentative qui permet à la bourgeoisie d’optimiser ces chances de garder le pouvoir pendant encore longtemps : en effet, quel système institutionnel saurait mieux faire passer la défense des intérêts particuliers d’une classe pour ceux de l’ensemble de la société ? Aucun autre assurément !

Faussement démocratiques et réellement oligarchiques, nos républiques demandent en fait à leurs citoyens d’acquiescer à leur assujettissement, à leur aliénation, en choisissant eux-mêmes leurs maîtres : dérisoire liberté qui éclaire chichement ce monde.

Par le truchement magico-virtuel du bulletin, le citoyen est invité à saisir sa chance pour faire entendre sa voix (condamné à un mutisme comateux le reste du temps, il est sommé d’en émerger à intervalle régulier, tous les cinq ou sept ans). La délégation de pouvoir, réalisée par le moyen du vote, n’est pas ressentie comme dépossession, mais au contraire vécue comme participation au pouvoir, alors qu’il s’agit beaucoup plus prosaïquement d’exercer un humble pouvoir/devoir de participation.

Le caractère mensonger de la démocratie représentative

C’est là que réside justement le caractère mensonger de la représentation démocratique. C’est au moment même ou le citoyen— légèrement grisé par l’exercice de son pouvoir participatif — pense parvenir à influer sur la gestion de la société qu’il renonce de fait, à tout contrôle réel sur l’emploi qui va être fait de l’expression de sa volonté. Une fois élu, le parlementaire ou l’édile n’a plus de compte à rendre à ses électeurs durant toute la durée de son mandat. Rapidement l’élu prend conscience de la promotion sociale que lui confère son mandat : il appartient désormais à la hiérarchie, le voilà homme de pouvoir et de privilège, retrouver la place qu’il occupait naguère, au sein du menu peuple, ne lui sourit que fort peu, il s’accrochera désormais avec la ténacité de certains parasites capillaires à sa place de « représentant du peuple ».

Du communisme primitif à la démocratie directe

Bien avant l’apparition tragique de l’économie marchande et du travail forcé, bien avant le règne mortifère et destructeur de la bourgeoisie, l’humanité des temps premiers a vécu pendant des dizaines de millier d’années au sein de sociétés sans Etat, sans hiérarchie et où les décisions concernant la vie commune étaient prises par l’assemblée générale des membres de la communauté. Des ethnologues réputés, Pierre Clastres, Jean Malaury ou Marshall Sahlins, pour ne citer qu’eux, se sont penchés sur les civilisations contemporaines de chasseurs- cueilleurs (tribus indiennes d’Amérique du sud ou Inuit d’Amérique du nord) et ont mis en lumière leurs modes de fonctionnement : propriété collective, entre aide et solidarité, « assemblées générales décisionnelles ».

Sans vouloir idéaliser ni magnifier le communisme primitif, qui n’était pas exempt de défauts (inconvénient majeur : le patriarcat est plus présent dans ces sociétés que le matriarcat), il est quand même bon de rappeler que les pratiques de démocratie directe et d’assembléïsme sont issues (par cousinage) de ce très lointain passé.

Cette tradition assembléïste a perduré jusqu’à nos jours, et les rebelles et révolutionnaires de toutes les époques ont cherché à renouer avec cette pratique, tout simplement parce qu’elle est la seule à tourner le dos à toute oppression, la seule possibilité donnée à une communauté de fonctionner sur un mode réellement humain. Communards de 71, révoltés russes de 1905, 1917, 1921, conseillistes allemands et italiens des années 20, libertaires espagnols de 36, hongrois rebelles de 56 et émeutiers de 68, tous ont cherché, avec des fortunes diverses à rester maîtres de leur combat, de leur parole et de leur vie.

Fonctionnement de la démocratie directe

La démocratie directe empêche la confiscation de la parole de tous au profit d’un seul ou de quelques uns : le porte-parole ou le délégué n’est effectivement que le porteur, le vecteur de la parole des autres : l’assemblée qui l’a choisi peut à tout moment le révoquer s’il s’avère que le mandat confié n’est pas respecté.

La délégation dans le « système démocratie directe » n’engendre donc pas de prise de pouvoir : non seulement le mandaté est constamment soumis au contrôle de ses mandants, mais encore sa délégation est limitée dans le temps et dans son objet. Pour éviter toute amorce de création d’un corps de « délégués spécialistes », la démocratie directe veille à ce que chacun puisse être à même de porter à tour de rôle la parole des autres, encourage la prise de responsabilité (alors que la démocratie bourgeoise pousse le citoyen à la décharge et à la déresponsabilisation pour le plus grand bénéfice des oligarques). Chacun, en démocratie directe, est donc responsable de tous et inversement.

La bourgeoisie et toutes les classes dominantes qui l’ont précédée ont toujours cherché à justifier leur oppression en prétendant que les sociétés humaines n’avaient jamais fonctionné sur d’autre mode et que donc elles ne pouvaient échapper à cette damnation de la domination ; l’argument ne tient pas la route, l’humanité a vécu beaucoup plus longtemps sans joug que sous les fers. Elle saura sans nul doute retrouver les chemins de la liberté. Souhaitons simplement que ce soit un peu avant l’an 10 000 cher à notre copain Léo …

Gargamel, du syndicat des fonds des bois.

 

POUR EN SAVOIR PLUS :

Pierre Clastres, « La société contre l’Etat, recherches d’anthropologie politique », éditions de Minuit, Le Seuil, 1980.

Jean Malaury, « Les derniers roi de Thulé », collection Terres humaines, Plon, dernière édition 1989.

Marshall Sallins, « Age de pierre, âge d’abondance », Gallimard, 1976.

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur les anarchistes dans la révolution russe : Alexandre Skirda « Les anarchistes russes, les soviets et la révolution de 1917 », édition de Paris, Max Chaleil, 2000.

 

6 Réponses vers “Résistance politique… De l’obsolescence du vote…”

  1. comment on fait dans la démocratie directe pour révoquer le représentant qui ne fait pas son boulot. on vote pas ?

    • On lui dit de partir, il n’a aucune autorité et n’est qu’un « rapporteur » pour la base. Les citoyens évaluent en permanence le travail de leurs délégués, si cela ne convient pas, on lui demande de partir et il est remplacé.
      Dans un système fédératif, chacun sera appelé à être délégué sur des durées courtes de façon à ce que:
      1- Personne ne s’y « habitue »
      2- Qu’une caste de délégués « professionnels » ne puisse pas se mettre en place.

      Les délégués rapportent à la base et transmettent les messages de la collectivité, c’est tout. Si un vote a lieu dans un conseil fédératif, il / elle vote pour ce que sa base lui a dit de voter pour.

      Tous les mandats sont révocables avec effet immédiat.

  2. Bonjour
    J’aimerai avoir votre avis sur http://www.democratiereelle.eu

    C’est un groupe de Grenoble apolitique et en autogestion. Ils proposent de monter des listes pour les élections européennes en 2014 qui seront tirées au sort et avec des élus au mandat impératif.

    Le principe est le suivant
    -Quand une nouvelle loi est proposée au Parlement, les députés informent leurs électeurs sur cette loi.
    -Les citoyens débattent et décident entre eux tranquillement sans que les lobbies viennent s’en mêler.
    -Les députés transmettent ensuite le vote des citoyens au Parlement.

    cordialement
    seb

    • Bonjour Sébastien
      L’idée sur le papier est bien sûr bonne. Cela se rapproche des idées d’Etienne Chouard.
      Pour nous, la chose est simple: au niveau européen les députés ne servent à rien ! Ils ne font qu’entériner les politiques qui émanent des commissions européennes où des commissaires (politique) technocrates, non élus, dictent les politiques, font les projets de loi qui sont ensuite présentées pour être approuvées par les députés qui n’ont aucun pouvoir. Les commissions européennes font la pluie et le beau temps répondant aux desideratas du lobbyisme adéquate venant tous azimuts. Les députés avalisent ce qu’on leur dit d’avaliser et ne sont là que pour remplir des fonctions de façade pour la mascarade de démocratie que représente cette Union Européenne.
      En ce qui nous concerne, voter ne sert à rien.
      Pour pouvoir agir comme préconisé sur le site proposé, il faudrait avoir déjà une reconnaissance de décentralisation du pouvoir ce qui ne sera jamais le cas. Les instances européennes se foutent royalement de ce que peut penser les peuples qui les ont mandatés. Il suffit de voir comment ces traîtres ont considéré le rejet populaire par referendum du projet de constitution en 2005 !…
      Pour nous, l’idée est bonne, mais c’est une perte de temps car il n’y a pas de solutions au sein du système qui tant à l’échelle européenne qu’à l’échelle des nations, se doit de laisser la place aux peuples en autogestion réelle.
      Les pauvres délégués qui feront les va et viens se lasseront vite de voir à quel point la dictature des commissions se moquent de l’opinion des citoyens. Tout est fondé sur la politique des privilèges du capitalisme monopoliste. Tout le reste ils s’en foutent. Pourquoi nous soucierions-nous du système ?
      Ce qu’il faut c’est développer l’autogestion à l’échelle locale, puis l’étendre par confédération. La dilution du pouvoir da le peuple, sans délégation vers des instances centralisées est la clef du futur et cela ne passe en aucun cas par l’UE et ce grand cirque pseudo-démocratique !…
      Merci de partager votre avis.

      • « les députés ne servent à rien ! Ils ne font qu’entériner les politiques qui émanent des commissions européennes où des commissaires (politique) technocrates ».
        Vous savez ce n’est pas si noir et blanc comme vous le décrivez. J’habite à Bruxelles est je connais des personnes qui travaillent à l’UE : des fonctionnaires à la commission, des lobbyistes et des assistants de députés.

        Les fonctionnaires de la commission sont avant tout de fonctionnaires. Si demain on leur dit d’écrire des propositions de lois écologiques ils le feront sans poser de question.

        Les lobbyistes n’ont pas besoin de faire beaucoup d’effort pour convaincre les députés. Par avarice les députés cumules les postes dans les commissions parlementaires alors qu’ils n’ont aucune compétence pour les domaines choisis. Complètement perdus et ne comprenant rien au sujet il copie/colle le dossier que le lobbyiste leur à envoyer.

        C’est ça qui est grave je trouve. Ces mecs pensent vraiment qu’ils ont tout compris et qu’ils vont sauver le monde avec ce qu’ils font. Mais en réalité ils sont totalement déconnectés du monde réelle. Prenons par exemple Alexander Alvaro. Fils de diplomate, il a fait une formation de banquier puis il est devenu député au Bundestag pour finir à L’UE. Il n’a jamais eu un emploi normal de sa vie. Il a toujours été politicien. Il a été à un moment dans la commission parlementaire science dures, un banquier !

        « Les députés avalisent ce qu’on leur dit d’avaliser »
        Les députés européens ont quand même un pouvoir d’amendement sur les propositions de la commission et si les lobbyistes les convoitent autant c’est bien parce qu’il y a quelque chose à y gagner. Au Parlement celui qui à le pouvoir c’est le rapporteur, le député qui joue la navette entre Commission européenne et le Parlement européen. Il gère le choix des « experts » et oriente les discussions au Parlement. Par exemple quand ça touche l’industrie automobile, c’est toujours un député allemand qui est rapporteur. Il y’a donc un certains pouvoir de décision au Parlement.

        « reconnaissance de décentralisation du pouvoir »
        Je ne comprends pas ce que vous voulez dire avec cela. Vous pensez qu’il faut que le Parlement reconnaissance « notre » député au mandat impératif, pour que ça fonctionne ? Nous n’avons pas besoin d’eux pour nous organiser. Tant que le député au mandat impératif fait ce qu’on lui dit de faire, je me fiche que le Parlement considère ou pas notre « organisation ».

        « Les pauvres délégués qui feront les va et viens se lasseront vite de voir à quel point la dictature des commissions se moquent de l’opinion des citoyens. ».
        C’est vrai que ça va être dur pour eux, surtout s’ils sont en minorité au Parlement. Il faudra être mentalement très fort pour supporter ça.

        « développer l’autogestion à l’échelle locale ».
        Je suis totalement d’accord avec vous, pour tuer le système faut arrêter de l’entretenir. C’est pour ça que je quitte Bruxelles est que je vais m’installer dans le sud de la France. Mais je fais ça aussi parce que je suis originaire de là-bas. Mais que fait on du parisien ou du bruxellois. Toutes ces personnes qui sont nées en ville, qui ont toute leur famille en ville. Pour eux il n’y a aucun intérêt à déménager à la campagne et on ne peut pas les forcer.

        • Merci du témoignage et des infos « de l’intérieur »… Ceci confirme bien ce que nous disons quand même à savoir que les députés sont des larbins. Nous ne pensons pas qu’ils pourraient être influencés pour servir l’intérêt général, la corruption est par trop rampante.
          Concernant la décentralisation, nous voulions dire que pour que l’affaire des délégués retournant chercher l’avis de l’opinion publique de leurs électeurs ait une valeur pour la bureaucratie européenne (et des pays membres du reste, c’est la même à une plus petite échelle…), il faudrait que les instances acceptent que le pouvoir soit décentralisé à ce point, que les délégués prennent en permanence l’avis de leurs constituants. Cela ne se passera jamais car tel n’est pas le but de la délégation de pouvoir oligarchique.
          Nous ne voulons pas jouer les rabats-joie ici et l’idée est très bonne en théorie, le problème ne réside pas en l’idée, mais dans le système qui est au-delà de toute rédemption.

          « Veuillez laisser l’État dans les WC où vous l’avez trouvé en rentrant » disait le chanteur Hubert Félix Thiéfaine il y a un quart de siècle… Rien n’a changé, bien au contraire. Il faut l’y laissé mais sans oublier de tirer la chasse et de bâtir le contre-pouvoir autogestionnaire, qui lui localement puis par extension diluera le pouvoir dans le peuple où il est extrêmement soluble. On le sait depuis longtemps, toutes les sociétés dites « primitives » le savent également depuis la nuit des temps, il faut simplement le redécouvrir, dépoussiérer notre héritage politico-culturel, qui doit cesser de subir la domination sans partage de l’économique. Car c’est là le nerf de la guerre et de la discorde; l’UE n’en est qu’un exemple… Elle n’a été créée que pour servir les intérêts du petit nombre, contre les peuples, elle est une première mouture de la grille de contrôle du Nouvel Ordre Mondial; elle ne fait pas partie des solutions à nos problèmes mais est une des majeures partie de nos problèmes. Il ne faut pas la soutenir, il faut la détruire et les États parasites, oppresseurs et répressifs à l’avenant… Le tout au moyen de l’autogestion, dans la joie et la bonne humeur !…
          😉

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :