Résistance politique, crise et marasme économique: Les madrilènes et Espagnols montrent la voie… Boycott des élections et développement accru de l’autogestion !

Merci à Emma de nous avoir signalé cet excellent article sur le suivi du mouvement des « indignados » en Espagne.

Après la décision justifiée suite à plusieurs semaines d’occupation collective de la Puerta del Sol à Madrid et de l’extension du mouvement à une grande partie de l’Espagne, de disperser le mouvement afin de se concentrer sur de l’action collective directe plus localisée, nous constatons que le peuple espagnol, fidèle à sa tradition libertaire est en train pas à pas de s’autogérer et d’apporter des solutions au marasme sociétaire dans lequel nous sommes tous plongés.

Ils ont réfléchit ensemble et solidairement, ont pris la décision de se disperser pour agir localement, ce qui est très efficace car difficilement contrôlable pour l’oligarchie et sa force coercitive quand les citoyens agissent directement depuis leur communauté, et ils continuent d’agir en ciblant là où, comme nous le disons depuis un bon moment, cela fait mal aux oligarques: l’organisation parallèle des activités économiques, politiques et sociales, en ignorant l’état et les institutions au maximum et en développant la solidarité et l’autogestion dès et où que possible et le boycott du vote et des institutions dans les grandes largeurs.

Si toujours plus de gens rejoignent la société autogestionnaire, le système va s’effondrer de lui-même, miné par ses contradictions et conflits internes. En même temps, les citoyens auront préparé ensemble le terrain puisqu’ils auront déjà agit depuis un moment de manière autonome et autogérée.

Une fois effondré, il suffit au peuple de reprendre le même schéma mais à l’échelle de la nation qui devient une fédération volontaire et solidaire de communes autogérées.

Nous ne pouvons que souhaiter que l’Espagne et son peuple averti, éclairé et actif de manière progressiste, une fois de plus montre le chemin. Nous ne pouvons sortir de cette fumisterie oligarchique que par la bas, pas nous-mêmes et solidairement.

Solidarité avec le peuple espagnol, boycott du vote et des institutions, pour l’autogestion et la société égalitaire !

Les solutions politiques, économiques et sociales ne sont pas dans les urnes, nous n’avons pas le temps pour ces fadaises et enfantillage social. Coordonnons les mouvements et agissant au delà des frontières !

— Résistance 71 —

 

De Madrid: Danser sur les urnes ?

 

Le 19 Novembre 2011,

Url de l’article original:

http://www.article11.info/?De-Madrid-danser-sur-les-urnes#pagination_page

 

Certains iront voter. Pour faire barrage à la droite. Ou pour punir la gauche. De là à faire du mouvement du 15 mai une mollassonne agglomération de socio-démocrates soluble dans le système, il y a un pas. Dans le Madrid dit « indigné », sur la Puerta del Sol, dans les assemblées de quartier ou dans les milieux militants, le vote de demain ne passionne pas grand monde. Leur politique est ailleurs, disent-ils.

La messe est dite, enfin il paraît : le PP, parti de la droite populaire post-franquiste, va remporter les élections de demain (20 novembre) face au PSOE de Rubalcaba (post-Zapatero). Les doigts dans le nez, majorité absolue au parlement attendue. Il faut dire que le parti « socialiste » espagnol est tellement discrédité que Rajoy (post-Aznar), falot politicard sans charisme en charge de la campagne PP, n’a qu’à se baisser pour ramasser les voix. Avec cette obsession stratégique : ne surtout rien dévoiler concernant son programme. Le dernier débat télévisé entre le candidat made in PSOE et Rajoy a ainsi tourné à l’absurde jeu d’esquive, le premier attaquant sur l’absence de programme du PP et le second rétorquant qu’il ferait mieux de la fermer vu que le PSOE avait foutu le pays dans une merde noire (plus de 20 % de chômage, record de la zone euro). Discours vendeur. D’autant que le transparent champion du PP se garde bien d’annoncer les coupes budgétaires que son parti s’empressera inévitablement de mettre en branle dès la chambre investie. On n’est pas aux pièces, ça peut attendre les lendemains d’élection…

Le visiteur de passage à Madrid, pour peu qu’il s’intéresse aux mouvements sociaux et aux suite du 15-M1, ne peut que remarquer la pauvreté du débat politique dit conventionnel dans un ville où les initiatives auto-gestionnaires et/ou sociales sont omniprésentes, dans le centre comme en périphérie. D’un côté, les vieilles badernes et leurs médias vassaux qui servent la soupe politicarde habituelle sans même l’épicer de discours un tantinet novateurs (hormis quelques clins d’œil de façade aux indignés, ça ne mange pas de pain). De l’autre, une partie de la population (et pas seulement les militants, de loin) qui envahit les rues et se frotte au débat d’idées et à la démocratie directe avec une constance que les pontes des deux principaux partis (et leurs satellites type Izquierda Unita – PC et certains verts – et Izquierda Anticapitalista – le NPA du coin2) n’atteignent même pas en rêve. Fracture symbolique qui n’étonne plus grand monde, évidemment. « PSOE/PP, la misma mierda es3« , c’est un fait acquis ; «  Vous ne nous représentez pas.  »

15 octobre 2011, Madrid.

Alors que 15-M continue son travail de sape contre le système (de manière moins spectaculaire et massive qu’à ses débuts sur la Puerta del Sol : décision a été prise de décentraliser le mouvement, autour d’assemblées populaires de quartier) et que les initiatives auto-gestionnaires se multiplient (centres sociaux, assemblées de voisins, occupations), la victoire promise au PP donne un léger goût d’aigre à la tambouille alternative mitonnée ici. Surtout, elle constitue un passage de relais lourd de conséquences. Dans un pays où, fantôme de Franco oblige, il n’y pas de parti d’extrême-droite type FN, la victoire d’une force politique plus que conservatrice effraye. D’où l’omniprésence des débats sur le « vote utile » (opposé à « l’abstention critique », voire à « l’abstention active »). 
Lucia, activiste du Patio Maravillas, impressionnant centre social auto-géré installé au cœur de Madrid, souligne la complexité de la situation : « Le mouvement du 15 mai a enfin permis d’apposer un début de fracture à cette politique de transition qui s’était imposée après Franco, une approche bipolaire qui a pollué l’approche politique de beaucoup de gens. C’était les fascistes contre la gauche, point barre. Ma mère, par exemple, a été logiquement traumatisée par le franquisme ; du coup elle ne comprend pas que je n’aille pas voter pour faire barrage à la droite. » Une situation loin d’être figée, s’empresse-t-elle d’ajouter : « Avant le 15-M, le vote était pour beaucoup une manière de laver leur conscience, de se dire qu’ils avaient fait leur devoir politique. Maintenant que les gens sont beaucoup plus investis dans des initiatives locales, type assemblées populaires ou mouvements sociaux, ils sentent moins le besoin d’aller voter. Leur politique est ailleurs que dans les urnes.  »

Si le 15-M s’est construit sur le rejet des partis et de leur organisation hiérarchisée, sur une logique intégralement auto-gestionnaire, la tentation du vote reste présente, surtout chez les moins radicaux. Certains ont même tenté de créer un parti estampillé 15-M censé participer aux élections, initiative heureusement repoussée en bloc lors des assemblées : pas question de tuer dans l’œuf ce qui fait la force de ce mouvement (soit : son horizontalité). Salvador, libertaire du bouillant quartier de Lavapies :«  Il y a une pression sociale pour aller voter. Cette idée que c’est une chance et un devoir, et que si tu ne votes pas alors tu abandonnes ton droit à critiquer. Mais ça ne prend plus, même hors des milieux anarchistes : on fait de la politique au quotidien, et pas seulement entre militants – cette mascarade électorale ne mérite pas qu’on s’y intéresse.  »

Une position qui n’est pas forcément partagée par tous. L’initiative des activistes numériques d’Anonymous en vue de « pirater les élections » rencontre ainsi un certain succès. L’idée est simple : disséquer la complexe cartographie électorale espagnole (selon les régions et les villes, un vote n’aura pas la même influence sur le résultat final) afin d’inciter les indignados à donner leur vote à la formation qui serait la plus défavorable aux deux locomotives discréditées. Soit : tenter de renvoyer le PP et le PSOE chez leurs mamans en votant pour des partis tels que IU, IA, Equo4, voire en votant nul5. Une idée très critiquée chez les plus radicaux. Croisés dans les rues de Madrid, quelques slogans enfoncent le clou abstentionniste : « Nos rêves n’entrent pas dans leurs urnes » ; «  Voter, c’est mourir un peu  » ; « Ton vote avalise leur vol » ; «  Danse sur les urnes  » ; «  Grand ou petit, la taille importe peu. Les grands partis font ce que les petits feraient s’ils en avaient l’occasion  ».

Bref, les avis divergent. Logique. Le débat sur l’abstention renvoie à une fracture au sein même du mouvement du 15 mai, entre ceux qui veulent améliorer le système (disons : les réformistes) et ceux qui veulent le renverser (les révolutionnaires). Gonzalo, journaliste pour le quinzomadaire de lutte Diagonal, estime que c’est le nœud du problème :« Une partie des personnes impliquées pense que quelques changements type nouvelle loi électorale, suffiraient, que ce serait une première étape, une avancée. D’autres estiment que le 15 mai doit déboucher sur une seule chose : un changement radical. Cela donne des débats animés, c’est sûr.  »

Le piège des urnes aura beau se refermer sur quelques naïfs (Emma Goldman à la rescousse : « Si voter servait à quelque chose, ce serait illégal »), gniac, la suite des événements ne se jouera pas demain. Mais sur le long terme, dans la résolution de cette tension latente entre réformisme modéré et autogestion généralisée. A las barricadas ?

 

 

1 C’est ainsi que le mouvement né des suites du campement du 15 mai (indignados powa) est dénommé par les Espagnols.

2 À noter : IA est le seul parti à s’être impliqué dans le mouvement du 15 mai et à ne pas faire l’autruche quant aux questions soulevées.

3 Pas besoin de traduire, non ?

4 Le dernier venu, parti écologiste qui base en partie son programme sur celui des indignés.

5 Les votes nuls sont pris en compte, au contraire des votes blancs.

 

 

10 Réponses vers “Résistance politique, crise et marasme économique: Les madrilènes et Espagnols montrent la voie… Boycott des élections et développement accru de l’autogestion !”

  1. shana23jfw Says:

    Si seulement le même mouvement pouvait poindre et prendre de l’ampleur ici aussi…
    je les suis tout de suite !
    Le problème est que ce type de chose, en France avec ce Président qui a toute la presse ou presque à ses bottes…
    Ceux qui ne le sont pas sont surveiller de très près comme les appels téléphoniques de ces deux journalistes au sujet de l’affaire Bettancourt…
    Charly Hebdo qui a vu ses locaux brûler…

    En tous les cas pour l’Espagne, ce mouvement est à suivre de très près, en espérant que cela prenne de l’ampleur et qu’ils réussissent, cela prouverait aux autres peuples que « c’est possible » !!!

    • Oui, l’ampleur viendra de l’exemple. Quand la masse des citoyens réalisera que le modèle autogestionnaire fonctionne et roule pour et par lui-même alors bien plus de gens cesseront d’avoir…peur, parce qu’en fait c’est de cela qu’il s’agit vraiment: la peur de « l’inconnu » la peur de ne pas savoir ce qu’il y a au-delà de ce qu’on nous dit qui est inéluctable: nous en remettre à une « élite » soi-disant éclairée pour nous gouverner, concept aristocratique optimum s’il en est et dont les peuples se sont satisfaits depuis quelques générations sans se poser la question a cinq euros: a qui cela profite t’il depuis le départ de la supercherie ??…

      Nous arrivons à l’aporie sur la question de la société, pour la résoudre, il faut en comprendre les fondements… et agir en conséquence, agir, c’est ce que les Espagnols font… par praxis: réflexion, concertation collective et action directe solidaire.

      C’est la recette qui terrifie l’oligarchie c’est évident !

  2. La société est en danger à cause des élus, semble-t-il.
    Guerres non voulues par le peuple, lois scélérates, profits invraisemblables des élus, corruption au plus haut niveau, etc…
    Pour accéder à l’anarchie, ne sera-t-il pas tentant pour certains d’éliminer les élus un par un, de façon à dissuader les candidats de l’idée même de se présenter? Même si la doctrine anarchique est non violente, quand on a une maladie bactérienne on utilise des antibiotiques…
    Par ailleurs, un ami belge me rappelle que la Belgique est sans gouvernement depuis longtemps, et semble survivre.
    Voici son commentaire:
    ********
    La RTBF dans l’émission « Mise au point » a montré ses intentions.
    L’embourbement du pays dans une non gouvernance autonome a
    pour but d’amener les gens à réclamer un technocrate européen
    comme ils ont fait pour la Grèce et l’Italie.
    Mario Monti est bien dans la mouvance Goldman-Sachs.
    En juin 2010, j’ai parié pour une absence de gouvernement.
    Il semblerait que cela va se produire et que le prochain gouvernement soit un gouvernement imposé.
    Le chemin vers le NOM est tout tracé parce qu’on ne peut compter
    sur 70% de gens qui s’en remettent à l’autorité.
    Consolation
    1) L’outil financier hors dimension humaine: le contrôle va forcément
    être perdu à un moment ou un autre.
    2) Comme ce sont des banksters qui gèrent cet outil, ils vont
    forcément se tirer dans les pattes.
    Il n’y a plus qu’à espérer.
    *********
    Et si, au lieu de réclamer un gouvernement, les Belges comprenaient qu’ils peuvent s’en passer?

  3. Résultat : l’Espagne se dote d’un gouvernement de droite, la « plus belle victoire depuis Franco ».
    Ils doivent bien se marrer à Bruxelles, dans les conseils d’administration, etc etc…
    Alors, plutôt que d’anarchiser dans le cadre d’institutions gouvernementales (de droite, comme en Espagne donc), en premier lieu une révolte avec flics et armée semble indispensable.
    Choper la réunionite aiguë, fusse t’elle « indignada », fait tourner en rond.

    • oui et non.. il est vrai que pour beaucoup du mouvement des « indignés » pas les « indignidos » qui eux semblent avoir pris la décision d’agir localement, cela manque d’action directe…

      Le pouvoir espagnol n’aura bientôt plus aucune légitimité… Quel est le taux d’abstention, est-il connu ?/
      Nous allons aller voir sur les sites alternatifs espanols pour avoir une idee… Ils sont sur le bon chemin s’ils continuent sur l’autogestion et pousser le social comme si le gouvernement et l’état n’existait pas, exactement… Ignorer la bête et continuer solidairement. Cela demande cohésion et solidarité…

      c’est là où on voit de quoi un « mouvement » est fait. A suivre donc…

  4. 54 %d’abstentions.

    Quelle légitimité peut avoir un gouvernement avec un tel taux d’abstentions?

    La seule réalité, c’est que le cynisme de l’oligarchie au pouvoir fait qu’il leur importe peu d’avoir un tel désaveu. il y a toutefois une leçon magistrale qui a été donné au Parti socialiste et un avertissement à ceux qui suivraient le même chemin.

    • Nous n’avons pas trouvé le taux d’abstention sur des sites espagnols, bien évidemment El Païs se garde bien de le donner… La CNT-Andalusia et d’Espagne n’ayant rien à faire avec les élections ne le communique pas.

      Ces guignols n’ont aucune légitimité, le mouvement des « indignados » espagnols (différents des autres doit-on le rappeler, car plus actif politiquement), fera grossir les rangs libertaires et autogestionnaires. Ces gugusses de droite fraîchement revenus vont casser l’économie encore plus ?… Avec 21,5% de chômage… Ils arriveront à 100% d’abstention avant le 100% de chômage… car l’autogestion et la solidarité résoudront bien des problèmes à venir.

      • les « indignés » sont populaires, aussi bien à gauche qu’à droite, 70 %d’opinions favorables à gauche et 50 % à droite, donc le mouvement n’est pas prêt de s’éteindre, mais on comprend qu’il ait du mal à s’implanter, vu le peu de publicité qui est fait et les analyses qui sont faites dans la presse officielle.

        De sorte qu’il a fallu 3 bonnes années pour savoir qu’elle était l’origine des dettes et de ce fait, il est normal que les espagnols soient un peu désorientés, mais le taux d’abstention record démontre bien que la confiance ne règne plus.

        je suis en train de lire les divers articles qui parlent de ces projets pharaoniques qui ont plombé les finances régionales et de l’état et qui sont des projets eminemment non rentable, et couteux puisqu’il y a de ce fait des dépenses d’entretien.

        projets immobiliers, 700 000 projets en 2009 plus que le nombre de projets cumulés de l’Allemagne, la France et l’Italie? , à la m^me époque, à partir d’endettements.

        Ce qui me choque, comment ne traduit on pas les responsables de ces projets en justice. j’espère que des suites judiciaires seront données, car tous ces gens vont tranquillement se recycler.

  5. L’origine de la dette en Espagne :

    « des folies en Espagne » article Le Monde

    des projets pharaoniques : aéroports, stades, cités de la culture Tgv sans clientèle le plus souvent déserts, qui ont enrichi les promoteurs, les assurances et les banques qui pretaient sans compter, notamment les caisses d’épargne plombées par des créances pourries, avec la complicité des politiques.

    3 années pour révéler le pot aux roses que les espagnols viennent de découvrir;

    • Oui.. Le Monde a l’air de faire pas mal de rentre dedans en ce moment… que se passe t’il une crise de lucidité?… Article pour abonnés.

      ~ ~ ~

      La « franc-maçonnerie » européenne de Goldman Sachs

      Article publié le 16 Novembre 2011
      Par Marc RocheSource : LE MONDE
      Taille de l’article : 936 mots

      Extrait :
      Anciens dirigeants, conseillers et même traders de la banque américaine, symbole des dérives de la finance, ils se retrouvent au pouvoir dans les pays clés européens pour gérer la crise financière. Ils sont sérieux et compétents, pesant le pour et le contre, étudiant les dossiers à fond avant de se prononcer. L’économie est leur péché mignon. Ils ne se découvrent que très rarement, ces fils de la Lumière entrés dans le Temple après un long et tatillon processus de recrutement. C’est à la fois un groupe de pression, une amicale de collecte d’informations, un réseau d’aide mutuelle. Ce sont les compagnons, maîtres et grands maîtres amenés à « répandre dans l’univers la vérité acquise en loge ».

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