Solutions au marasme sociétaire: un exemple viable… Le fédéralisme libertaire.

Nous avons traduit ce texte de l’anarchiste suisse James Guillaume, texte écrit de manière contemporaine à la Commune de Paris de 1871. Nous le publions pour donner un exemple de ce que pourrait être une société libertaire fédéraliste, en réponse à la très intéressante participation de certains lecteurs sur notre billet récent de traduction du programme de la FAI.

Le fédéralisme proudhonien, énoncé par Pierre Joseph Proudhon dans son ouvrage de 1863 « Du principe fédératif », a évolué depuis lors et a été repris par plusieurs mouvements anarchistes dont le plus récent, celui du municipalisme libertaire de Murray Bookchin, qui a adapté le modèle fédératif proudhonien aux temps modernes.

L’histoire nous a démontré depuis l’aube des sociétés humaines (qui précèdent l’état) que l’hégémonie des propriétaires et des rentiers tant religieux que séculiers a induit la création d’une entité sociale de contrôle: l’état-nation. Le principe de fédéralisme des communes librement associées auto-gérées sans pouvoir central coercitif s’avère être une option non seulement viable mais parfaitement réalisable dans le contexte du marasme destructeur généré par les états obsolètes inéluctablement inféodés au grand capital financier et industriel transnational.

Nous devons nous rendre compte qu’il n’y a pas de solutions au sein du système, qu’il faut en sortir, radicalement, car celui-ci est bien au-delà de toute rédemption. Le pouvoir doit se diluer dans les peuples par le truchement d’une société « plate » (par opposition au modèle pyramidal oligarchique dans lequel nous vivons depuis plus de 3000 ans…) et égalitaire. Pour ce faire, nous devons adresser les problèmes fondamentaux qui sont à la racine de la très très grande majorité du « mal vivre » humain: la propriété qui induit l’inégalité sociale et bloque l’émancipation humaine et l’avènement de la liberté sur cette planète.

Il ne peut pas y avoir de Liberté sans égalité. Il ne peut pas y avoir de « démocratie » (littéralement le pouvoir du peuple) sans liberté. La liberté par l’égalité sociale est le droit de toutes et tous et non pas celui d’une « élite » arrogante auto-proclamée.

Il nous faut abolir l’Institution et ses sous-ensembles afin de redonner une valeur à la nature humaine faite de solidarité, de compassion, de créativité et d’élan progressiste. Toutes ces choses sont des hérésies pour le dogme oligarchique prévalent et doivent être éliminées, mises au pilori, dénoncées comme « utopiques », alors que l’oligarchie en place nous fait prendre des vessies pour des lanternes à grand renfort de propagande et de pseudo-science doctrinaire depuis l’origine de la supercherie.

Il est temps de dire NON ! En masse et solidairement, reprenons le pouvoir et diluons le dans ce qui est son essence même: les peuples.

— Résistance 71 —

 

 

Le fédéralisme

 

Par James Guillaume

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

La véritable nature de la révolution qui s’est accomplie à Paris a été mise en exergue de telle façon que même les esprits les moins familiers avec les théories politiques, puissent maintenant en percevoir la teneur le plus clairement possible.

La révolution de Paris est fédéraliste.

Les Parisiens désirent avoir la liberté de s’organiser comme ils l’entendent, sans que le reste de la France n’intervienne dans les affaires parisiennes, et de la même manière, ils renoncent de leur côté à toute interférence dans les affaires des départements, en les encourageant à s’organiser comme bon leur semble et ce dans la plénitude de l’autonomie communale.

Les organisations différentes qui seraient ainsi librement constituées, pourraient se fédérer librement afin de garantir mutuellement leurs droits et leur indépendance.

Il est ici important de ne pas confondre le fédéralisme comme il est compris par la commune de Paris avec les soi-disant fédéralismes qui existent en Suisse (NdT: James Guillaume était Suisse, jurassien…) et aux Etats-Unis d’Amérique.

La Suisse est simplement un  état fédéraliste, et ce simple mot explique déjà toute la différence entre ces deux systèmes. La Suisse est un état, ce qui veut dire une unité nationale et ce faisant et malgré les apparences fédératives, la souveraineté est accordée à une nation, dans son entièreté. Les cantons, au lieu d’être considérés comme des individualités distinctes et souveraines par nature, ne sont en fait que des fractions d’un tout qui est appelé la nation suisse. Un canton n’a pas la libre disposition de lui-même; il peut parfois en certains cas, gérer ses propres affaires, mais il ne possède pas d’autonomie réelle, ses facultés législatives sont limitées par la constitution fédérale et cette constitution fédérale n’est pas un contrat au sens propre du mot car il n’a pas été accepté individuellement par chacune des parties en cause: il a été imposé aux cantons par le vote de la majorité. Un canton n’a pas le pouvoir, ni le droit d’en finir avec le contrat fédéral, il lui est interdit de quitter la fédération; il est même interdit, comme nous le voyons en ce moment avec l’affaire du Tessin, de se diviser afin de former de nouveau canton. Le plus petit mouvement politique ou socialiste, un grève par exemple, peut amener la troupe dans le canton.

Ainsi, la fédération en Suisse, n’est que vain mot. Ce n’est pas la fédération qui est le véritable nom du système suisse, c’est la décentralisation. La Suisse se rapproche du sytème qui a été établi en France par la constitution de 1791, et que l’assemblée de Versailles, “inspiré des grands principes de 1789”, propose de restaurer afin de faire semblant de se donner des aspirations fédéralistes.

Le fédéralisme, dans le sens qui lui a été donné par la commune de Paris et celui qui lui fut donné il y a des années par le grand socialiste Proudhon, qui fut le premier à énoncer scientifiquement la théorie, le fédéralisme donc est au dessus de toute négation d’une nation ou de l’état.

Pour le fédéralisme, il n’y a plus de nation, plus d’unité nationale ou territoriale. Il n’y a qu’une agglomération de communes fédérées, une agglomération qui a pour principe de détermination les seuls intérêts des parties contractantes et qui en conséquence n’a absolument aucune vue sur les questions de territoire ou de nationalisme.

De la même manière, il n’y a plus d’État, plus de pouvoir central supérieur aux groupes et leur imposant son autorité: il n’y a que la force collective qui résulte de la fédération volontaire des groupes et cette force collective, qui agit comme garantie et force de maintien du contrat fédéral, véritable contrat cette fois-ci, qui a été stipulé individuellement par chaque partie intéressée, cette force collective disons-nous, ne peut jamais devenir quelque chose de prévalent et de supérieur aux groupes fédérés, quelque chose qui ressemble à ce qu’est l’état aujourd’hui en regard de la société et des communes. L’état national centralisé n’existe donc plus et les communes apprécient enfin la plénitude de leur indépendance, il y a donc un véritable sens an-archique en l’absence d’autorité centrale.

Ne croyons néanmoins pas qu’après avoir supprimé les états et le nationalisme, le fédéralisme mènera à l’individualisme absolu, à l’isolation et à l’égoïsme. Non, le fédéralisme est socialiste et en cela sa solidarité est inséparable de la liberté. Les communes, tout en restant totalement indépendantes et autonomes, se sentent elles-mêmes, par la force des choses, solidaire l’une de l’autre et sans sacrifier aucunement à leur liberté ou pour le dire mieux, afin de mieux assurer leur liberté présente et future, s’unissent étroitement entr’elles par contrats fédératifs, où elles stipulent tout ce qui touche à leur intérêt commun: les services publics, les échanges de produits, la garantie des droits individuels et une aide mutuelle en cas d’agression.

Laissons le peuple français, finalement éveillé à leur mauvaise fortune, ouvrir ses yeux à la lumière de la vérité: laissons les en 1871, être les initiateurs de la république fédéraliste et sociale, comme ils le furent en 1793 et proclamateurs des droits des hommes; en Europe, préservés de la restauration gothique dont l’empire allemand la menace, elle fera briller dans le futur les jours glorieux de l’égalité et de la liberté.

Source: Retrieved on September 14, 2011 from http://libertarian-labyrinth.blogspot.com/2009/09/james-guillaume-on-federation.html

9 Réponses vers “Solutions au marasme sociétaire: un exemple viable… Le fédéralisme libertaire.”

  1. https://iraqibeacon.wordpress.com/2011/10/03/بني-وليد-عاصمة-ليبيا-المؤقتة-إسقاط-طا
    Libye
    Déroulement des combats le 01/10/2011.
    Traduction de l’arabe, Farid

    Torche, Loay Azahir, le samedi 01/10/2011 le commandement libyen a annoncé que la ville de Beni Walid est nommée capitale provisoire de la Libye jusqu’à la libération de Tripoli. Ceci a été conclu avec l’accord et la coordination entre les moudjahidins et leurs commandements dans les différentes parties de la Libye.
    Le choix de la ville de Beni Walid capitale temporaire est dû à sa situation géographique stratégique au centre des différents fronts de combat et à cause de son tissu social solide et très homogène, et sa farouche résistance aux assauts répétés des combattants du CNT et de l’OTAN.

    Apache abattu

    l’armée libyenne a abattu avant l’aube un Apache de l’OTAN au dessus de la ville de Syrte dans la région maritime de Gizeh. Selon les rapports reçus de Syrte l’avion était en mission de soutien à une offensive terrestre qui a été contrée près de la côte orientale de la ville. Un journaliste de l’agence de presse AL Rabita a déclaré que les défenseurs de Syrte avaient lancé des contre-attaques sur la côte orientale de la ville et ont infligé aux subordonnés de l’OTAN des pertes considérables. Durant le samedi et dimanche derniers, plus de 200 rebelles du CNT ont éliminés et plusieurs de leurs officiers furent capturés, en plus, une cellule d’AL Qaida qui essayait d’infiltrer la ville fut détruite.

    Sur le plan politique, les informations qui proviennent de Londres indiquent que les jours à venir seront cruciaux pour déterminer l’avenir de la guerre en Libye. Ainsi, des contacts secrets pour déterminer le nombre de prisonniers occidentaux sont en cours avec les forces libyennes dans le but de négocier leur libération, ils commencent à réaliser que leur défaite et celles de leurs subordonnés est devenue une question de temps comme l’indique le cours des événements militaires et politiques sur le sol libyen et que les traitres de l’OTAN et ses mercenaires ne sont pas en mesure à eux seuls de résoudre le conflit à leur profit.

    NB : si ma traduction vous convient je pourrais vous traduire des articles et autres annonces et déclarations faites par la résistance libyenne à partir de sites en langue arabe.

    • Je ne pense pas qu’il y ait à proprement parler une défaite de l’OTAN. Le pays est ravagé, un « état nation » ayant un système politique particulier a disparu, la Chine est boutée hors de Libye et voit disparaître une possibilité d’autonomie énergétique, le « choc des civilisations » progresse, les budgets militaires montent, …. Bref, une grande partie des objectifs sont atteints!

      Les guerres ne sont pas menées pour atteindre une « stabilité » au sens commun et c’est une grave erreur de le penser.

      • La Chine est boutée hors de Lybie…… Analyse singulière, elle est présente dans je ne sais combien de secteurs économiques et contrats en Afrique, notamment en côte d’ivoire et elle n’a aucune peine avec les réserves qui sont les siennes à s’implanter sur toute la planète, puisqu’elle a acheté une partie des dettes souverianes en Europe vendues avec une décote car à risques.

      • Les guerres dans l’histoire ont TOUTES, répétons-le… TOUTES été faites pour des gains et profits oligarchiques, sans aucune exception…
        Pour sortir du cercle infernal des guerres impérialistes de profit et de pouvoir, il faut sortir du système dont le nœud gordien est la combinaison de la propriété privée ou étatique des moyens de production, de distribution et de services et l’état-nation lui-même.
        C’est la racine de tous les maux. On peut retourner le problème dans tous les sens que l’on veuille, on en revient toujours à cette évidence profonde.

        La question réelle est la suivante: quand les peuples décideront-ils d’arrêter cette supercherie qui n’a que trop durée ?

        Tout le reste n’est que blablabla de politicards à la botte…

  2. « Ne croyons néanmoins pas qu’après avoir supprimé les états et le nationalisme, le fédéralisme mènera à l’individualisme absolu, à l’isolation et à l’égoïsme. Non, le fédéralisme est socialiste et en cela sa solidarité est inséparable de la liberté »

    Merci pour ce texte et cette simple phrase qui fut le rayon de soleil de ma journée.
    De même, ayant lu « Qu’est-ce que la propriété? » du même Proudhon, je ne connaissait pas cet autre texte donné en lien et vous en remercie, je me mets a sa lecture aussitôt.
    Toute ma reconnaissance pour votre travail, merci encore.

    • Toujours un plaisir de savoir que ces textes sont appréciés à leur juste valeur…
      N’hésitez pas à diffuser, plus les gens prendront conscience, plus de chances auront les peuples de faire mieux que survivre à l’apocalypse programmée qui vient. Il est de notre devoir de nous ériger contre le supra-fascisme annoncé tut en œuvrant pour une société égalitaire et émancipée qui seule tiendra en échec toute forme de dictature dans le futur.

  3. Il est toujours amusant de constater que la france a une devise anarchiste :

    Liberté, Égalité, Fraternité…

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