Crise économique et oligarchie: la dette (comme la propriété)… c’est le vol !

La dette, c’est le vol!

 

Par le Groupe Proudhon de la Fédération Anarchiste

 

Le 10 Octobre 2011

 

 

Face à la vaste entreprise de conditionnement que subissent les exploité-e-s ces dernières semaines, la Fédération anarchiste dénonce le règne de la pensée unique et appelle à pratiquer l’autodéfense intellectuelle.

Asséner sans sourciller que payer une dette est un devoir impérieux revient à passer sous silence que, comme la propriété privée des moyens de production et de distribution, la dette est un vol. Le même vol que celui qui consiste à empocher à la place des exploité-e-s la plus-value créée par le travail lui-même ; lorsqu’un prêteur accorde une somme donnée, il sait que c’est par le travail de l’emprunteur qu’il pourra recouvrer les intérêts dans un premier temps, le capital en second lieu. C’est la preuve incontestable que l’intérêt financier est un prélèvement de plus sur la force de travail. C’est sur ce principe qu’a pu se construire et se complexifier le système du crédit, jusqu’à aboutir en 2008 à la crise dite des subprimes : des millions d’Américains se retrouvent jetés à la rue parce que la variabilité de leur taux d’intérêt est en faveur des organismes de prêt, et qu’ils ne peuvent faire face à des engagements intenables. On n’insistera jamais trop sur le rôle de contrôle social que joue l’emprunt dans l’économie capitaliste : quand le prolétaire paye son logement, il y réfléchit à deux fois avant de faire grève, avant de se syndiquer, avant d’être solidaire de ceux qui luttent autour de lui; pour les possédants, le système n’a donc que des avantages!

Concernant la dette dite publique, contractée par l’État et ses déclinaisons locales que sont les régions et les départements, on cherche à nous faire croire que l’argent emprunté le serait pour une bonne cause : assurer à chacun-e l’accès aux services publics qui caractérisent l’État-Providence ; c’est oublier que, si l’on prend l’exemple de la Sécurité Sociale, ce n’est pas l’État qui finance les caisses, mais les salariés, qui payent à la fois pour eux et pour le patronat (dont les cotisations, on ne le rappellera jamais assez, proviennent de la plus-value dégagée par le travail). C’est oublier que l’indemnisation du chômage n’est pas davantage payée par l’État, que les entreprises dites «publiques », rapportent davantage qu’elles ne coûtent, et que les salariés des trois fonctions publiques font les frais de la rigueur salariale depuis qu’en 1983 le gouvernement Fabius a montré par la désindexation des salaires par rapport à l’inflation le vrai visage du socialisme de gouvernement , qui change la vie, mais au seul profit de la bourgeoisie…

Que fait l’État de l’argent qu’il ventile dans son budget, si ça n’est pas, comme voudraient nous le faire croire les bien-pensants de la gauche réformiste, pour redistribuer les richesses ? Réponse : il attribue le premier poste au service de sa dette, il rembourse du capital, un peu, mais, surtout, il paye les intérêts des intérêts de tout ce qu’il a pu emprunter depuis que le monde est monde… Ainsi, pour 2010, l’État français a dû rajouter à un déficit budgétaire de 149,7Mds d’€ (dont 42,5Mds d’€ d’intérêts ), les « amortissements » des dettes à moyen et long terme arrivant à échéance en 2010 pour un montant de 83Mds d’€. Les intérêts à payer représentent 96% des engagements financiers. En 2010, ce sont 125,5 Mds d’€ (83 de capital+42,5 d’intérêts) que l’État nous fait rembourser prix d’une austérité bien réelle, mais qui ne dit pas son nom . En 1995, le stock de la dette publique s’élevait à 431 Mds d’€. Fin 2011, le total cumulé des intérêts servis et des capitaux remboursés s’élèvera lui, à 2 013Mds d’€, soit 4,6 fois plus qu’en 1995! Dans le même temps, la dette aura été élevée à 1 333 Mds d’€, soit plus de 3 fois le montant de 1995.Les intérêts payés (658Mds d’€) représenteront plus du double du total des dépenses du budget général (285,7Mds d’€ pour 2011).La dette publique représente 37% des dépenses publiques !

De tels chiffres peuvent donner le vertige à tous ceux qui survivent avec leur RSA : ainsi, ce dont ont peur les marchés, c’est la simple perspective qu’une partie infime de la dette d’un État puisse ne pas être remboursée, et c’est là que le système dévoile toute sa perversité : les organismes financiers ont tout intérêt à maintenir leurs débiteurs en état de dépendance, autrement dit, ils pratiquent avec les États le plus grand crédit-révolving du monde, ils prêtent pour rendre possible le remboursement de ce qu’ils ont déjà prêté parce que l’ État est une sorte de super-huissier qui possède tous les moyens coercitifs : loi, police, armée, pour persuader la classe laborieuse de payer toujours plus…

La grande originalité de la situation qui se dessine en cet automne 2011, c’est qu’elle révèle à ceux qui ne veulent pas l’admettre l’extrême similitude des problèmes qui se posent au prolétariat où qu’il soit dans le monde: les exploité-e-s, salariés ou sans emploi, des pays dits «         développés » connaissent à leur tour les difficultés que vivent depuis des dizaines d’années leurs camarades du tiers-monde, écrasés sous la dette dans l’indifférence générale. En Grèce, en Italie, en Islande, en Espagne, au Royaume-Uni, aux USA, en France, le couperet est financier, mais c’est toujours un couperet, comme celui qui naît du renchérissement des matières premières agricoles, et qui a poussé dans la rue l’ensemble des travailleurs d’Afrique du Nord.

Face à cette avalanche de mauvais coups, il est impératif de réagir. Qu’on ne compte pas sur la Fédération anarchiste pour bêler avec ceux, de gauche ou d’extrême-gauche, qui, tout en déplorant la lourdeur de la dette, ne remettent pas en cause le vol caractérisé qu’elle constitue; qu’on ne compte pas sur la Fédération anarchiste pour souscrire à une déclaration de collaboration de classe comme celle qu’a publiée le 18 août 2011 l’intersyndicale nationale, qui, en appelant aux journées d’action machines-à-perdre, s’affirme soucieuse de sauver l’Europe et de réduire les déficits publics, ou pour exonérer de leurs responsabilités les organisations syndicales qui n’en font pas partie. Le seul mot d’ordre pour réagir au chaos capitaliste, c’est « Faut pas payer !* ».

Cela suppose, dans le cadre d’une grève générale expropriatrice et gestionnaire, l’effacement pur et simple de toutes les dettes : privées pour soustraire les salariés à la mainmise de la classe possédante, publique par destruction de l’État en tant que structuration politique destinée à faire perdurer le capitalisme. Une phase transitoire avant la disparition de l’économie monétariste pourrait consister en la mise en place d’un service public autogéré de crédit gratuit sur la base des principes proposés par Proudhon. On comprend dans ces conditions qu’il est encore plus illusoire que jamais d’attendre un quelconque changement des élections à venir.

Fédération anarchiste, Relations extérieures.

 

*titre d’une pièce du dramaturge italien Dario Fo ( 1974)

 

url du communiqué original:

http://groupe.proudhon-fa.over-blog.com/article-la-dette-c-est-le-vol-86312122.html

5 Réponses vers “Crise économique et oligarchie: la dette (comme la propriété)… c’est le vol !”

  1. La dette, les intérêts, la création monétaire….
    Fumisterie monumentale consistant à créer de la thune à partir de rien (que dalle, nibe, du vent : l’argent est créé à partir de rien) puis de le préter contre intérêts !
    Le tout enrobé d’un verbiage chiadé vachement complexe, si, si, repoussant n’importe quel quidam.
    Mais c’est d’une débilité crétine !

  2. [Edit]
    Enfin, pas débile pour tout le monde : manifestement la « crise » est ochestrée de main de maître pour un asservissement total. Sur la liste il ne restait plus que les pays occidentaux, c’est en cours donc.

    • Absolument, c’est pour cela qu’il faut redoubler d’effort pour mettre cette clique d’esclavagistes criminels hors d’état de nuire aux peuples…
      Révolution sociale, pour une société véritablement égalitaire. Debarrassons-nous de la fange oligarchique par le boycott et la désobéissance civile.

      Le système institutionnel ne peut rien faire contre des millions et des millions de citoyens qui ensemble, d’un bloc, disent NON !
      C’est fin de partie pour les blaireaux en charge et retour du pouvoir où il aurait toujours dû rester: à la base, au peuple qui s’auto-gère et s’associe volontairement par communes, régions, et ex-nations…

  3. Sur le sujet, Frederic Lordon à proposé des choses (voir ses textes trouvables sur le site du monde diplo et sur le sien propre, ses interventions chez Mermet ou à « des sous et des hommes » de Pascale Fourier).
    L’occasion présente est à saisir.
    Il y a des éléments factuels à peu près inconnus du « grand public », qui portés à sa connaissance pourraient bien le faire voir rouge (sans jeu de mot) :
    -La corrélation des baisses d’impôts accordées aux plus riches et de l’emprun avec taux rémunérateur que l’état leur octroi.
    -L’explosion avoisinant les 100% des fortunes des plus grands patrons français (pour ce qui nous concerne le plus directement) pendant le premier volet de la crise actuelle (voir site Challenge par ex)
    etc…

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