Résistance politique: Attention à la récupération réformiste des mouvements sociaux par l’oligarchie

Nous avons traduit un nouvel article du politologue canadien Andrew Gavin Marshall, qui illustre en prenant l’exemple actuel du mouvement d’occupation de Wall Street, comment les mouvements spontanés sont en fait rapidement récupérés par l’ingénierie sociale afin d’en faire des mouvements réformistes confortant le système et non plus luttant contre lui.

Tous les mouvements syndicaux (sauf l’anarcho-syndicalisme) et les partis politiques dits de gauche, communistes ou « social-démocrates », ont été récupérés et sont devenus des réformiste mangeant dans la main de l’oligarchie et ne faisant plus de vagues, ou si peu que cela n’en est que l’illusion (exemples multiples de tous les partis communistes et syndicats d’Europe et d’Amérique du Nord, analysons par exemple le « grand mouvement » bidon contre la réforme des retraites en France…). Il en va de même pour les mouvement populaires révolutionnaires du Maghreb et du Moyen-Orient, ralliés par l’oligarchie et sa presstitute sous le vocable du « printemps arabe ».

L’ennemi est l’institution elle-même. La sommes des entités qui régissent et affirment socialement et politiquement la mise en esclavage des peuples, leur oppression, leur division et leur exploitation sous toutes ses formes.

Andrew Gavin Marshall soulève ici un point vital qui doit être compris par tous ceux qui désirent un véritable changement et la reprise du pouvoir par les peuples sans délégation obsolète et vampirisante. Nous ne pouvons que suivre Marshall dans cette démarche éducative et pédagogique et encourageons vivement tous nos lecteurs à être de plus en plus méfiants envers les mouvements spontanés si vite récupérés.

L’efficacité optimale est dans la décentralisation, la solidarité et l’action directe contre l’entité institutionnelle. Ce qui manque aux mouvements prenant racine spontanément est une forme de praxis sans laquelle il est impossible de faire avancer quoi que ce soit.

Parler sans agir n’est que théoriser, agir sans réfléchir n’est qu’activisme stérile.

Information,  éducation, communication, solidarité et conscience sociale, action directe non violente (boycott des institutions et désobéissance civile) est la seule dynamique viable pour avoir une véritable chance de refonder la société égalitairement et de découvrir la véritable nature humaine solidaire et libre.

— Résistance 71 —

 

Contre l’Institution, avertissement au mouvement Occupy Wall Street

 

Par Andrew Gavin Marshall

Le 3 Octobre 2011,

 

Url de l’article original (avec vidéo):

http://andrewgavinmarshall.com/2011/10/03/against-the-institution-a-warning-for-occupy-wall-street/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Alors que je soutiens les efforts et les actions du mouvement de protestation d’Occupy Wall Street, qui émerge maintenant de manière internationale, il y a néanmoins certains aspects qui doivent être notés et gardés présents à l’esprit alors que le mouvement va de l’avant.

Le processus par lequel un mouvement potentiellement puissant peut-être récupéré et contrôlé est subtile. Si le mouvement Occupy Wall Street espère vraiment agir pour les 99%, il ne doit pas se soumettre aux 1%, de quelque façon que ce soit.

Le mouvement doit se garder de ce qui est arrivé au mouvement du “Tea Party”.  Quelque soit la position politique que vous ayez, le mouvement de Tea Party a commencé depuis la base, largement comme un mouvement qui était contre le système de la réserve fédérale. Les membres ont été très vite récupérés et financés par l’argent philanthropique et les reconnaissances de parti politique.

Pour le mouvement d’occupation de Wall Street devenir une véritable force de changement et bâtir un large mouvement, il doit éviter et rejeter les “contributions” financières  organisées des institutions: que ce soient de partis politiques, de fondations philanthropiques ou d’organisations à but non-lucratif. Les efforts de ceux-ci sont subtils et discrets mais effectifs: ils cherchent à organiser, professionnaliser et institutionnaliser un mouvement, pousser de l’avant ce qu’ils désirent, ce qui rend le mouvement absolument inutile pour la véritable libération, et celles-là sont parmi les institutions dont le mouvement doit se protéger contre,

Ceci n’est pas seulement à propos de “Wall Street”, mais c’est à propos du POUVOIR. De ceux qui ont le pouvoir et ceux qui ne l’ ont pas. Quand ceux qui ont le pouvoir vous offre de l’aide et vous tendent la main dans votre lutte, leur autre main est armée d’un poignard. Restez avec la base, restez décentralisés, restez en dehors des partis politiques, restez à l’écart de le dépendance financière.La liberté n’est pas réellement dans la visée, mais dans l’action.

La véritable lutte n’est pas la gauche contre la droite, démocrates contre républicains, libéraux contre conservateurs, ou libertaires contre socialistes. La véritable lutte est celle des peuples contre l’institution: l’état, les banques, les banques centrales et leur système, les corporations industrielles multinationales, les institutions financièrres internationales, l’armée, les partis politiques, les médias de masse, les fondations philinathropiques, les think tanks, universités, système d’éducation, psychiatrie, système légal, l’église etc…

Le transfert du pouvoir d’une institution à une autre ne résoud pas la crise de notre “société institutionnelle”, au sein de laquelle un petit nombre domine tant, concentre tant de pouvoir aux dépens de tous ceux de la majorité qui ont si peu. La véritable libération ne viendra que de l’opposition à “l’institution” comme une entité. Placarder le pouvoir d’une institution à l’autre rend la résistance ineffective. Les structures du pouvoir doivent-être discréditées et le pouvoir doit-être distribué au(x) peuple(s), par le moyen des associations volontaires, des groupements communaux et des intitiatives de pouvoir populaire auto-financé.

Pour qu’un mouvement survive, l’argent devient une nécessité. Ne vous tournez pas vers les ONG, les associations à but non-lucratif et les fondations philanthropiques pour un quelconque soutien. Les philanthropies, qui financent et créent les assos à but non-lucratif et les ONG, ont été elles-mêmes créées pour développer et s’engager dans  l’ingénierie sociale: la “fabrication du consentement” au sein de ceux qui sont gouvernés et de créer un consensus au sein des gouvernants. Les “philanthropies” (en particulier celles comme Carnegie, Ford et Rockefeller) financent des mouvements sociaux et des organisations de protestation afin de les diriger dans une direction qui est la plus sécure pour les élites gouvernantes. Ces philanthropies sont elles-mêmes gérées par les “élites”, financées par les banquiers et les industriels qui poussent à la préservation de leur position au sommet de la structure sociale et ce dans un contexte de résurgence révolutionnaire potentielle. Ainsi que l’a déclaré à une époque un président de la fondation Ford: “Tout ce que la fondation fait, elle le fait afin de rendre le monde sûr pour le capitalisme”.

L’argent des philanthropies organisera le mouvement en une entité plus “professionnelle”, dirigera ses efforts autour de la promotion de réformes légalistes, rassemblant autour des idées spécifiques retirées de leur contexte  historique global. L’effet voulu est de retourner des révolutionnaires anti-système en des réformistes légalistes. Avec de tel financement, les organisateurs du mouvement sont attirés inéluctablement vers la sphère des ONG, des conférences internationales, des institutions internationales, des agences d’aide et de la participation politique de masse. Les leaders du mouvement deviennent professionalisés et ont un succès social, à la fois en prestige et financièrement. Ainsi, leur propre position personnelle devient dépendante de la promotion des réformes et non pas de la révolution; du maintien du système (avec quelques changements cosmétiques) et non pas de l’action contre celui-ci. Le mouvement lui-même devient ensuite institutionalisé. (NdT: c’est exactement ce qu’il s’est passé aux Etats-Unis et en Europe avec par exemple les syndicats et les différents partis communistes, tous devenus réformistes et bouffant au ratelier de l’oligarchie qui engraisse en contre-partie ses dirigeants…)

Pour avoir un bon financement sans la menace d’une domination institutionnelle, l’argent doit venir des gens eux-mêmes. Une cause réellement populaire peut-être financée par le peuple. Gardez le peuple en charge de l’opération.

Si nous désirons vraiment liberté et libération, nous devons d’abord commencer par agir de manière libre et libérée. Si nous voulons la “véritable libération”, nous devons commencer à vraiment comprendre le véritable système du pouvoir qui nous confine, oppresse, ostracise, exploite, apauvrit et nous contrôle. Ceci n’est pas une question d’état ou de banques ou de multinationales. C’est une affaire concernant l’institution elle-même. Nous devons lutter contre les structures du pouvoir ainsi nous pourrons libérer l’humanité de ce qui la confine, l’étouffe et enfin faire l’expérience de ce que la véritable “nature humaine” est.

Si on étudie des souris dans un labyrinthe, peu importe depuis quand et de quoi est fait le labyrinthe, on ne peut pas déduire la nature de la souris séparément du labyrinthe. Cassez, détruisez le labyrinthe et vous finirez par voir la véritable nature de la souris. Nous, humains, avons toujours vécu dans un labyrinthe. Les murs en sont construits par les institutions qui dirigent, conduisent, manipulent, définissent et nous ostracisent les uns des autres.

D’abord nous devons détruire les barrières qui nous entravent de nous-mêmes, alors seulement pourrons-nous vraiment comprendre ce que cela représente d’être humain et libre.

 

Andrew Gavin Marshall

Project Manager, The People’s Book Project

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7 Réponses to “Résistance politique: Attention à la récupération réformiste des mouvements sociaux par l’oligarchie”

  1. « restez en dehors des partis politiques »

    Je suis d’accord avec le fait qu’il ne faut pas s’en remettre aux partis politiques, mais faire de « l’entrisme » ne me semble pas mauvais. Que se passerait il si 500.000 français suivaient de près les partis politiques? S’ils exigeaient que ceux ci se comportent conformément à leurs statuts? S’ils vérifiaient les comptes et dénonçaient leurs « coups-fourrés »? Je pense que ce serait une fameuse épine dans les pieds de l’oligarchie.

    Un petit lien pour illustrer à quel point les mouvements organisés peuvent être des « faux nez » ayant pour fonction de limiter toute contestation, cet étonnant article (à lire jusqu’à la fin et à faire lire!!) : « Chérèque : (Socio)traître » http://guerre.libreinfo.org/component/content/article/430.html

    • Mobiliser 500 000 ou un million de citoyens pour cela est une perte de temps, il y a mieux a faire.. Pourquoi ces citoyens ne gouverneraient-ils pas par et pour eux-mèmes en entraînant les autres avec eux plutôt que d’essayer de « sauver » un système bien au-delà de toute rédemption.

      Il ne faut pas intégrer pour manœuvrer de l’intérieur, 99% des gens qui s’y sont essayés ont été corrompus. Le système est fait pour s’auto-protéger et avec lui la classe d’aristocrates qui gouvernent et manipulent. Le système est une machine à fabriquer du consentement, rien d’autre, il faut en sortir et détruire les murs sociaux artificiels qui nous masquent la nature humaine véritable, celle de la solidarité, de la créativité et du progressisme émancipateur. Les partis politiques ne sont que la concrétisation, le tangible de la pseudo-liberté qu’on nous inflige: celle de continuellement pouvoir choisir entre la peste et le choléra, entre Bozo et Kiri, entre la « gauche » et la « droite », tous et toutes à la botte du pouvoir financier de l’ombre, qui lui n’agit que dans son intérêt et écrase la dissidence.

      Ceux qui se dressent sont soudoyés pour rentrer dans le giron: les syndicats, les ONG (écolos, droits de l’homme etc…), les partis politiques, les grands mouvements populaires.

      Quand les anarchistes se sont laissés « convaincre » de rentrer au « gouvernement » durant la révolution espagnole de 1936… ce fut la déconfiture qui s’en suivit. Idem pour les communards en 1871. Entrer dans l’Institution c’est acquiescer ou être broyé.

      Si on avait 500 000 citoyens décidés, il y aurait bien mieux à faire que de « suivre » les partis politiques, l’action directe de boycott et de désobéissance civile serait bien plus efficace et suivie…

      • Je disais 500 000 comme j’aurais pu dire 100 000… Et je ne pense pas « l’entrisme » comme moyen de modifier le système en croyant à la possibilité de « changement de l’intérieur » mais bien comme de « l’action directe », sans la moindre volonté de prendre des responsabilités au sein des partis politiques ou dans le processus électoral, et encore moins d’y « faire carrière ». Je vois plutôt l’entrisme comme moyen de miner les partis de l’intérieur en pouvant agir sur leurs membres par la mise en évidence des contradictions de ces formation et de leur double langage ; l’entrisme comme moyen de compliquer lourdement la tâche des « responsables politiques ». La même chose peut se faire au sein des syndicats ou de diverses associations.

        Le coût en temps est très limité pour ce genre d’actions et les résultats peuvent être à la hauteur de « l’investissement »!!! Ne pensez vous pas?

        • Oui, c’est un débat qui est engagé depuis bien longtemps du côté anarchiste et dans la « gauche » dite « radicale ». Faut-il entrer dans le système pour mieux le combattre et le détruire ?
          L’histoire a prouvé que toutes les tentatives ont échoué (Proudhon déjà était entré au parlement, pour en sortir un an plus tard, la Commune de Paris, la révolution espagnole de 1936…).
          Ici nous n’y croyons pas, car le tentation au réformisme depuis l’intérieur est immense, regardons tous les partis de « gauche », tous ont quitté leur ligne pour s’aligner sur les désirs et la ligne politico-économique oligarchique prévalante.
          Vouloir récupérer, sauver les partis politiques est à notre sens une pure perte d’énergie, et de temps … Il y a mieux à faire avec l’action directe: boycotter et effondrer le système pour rebâtir depuis les fondations mêmes. On ne fait pas du neuf avec du vieux, c’est bien connu.

  2. Si tant de gens sont hors des partis et hors des syndicats, c’est qu’ils ont compris depuis longtemps et ils n’ont plus confiance et aujourd ‘hui c’est encore pire ils ont aussi compris qu’ils n’étaient pas réformables et que de toute façon dès qu’ils entreprennent d’exercer une fonction quelconque, ils sont pris dans la nasse et volontairement ou pas ils adhèrent, car depuis longtemps ces organisations fonctionnent comme cela et il n’y a aucun changement à opérer de ce côté-là mais c’est le cas désormais de toutes les structures de pouvoir, d’où ce rejet général et cette dénonciation permanente et des partis, syndicats ùais autres structures de pouvoir journalistes, économistes, et même associations.

    d’où dans le mouvement des indignés rejets des partis, des syndicats, des mouvements cultuels et des soi-disants élites qu’elle a générés.

    mais nous ne pouvons pour autant négliger ceux qui de l’intérieur ou de l’extérieur travaillent à les dénoncer et à dénoncer leurs carences et sur lesquels s’appuient tous les mouvements qui cherchent d’autres voies, libertaires ou autres.

  3. le silence sur les manifestations sociales en Israël…
    7 octobre 2011 | Auteur: Jo ^^

    « Israël – Le mouvement ne cesse de prendre de l’ampleur, hier ( 7 octobre 2011 ) 500 000 personnes se sont retrouvés dans la capitale Jérusalem dans un pays qui compte 7 millions d’habitants. Aucun média officiel n’en a parlé.

    C’est vrai qu’il y a comme un blackout total des médias face à ces manifestations sociales en Israël. C’est p-e justement trop embarrassant pour eux. »

    un blackout total des médias, médias israéliens mais aussi médias occidentaux européens et américains ont t-il dit. La collusion s’étend donc.

  4. Appel à la désobéissance civile de John Pilger au meeting anti-guerre de Trafalgar Square à Londres…

    http://tv.globalresearch.ca/2011/10/afghanistan-iraq-and-libya-worthy-victims-and-unworthy-victims

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