Solution au marasme societaire: Anarchisme et cooperation naturelle, clefs pour un renouveau social universel

Nous avons traduit ici un article d’Eric Johnson paru ce mois-ci dans la revue Scientific American, qui met en evidence l’importance de l’œuvre scientifique du grand theoricien anarchiste Pierre Kropotkine, vu par beaucoup comme un des peres fondateurs de la socio-biologie.

Nous avions deja publie il y a quelques mois, une traduction de longs extraits d’un ouvrage non reedite en francais de Pierre Kropotkine « Evolution and Environment », que nos lecteurs peuvent consulter sur ces liens:

Evolution et environnement 1ere partie

Evolution et environnement 2eme partie

L’œuvre et les recherches de Kropotkine sont un antidote contre le poison du darwinisme-social qu’on nous sert jusqu’a plus soif, pseudo-science au gout frelate de malthusianisme, qui est le credo et le dogme de l’oligarchie en place pour continuer a semer discorde, division, chaos et misere sociale sous couvert d' »ineluctabilite » socio-biologique renforcant ainsi par la creation d’une fatalite illusoire leur pouvoir usurpe aux peuples par le biais de la tromperie, et maintenu par l’oppression et l’exploitation.

Nous devons lire et relire Kropotkine comme l’ont fait et le font toujours nombre de scientifiques qui refusent que la science soit detournee au profit du seul petit nombre.

— Resistance 71 —

 

Le prince de l’évolution: Lee Alan Dugatkin sur Pierre Kropotkine, anarchisme et la coopération dans la Nature

 

 

par Eric Michael Johnson | September 13, 2011 

 

 

Url de l’article original:

 

http://blogs.scientificamerican.com/primate-diaries/2011/09/13/prince-of-evolution/

 

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

 

 

Le biologiste évolutioniste Lee Alan Dugatkin a fait de l’étude de la coopération sa carrière, ainsi il va de soi que le sujet de son dernier ouvrage soit un anarchiste. Dans  The Prince of Evolution Dugatkin raconte l’histoire du prince russe, théoricien de l’évolution et aux idées politiques radicales Peter Alexeyevich Kropotkin dont la théorie darwinienne de l’entr’aide ( mutual aid ) fut la première à argumenter que la coopération faisait partie intégrante de la sélection naturelle. Aujourd’hui, la quête pour la compréhension de savoir comment le comportement coopératif a évolué est un des points chauds des sciences de la vie, bien que peu de chercheurs réalisent de fait que la plupart de leurs questions furent d’abord posées par Kropotkine il y a plus de cent ans.

“Kropotkine fut non seulement la première personne qui démontra clairement que la coopération était très importante dans le monde animal”, écrit Dugatkin, “mais il fut également la première personne qui argumenta véhémentement sur le fait que comprendre les mécanismes de la coopération chez les animaux, permettrait de faire la lumière sur la coopération humaine.”

Le livre de Dugatkin (dont un extrait est posté ici sur Scientific American) est un précis sur la vie et l’œuvre de Kropotkine, une revue des points primordiaux qui illustrent le thème commun à la fois de ses idées scientifiques et politiques: l’entr’aide mutuelle. Certains peuvent déjà être familier avec Kropotkine le théoricien anarchiste, expliquant un système politique où les gens organisent eux-mêmes leurs propres affaires sans l’interférence d’un gouvernement externe, mais peu comprennent que le “prince anarchiste” commença sa carrière comme géographe et comme géologue dont les travaux ont été reconnus de par le monde. Les découvertes de Kropotkine sur les formations glaciaires du quaternaire en Russie ont été internationalement reconnues et lui ont valu des invitations à rejoindre la Société Impériale de Géographie de toutes les Russies, l’association britannique pour le progrès de la science, ainsi qu’une chaire de géographie à l’université de Cambridge (qu’il refusa, car l’offre vint avec la clause qu’il devait abandonner son engagement politique).

Le livre “The Prince of Evolution” nous ouvre les portes de la vie et des idées d’un homme que Dugatkin appelle: “une des toutes premières célébrités internationales”, quelqu’un qui remplissait des auditoriums à travers l’Europe continentale, en Angleterre et aux Etats-Unis avec des séminaires et lectures portant aussi bien sur la biologie, l’anarchie ou la littérature russe. Kropotkine était un penseur aux idées si larges, qu’une seule discipline ne pouvait les contenir; des idées si controversives et dangereuses qu’il fut arrêté plusieurs fois, passa de longues périodes en prison en Russie et en France pour les avoir divulgué. Une des raisons pour lesquelles il était vu comme un tel danger par les monarques européens, suggère Dugatkin, était que Kropotkine refusait toute autorité qui n’était pas basée sur des principes scientifiques. Il poussait les gens partout où il passait à repousser et à rejeter la tyrannie illégitime et à utiliser les outils de la pensée critique et de la science afin de bâtir une meilleure société égalitaire pour eux-mêmes. Ainsi, Kropotkine écrivait en 1880 dans son adresse “Aux jeunes gens”:

Nous devons par dessus tout diffuser les vérités déjà maîtrisées par la science, en faire des parties intégrantes de nos vies quotidiennes, faire de ces vérités une propriété commune. Nous devons organiser les choses de manière à ce que l’ensemble de l’humanité soit capable de les comprendre et de les appliquer; nous devons faire de la science non plus un luxe mais le fondement de la vie de chaque être humain. C’est ce que demande la justice. J’irai même plus loin: Je dis que les intérêts de la science elle-même vont dans la même direction. La science ne fait de véritable progrès que lorsqu’une nouvelle vérité trouve un terrain propice et bien préparé à la recevoir.

Lee Alan Dugatkin a également endorsé cette position de promotion de la science. Comme professeur et universitaire distingué du département de biologie de l’université de Louisville dans le Kentucky, il a publié huit livres et plus d’une centaine d’articles scientifiques dans des journaux de haute renommée tels Nature, Quaterly Review of Biology, Proceedings of the National Academy of Science et Proceedings of the Royal Society of London. Il a aussi écrit pour Scientific American [« How Females Choose Their Mates, » April, 1998; « Jefferson’s Moose and the Case against American Degeneracy, » Feb., 2011], as well as New Scientist, BioScienceThe Huffington Post and The Wilson Quarterly.

J’ai eu l’opportunité de m’assoir quelques instants avec le Dr. Dugatkin la semaine dernière pour discuter de son dernier projet sur la science de Pierre Kropotkine et de ce que nous pourrions apprendre d’un fameux anarchiste dont les idées continuent d’inspirer bon nombre et d’en provoquer d’autres jusqu’à aujourd’hui.

Eric Michael Johnson: Une des choses qui m’a toujours le plus frappé concernant le travail de Kropotkine est la façon dont il regarda toujours le monde à travers le prisme de la science. Il a toujours insisté que toute philosophie politique se devait d’être basée sur des principes scientifiques et il réfutait Karl Marx pour cette raison même. Il a même appelé le marxisme un culte.

Lee Alan Dugatkin: Non seulement Kropotkine pensait que le marxisme était un culte, mais il référait même Berlin comme étant sa Mecque. Il a bon nombre de citations de ce style. Tout le travail qu’il a fourni en biologie, en géologie, jusqu’à son travail sur l’anarchie, sur les prisons ou sur la révolution française a été fait à travers le prisme de la science. Il mettait toujours un point d’honneur à dire qu’une des choses qui séparait l’anarchisme et sa philosophie des autres systèmes politiques, incluant le marxisme, est que l’anarchisme était fondé sur des principes scientifiques, spécifiquement ceux qui étaient dérivés de la pensée évolutioniste. Alors que le marxisme prétendait être une discipline scientifique, il n’était absolument pas fondé sur une compréhension biologique du monde.

Une chose qu’il détestait par dessus tout dans le marxisme est que celui-ci était basé sur l’idée d’un contrôle étatique absolu et ultime, alors que Kropotkine lui, ne voulait aucune chaînes gouvernementales sur quiconque. Il pensait qu’il était bien qu’ils voulaient distribuer les ressources de manière plus équitable, mais il ne pensait pas que le gouvernement devait avoir ce rôle. Il pensait que cette distribution devait se faire sans gouvernement et que cela se passerait ainsi bien plus naturellement. Kropotkine ne se faisait pas l’avocat de l’expropriation violente des ressources, même s’il ne fustigeait pas particulièrement la violence, mais lui-même ne voyait pas la violence comme étant le moyen d’y parvenir.

Johnson: Kropotkine était aussi très critique des excès du capitalisme. Néanmoins, comme vous le dites dans votre livre, il utilisa le travail de l’économiste Adam Smith pour argumenter contre la concurrence dont la plupart des gens pensaient que Smith se faisait le promoteur. Pourquoi un anarchiste se tournerait-il vers le père du capitalisme moderne pour soutenir sa thèse ?

Dugatkin: Oui, c’est une excellente question. Kropotkine voyait le vieux Adam Smith et le jeune Adam Smith comme deux personnes dramatiquement différentes. L’Adam Smith qui écrivit “La richesse des nations” n’était pas quelqu’un dont Pierre Kropotkine aimait particulièrement à la fois les raisons politiques et philosophiques. Mais Adam Smith a aussi écrit un livre intitulé “La théorie des sentiments moraux” où il y argumentait que l’empathie était la clef pour bien comprendre le comportement humain. Que c’était pour cette raison que les gens étaient bons les uns envers les autres. Qu’ils assumaient ce que Kropotkine appellerait une entr’aide parce qu’ils étaient capables de voir le monde à travers les yeux de quelqu’un d’autre.

Kropotkine aimait beaucoup cet Adam Smith là. Mais pour Kropotkine, Smith n’est pas allé assez loin dans son raisonnement parce qu’il ne se focalisait que sur les sentiments moraux en regard des humains. Kropotkine commença à penser que cette même empathie était ce qui dirigeait l’entr’aide mutuelle chez les animaux et il était convaincu que cela finirait par jouer un rôle critique dans la compréhension de la coopération animalière ainsi que des humains. Ainsi il prit d’Adam Smith mais seulement de celui qui écrivît “La théorie des sentiments moraux”, pas celui de “La richesse des nations” qu’il contemplait comme un fauteur de troubles capitaliste.

Johnson: Vous avez beaucoup écrit sur le rôle de l’imitation et des traditions comportementales chez les différentes espèces. Comment cela et la science moderne de l’épigénétique sont-elles liées à la façon dont Kropotkine a discuté de la théorie de l’héritage biologique proposé par Jean Baptiste Lamarck ? Pensez-vous que la perspective de Kropotkine serait entièrement déplacée aujourd’hui ?

Dugatkin: Kropotkine, surtout à la fin de sa carrière, est devenu très intéressé par l’aspect de l’héritage lamarckien. Ce fut une idée qui acquérit des caractéristiques, des traits de caractère qui étaient obtenus à travers l’existence d’un individu et qui pouvait être passé à travers les générations. Je pense qu’il s’y intéressa car il recherchait un mécanisme qui pouvait reproduire le facteur de l’entr’aide mutuelle très rapidement. Kropotkine voyait cette coopération émerger à chaque fois que les conditions de l’environnement devenaient plus dures, mais ceci se passait dans une échelle de temps qui était trop rapide pour être endorsé par la lenteur méthodique de la sélection naturelle qui favorisait certains aspects plutôt que d’autres. Il utilisa l’héritage lamarckien des caractéristiques acquises comme un mécanisme qui pourrait toujours encourager l’entr’aide mutuelle avec une sous-jacence évolutioniste, mais à un rythme plus soutenu.

Kropotkine voyait presque tous les changements biologiques ou politiques comme quelque chose qui se produisait par à-coups. Quand cela se produisait, cela se produisait rapidement et intensément. Mais il y avait aussi des périodes où il ne se passait pas grand-chose.

Johnson: Ceci ressemble de beaucoup à la théorie de l’équilibre interrompu qui serait proposé plus tard par Stephen Jay Gould et Niles Eldredge.

Dugatkin: Oui. C’est une sorte de version politique de l’équilibre interrompu. Kropotkine vît qu’il y avait une nature épisodique au changement politique majeur qui s’inscrit très bien dans le concept de l’équilibre interrompu du changement biologique.

Johnson: Et l’épigénétique ? Kropotkine était un darwiniste convaincu et rejettait l’idée que les caractéristiques physiques évoluaient de la manière dont Lamarck le proposait. Mais, comme vous l’avez justement fait remarquer, sa théorie de l’entr’aide était basée sur la connaissance animale et l’empathie.. Il y a récemment eu pas mal de travaux réalisés, plus remarquablement ceux du biologiste Michael Meaney de l’université McGill de Montréal, qui a identifié des changements non-génétiques qui peuvent être hérités dans le domaine de l’attitude coopératrice et qui se passent selon des influences de l’environnement. Que pensez-vous que les épigénéticiens diraient des idées de Kropotkine ?

Dugatkin Je pense que les épigénéticiens d’aujourd’hui seraient assez contents des travaux de Kropotkine. Il y a un petit groupe de personnes qui pense que l’héritage de caractéristiques acquises peut jouer un rôle dans le changement évolutioniste parmi les non-humains. Mais quand on parle de coopération humaine, je pense que chacun comprend qu’à la fois le concept classique de sélection naturelle darwinien mais aussi ce qui est hérité des caractéristiques acquises régissent l’évolution du comportement humain. C’est une dynamique entre l’évolution culturelle et génétique. Bien que la plupart des comportementalistes animaliers d’aujourd’hui réfuteraient le côté lamarckien de Pierre Kropotkine comme étant quelque chose dont on ne devrait même plus parler, les socio-biologistes seraient en fait bien plus tendres avec lui.

Johnson: Dans votre livre vous écrivez: “Pendant plus de 80 ans, jusqu’aux années 1960, les idées de Kropotkine sur l’entr’aide mutuelle ont joué une rôle prédominant et critique dans l’étude du comportement et de l’évolution.” Par cela je présume que vous référez au travail de George C. Williams, de William Hamilton et de John Maynard Smith qui critiquèrent sévèrement le concept de sélection de groupe et inaugurèrent ce qui est parfois référé au “néo-darwinisme”, thèse la plus connue à travers la théorie du gène égoïste de Richard Dawkins.

Dugatkin: Absolument. La naissance de la socio-biologie et de l’écologie comportementale des années 1960 est aussi la mort du travail de Pierre Kropotkine au sein des sciences comportementales animales. Jusqu’à ce moment précis, il y avait toujours quelqu’un pour faire attention au travail de Kropotkine, pas assez, mais il y avait une certaine attention. Ceci se passait dans ce qu’on appelait l’école de Chicago du comportement animal et qui incluait des gens comme W.C. Alee, Alfred Emerson et leurs collègues. Ceux-ci firent vraiment attention aux travaux de Kropotkine. Quand des gens comme G.C. Williams, Hamilton, Richard Dawkins et E.O. Wilson apparurent, ce fut le glas pour Kropotkine parce que l’idée que les caractéristiques physiques d’un individu puissent bénéficier aux autres et ce à ses propres dépends fut sévèrement critiquée, justement dans la plupart des cas. Mais je pense que Kropotkine fut jetté avec l’eau du bain. Je ne pense pas que beaucoup de membres de ce groupe du gène égoïste aient vraiment lu Kropotkine. Je suis presque certain qu’ils ne l’avaient pas lu.

Johnson: Kropotkine semble se faire l’avocat d’une forme primordiale de la sélection de groupe. Mais Darwin ne le disait-il pas lui-même ? Il y a une citation connue de son livre La descendance de l’Homme” qui dit ceci: “Ces communautés qui inclurent le plus grand nombre de membres les plus sympathiques furent celles qui furent le plus développées et qui produirent la plus grande descendance.” Puis il continue à argumenter comment ces groupes réussissent mieux que les autres groupes, une définition d’école de la sélection de groupe.

Dugatkin: Oui, ceci est la citation la plus célèbre sur la sélection de groupe associée avec Darwin. J’ai travaillé avec des chercheurs qui ont développés en partie cette théorie de la sélection de groupe, et ils sont certainement très familier avec cette citation. Darwin, je pense, croyait que la sélection de groupe jouait un rôle dans le développement structurel des sociétés humaines. Quoi qu’il en soit, la quantité d’espace qui est utilisée au niveau de la sélection de groupe et de communauté est très petite et cela est presque déjà en totalité dans la La descendance de l’Homme. Ceci est une dispute que les adeptes de la sélection de groupe et les adeptes de la théorie du gène égoïste ont toujours eu. A cet égard, Darwin a une qualité très jeffersonnienne. Les esclavagistes et les abolitionnistes peuvent dire que Jefferson a dit ceci ou cela sur l’esclavage et qu’il est de fait le fondateur de leur mouvement. Mais Darwin a certainement parlé de sélection de groupe et Kropotkine a surenchéri. Il l’a ensuite amené à un point de développement plus profond que Darwin n’avait jamais fait, mais il put remonter à cela et le fit du reste à Charles Darwin lui-même.

Johnson: Kropotkine argumentait que les communautés, laissées à elles-mêmes, renforceraient l’entr’aide mutuelle et il voyait dans les seigneurs féodaux et les premiers capitalistes, des parasites qui exploitaient la communauté pour leur bénéfice particulier. A voir l’évidente corruption et exploitation qui se trouvent aujourd’hui au cœur du système financier américain, croyez-vous qu’il y ait eu quelque chose de vrai dans cette supposition de Kropotkine ?

Dugatkin: Kropotkine n’aurait pas été surpris outre-mesure de ce qui se passe aux Etats-Unis ces dernières anneees. Il avait généralement une vision négative du capitalisme, mais, ce qui est plus important, fut son travail sur l’entr’aide et la coopération dans l’évolution humaine, des premiers moments jusqu’à la période médiévale. Ses recherches ont montré qu’encore et toujours les gens ont trouvé un moyen de créer de petits groupes interactifs et coopératifs comme les guildes du Moyen-Age; mais le problème qu’il mit en évidence fut qu’à chaque fois que ces groupes émergèrent historiquement, cela a immédiatement créé des pressions sur la sélection qui ont favorisées les parasites. Ces parasites s’incrustèrent et pompèrent ce dont ils avaient besoin des individus, qui étaient justes et bons les uns envers les autres et cela provoqua l’éventuel effondrement de la société. Certainement que Kropotkine n’aurait pas été surpris de voir ce qu’il se passe aujourd’hui.

Je pense que tout cela se dirige vers la nature épisodique du changement social dans la vision de Kropotkine. Dès que vous établissez une société dont la coopération est le fondement, vous créez immédiatement ces forces dramatiques qui favorisent la triche et le trucage. La question du comment arrêter ce processus était une question obsessionnelle pour Kropotkine. Il pensait que le système carcéral était une terrible solution pour résoudre ce problème; que tout ce que cela faisait n’était que de créer encore plus de gens qui devenaient encore plus parasitiques quand ils sortaient à cause des conditions terribles qu’ils avaient à gérer de l’intérieur de la prison.

Mais je ne sais pas s’il fut satisfait avec quelque solution qu’il préconisa. Il savait que cela serait un des gros problèmes auquel on se buterait de manière consistante. Mais dans son cœur, je pense qu’il envisageait qu’une société anarchiste, convenablement conçue avec certaines règles pour contenir cette tricherie, fonctionnerait. Quelles seraient ces règles, il est difficile de savoir. Il avait des idées mais je ne pense pas qu’il fut entièrement satisfait avec celles-ci.

Johnson: Au XIXème siècle, Kropotkine pressentait que posséder une connaissance scientifique de la politique communautaire (avec pour but de promouvoir une société toujours plus coopérante), était d’une importance capitale pour le futur de l’espèce humaine. Mais il vivait aussi dans une période où les frontières entre les disciplines étaient toujours assez flexibles et qu’un naturaliste avait toujours la possibilité de contribuer effectivement dans le domaine du développement des idées politiques. Pensez-vous que son projet ait toujours un sens au XXIème siècle ?

Dugatkin: Je le pense absolument oui. Je dirai même que cela est un des nombreux points qui dénote la force prophétique de Kropotkine. Ce que nous voyons essentiellement aujourd’hui, ce que les gens comme E.O. Wilson appelèrent la “Consilience”, est la réunification des sciences, des sciences sociales et des humanités avec une explication naturaliste sous-jacente, pour tout ce qui se passe sur la planète, incluant les interactions politiques. La ligne de démarcation entre les gens qui étudient l’évolution, l’économie, la science politique, la psychologie, l’anthropologie etc, est en train de gentillement disparaître parce que les gens réalisent que le cadre théorique sous-jacent de toutes ces disciplines et l’évolution. Kropotkine le savait à l’époque. Il fut vraiment la première personne qui montra que la consilience pouvait être réalisée et il le montra, non seulement aux autres scientifiques, mais à quiconque voulait bien écouter. Il y eut beaucoup de gens qui le firent.

 

A propos de l’auteur:

Eric Michael Johnson a un Masters en anthropologie évolutive spécialisé dans l’écologie comportementale des grands primates. Il est actuellement étudiant en doctorat de l’histoire des sciences à l’université de Colombie Britannique (Canada) spécifiquement analysant l’inter-relation entre la biologie évolutioniste et la politique.

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2 Réponses to “Solution au marasme societaire: Anarchisme et cooperation naturelle, clefs pour un renouveau social universel”

  1. Un rappel utile, et aussi un programme…

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