Média et censure: la descente aux enfers du totalitarisme des médias occidentaux

L’étrange mise au silence de l’Amérique libérale

 

Par John Pilger

 

Le 7 Juillet 2011

 

Url de l’article original:

http://www.johnpilger.com/articles/the-strange-silencing-of-liberal-america

 

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

 

Comment la censure politique fonctionne t’elle dans les sociétés libérales ? Quand mon film: “Année zéro: la mort silencieuse du Cambodge” fut interdit aux Etats-Unis en 1980, le diffuseur PBS coupa tout contact. Les négociations furent terminées de manière brutale, les coups de téléphone furent sans réponse. Quelque chose se passa. Mais quoi ? “Année zéro™ avait déjà alerté le monde des horreurs de Pol Pot, mais il enquêtait également sur le rôle critique de l’administration Nixon dans la montée au pouvoir du tyran et de la dévastation du Cambodge.

Six mois plus tard, un officiel de PBS me dit: “Ce n’était pas une censure. Nous vivons des jours politiques difficiles à Washington. Votre film nous aurait causé pas mal de problèmes avec l’administration Reagan. Désolé.”

En Grande-Bretagne, la longue guerre en Irlande du Nord déclencha une censure similaire bien que réfutée. La journaliste Liz Curtis fît plus de 50 films pour la télévision en GB, qui ne furent jamais montrés ou retardés indéfiniment de diffusion. Le mot “banni” fut rarement utilisé et les responsables insistèrent toujours sur le fait qu’ils croyaient en la liberté d’expression.

La fondation Lannan à Santa Fe au Nouveau Mexique, croit en la liberté d’expression. Son site internet proclame que la fondation “est dédiée à la liberté culturelle, à la diversité et à la créativité.” Des écrivains, des réalisateurs, des poètes ont accès à ce sanctuaire de libéralisme financièrement supporté par le milliardaire Patrick Lannan dans la pure tradition de Rockefeller et Ford.

Lannan accorde également des “bourses” au média libéral américain, tels que Free Speech TV, la Foundation for National Progress (éditeur du magazine Mother Jones), le Nation Institute et le programme de radio et de télévision Democracy Now! En Grande-Bretagne, Lannan  a soutenu le prix de journalisme Martha Gellhorn, duquel je suis un des membres du jury. En 2008, Patrick Lannan a personnellement soutenu la campagne présidentielle de Barack Obama. D’après le journal “Santa Fe New Mexican”, il est totalement “dévoué” à Obama.

Le 15 Juin, Je devais aller à Santa Fe après avoir été invité à partager une plateforme de communication et de promotion avec le distingué journaliste américain David Barsamian. La fondation devait aussi accueillir la première américaine de mon nouveau film “the War you don’t see” (NdT: “La guerre qu’on ne voit pas”), qui enquête sur la fausse imagerie des faiseurs de guerre, spécialement Obama.

Je me préparais à ce voyage à Santa Fe lorsque je reçus un courriel du responsable de la fondation Lannan qui organisait ma visite. Le ton était incrédule: “Quelque chose s’est passé”, écrivit-elle. Patrick Lannan l’avait appelé et ordonné que tous les évènements programmés me concernant devaient être annulés. “Je ne sais pas ce qui se passe.” Écrivit-elle.

Désabusé, je demandais que la première de mon film soit maintenue dans la mesure où la distribution américaine du film en dépendait beaucoup. Elle répéta que “tous” mes évènements étaient annulés et ceci incluait “la première et le visionnage de votre film”. Sur le site internet de la fondation Lannan, le mot “annulé” apparaissait en travers d’une photo me représentant. Il n’y avait aucune explication. Aucun de mes coups de téléphone n’eurent de réponse, et aucun de mes courriels suivant ne reçut de réponse. Un monde kafkaïen d’incompréhension était descendu sur moi.

Le silence dura une semaine jusqu’à ce que, sous la pression des médias locaux, la fondation émit un bref communiqué disant que trop peu de tickets avaient été vendus rendant ainsi ma visite “peu rentable” et que la “fondation regrettait que la raison pour laquelle l’évènement fut annulé ne fut pas expliquée auparavant à Mr Pilger et au public au moment où la décision fut prise de l’annulation.” De sérieux doutes furent émis par un robuste éditorial du Santa Fe New Mexican. Le journal qui a joué de longue date un rôle si prééminent dans la promotion des activités de la fondation Lannan, révéla que ma visite fut annulée avant que la campagne publicitaire et les annonces ne fussent publiées. Une interview pleine page de moi faite par le journal dût être rapidement déprogrammée. “Pilger et Barsamian pouvaient s’attendre à une audience presque complète des 820 sièges du Lensic Arts Centre”.

Le gérant du Screen. Le cinéma de Santa Fe qui avait été loué pour la première fut appelé tard une nuit et averti d’arrêter immédiatement toute la promotion en ligne de mon film, mais il prit sur lui de reprogrammer le film pour le 23 Juin. Ce fut salle comble avec beaucoup de gens qui ne purent pas entrer pour voir le film. L’idée qu’il n’y avait pas d’intérêt du public fut bien démontrée comme étant fausse.

Des théories ? Il y en a plusieurs, mais rien n’est prouvé. Pour moi, ceci n’est que trop ressemblant de ce qui se passait dans la période ombrageuse de la guerre froide. “Quelque chose fera surface”, a dit Barsamian, “ils ne peuvent pas garder cela secret indéfiniment”.

Mon discours du 15 Juin devait être à propos de la collusion du libéralisme américain dans un état permanent de guerre et la chute des libertés chéries, telle celle de vouloir rendre le gouvernement responsable de choses qui se passent. Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, le désaccord sérieux, la liberté de parole, ont été substantiellement criminalisés. Obama, le libéral noir, le résultat miraculeux du marketing est autant un va t’en guerre que George W. Bush. Son score est de six guerres. Jamais dans l’histoire des Etats-Unis, un président n’a autant poursuivi en justice de sonneurs d’alerte; et pourtant, dire la vérité, cet exercice de véritable citoyenneté, est au cœur même du premier amendement de la constitution des Etats-Unis. Le plus grand succès d’Obama est d’avoir réussi à séduire, co-opter et à réduire au silence la plupart de l’opinion libérale dans le pays, et ceci incluant le mouvement anti-guerre.

La réaction à la censure de Lannan a été lumineuse. Les braves, tels que le grand sonneur d’alerte Daniel Ellsberg étaient dégoûtés et en ont fait part. De la même manière bon nombre de citoyens américains ont appelé leur station de radio locale et m’ont écrit, reconnaissant un symptôme d’une bien plus grande répression. Mais d’autres voix exaltées libérales ont été choquées que je puisse oser chuchoter le mot “censure”, en parlant d’un tel phare de la “liberté culturelle”. La gêne de ceux qui veulent jouer sur les deux tableaux est palpable. D’autres ont descendu les rideaux et ne disent rien. Vu la froide démonstration de puissance de leur patron, c’est compréhensible. C’est pour eux que le poète dissident russe Yevgueny Yevtushenko un jour écrivit: “Quand la vérité est remplacée par le silence, le silence est un mensonge.”

15 Réponses to “Média et censure: la descente aux enfers du totalitarisme des médias occidentaux”

  1. […] Traduction : https://resistance71.wordpress.com/2011/07/07/media-et-censure-la-descente-aux-enfers-du-totalitarism… […]

  2. C’est un article très intéressant et révélateur. Attendre ne serait-ce qu’une salle municipale est une illusion. Le mur de silence peut tomber à chaque instant et anéantir des mois de travail. L’ennemi est puissant, invisible et implacable. Loin de démoraliser, cela doit donner de la force : la bataille sera dure, longue et sans merci. Chercher à « alerter les décideurs », « sensibiliser les élus » ou autre fadaise ne sont que perte de temps et d’énergie.

  3. On fait pas mal ces jours-ci dans cette voie. Des français qui voulaient se rendre à Tel Aviv ont été interdits de vol à Paris et à Genève et également en Italie à Rome. Quelques dizaines, approximativement une centaine dans chaque cas.

    Une associaiton juive est montée au créneau pour interdire à Hachette 2 pages d’histoire sur la Palestine ( RU89 ) et notamment le jour où ils ont été chassés. Elle ne veut pas voir figurer cette interprétation, ils sont selon elle partis sur la demande des arabes.
    Otez-moi d’un doute, j’avais vu un documentaire où des adultes israëliens se repenchait sur le problème et ce que on leur avait caché et j’avais entendu que dans certains villages, les arabes avaient été massacrés. on objectera aujourd’hui, pour arranger les
    faits que certains villages se sont révoltés et ont riposté donc il y a eu des morts.

  4. Bonjour,

    Je pourrais paraitre crédule, mais y-aurait-il un moyen quelconque d’avoir accès à ce film ?
    Merci.

  5. Désole supprimez moi ce commentaire idiot svp…

  6. On fait fuir 700 000 personnes à l’époque, une petite armée israëlienne de quelques centaines de militaires, si on écoute les israêliens aujourd’hui, ils seraient gentiment sortis de chez eux alertés par les arabes des pays voisins alors qu’ils ont procédés à la destruction d’un nombre important de villages et 60 ans après, personne n’a le droit dans les écoles de connaitre la vérité qui passe dans des documentaires sur arte, diffusés, bien sûr à des heures impossibles.

    Si on considère que ce n’est pas de la censure cela comme tout ce qui se passe au sujet de ces flotilles ces jours-ci et on n’a qu’une information extrêmement brève, très partiale et il faut que le hasard vous permette de tomber dessus.

    j’espère que Wikipédia va faire son travail sur ces faits qui remontent à 1948 ou alors, il faut les saisir, puisqu’ils nous demandent de leur apporter des informations parfois.

    • Il y a des associations juives anti-sionistes qui sont de plus en plus bruyantes. Il y a une opposition et un mouvement pro-palestinien en Israël même.
      La tension là aussi monte, et le système sioniste ne résistera pas à l’usure des eaux qui montent, c’est physiquement impossible. Maintenir l’idéologie par la force et la terreur n’a qu’un temps, à un moment la résistance par le volume et l’usure du temps atteint une masse critique irréversible.
      Le sionisme est une idéologie directement issue des concepts hégémoniques menant au nouvel ordre mondial voulu par les « élites » auto-proclamées, comme le capitalisme sa matrice, le sionisme disparaîtra dans les poubelles de l’Histoire.
      Le processus est déjà en marche, même s’il y a encore des étapes douloureuses à venir.

  7. Je voudrais au-delà de l’histoire arriver à cerner une étape qui est essentielle pour comprendre le rôle exact d’ Israël pour les USA que nous avons suivi, dans notre naïveté, croyant que l’Europe et les USA voulaient régler le problème de la Palestine, ce qui n’a jamais été le cas.

    Car en effet, les européens, anglais et français ont été chassé de cette région en 56 avec l’intervention à Suez par Nasser, les européens avaient aidé les juifs à s’installer en Palestine, dans les conditions que l’on sait.

    Et les américians ont décidé, mais à quel moment de prendre le problème en mains et de faire des israëliens en déversant des milliards de dollard, la tête de pont de leur politique.

    A quel moment en 1967 ? lors du soulévement ?

    • Il y a eu deux phases:
      la première en 1947 quand (après une massive campagne de lobbying par la Jewish Agency dès 1946 qui leva 100 millions de dollars à l’époque pour le lobbying du congrès et de la présidence…) le président US Harry Truman donna son accord pour que les sionistes récupèrent la Palestine (alors protectorat britannique). Truman poussa pour que l’ONU accepte le plan sioniste.
      La seconde phase fut un renforcement de ces liens en Octobre 1973 pendant la guerre du Yom Kippur. Les israéliens avaient pris une sévère branlée au départ et avait besoin de matos… Golda Meir s’envola pour Washington pour quémander Nixon. L’URSS à ce moment avait déjà renfloué l’Egypte, et le clan Nixon décida que les Etats-Unis ne pouvaient rester les bras croisés. Ils acceptèrent de renflouer Israël. Après la victoire israélienne, les Etats-Unis comprirent l’intérêt dans la zone et quadruplèrent leur aide annuelle à Israël. Le lobbying a continué de plus belle…

      Voilà ce que nous pouvons en dire… Cela répond il à la question ?

  8. Absolument ! ils ont considéré à ce moment-là qu’ils pouvaient avec le problème palestinien et grâce à Israël, contrôler la région et s’opposer aux russes qui étaient en Egypte et ils ont réussi en partie à les chasser et à se servir de l’Egypte en faisant assassiner Sadate. il y a ce volet qui est mal connu également et qui est une partie de la réponse, quand l’Egypte est devenue l’alliée des USA.

    Car là où ils se sont trompés, c’est avec le shah d’Iran qu’ils voulaient punir, car il avait décidé de hausser le prix du pétrole, alors ils ont fait venir Khomény de France, certainement les français et les américains.

    • oui… le Shah Palavi était une des plus belles ordures que la terre ait porté. La mise en place de Khomeiny est aussi de la même veine que le financement et l’entraînement des moudjahidines (Al Qaeda) en Afghanistan avec Ben Laden agent de la CIA et contrôleur des investissements saoudiens en ce domaine. La mise en place de Khomeiny est une tentative de plus de déstabilisation de l’URSS en la faisant éclater de l’intérieur sur les disparités régionales en en jouant sur l’islamisme extrémiste pour déstabiliser l’URSS. Ils y sont parvenus. Zbigniew Brzezinski dont nous avons publié une traduc’ récente en a été le maître d’œuvre avec Robert Gates (qui vient de partir du secrétariat à la défense US) lorsqu’il était à l’époque le conseiller à la sécurité de Jimmy Carter .
      La révolution islamique iranienne est une œuvre de la CIA, qui celle-là leur est vraiment retombée sur la tronche ! 😉

  9. sur la tronche en effet et avec une expansion qu’ils nauraient pu imaginer, car la hausse du prix du pétrole a permis aux mollahs de s’emparer de cette manne et ils ont continué à mettre la main sur toute l’économie, car les grosses entreprises leur appartiennent ou appartiennet à des gens qui les soutiennent. La population a été ainsi spoliée et c’est comme au Pakistan ou ce sont les militaires qui par Zia et avec la complicité des américains ont réalisé la même performance. ils étaient récompensé de leur fidélité par la distribution gratuite de terres ou d’entreprises.
    Donc pas étonnant que la haute hiérarchie militaire en Egypte soit désignée comme spoliatrice économiquement et ne souhaite pas de changement.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.