Résistance politique: Impérialisme et crime de l’occident… Le cas (silencieux) de l’invasion de l’Australie.

« Les pères fondateurs de la nation américaine n’étaient qu’une clique d’esclavagistes qui voulaient être libres… »

— George Carlin —

 

Nous avons traduit ici un (excellent) article de John Pilger concernant le secret honteux et silencieux qui ronge l’Australie: sa politique d’apartheid vis à vis des populations aborigènes. Alors d’aucuns bien sûr diront: c’est leurs affaires, c’est loin, cela ne nous concerne pas. Probablement les mêmes qui clament d’une part que les affaires intérieures irakiennes, afghanes, libyennes, syriennes et yéménites, sont les nôtres et d’autre part les bienfaits du colonialisme… Ceci est une autre histoire…

L’article de Pilger va bien au-delà à notre sens, de la particularité liée à l’Australie dans ce cas précis, mais peut être étendu à l’histoire de l’Occident depuis la première croisade de 1096. Grâce à une avance technologique certes supérieure et s’aggravant au fil du temps, nous avons sillonné les mers et territoires de la planète et n’avons apporté là où nous avons posé le pied que misère, destruction, pillage, génocide, esclavagisme, évangélisation forcée, vol, expropriation, oppression, répression, extorsion, guerres, discorde, abus, traitrise, injustice, double standard, tortures, exécutions sommaires, exécutions institutionnalisées, parasitisme, capitalisme, colonialisme… et le hamburger au fromage, autre ignominie occidentale s’il en est.

L’article de Pilger ne reflète pas uniquement la culpabilité australienne, il nous permet de demander au miroir de l’Histoire qui est le plus beau ?… Il n’y a que dans les contes de fée que le miroir répond… ce que nous voulons entendre.

La réalité est toute autre…

— Résistance 71 —

 

 

L’invasion de l’Australie enfin admise officiellement

 

Par John Pilger

Le 1er Juillet 2011

Url de l’article original:

http://www.johnpilger.com/articles/the-invasion-of-australia-official-at-last

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

 

La ville de Sydney a voté pour remplacer les mots “arrivée européenne” dans les archives officielles pour les remplacer par le mot “invasion”. L’adjoint au maire, Marcelle Hoff, dit que cela est intellectuellement malhonnête d’utiliser un autre mot pour décrire comment l’Australie native fut dépouillée par les Britanniques. “Nous avons été envahis”, a dit Paul Morris, conseiller aborigène auprès de la mairie. “C’est la vérité et elle ne doit pas être diminuée. Nous ne nous attendons pas à ce que les juifs acceptent une version altérée et minimisée de l’Holocauste, pourquoi le devrions-nous ?”

En 2008, le premier ministre d’alors Kevin Rudd s’excusa de manière formelle auprès des Aborigènes séparés de force de leurs familles alors qu’ils étaient enfants, sous une politique inspirée des théories eugénistes crypto-fascistes. L’Australie blanche était supposée être venue a bout de son passé et de son présent prédateurs. Vraiment ? Le gouvernement Rudd, nota un éditorial du Sydney Morning Herald, “a agit promptement pour éliminer un morceau de grave échec politique d’une façon qui répond aux besoins émotionnels d’une partie de ses supporteurs, mais cela ne change rien. Ce n’est qu’une manœuvre habile.”

La décision de la ville de Sydney est bien différente et admirable, car elle n’est pas une “campagne d’excuses” libérale et limitée, cherchant une réconciliation arrondissant les angles plus qu’une justice, mais elle contrecarre un mouvement historique lâche de révision dans lequel un groupe de politiciens d’extrême-droite, de journalistes et d’intellectuels mineurs ont proclamé qu’il n’y a pas eu d’invasion, ni de génocide, ni de racisme, ni de génération perdue.

La plateforme de soutien pour ces négationnistes est la presse de Murdoch, qui a menée depuis longtemps une campagne insidieuse contre la population indigène, les présentant comme des victimes d’eux-mêmes ou comme de nobles sauvages demandant à être fermement dirigés: la vision eugéniste des choses. Les leaders noirs qui ont les faveurs sont ceux qui disent à l’élite blanche ce qu’elle veut entendre tout en blamant leur propre peuple pour leur pauvreté et donne une couverture de relation publique pour un racisme qui a souvent choqué les visiteurs étrangers. Aujourd’hui, les natifs australiens ont une des espérances de vie les plus courtes au monde (NdT: avec les natifs nord américains (Sioux et autres tribus des réserves) comme nous l’avons déjà relaté sur ce blog; est-ce une coïncidence ?…) et sont incarcérés à un ratio cinq fois supérieur de celui des noirs lors de l’apartheid en Afrique du Sud. Allez faire un tour dans l’arrière pays australien et voir les enfants aveuglés par la trachoma, maladie biblique, qui peut-être prévenue à 100%, qui a été éradiquée des pays du tiers monde, mais pas de l’Australie riche. La population aborigène est à la fois le secret de l’Australie, et en même temps la marque la plus distinguée de cette société: la plus ancienne société au monde.

Dans son rejet remarquable de la propagande historique, Sydney, la plus vieille et plus grande ville du pays, reconnait “l’endurance culturelle” de l’Australie noire et, sans la nommer directement, une résistance grandissante à un scandale connu sous le nom de “l’intervention”. En 2007, John Howard envoya l’armée dans l’Australie aborigène pour “protéger les enfants”, qui disait alors le ministre des affaires aborigènes, étaient abusés en “nombre incroyable”. Il est effarant de voir comment l’élite incestueuse politique et des médias se rabat souvent sur la petite communauté noire avec toute la ferveur des coupables, inconscients sans doute que la psyché et la mythologie nationales restent endommagées à juste titre pendant qu’une nation, une fois volée, n’est pas retournée à ses habitants originels.

Les journalistes ont accepté la raison du gouvernment d’Howard pour intervenir et s’empressèrent de chasser les détails croquants, Un programme de télévision nationale utilisa “un travailleur social anonyme” pour supputer de l’existence de réseaux “d’esclavage sexuel” parmi le peuple Mutitjulu. Il fut plus tard identifié comme un membre officiel du gouvernement fédéral et ses dires/preuves furent discrédités. Sur les 7433 enfants aborigènes auscultés par les docteurs, quatre furent indentifiés comme des cas d’abus possibles. Il n’y avait pas de “nombre incalculable”. Le ratio était le même que celui des enfants blancs abusés. La seule différence fut qu’aucuns soldats n’envahirent les plages de la banlieue, aucuns parents blancs ne furent discriminés, leurs salaires diminués et leurs droits sociaux “mis en quarantaine”. Tout ceci n’était qu’une farce, mais avec un but très sérieux.

Les gouvernements travaillistes (NdT: comme au Royaume-Uni, le parti travailliste australien est l’équivalent du PS français) qui ont succédés à celui d’Howard ont renforcé les nouvelles puissances de contrôle sur les terres indigènes; spécifiquement la stricte Julia Gillard, une femme premier ministre qui donne des leçons à ses compatriotes sur les vertus des guerres coloniales qui “ont fait ce que nous sommes aujourd’hui” et met en prison indéfiniment des réfugiés de ces même guerres, y compris des enfants, sur une île au large supposée ne pas être l’Australie mais qui l’est pourtant bel et bien (NdT: Pilger fait ici référence à Chritsmas Island au large de l’Australie de l’Ouest qui abrite un centre de détention pour réfugiés politiques illégaux. Il y a un projet d’extradition de ces réfugiés politiques vers une prison malaise, qui suscite une grosse controverse en Australie car cela s’applique à des enfants).

Dans les Territoires du Nord, le gouvernement Gillard parque les communautés aborigènes dans des zones d’apartheid où ils seront “économiquement viables”. La raison non déclarée de tout ceci est que les Territoires du Nord sont la seule partie de l’Australie où les Aborigènes ont des droits territoriaux tangibles et que là réside une des plus grosses réserve d’uranium au monde ainsi que d’autres minéraux. La force politique la plus importante en Australie est celle represésentée par l’industrie des mines, une industrie multi-milliardaires. Canberra veut exploiter et vendre et ces maudits noirs sont encore en travers du chemin. Mais cette fois-ci, ils sont conscients, organisés, militants et forment une résistance de conscience et de culture.

Ils savent que cela représente une seconde invasion. Ayant finalement articulé le mot interdit, l’Australie blanche devrait se tenir debout avec eux.

2 Réponses vers “Résistance politique: Impérialisme et crime de l’occident… Le cas (silencieux) de l’invasion de l’Australie.”

  1. En effet, on ne peut plus faire ce que l’on veut, exploiter économiquement une parcelle de teritoire qui recèle des ressources immenses au profit de quelques uns. C’est déjà beaucoup dans l’avancée du problème où la population entière devrait se lever pour défendre la cause des autochtones, car cette richesse enlevéee à quelques uns est enlevée à tous et les chiliens l’ont enfin compris en se levant en masse pour défendre l’eau de Patagonie dont 3 multinationales, une chilienne et deux italiennes voulaient s’emparer.

  2. mines d’uranium : a-t-on pensé à ce que cela signifie « travailler dans une mine d’uranium » – même si cette mine est une grande richesse – ?? – et le thorium ????

    Invasion de l’australie : qui poussait les anglais à partir – dans quelles conditions sont-ils partis –
    j’ai vu un film – une femme qui avait placé sa fille dans un orphelinat momentanément, n’a jamais pu la récupérer, on envoyait des enfants la-bàs – et les parents ne les revoyait jamais

    dito pour certains pieds-noirs d’Algérie que l’on incitait à partir et sur place rien pour eux !!!!

    attention je ne souhaite pas justifier l’invasion – mais j’aimerais en savoir plus sur ceux que l’on a envoyé – et qui les envoyait

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