État et société: analyses et solutions pour un marasme annoncé… Pierre Kropotkine, scientifique et visionnaire anarchiste – Première Partie –

Traduction d’extraits de l’essai “L’anarchisme et la science moderne

de Pierre Kropotkine

 

2ème partie de cette traduction ici

 

 

~ Ce texte fut publié en russe en 1901 et en français en 1912. Il ne semble pas y avoir de réédition française moderne de ce texte (merci aux lecteurs de nous le signifier si vous en trouvez un). La traduction de ces extraits a été faite à partir du recueil “Evolution and Environment” collection d’essais de Pierre Kropotkine compilée par George Woodcock aux éditions Black Rose Books, Montréal, 1995.

Résistance 71 a traduit des extraits de cet ouvrage que nous pensons être extrêmement importants pour la compréhension du monde moderne et de sa phase destructrice en laquelle nous sommes plongés en ce moment. Nous publions ces extraits en deux parties. Ce texte amène une analyse historique, scientifique, sociologique et économique du pourquoi nous en sommes là et surtout… Il offre des solutions pour changer radicalement la société afin d’en éliminer l’injustice sociale, mère de tous les maux de l’Humanité.

Pierre Kropotkine (1842-1921) était un scientifique et un des grands théoriciens visionnaire du mouvement anarchiste. Il est considéré comme un des « pères » de la sociobiologie, surtout pour sa critique fondée et constructive des dogmes pseudo-scientifiques du darwinisme-social colportés par des gens comme Herbert Spencer et Thomas Huxley.

Ses ouvrages plus connus sur le sujet (« L’entr’aide mutuelle facteur de l’évolution » et « La conquête du pain » ) sont disponibles en français et mériteraient une attention plus soutenue en ces temps dictatoriaux troubles. Il est aussi l’auteur d’une des meilleures analyses jamais écrite de la Révolution Française ainsi que de la Commune de Paris.

Il est important de comprendre que l’anarchisme n’est en rien une apologie du chaos comme il est trop souvent présenté à des fins propagandistes et afin d’en débouter les idées de manière catégorique. Rien ne peut déranger plus l’establishment que l’idée de la liberté totale, rendue possible de manière non utopique par la pratique anarchiste.

L’anarchisme n’est pas le nihilisme, loin s’en faut. L’anarchisme est un grand mouvement d’idée et de pratique humaniste et progressiste, le plus ouvert et le plus réaliste quant à l’incarnation de la Liberté dans ce monde.

Nous reconnaissons le fait de la subjectivité dans le choix des passages traduits et encourageons tous ceux qui ont une capacitée à lire l’anglais de lire ce livre dans sa totalité. Il en vaut vraiment la peine, car étant une référence indéniable en la matière !

Nous espérons néanmoins que les extraits ici traduits aideront nos lecteurs à non seulement mieux comprendre le monde social dans lequel nos évoluons, mais aussi de bien saisir à quel point le pouvoir s’appuie sur le matraquage de dogmes pseudo-scientifiques pour endormir les peuples et continuer à maintenir le statu quo oligarchique et ploutocratique menant à une exploitation sans merci d’une caste par une autre et la destruction à terme de l’humanité.

~ Traduit par Résistance 71 ~

 

 

Chapitre 1 – L’origine de l’anarchisme —

[…] Ainsi une portion des socialistes, après avoir atteint le point de négation du capitalisme et de la société basée sur l’assujettissement du travail au capital, se sont arrêtés là. Ils ne se sont pas déclarés contre ce qui constitue la véritable force du capitalisme: l’État et ses soutiens principaux qui sont la centralisation de l’autorité, la loi, toujours établit par une minorité pour son propre profit, et une forme de justice dont le but principal est de protéger le capitalisme et l’autorité. Quant à l’anarchisme, il ne s’est pas arrêté devant ces institutions. Il leva son bras sacrilège, non seulement contre le capitalisme, mais aussi contre ces piliers du capitalisme: La loi, l’autorité et l’état[…]

Chapitre 6 – La philosophie de synthèse d’Herbert Spencer–

(NdT: Herbert Spencer est un des premiers “sociologues”, darwiniste-social, il fut le premier à généraliser le concept de la “survie du plus apte” à l’humanité. Spencer avec Galton, neveu de Darwin, était un élitiste eugéniste)

[…] Spencer reconnut pleinement le fait que la terre ne devrait jamais être propriété privée, parce que le propriétaire du sol, profitant de son droit de relever le loyer de la terre, peut empêcher son semblable d’en obtenir ce qu’il pourrait par les moyens d’une culture intensive; ou il peut garder la terre en jachère indéfinie, jusqu’à ce que sa valeur augmente par le travail des autres autour de lui. Spencer reconnut que ce système était néfaste à la société et plein de dangers. Mais reconnaissant ceci eut égard de la propriétee terrienne, il ne s’aventura pas à utiliser le même argument au regard des autres richesses accumulées, telles les mines  ou des quais, sans mentionner les ateliers et les usines. En sciences naturelles, il n’hésita pas à soutenir des idées totalement à l’opposée de celles soutenues et maintenues pendant des siècles sous l’influence de dogmes religieux; mais ici à ce sujet il n’eut pas le courage d’accepter la conclusion logique de son propre raisonnement[…]

[…] De plus, dès qu’il s’attaqua à la philosophie des sociétés, à savoir la sociologie, Spencer commença à adopter une nouvelle méthodologie et une particulièrement traitresse: la méthode des ressemblances, ou des analogies, ce à quoi il ne se réferra pas lors de ses études de la science naturelle. Les conséquences de ceci furent qu’il put par cette méthode, justifier d’une foule d’idées préconçues. Jusqu’ici, nous n’avons pas encore une philosophie de synthèse qui serait bâtie sur les mêmes fondations pour à la fois la sociologie et les sciences naturelles[…]

[…] Ainsi, et cela est sans doute le plus important, Spencer tout comme Huxley et bien d’autres, a complètement mal interprèté le concept de “lutte pour l’existence”. Il représenta pour lui-même non seulement une lutte pour la survie entre les différentes espèces animales (le loup prédateur du lièvre, des oiseaux vivant d’insectes, etc..), mais aussi d’une lutte aigüe pour la survie au sein même des espèces, parmi tous les individus des espèces. Dans la réalité, une telle lutte n’existe pas, pas de la façon imaginée par Spencer, pas dans le monde animal et certainement pas dans le monde des sauvages primitifs. Une fois cela admis par le philosophe, toutes ses conceptions sociologiques souffrirent de cette fausse supposition[…]

[…] Dans son second excellent travail, “La descendance de l’Homme”, Darwin écrivit au contraire, que les espèces qui contiennent le plus d’individus mutuellement sympathiques ont le plus de chances de survie et de laisser une descendance nombreuse, il contredit ainsi son premier concept de lutte pour la survie. Quoiqu’il en soit, Spencer maintînt pleinement sa thèse[…]

[…] Ce ne fut qu’en 1879, dans un cours magistral donné par le zoologue Kessler, que nous trouvons une représentation claire  des relations existant dans la Nature entre la lutte pour l’existence et l’entr’aide mutuelle. “Pour l’évolution progressive d’une espèce”, dit le profersseur russe en donnant quelques exemples, “la loi de l’entr’aide mutuelle a beaucoup plus d’importance que la loi de la lutte pour la survie.”[…]

[…] Dans le monde animal, l’entr’aide mutuelle est en fait, non seulement la plus efficace des armes dans la lutte pour l’existence contre les forces hostiles de la Nature et contre des espèces toutes aussi hostiles, mais elle est aussi le facteur principal de l’évolution progressive. Même aux animaux réputés plus faibles, elle garantit la longévité (et par conséquent une accumulation d’expérience), une sécurité pour élever sa descendance, et une progression intellectuelle. Voilà pourquoi, les espèces qui ont le plus de pratique de l’entr’aide mutuelle non seulement survivent mieux dans la lutte pour la vie que ceux qui vivent une vie plus isolée, mais elles occupent également une position plus haute dans la hiérarchie de leur propre classe d’espèce (insectes, oiseaux, mammifères) par la supériorité de leur structure physique et de leur intelligence.

Ce fait fondamental de la Nature ne fut pas noté par Spencer avant 1890. Il accepta en revanche, que la lutte aigüe pour la survie au sein de chaque espèce était un fait naturel établi qui n’avait pas besoin de preuve, tel un axiome. Une “lutte à mort, becs et ongles, pour chaque parcelle de nourriture”… Il est évident qu’une fois adoptée comme base un principe aussi erroné que celui là, Spencer ne pouvait plus construire sa philosophie de synthèse, sans tomber dans une série d’erreurs fondamentales[…]

Chapitre 7 – La fonction de la loi dans la société –

[…] Ainsi, même un fervent darwinien comme Huxley n’avait aucune idée que la société, loin d’avoir été créée par l’humain, existait parmi les animaux bien avant l’apparence de l’Homme sur Terre. Telle est la force d’un tel dogme. Si nous désirons rechercher l’historique d’un tel dogme, nous réalisons très vite qu’il dérive ses origines de la religion et de l’église. Les sociétés secrètes des sorciers, faiseurs-de-pluie (les shamans, moitié sorciers, moitié prêtres), puis plus tard les prêtres assyriens et égyptiens, puis encore plus tard les prêtres chrétiens, ont toujours cherché à persuader l’Homme que le “monde est submergé de pêchés” et que seule l’intervention bienfaisante du shaman, du sorcier, du saint et du prêtre, empêche les puissances du diable de prendre possession de l’Homme et qu’ils peuvent attirer les foudres du ciel[…] L’état, ses écoles et universités maintenaient et continuent de maintenir la même foi en la perversité naturelle de l’Homme. Ses enseignants, professeurs, partout, enseignent la nécessité d’avoir un pouvoir au dessus de l’Homme et d’implanter un élément moral dans la société par les moyens de punition, infligés pour les violations de la “loi morale”; de convaincre les Hommes que cette autorité est nécessaire, est une question de vie ou de mort pour l’état, car si les gens commencent à douter de la nécessité de faire renforcer les principes moraux par la main de fer de l’autorité, ils perdront bientôt leur croyance en la haute mission de leurs dirigeants. Ainsi, toute notre éducation religieuse, historique, juridique et sociale est marquée de l’idée que si l’humain était laissé livré à lui-même, il basculerait dans la sauvagerie, que sans autorité les hommes se déchireraient entr’eux, car disent-ils “on ne peut rien attendre de la multitude” sauf la brutalité et le combat de chacun contre tous[…]

[…] La science nous démontre que les soi-disant leaders, héros, et législateurs de l’humanité n’ont rien apporté à l’Histoire au-delà de ce qui avait déjà été apporté par la loi coutumière. Les meilleurs d’entr’eux n’ont fait que mettre en paroles et en mots, et sanctionner les institutions qui existaient déjà par us et coutumes; dans le même temps, la vaste majorité de ces soi-disant “bons samaritains” s’est hâtée de détruire la loi coutumière non écrite à chaque fois que cela remettait en cause l’assertion de leur propre autorité, ou remodelaient les institutions populaires pour leur propre avantage et celui de leur caste[…]

Chapitre 8 – La place de l’anarchisme dans la science moderne —

L’anarchisme est une conception de l’univers basée sur l’interprétation mécanique des phénomènes, qui comprend la Nature dans son entièreté, y compris la vie des sociétés humaines et leurs problèmes économiques, politiques et moraux. Sa méthode est celle des sciences naturelles et chaque conclusion à laquelle il arrive, doit être vérifiée par cette méthode s’il prétend vouloir être scientifique…

Bien sûr, l’élaboration d’une conception mécanique complète de la Nature et des sociétés humaines ne fait que présentement commencer dans sa partie sociologique, dévouée a l’étude de la vie et de l’évolution des sociétés. Quoi qu’il en soit, le peu qui a été fait, de manière parfois même inconsciente, porte déjà les caractéristiques que nous avons indiquées. Dans la philosophie des lois, dans la théorie des morales, en économie politique, et dans l’étude historique des nations et des institutions, l’anarchisme a déjà prouvé qu’il ne se contentera pas des anciennes conclusions métaphysiques, mais cherchera une base naturaliste[…]

[…] Quand on dit à un anarchiste en se référant aux principes d’Hegel que “chaque évolution représente une thèse, une anti-thèse et une synthèse” ou que “le but de la loi est d’établir la justice, qui représente la matérialisation de l’Idée suprême”, ou même encore lorsqu’on lui demande: “Quel est donc selon vous le sens de la vie?” L’anarchiste hausse les épaules et de demande: “Comment est-il possible qu’avec le développement moderne de la science de la nature, il se peut qu’il y ait encore des êtres archaïques qui puissent croire encore en ce “flot de verbiage” ? Des hommes qui parlent un langage primitif dans lequel il est coutume d’anthropomorphiser la Nature en la représentant comme quelque chose étant gouverné par des être ayant forme humaine !”

Les anarchistes ne peuvent être trompés par ces phrases creuses, car ils savent que ces phrases ne servent qu’à couvrir soit l’ignorance, ou disons la recherche incomplète, ou – ce qui est bien pire – la superstition, la peur devant l’inconnu…

Nous avons récemment entendu beaucoup de chose sur la méthode dialectique, qui nous est recommandée par les sociaux-démocrates afin d’élaborer l’idéal socialiste. Nous n’admettons pas plus cette méthode que ne le ferait la science naturelle. Aucune découverte au XIXème siècle en mécanique, physique, astronomie, chimie, biologie, psychologie et anthropologie n’a été faite par la méthode dialectique.

Toutes les grandes acquisitions scientifiques du siécle passé sont dûes à la méthode induction-déduction, la seule méthode scientifique[…]

[…] La méthode inductive-déductive que nous employons en sciences naturelles a si bien prouvé son efficacité, que le XIXème siècle a été capable de faire avancer la science bien plus en cent ans que dans les deux milles années qui ont précédées…

Ainsi quand quelques naturalistes, faisant honneur à leur éducation bourgeoise, prétendant être des adaptes de la méthode scientifique de Darwin, nous disent péremptoirement: “Ecrasez quiconque est plus faible que vous, car ceci est la loi de la Nature”, ce fut très facile pour nous de prouver, d’abord, que ceci n’était pas la conclusion de Darwin lui-même, et en utilisant la même méthode scientifique, de démontrer que ces scientifiques étaient sur la mauvaise voie: qu’une telle loi n’existe pas, que la Nature de fait nous enseigne une leçon bien différente et que leurs conclusions n’étaient en aucun cas scientifiques. En appliquant la méthode attachée aux sciences naturelles, nous avons été capables de prouver que les soi-disantes “lois” de la science sociale bourgeoise, incluant l’économie politique actuelle (NdT: Kropotkine fait ici une allusion directe à Marx et Engels), ne sont pas du tout des lois, mais de simples suggestions ou affirmations que personne n’a jamais même tenté de vérifier. En fait, certaines de leur soi-disantes lois se sont effritées en morceaux dès qu’elles ont été soumises au test de données numériques, prises d’une étude dans la vie réelle.

Un mot encore à ce sujet, la recherche scientifique ne peut porter ses fruits qu’à la condition qu’elle ait un but défini, qu’elle fut entreprise avec l’intention de trouver une ou des réponses à une question bien posée au préalable. Chaque recherche est d’autant plus efficace que l’on puisse voir de manière la plus claire la relation existant entre la question et les lignes fondamentales de notre conception général de l’univers. Le plus proche de cette conception générale, le plus simple est la solution.

Ainsi donc, la question posée par l’anarchisme peut-être posée de cette façon: “Quelles formes sociales dans telle ou telle société et pour l’humanité au sens large, peuvent garantir au mieux, la meilleure somme de bonheur et par conséquent la meilleure forme de vitalité ?” “Quelles formes de société augmenteront au mieux cette somme de bonheur tout en développant quantité et qualité, ainsi rendant ce bonheur plus complet et plus varié ?” (ce qui nous donne au passage ici la formule du progrès)

Le désir d’aider l’évolution dans cette direction détermine l’activité sociale, scientifique et artistique de l’anarchiste. Cette activité à son tour, précisement parce qu’elle est en phase avec le développement de la société dans cette direction, devient une source d’augmentation de vitalité, de vigueur, d’un sens d’unité avec l’humanité et ses meilleures sources vitales. Elle devient donc une source de plus grande vitalité et de bonheur pour l’individu[…]

Chapitre 9 – L’idéal anarchiste et les révolutions précédentes –

L’anarchisme comme nous l’avons déjà dit provient du cours de la vie pratique. Godwin était un contemporain de la grande révolution de 1789-93 et il vît de ses propres yeux comment l’autorité du gouvernement, créée par le gouvernement lui-même durant la révolution, devint à son tout un obstacle au développement du mouvement révolutionnaire[…]

[…] Car un gouvernement révolutionnaire, en vertu d’être le gardien de l’État et de tous les privilèges que l’État a à défendre, devient bientôt un frein à la révolution même. Godwin comprit alors et proclama ouvertement que pour qu’une révolution triomphe, les hommes doivent d’abord se libérer de leur foi en la loi, l’autorité, l’ordre étatique, la propriété et des autres insitutions héritées du temps lorsque leurs ascendants étaient esclaves[…]

A suivre… Dans la seconde partie la semaine prochaine, Kropotkine traite de la question économique et politique. A ne pas manquer !…

Seconde partie de la traduction cliquez ici

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11 Réponses to “État et société: analyses et solutions pour un marasme annoncé… Pierre Kropotkine, scientifique et visionnaire anarchiste – Première Partie –”

  1. http://www.cgecaf.com
    Cira (Lausane)
    François, Robert
    auto édition

  2. […] avions déjà éclairci ce chemin il y a plusieurs mois avec ces articles (1 et 2) traduits. Il s’avère que Pierre Kropotkine est considéré comme le “père […]

  3. […] avions déjà éclairci ce chemin il y a plusieurs mois avec ces articles (1 et 2) traduits. Il s’avère que Pierre Kropotkine est considéré comme le “père fondateur” […]

  4. […] furent particulièrement importantes dans son livre “La conquête du pain” (1892), son pamphlet “La science moderne et l’anarchisme” (1908) et son article “Les bases scientifiques de l’anarchisme” (1887), qui parurent dans la revue […]

  5. […] est introuvable en ligne. On trouve toutefois de larges extraits traduits pour l’occasion sur https://resistance71.wordpress.com (et deuxième partie […]

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