La résistance politique à l’empire s’organise: Le BRICS une alternative multipolaire plausible… si les peuples larguent les amarres d’avec le bateau ivre.

BRICS & Bombes …

par Georges Stanechy

url de l’article original:

http://stanechy.over-blog.com/article-brics-bombes-72281017.html

Saisissant contraste …


A Doha au Qatar, dans l’ambiance triomphaliste des grandes agapes coloniales des siècles passés, l’Empire et ses vassaux, servilement encensés par les pétromonarchies corrompues et sanguinaires de la région, viennent de se partager les dépouilles de la Libye. Sur fond de bombardements et de carnages.

Accessoirement, intronisant les « marionnettes-révolutionnaires » chargées d’exécuter les directives du dépeçage en tant que “gouvernement officiel et démocratique” de leur nouvelle possession.

Pratique d’une époque révolue, dans l’aveuglement, la violence, l’arrogance d’un Empire finissant…

Au même moment sur un autre continent, le 14 avril 2011, se tenait une réunion beaucoup plus riche de sens pour la planète, porteuse de changement. Dans l’indifférence des médias, politiciens, et financiers occidentaux. Tout au plus, la condescendance lorsqu’il leur arrivait de l’évoquer.

Un mot sur cette splendide île, délicieusement tropicale, au printemps éternel avec une température moyenne de 25°. Magnifiques plages de sable fin au pied de montagnes, sources minérales et forêts. Centres de thalassothérapie réputés et établissements hôteliers d’une qualité de service au niveau exceptionnel. Attirant une clientèle venant de Chine même (notamment Hong Kong), du Japon et autres pays asiatiques (1), mais aussi de Russie et pays européens.

S’y retrouvaient, pour la troisième fois, les chefs d’Etat du “BRIC”. Groupement réunissant de manière informelle : Brésil, Russie, Inde et Chine. Après Iekaterinbourg, en Russie, le 16 juin 2009 ; puis Brasilia, le 16 avril 2010, au Brésil.

Confirmant l’esquisse de l’inéluctable basculement géopolitique en cours, dès 2025 – 2050. Pas seulement l’émergence de l’Asie-Pacifique comme première puissance économique. Celui du monde de demain, affranchi de l’hégémonie de l’Empire. Innovation : l’Afrique du sud, South-Africa, a été admise officiellement dans ce “club”, le BRIC devenant BRICS… D’autres pays se joindront ultérieurement. Le prochain ? Probablement, la Turquie pour représenter le Proche Orient.

Bien sûr, l’avenir de nos collectivités n’en sera pas révolutionné si les pensées restent coincées sur le « libéralisme sauvage », la « mondialisation » du charabia des hypocrites, dans son fonctionnement actuel. Evidemment, les membres du BRICS sont loin d’être des modèles de justice sociale et économique. Ils n’annoncent pas l’instauration du paradis sur Terre, confrontés qu’ils sont à de colossaux enjeux de développement “équilibré”.

Toutefois…

Une population de 3 milliards d’habitants, environ 45 % de la population mondiale. En 2010, les pays du BRICS ont assuré 60 % de la croissance mondiale, et absorbé plus de 50 % des capitaux internationaux. Représentant près de 20 % des échanges commerciaux internationaux et du PNB mondial. PNB qui va progressivement doubler, atteignant 31 % dès 2020, dans moins d’une décennie, alors que les économies occidentales sont en récession.

Pas plus que sur les ricanements et soupirs des sceptiques du BRICS, ne nous focalisons sur les indicateurs économiques, démographiques, et inévitables discours officiels. L’important se trouve aussi dans ce qui ne s’énonce pas, off the record, les non-dits, avant, pendant et après ce sommet de chefs d’Etat : travaux préparatoires, réunions de travail, créations des commissions techniques, études multilatérales et confidentielles, entretiens en aparté. Que retenir ?

Cinq points :



1. Gestion du naufrage de l’Empire

L’idée-force de ce sommet est simple, mais détermine un ensemble de mesures, d’orientations, de choix, qui vont marquer les décennies à venir. L’Humanité se doit de préparer le monde de demain non pas « contre l’Empire », mais devant son incapacité à s’adapter : « sans lui ». Les vingt dernières années démontrent son inaptitude à maîtriser ses propres dysfonctionnements, exerçant leurs ravages sur le reste du monde.

Ce lent et chaotique naufrage de l’Empire, dans la déliquescence de ses institutions et son abyssal endettement, inquiète par le développement accéléré de deux pathologies géopolitiques extrêmement dangereuses :

i)  Idéologie de l’hyperviolence

L’appareil militaro-industriel de l’Empire est devenu ingérable. A lui seul, le budget militaire annuel des USA de 1000 milliards de dollars représente plus de 10 fois celui de la Chine dont la population est quatre fois supérieure. Autant que l’ensemble des budgets militaires des autres pays de la planète. Chiffre qu’il convient de doubler si on ajoute celui de l’Union Européenne et des autres pays occidentaux (Australie, Canada, Corée du Sud, Japon, Nouvelle-Zélande, Taïwan, etc.).

Une telle puissance incontrôlée, fanatisée, constitue une menace permanente pour la paix mondiale, générant, dictant une idéologie fondée sur la résolution armée des conflits d’intérêts, la croyance que seules les « solutions » aux problèmes de nos collectivités et de leur cohabitation sont répressives, sécuritaires et militaires.

ii)  Spéculation mondialisée

Le développement économique, tel que l’impose l’Empire, est perverti par un système financier qui fonctionne non pas en « régulateur »,  mais en « générateur » de crises. La « spéculation-prédation » étant le maître d’œuvre dans la gestion des pays et nations, imposant ses mécanismes aléatoires d’économie-casino aux ressources énergétiques et minières ; de plus en plus, aux produits alimentaires et à l’eau.

Cette volonté de puissance, aberrante dans son fonctionnement et sa finalité, est incompatible avec l’impératif pour le BRICS d’assurer la sécurité alimentaire et sanitaire de ses populations, se chiffrant en dizaines voire en centaines de millions ; de les sortir rapidement d’une pauvreté ou d’une précarité devenues explosives.

2.  Gestion de l’émergence de l’Afrique

La main tendue à l’Afrique s’est concrétisée par l’intégration de l’Afrique du sud, 50 millions d’habitants, dans le BRICS. Normalement d’autres Etats africains, plus peuplés, au potentiel plus large et diversifié, auraient pu précéder ce pays. Le Nigéria riche de son pétrole par exemple, 155 millions d’habitants en 2009, mais rongé par des guerres civiles larvées, récurrentes ; ou encore, le Maghreb s’il avait instauré une union économique.

Acte symbolique, de charité à l’égard de l’Afrique ? Non. La prise en compte lucide d’un fait : le plus fort taux de développement, de croissance, va se produire le siècle prochain sur ce continent immensément riche des prodigieuses ressources de son sous-sol. Auxquelles s’ajoutent les talents inexploités de ses hommes et femmes. Dès que sera mis fin à son pillage. Dès l’écroulement de l’Empire.

L’attitude actuelle de la France dans la sauvagerie d’une extraordinaire régression coloniale en Côte d’Ivoire, rappelant les tueries et manipulations au Cameroun et ailleurs en Afrique, témoigne de la féroce crispation de l’Empire sur ses « possessions » et chasses gardées. Son refus d’accepter l’autodétermination, la pleine indépendance des peuples et nations de ce continent.

En fait, dans cette démarche le BRICS lance une invitation aux groupes miniers internationaux : repenser de nouvelles configurations, relations, partenariats, à la lumière des rapides évolutions et contraintes en cours. Ce sont ces groupes miniers « mondialisés » qui “administrent” l’Afrique du sud, dans la misère de son peuple, et le reste du continent. Qui pillent l’Afrique, à l’abri d’autocraties sélectionnées sous travestissement électoral.

Ce « Business Model » est à revoir. Obsolète. Tout en la formatant en interaction, suivre aveuglément l’idéologie de l’Empire fondée sur la spoliation, l’accaparement, des richesses minières et énergétiques des pays mis sous tutelle armée : terminé. Sont venus les temps de la réflexion et de la remise en cause du schéma d’exploitation coloniale de la planète. Ceux qui l’auront compris seront gagnants. Les autres…

3.  Promotion du dialogue et de la coopération entre nations

Les membres du BRICS estiment qu’il leur revient de jouer un rôle modérateur dans la politique internationale et casser le monopole actuel des pays occidentaux dans l’orientation de cette politique.  Avec, là encore, une réforme inéluctable : celle du Conseil de Sécurité, et autres instances de direction de l’ONU. 

Une volonté, une obligation, communes s’appliquant aux relations internationales ont été fermement rappelées :

« Tout différend doit être résolu par des moyens pacifiques et par le dialogue ». (2)

Martelé, jusque dans la déclaration finale du sommet (Sanya Declaration) :

« Nous partageons le principe que l’usage de la force doit être évité ».

Le représentant de l’Inde, Singh, a tout particulièrement insisté en séance plénière, sur la nécessité, l’urgence d’une “résurrection”, d’un renforcement, d’un « authentique » droit international :

« Nous soutenons un ordre mondial fondé sur des règles claires et partagées par tous. Dans le respect des systèmes politiques et des niveaux de développement de chacun. Notre priorité est le rapide développement socio-économique de notre peuple et de ceux qui partagent le même destin. Notre coopération n’est dirigée ni contre ni au dépens des autres. » (3)

La position du BRICS, sur ce plan, est déjà une réalité entre pays membres.

Il est frappant de voir des pays aux contentieux frontaliers épineux, douloureux, car chargés de guerres et de tensions dans le passé, se respecter, se parler, coopérer, échanger, construire, envisager l’avenir ensemble : Inde et Chine dans l’Himalaya, Russie et Chine sur des tracés entre Sibérie et Manchourie, et autres énormes espaces qu’ils partagent.

Un exemple, pour les autres pays. Tout spécialement, ceux composant le Maghreb empêtrés dans leurs stériles et interminables disputes sahariennes

4.   Promotion du commerce et des investissements entre membres du BRICS

Certainement, le domaine où la coopération se révèle la plus facile et efficace. Le volume du commerce et des échanges, entre pays du BRICS, connaît une progression annuelle de 30 % par an. Il va être démultiplié. La Chine est déjà le premier investisseur étranger au Brésil, le premier partenaire commercial de l’Inde, du Brésil et de l’Afrique du sud.

Reste à contourner le « protectionnisme technologique » des pays occidentaux, refusant d’exporter, de vendre ou de partager, même par la cession de brevets, leurs avancées technologiques. Aucun problème : la R & DResearch & Development (Recherches et Applications) est érigée en priorité du BRICS. Universités, centres de recherche vont être mis progressivement en réseau.

Développer les recherches scientifiques et l’innovation entre membres devient ainsi un objectif majeur. Notamment, dans les secteurs de la santé (“indépendance pharmaceutique”), du développement durable, de l’écologie. Sans oublier les volets éducation et culture.

5.  Réforme du système financier international

Le BRICS est sans illusion sur les manœuvres dilatoires de l’Empire bloquant toute réforme du système financier international. A commencer par la refonte du FMI, Banque Mondiale, OMC, et autres organismes internationaux, afin de prendre en compte les changements en cours dans l’économie mondiale et la voix, ou les aspirations, des puissances économiques émergentes ou des pays moins développés.

Deux priorités sur ce plan :

=> La maîtrise de la volatilité des prix des produits agricoles

La spéculation internationale, avec ses ramifications locales, est considérée comme inacceptable. Des groupes de travail sont mobilisés pour la contourner entre membres du BRICS. Et, pour l’éradiquer sur le plan international. Jusqu’à l’inclure parmi les crimes contre l’Humanité…

=> L’indispensable réforme du système monétaire international

Officiellement, le principe a été rappelé d’une urgente réforme portant sur ces mécanismes, afin d’instaurer un système procurant stabilité et sécurité. En language diplomatique:

« A broad-based international reserve currency system providing stability and certainty. »

En clair : un système monétaire qui ne soit plus fondé sur le monopole du dollar dans les transactions et les réserves monétaires. D’où la création extrêmement stimulante, quant aux perspectives et conséquences, de “groupes de réflexion” sur l’éventualité d’une monnaie commune entre membres du BRICS, différente du dollar et de l’euro… (4)

Finalement…

Le BRICS deviendrait-il le seul espace de rencontres de chefs d’Etat réfléchissant sur l’avenir des communautés humaines d’où serait bannie la rhétorique médiévale, inquisitoriale, diabolisante, des croisades « humanitaires » et « civilisatrices » rythmées par les tambours de guerre : sanctions, embargos, occupations, bombardements ?…

(1)  Curieux, d’y rencontrer des vacanciers Thaïlandais fuyant Phuket, Indonésiens Bali, Indiens Goa, hauts lieux de villégiature progressivement envahis par un tourisme occidental gangréné de beuverie industrielle, drogue et prostitution, dans des rassemblements nocturnes “techno” assourdissants, sur les plages…

(2)  Liu Linlin, BRICS set out global agenda, Global Times, 14 avril 2011,  http://china.globaltimes.cn/diplomacy/2011-04/644817.html

(3)  Wu Jiao & Li Xing, Leaders call for peace and prosperity, China Daily, 15 avril 2011, http://europe.chinadaily.com.cn/china/2011-04/15/content_12330957.htm

(4)  Dmitriy Astakhov, BRICS summit pushes for IMF reform, RT, 14 avril 2011, http://rt.com/politics/brics-summit-imf-reform/

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