Communiqué de la Fédération Anarchiste sur la Tunisie et l’Egypte

De la révolte à la révolution.

samedi 29 janvier 2011

Après avoir chassé le dictateur Ben Ali, la population tunisienne, et particulièrement la jeunesse, continue son combat et sa marche vers la liberté. Une partie de la population, notamment les plus pauvres, rejette le système de partis au pouvoir et refuse de se laisser enfermer dans des joutes électorales. En continuant sa lutte, la population tunisienne peut profiter de cet élan de liberté pour arracher de nouveaux droits : répartition des richesses, sécurité sociale, laïcité affirmée, libertés politiques. L’enjeu essentiel est de construire et renforcer les formes d’auto-organisation et de résistance syndicale, communale, dans les villages et les quartiers.La lutte du peuple tunisien a fait tâche d’huile dans d’autres pays arabes (Algérie, Égypte, Yémen, etc.) même si les circonstances ne sont pas les mêmes. On peut dire que la révolte tunisienne a commencé avec le soulèvement de la population du bassin minier de Gafsa, en 2008, alors qu’il y a peu de luttes syndicales dans les autres pays où les gouvernements ont pris soin de briser tout mouvement d’opposition. En Tunisie, les appels à la grève générale ont permis de donner une assise sociale à la contestation : certains patrons se sont faits virer, des assemblées se tiennent. Il en est ressorti des formes d’auto-organisation pour assurer la vie quotidienne de la population. Ce sont ces formes d’auto-organisation qui ont aussi permis de résister à la répression des milices.

Globalement, dans la plupart des pays et notamment en Égypte, c’est une révolte de la jeunesse, contre le régime et contre la hausse des prix. L’armée n’a pas encore fait le choix de lâcher le gouvernement en place, au moins de ne pas intervenir. Pourtant, rien ne laisse présager d’une issue plutôt que d’une autre, même si nous pouvons craindre de nouveaux bains de sang comme c’est le cas aujourd’hui.

Ce qui motive ces soulèvements ce sont les privations de liberté, la violence, la répression, la dictature mais aussi la hausse des prix, les inégalités sociales, la misère et l’exploitation. On peut dire que cette situation est vécue par l’ensemble des classes populaires de la planète. La révolution a commencé en Tunisie. Où s’arrêtera-t-elle ?

Il nous faut dénoncer les discours médiatiques et la complicité des hommes politiques pour qui la solution ne peut être que dans la poursuite du système existant. Pour eux, la vacance de pouvoir est synonyme de chaos. Ils ont peur des capacités d’auto-organisation des populations et de leur capacité de réalisation.

Les populations en insurrection aspirent à l’égalité et à la liberté, qui ne seront possibles qu’en rejetant toute forme d’exploitation et d’oppression, quelle soit économique, politique, religieuse, sexuelle, morale.

Il est temps de construire une société libre et égalitaire sans se laisser voler sa révolte par les partis politiques et/ou religieux. L’exemple de l’Iran doit, à se titre, être riche d’enseignements. De même, en Algérie, la population avait dû lutter contre la violence du parti toujours en place et contre les islamistes. En Irak, les luttes syndicales et politiques se développent sans se laisser enfermer dans la guerre entre impérialisme américain et islamisme politique. Cette guerre de pouvoir se fait toujours au détriment de la vie, de la liberté des populations qu’ils oppriment ou tentent d’opprimer.

L’espoir suscité par la révolution tunisienne offre une troisième voie pour ces pays et leurs populations : bâtir une nouvelle forme d’organisation sociale basée sur la liberté, l’égalité, la solidarité et le refus des systèmes de pouvoir et de domination. Dans ce combat, les populations des pays arabes et du monde trouveront toujours les anarchistes pour leur apporter leur soutien et leur aide.

À nous tous d’apporter tout le soutien nécessaire à ces luttes, à faire pression sur les intérêts des gouvernements et des patrons et de prolonger cette vague de contestation révolutionnaire.

Fédération anarchiste

relations-internationales@federation-anarchiste.org

Fédération anarchiste italienne.

dimanche 30 janvier 2011
En soutien a la révolte tunisienne

En 1999, l’amiral Fulvio Martini, ancien chef du service secret militaire (SISMI) a dit à la Commission du Parlement italien : « En 1985-1987, nous avons organisé une sorte de coup d’État en Tunisie pour mettre le Président Ben Ali à la tête de État, en remplacement de Bourguiba (opposant de première ordre dans la lutte pour l’indépendance du colonialisme français, NDLR). Martini, également, dans son livre Nom en code : Ulysse, a souligné que les directives venaient de Craxi et Andreotti, alors respectivement Président et Ministre des Affaires étrangères.Ensuite, l’adversaire du régime dictatorial de Ben Ali, Taoufik Ben Brik a dénoncé les dirigeants Italiens qui ont renforcé le régime « en remplissant ses coffres et en armant son bras contre le peuple. » Ce n’est pas un hasard si le fugitif Craxi, s’est réfugié en Tunisie, où il a été respecté, protégé et enterré, pour échapper aux condamnations de la loi italienne.

L’insurrection et la lutte en cours en Tunisie nous appartiennent, nous la ressentons comme le nôtre, soit parce qu’ils sont contre un régime dictatorial, arrogant, corrompu et parce qu’ils sont nés pour gagner pas seulement amélioration des conditions de vie, mais aussi pour la liberté d’expression et d’organisation. Nous les soutenons comme une expression de revendications populaires, au-delà d’une logique de compatibilité géopolitique.

Autant à droite qu’à gauche, on parle du risque d’anarchie, et les classes dirigeantes tunisiennes, avec leurs protecteurs européens, essaient de plier et d’enfermer la protestation populaire dans le processus électoral, pour désarmer la volonté de lutte des masses. Un gouvernement fantoche, contrôlé par des amis et des collègues de Ben Ali pour s’assurer la continuité du système d’exploitation et d’oppression a été construit. Au moment où le ministre Frattini parle de « stabilité » de la zone (où la « stabilité » signifie « ordre et discipline »), il est important de se prononcer, de manifester en faveur de la tentative d’auto-émancipation populaire et de soutenir avec vigueur la protestation et l’insurrection en cours, qui est en train de se mesurer à l’armée et aux bandes armées fidèles à l’ancien président, qui a fui avec plus d’une tonne de lingots d’or.

La lutte insurrectionnelle tunisienne ouvre la voie à d’autres luttes en Algérie, Maroc et Égypte, déclenchée par les effets désastreux de la crise sociale. À partir de cette partie de la Méditerranée, on doit se mobiliser pour faire que ces luttes et émeutes ne soient pas interrompues par de nouvelles dictatures, préparé et soutenu par les gouvernements européens, coupant toute forme possible de paternalisme et de racisme qui vont séparer et opposer ceux qui ont des intérêts communs avec tous les travailleurs et avec chaque être humain : la dignité, la liberté, la justice sociale.

Commission des relations Internationales de la Fédération anarchiste italienne (FAI)

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