Wikileaks, Assange… traître ou héros ?

Les quatre « implants mentaux » de l’affaire Wikileaks

29 novembre, 2010

Url de l’article original:

http://www.reopen911.info/News/2010/11/29/les-quatre-implants-mentaux-de-laffaire-wikileaks/

 

Avant et même après les dernières révélations du site Wikileaks sur les dessous de la diplomatie mondiale, certains ont parlé de « menace visant l’autorité et la souveraineté démocratiques« , dixit François Baroin, porte-parole du gouvernement français, d’autres ont  parlé de « terrorisme du Web » (comme le ministre italien Frattini), ou encore de « 11-Septembre de la diplomatie internationale« . Pourtant, une fois n’est pas coutume, Julian Assange a fait le choix de s’allier avec de grands médias occidentaux pour « filtrer » le contenu des documents diffusés et éviter ainsi – officiellement – de mettre en danger les  personnes concernées par ces plis ou leurs auteurs. Ces nouvelles révélations de Wikileaks constituent-elles véritablement un choc, un tournant majeur dans le milieu des médias et de la diplomatie comme nous le laissent entendre les mass-médias ?  Si tel est le cas, ce supposé choc cache-t-il des messages fondamentaux, des concepts de base, destinés à nous être inculqués ? Et si oui, lesquels ?  C’est ce que le journaliste indépendant Pino Cabras essaie de déchiffrer dans cet article paru aujourd’hui sur son site Web Megachip.

Les quatre « implants mentaux » de l’affaire Wikileaks

Pino Cabras, sur Megachip le 29 nov. 2010

Alors qu’on nous raconte qu’avec les premières bribes des nouvelles révélations de Wikileaks, nous assistons à l’éclatement du « 11-Septembre de la diplomatie », ou plutôt, « du 11-Septembre d’Internet », il est nécessaire de clarifier une chose : aucun individu, aucune organisation n’est en mesure de lire 250.000 documents en peu de temps. Et donc, ce qui nous parvient est un flux « filtré » de documents. Et ceux qui appliquent ce filtre, pour l’instant, sont ceux qui constituent la vieille machine des médias traditionnels.  S’il s’agissait d’un 11-Septembre, nous serions dans la phase initiale du traumatisme médiatique, celle qui donne l’implant mental(*) (imprinting en anglais), l’apprentissage de base du Nouveau Monde dans lequel nous entrons et des nouvelles croyances auxquelles nous devons adhérer. Une fois les esprits conditionnés par ce choc, les éventuelles relectures faites ultérieurement iront à contre-courant et en cela, partiront défavorisées.

Le premier « implant mental » tient justement dans le concept de « traumatisme ». Le moyen est le message lui-même. Moyen et message sont : subir un traumatisme. Comme si avant la diffusion de secrets par Wikileaks, il n’existait aucun moyen d’interpréter la politique, la diplomatie, les secrets, les intrigues habituelles entre États. Comme si  l’interprétation historique – elle aussi fondée sur des archives et des documents, mais sur des périodes plus longues [permettant la] réflexion, devait céder le pas à l’asservissement à l’événement émotionnel.

Le deuxième implant mental concerne l’importance attribuée aux thèmes chers à la diplomatie états-unienne. Nous avons sous les yeux les dépêches des ambassadeurs, rédigées dans un style franc, brutal, mais non pour autant exemptes  de mensonges, d’erreurs prospectives, de préjugés, de platitudes maladroites, ou de  retenues. Cela nous fournit une vision parcellaire du monde, qui, de plus, est loin d’être la seule possible. On continue par exemple de cristalliser et d’exagérer la peur de l’inexistante bombe atomique iranienne, et dans le même temps on persiste à ignorer les bombes atomiques israéliennes, elles, bien réelles. Wikileaks et les médias traditionnels, lorsqu’ils sont combinés, confirment au final  les thèmes dominants, tout en bousculant les codes de la diplomatie. C’est exactement ce que fait une guerre, surtout dans sa variante de guerre psychologique.

Le troisième implant est la confusion qui règne sur le Web, tellement forte qu’elle relance ceux qui de ce chaos voudraient arriver à un « nouvel ordre » sur la Toile. Il y a deux ans, nous avions publié l’avertissement du juriste qui connait le mieux la Toile, Lawrence Lessig, qui annonçait qu’un « 11-Septembre d’Internet était sur le point de se produire », un événement qui catalyserait une transformation radicale des normes régissant l’Internet. Lessig révélait que le gouvernement états-unien, comme pour le Patriot Act qu’il avait préparé bien avant le 11-Septembre, avait dans ses tiroirs un « Patriot Act pour l’Internet »  tout prêt, dans l’attente d’un quelconque événement majeur pouvant être utilisé comme prétexte pour changer radicalement le mode de fonctionnement d’Internet. » Tout comme George W. Bush, Obama fait tout pour, en plus de la valise nucléaire (**), se doter du bouton capable d’éteindre le Web. L’événement en cours pourrait pousser de nombreux gouvernements à confier ce nouveau contrôle à quelqu’un. C’est ce que fait la Chine depuis un certain temps d’ailleurs.

Le quatrième implant tient dans l’idée que les secrets sont tous enregistrés, soigneusement conservés dans des carnets papier avec l’en-tête des appareils [d’États], et par conséquent sont inéluctablement amenés à être dévoilés un jour ou l’autre, avec leur cortège de numéros d’enregistrement et de signatures. [En réalité], le véritable pouvoir est essentiellement caché, ses chaines de commandement sont impossibles à remonter entièrement, il est silencieux, évolue dans des circuits extra-institutionnels, se dissimule sous différentes couches de protection et des structures parallèles, bénéficie de bras de levier. Il ne se prive pas pour autant de procédures et d’appareils légaux, mais sans en dévoiler les véritables finalités. Penser que Wikileaks puisse soulever le couvercle des différents niveaux de pouvoir est illusoire, et relève d’une grande naïveté, tout autant que de croire que l’on puisse combattre les puissants seulement en amplifiant la transparence libérale.

[…]

Pino Cabras

Megachip, le 29 nov. 2010

Traduction GV pour ReOpenNews

Notes de la traduction :

(*) Implant mental : Nous avons choisi de traduire le terme imprinting utilisé par l’auteur dans son article par ce terme plutôt que par ceux qu’auraient pu suggérer une traduction littérale, comme « empreinte‘ ou « imprégnation« . La notion d’imprinting que veut rendre l’auteur est celle d’une « idée introduite de force dans les consciences« , qui semble être mieux rendue par le terme « implant mental » que par ceux d’empreintes ou d’imprégnations davantage surchargés en français.

(**) Valise nucléaire : Il s’agit véritablement d’une valise accompagnant le Président américain dans ses déplacements, et dont il a seul le code. Une anecdote assez connue veut que Bill Clinton ait oublié à plusieurs reprises ces codes secrets.

En lien avec cet article :

  • Wikileaks : Entre inculpation suédoise et révélations irakiennes | Kamil Mahdi sur StopWar | 25 nov.
  • Lanceurs d’alertes : Julian Assange et Kurt Sonnenfeld « wanted » | Synthèse ReOpenNews | 14 oct.
  • Une manœuvre des services de renseignements derrière la publication des documents « secrets » de Wikileaks ? | F. William Engdahl, sur mondialisation.ca | 14 août
  • Le fondateur de Wikileaks, Julian Assange, est « ennuyé » par la vérité sur le 11 septembre | SnowCrash sur 911Blogger | 2 août
  • Wikileaks et les 91 000 documents des forces de l’OTAN en Afghanistan | LeMonde.fr | juillet 2010
  • Wilikeaks et les tragédies ingérables | Pino Cabras sur Megachip | 7 avril 2010
  • Wikileaks : une vidéo classifiée montre des « meurtres collatéraux » en Irak | CollateralMurders | 8 avril 2010
  • L’armée U.S. veut bombarder virtuellement le site Wikileaks pour le faire taire | Les Echos | 18 mars 2010
  • Les messages pager du 11 Septembre publiés par Wikileaks | Hicham Hamza pour LaTélélibre.fr | 29 nov. 2009

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