Dégénérescence néolibérale de l’économie et dégradation sociale… Quand dira t’on « assez de ces foutaises » !?

La honte

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par Jacques Langlois

Ce qui frappe le plus dans les événements actuels concernant la mafia politicienne UMP, c’est la disparition d’un sentiment traditionnel, celui de la honte. Les politicards d’aujourd’hui sont des agneaux en aval de la pollution de l’onde fraîche, ladite pollution n’étant qu’un effet des médias. M. Woerth a menti n fois plus une par omission. Il se replie dans sa vertu. Il ignore que ses casquettes de ministre du Budget, de trésorier de l’UMP, de racoleur de subsides auprès des riches pour financer l’UMP et la campagne de Tsarko en 2007 posent des problèmes de conflits d’intérêts et de financement occulte d’un parti ? Il est pur ; il n’est pour rien dans les magouilles de l’association du développement de l’Oise, condamnées en justice alors qu’il en était un des responsables sous la houlette de Mancel, lui-même condamné. Il n’est pour rien dans la vente illégale à bas prix d’une partie de la forêt de Compiègne pour ses copains hippiques, assisté en cela par le sénateur très vertueux pour les finances publiques, le sieur Marini, maire de Compiègne.
Amalgamer les Roms de Bulgarie et de Roumanie avec les gens du voyage français depuis des siècles, les délinquants avec l’immigration ne pose aucun problème de conscience. Utiliser les services de l’État, y compris ceux du contre-espionnage, au profit d’intérêts privés est normal. Il est vrai que Tonton (tu m’acoutes, pourquoi tu tousses ?) avait ouvert la voie. Crier haro sur ces salopards de juges (juge des libertés) qui démentent la police est légitime à Grenoble. Et pourtant la chambre d’accusation en appel a donné raison au juge des libertés.
C’est là que l’on voit toutes les saloperies possibles avec les témoignages anonymes ou sous X. Par exemple, le seul témoin des violences de 2005, auquel on avait tout promis pour qu’il témoigne, vient de se rétracter. C’est là que l’on voit la perversité des témoignages sous X et de la délation anonyme (comme en 40-44) organisée par les récentes lois du pouvoir. Un gendarme a abattu un prévenu entravé, menotté, de sept balles dans le dos dans la cour de la gendarmerie, c’est normal car il s’enfuyait, dixit l’avocat général sans doute aux ordres. Là aussi, il n’y a plus de vergogne ; tout est permis car c’est couvert par le pouvoir qui confond la fin et les moyens, et qui n’interroge aucunement les fins. Ne pas ouvrir d’instruction dans l’affaire Bettencourt-Woerth confirme le diagnostic : les services de l’État ne défendent plus l’intérêt général ; ils sont au service d’un pouvoir qui a monopolisé tous les pouvoirs, partout, en y nommant ses sbires et affidés. Aucune honte à avoir dans ce torpillage en règle de la démocratie. La culpabilité et l’illégitimité ont disparu ; il ne reste que la responsabilité comme disait la mère Dufoix, socialiste : responsable mais pas coupable dans l’affaire du sang contaminé. Mais au pénal il n’y a plus de politicards ou de managers responsables ; cela a été reporté sur les entreprises en tant que personnes morales ; cela a été exclu pour les notables par la loi Fauchon de 2000 (sous Jospin) qui les exonère en cas de non-connaissance des risques.
Avant Raskoltignac, les riches étaient honteux ; ils se camouflaient en Suisse ou ailleurs en profitant au passage des avantages fiscaux de pays non coopératifs dans la lutte contre l’évasion fiscale. Maintenant, ils ont le droit et la fatuité de s’afficher. Ce n’est pas dû à Tsarko même si celui-ci est de ce bord-là. C’est le résultat de trente ans de politiques libérales cachant les prédations, magouilles, privilèges d’État sous le masque de la réussite méritée par le travail. L’idéologie libérale, que Raskoltignac partage et propulse, est que la fortune sourit aux audacieux risquophiles et travailleurs. Leur succès est mérité, ce qui évacue toute honte dans les moyens d’y arriver. Seul le résultat compte. Évidemment, le fait que 100 milliards d’euros d’impôts aient disparu au profit des riches depuis 2002 (déjà sous l’hyponyme Galouzeau de Villepin qui joue les vertueux maintenant) n’est pour rien dans l’affaire. Ni les privatisations de services publics au profit d’ex-hauts fonctionnaires reconvertis dans les affaires, analogues aux rachats d’entreprises publiques par les oligarques en Russie sous Eltsine. Ni les faveurs aux fournisseurs d’État, en même temps propriétaires de médias, comme Dassault, Lagardère ou Bouygues ; ni les magouilles de la Françafrique en faveur des Bolloré et consorts ; ni les arrangements fiscaux dans les grosses successions (César, Wildenstein, Lagardère, Bettencourt, etc.) ; ni les faveurs du fisc pour les expatriés fiscaux, etc.
Tout cela est normal car les riches font ruisseler leur fric sur les prolos en achetant leurs services et créent ainsi de l’emploi induit. Sans les privilèges du luxe, il y aurait moins d’emplois induits par leur consommation. Ce que, pourtant, les statistiques ne confirment pas puisque les riches n’investissent pas dans la production mais dans la spéculation. Et, en outre, si on les impose trop, ils partent à l’étranger comme n’importe quel Jean-Philippe Smet. Comme l’a dit le président Tsarkowitch : il faut réhabiliter l’argent et le mérite qui le procure. Il s’ensuit que les riches n’ont plus à avoir des scrupules vis-à-vis des pauvres : ils ont ce qu’ils méritent et les exclus aussi.
L’absence de honte des riches est amplement montrée par les enquêtes du couple Pinçon-Charlot (dernier opus : Le Président des riches). Ces gens-là forment un groupe uni, fermé, endogamique ; ils ont leur habitat séparé dans les banlieues chic bien protégées par les sbires policiers ; ils ont leurs institutions de rencontre et de fermeture au vulgum pecus : jockey-club, rallyes, bal des deb, écoles privées, etc. En fait, ce sont des chauds partisans de la lutte des classes (et des places) et ils se sont organisés pour conserver leurs privilèges face à un monde du travail de plus en plus atomisé.
Donc, les riches n’ont plus honte ; du reste, aux USA, ils veulent donner la moitié de leur fortune à des associations ou fondations. Ce n’est pas nouveau ; c’est ce qu’avaient fait les barons voleurs aux XIXe et XXe siècles pour faire oublier leurs prédations sur le bien public. De toute façon, la restitution aux bonnes œuvres est très inférieure au montant des vols commis sur la richesse publique. C’est ce modèle du vol privé, exonéré par le don, la charité, que souhaite Tsarko l’Américain, de même que l’accès du plus grand nombre à la propriété de son logement, ce qui permet aux « accédants » de la fermer tant que l’hypothèque court et de rejoindre les cohortes sécuritaires pour protéger leur bien. La propriété est le début de la justification et de l’acceptation des inégalités car si j’ai pu devenir proprio, pourquoi les autres n’en useraient-ils pas de même ? S’ils n’y arrivent pas, c’est donc que ce sont des pauvres types, voire des immigrés clandestins, des « racailles » à kärchériser.
C’est pourquoi, bien seuls en univers libéral, les prolos, eux, ont honte. Ils ont retenu la leçon libérale propagée par les médias et les politicards de droite : si vous ne réussissez pas, c’est que vous êtes des fainéants qui « ne travaillent pas plus pour gagner plus », des ratés, des nuls, des minables, des risquophobes qui êtes payés au niveau de votre maigre productivité marginale. Soyez déjà bien heureux qu’il y ait encore de la protection sociale. Cependant, il faut amoindrir celle-ci car elle encourage votre dépendance, votre soumission à l’assistanat public. Les assurances sociales ne font que vous déresponsabiliser ; c’est pourquoi il faut les abaisser. Ayez honte de ne pas réussir et de vivre aux crochets de la collectivité. Baigné dans cette idéologie individualiste et fricophile, le prolo se sent coupable. Or, il n’y a rien de pire que les sentiments de culpabilité et de honte car ils touchent au plus profond de l’estime de soi, de l’amour-propre dans la relation aux autres. La honte est l’envers du mépris que les autres peuvent afficher à votre égard.
La honte est insupportable parce qu’elle est indicible et qu’elle est soumise aux regards de ses propres enfants et de son voisinage. Il faut y échapper. Pour cela, on peut faire appel à des circonstances fortuites, notamment la malchance ou un milieu défavorable. Cela ne marche guère puisque les pauvres sont responsables de leur situation au bout d’un certain temps. Que reste-t-il alors ? Le bon vieux bouc émissaire : les immigrés, les communautés, les beurs et autre noirs mal assimilés, les Roms, etc. On aura reconnu le terreau du F-Haine maintenant exploité avec bonheur électoral par Rodotarin Ier. Mais la honte peut être aussi tournée vers soi-même, ce qui peut expliquer une bonne part des suicides de salariés : ils ont trop honte de ne pas atteindre les objectifs irréalistes fixés unilatéralement par leurs petits chefs suivant les consignes managériales de leur direction, ils ont peur de ne pas être à la hauteur de cette entreprise et de leur job dans lesquels ils se sont trop investis.
Cependant, ne prenons pas Raskoltignac comme seul coupable de cette stigmatisation des pauvres en forme de projection de ses propres peurs sur des boucs émissaires. La chose est dramatiquement liée aux effets de trente ans de politiques libérales en faveur du pognon, politiques menées aussi par les sociaux-démocrates, qui, curieusement, sont cois et n’affichent pas pour l’instant le moindre début de programme sérieux ; ils n’ont que des champions en vue des élections de 2012 : Ségolène, la mère Térésa du socialisme ; Martine la convertie à la compassion du « care » ; François, dit chamallow ou fraise des bois ; Dominique, le purgatif du FMI ; Valls à trois temps (moi, moi, moi), etc. Comme disait l’autre, protégez-moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge.
Il y a aussi que l’idéologie libérale, individualiste, égoïste, utilitariste, etc., règne depuis longtemps en maître sur les esprits. C’est pourquoi l’élection de Raskolrodotarintignac en 2007 n’est que le résultat d’une conjoncture entre l’homme de la situation, la désespérance honteuse des exclus de la société libérale et la peur des vieux soucieux de protéger leurs maigres biens contre les « racailles ». Le candidat UMP en 2007 avait su merveilleusement faire foisonner les électorats en sa faveur. Il n’avait pas lésiné sur les discours contradictoires en fonction desdits électorats : libéral, ce qui est sa tendance profonde, devant les uns ; socialisant, devant les autres. Double discours et écart entre le dire et la pensée rapidement démentis par les festivités au Fouquet’s et autres, et par le vote de la loi fiscale de 2007.
Las, le démagogue a été pris à revers par la crise de 2008, crise qu’il n’avait pas vu venir eu égard en sa croyance dans l’efficience des marchés et de la « concurrence libre et non faussée ». Du coup, il a essayé de se rattraper (à usage interne vis-à-vis de l’électorat) en gueulant comme Rodomont, le bravache, et Tartarin de Tarascon, le hâbleur, contre la dérégulation financière qu’il n’avait pas vue lorsqu’il était ministre du Budget sous Chiracos. Il en était d’autant plus partisan qu’un avocat d’affaires n’existe pas sans affaires autorisées par ladite dérégulation. Cette crise montre que les prolos n’ont pas à avoir honte d’une situation que le libéralisme à tout crin soutenu alors par Tsarko a créée. Ils reprennent du poil de la bête malgré des syndicats qui s’emploient à diviser pour régner afin de protéger leur statut d’honorables correspondants institutionnalisés du pouvoir.
Sarkozescu joue la montre avec des mesurettes fiscales et sociales en vue de 2012. Stratégie aléatoire car rien ne dit que les « marchés » ne vont pas les trouver rapidement insuffisantes et forcer le prince à augmenter les impôts avant. C’est sans doute, du reste, ce qu’il joue : attendre que les événements forcent le pays à en passer par une potion FMI comme en Grèce. Il dira alors : c’est pas ma faute, c’est obligé par les circonstances de la faillite de la France. Il oubliera évidemment que cette faillite a été amenée par sa politique et celle de ses amis de droite, bien assistée par la gauche social-démocrate, qui y a conduit.

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