Archive pour août, 2010

Sociétés contre l’Etat

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, militantisme alternatif, philosophie, politique et social with tags , , , , , , , , , , on 19 août 2010 by Résistance 71

Sociétés contre l’État

Url de l’article original: http://www.monde-libertaire.fr/autogestion/item/13571

Sans foi, sans loi, sans roi…

« Les Indiens n’ont d’humain que l’apparence et ignorent tout de la civilisation, des arts, de la religion, plus bestiaux que les bêtes qu’ils chassent, plus sauvages que ces étendues où se déchaînent les éléments et où ils errent plutôt qu’ils n’habitent, créatures de Satan 1. » Cette vision brutale des « primitifs » par la « civilisation » européenne du XVIIe siècle a laissé place à une ethnologie évolutionniste, notamment marxiste, plus compatissante à l’égard de ces sociétés, « enfance de l’humanité » : l’absence d’un État qui dit le bien commun et l’impose, montre leur incomplétude, dixit le « matérialisme historique », véritable théologie de l’histoire.

Pourtant, dès le XVIe siècle, alors que les Indiens découvrent armes et croix que portent mercenaires et missionnaires, La Boétie 2 montre qu’il y a rupture radicale entre l’ère de la liberté et celle de l’État, qu’il appelle l’« Innommable », impliquant la servitude. Plus récemment, dans les années 1970, l’anthropologue Pierre Clastres 3, familier des Indiens guayaki et guarani, affirme que les sociétés « primitives » n’ont pas d’État car elles refusent la division entre dominants et dominés, ce sont des sociétés contre l’État. Ainsi le « chef » a un devoir de « porte-parole », mais sa parole ne sera écoutée que si elle exprime le point de vue de la société comme totalité une. B. Traven 4 rapporte plaisamment la symbolique liée à la fête d’investiture d’un chef indien, choisi pour un an : assis sur son trône, il s’adresse dignement à la communauté, qui plaisante et se réjouit ; son postérieur dénudé est posé sur une chaise percée, placée au-dessus de braises rougeoyantes, afin de lui rappeler « qu’il n’est pas installé pour se reposer, mais pour travailler pour le peuple » ; les cicatrices dont il hérite sont la marque de l’honneur d’avoir été choisi, mais aussi le soustraient à la tentation de se faire réélire. De son côté, Marshall Sahlins 5 avait expliqué que le « mode de production domestique » primitif fonctionne comme une machine antiproduction, hostile à la formation de surplus, condition nécessaire à l’instauration d’un pouvoir séparé. Des sociétés ont fait le choix de fonctionner sans État et sans marché.

Démocratie directe en zone rurale

Pour beaucoup, ces « bons sauvages » ne méritent que la « repentance » pour le passé et l’« écotourisme » pour le présent. Mais quelle surprise de voir des Indiens tseltals, tsotsils, choles, tojolabals, mames, zoques sortir de la forêt lacandon en 1994 ! Depuis, plusieurs centaines de milliers de paysans du Chiapas, malgré la répression et les vautours des multinationales, ont entrepris de se gouverner eux-mêmes. Ainsi dans chaque commune autonome, qui regroupe plusieurs villages, l’assemblée choisit le conseil de la commune, ceux ou celles qui vont remplir les diverses « cargas » (charges) pour deux ans : services non rémunérés, utiles à la communauté (santé, éducation, alimentation, culture, information, justice, etc.). Ces mandats sont révocables.

La coordination des communes autonomes est réalisée par un « conseil de bon gouvernement » qui se réunit au « caracol », centre de chacune des cinq régions zapatistes, où se trouvent également coopératives de production, cliniques, écoles, centres culturels, etc. Chaque commune y est représentée par un ou deux délégués, tournant rapidement (quelques semaines) parmi les conseillers communaux. Cette rotation permet d’éviter toute dissociation avec la vie locale, où les décisions sont prises au consensus. Cette conception non spécialisée 6 des tâches collectives risque de désorienter l’« occidental », adepte de l’efficacité, devant la « lenteur » de certaines prises de décision, qui permet pourtant de laisser le temps de s’informer, soupeser les avis, élaborer collectivement une solution obtenant l’adhésion de tous. Dans tous les domaines, les activités se répartissent entre le local et le régional : agents communautaires de santé, microcliniques, cliniques, écoles primaires, secondaires, formation d’enseignants, etc. Les différences de développement entre communes sont compensées par la région.

Pour les zapatistes cette forme de gouvernement collectif, basée sur une démocratie directe issue des « us et coutumes » communautaires, n’est pas destinée aux seuls peuples indiens et s’adresse « à tous les peuples du monde ».

Démocratie directe en zone urbaine

En 2006, des centaines de milliers d’insurgés ont défié l’État 7, dans la « Commune d’Oaxaca », montrant la relation très étroite qui subsiste entre la population pauvre des villes et le monde indien. Beaucoup d’habitants des « colonias » (quartiers populaires) viennent des communautés indigènes. Quand, en ville et dans les gros bourgs, tout ce qui rappelle le pouvoir (mairie, administration, police, etc.) est occupé et fermé, c’est la tradition de l’assemblée comme instance de prise de décision et d’initiatives qui le remplace.

Pourtant, dès le début de l’explosion sociale, une trentaine de dirigeants d’organisations mettent en place un front unique, structure « provisoire » de coordination. Mais l’investissement des « colonias », des « barricadiers », des peuples indiens impose la mise en place de l’Assemblée populaire des peuples de l’Oaxaca (Appo) qui comptera jusqu’à 1 500 délégués. De vives critiques s’y élèvent contre ceux qui se présentent comme les leaders devant les caméras et qui ne goûtent ni la recherche du consensus ni la participation collective à la prise de décisions. « En s’engageant de façon autonome, un peu comme la Commune de Paris, qui reste le symbole de ce type d’organisation à la base des gens eux-mêmes 8 », les habitants ont rapidement pris confiance, ont communiqué entre eux et « ont retrouvé le goût d’une vie sociale libérée de la servitude, des hommes du pouvoir et de la politique 9 ». Ainsi les centaines de barricades deviennent un espace autonome, un lieu de convivialité, de cohabitation quotidienne, la colonne vertébrale de l’insurrection.

Malgré une répression féroce, les espoirs d’émancipation n’ont pas disparu ; dans les « colonias » se développent boulangeries collectives, jardins communautaires, lieux de discussions. Pour préserver l’autonomie du mouvement, Vocal (Voix oaxaquègne construisant l’autonomie et la liberté) est créé en mars 2007. David Venegas rappelle que « ce mouvement horizontal et assembléiste s’adresse à l’ensemble des peuples de l’Oaxaca, des peuples indiens, des travailleurs, des paysans, l’ensemble de tous ceux et de toutes celles qui luttent et rêvent d’un monde meilleur où aient leur place tous les mondes ».

Le monde doit changer de bases

L’autonomie traditionnelle, qui constitue l’essence du mode de vie indien, prend aujourd’hui une autre dimension, par l’adaptation d’une identité politique et sociale anticapitaliste, la recherche d’alliances nationales et internationales, la plus grande participation des femmes et des jeunes, le développement de réseaux multiethniques. Rubén Valencia, membre de Vocal, souligne que « face à la chute des idéologies, du socialisme collectiviste au capitalisme individualiste, certains ont commencé à s’intéresser à cette idée, la communalisation des moyens de production, ce que pratiquent un grand nombre de peuples depuis plus de cinq cents ans ». En « Occident », toutes les tendances de la « modernité politique » se sont employées à nous convaincre que la seule forme possible de l’intérêt commun est l’État. Pourtant, seule une organisation politique fondée sur l’autonomie des communes locales, sur leur capacité à se fédérer, peut permettre notre émancipation. Des tentatives sont déjà apparues en Europe : conseils (ouvriers, paysans, quartiers, villes), en Russie en 1905 et 1917 avant que le parti bolchevik ne les vide de leur substance, en Allemagne, Hongrie, Italie entre 1918 et 1923, en Catalogne et Aragon en 1936-1937.

Raoul Zibechi 10 montre que des mouvements sociaux forts entraînent la désarticulation de la centralisation étatique et l’adoption de formes d’organisation ne créant pas de nouvel appareil bureaucratique. Il observe qu’en Amérique latine, à partir des pratiques et des luttes des communautés indigènes, une culture politique horizontale se diffuse dans de nouveaux groupes sociaux. De même, David Graeber 11, anthropologue américain, relève que les principes anarchistes traditionnels – autonomie, association volontaire, autogestion, entraide, démocratie directe – jouent un rôle important dans les mouvements radicaux du monde entier.

Toutes ces alternatives anarchistes en actes, si elles se développent et se fédèrent, renverront le capitalisme et l’État dans les poubelles de l’histoire.

Élan noir

1. Nancy Delanoë, L’Entaille rouge, Albin Michel, 1996.

2. « Il y a trois sortes de tyrans. Les uns régnant par l’élection du peuple, les autres par la force des armes, les derniers par succession. Ceux qui sont élus par le peuple le traitent comme un taureau à dompter, les conquérants comme leur proie, les successeurs comme un troupeau d’esclaves. »

3. La Société contre l’État, Éditions de Minuit, 1974.

4. Indios, 1931 (éd. fr., Christian Bourgois, 1990).

5. Âge de pierre, âge d’abondance, Gallimard, 1972.

6. « Tous nous avons été gouvernement. »

7. Georges Lapierre, La Commune d’Oaxaca, Rue des Cascades, 2008.

8. Miguel, membre du Cipo (Conseil indigène et populaire d’Oaxaca), organisation indienne d’esprit libertaire

9. David Venegas, membre de l’Appo et de Vocal.

10. Raoul Zibechi, Disperser le pouvoir, L’Esprit frappeur, 2009.

11. Pour une anthropologie anarchiste, Lux éditeur, 2006.

La haute finance provoque des famines avec ses bulles spéculatives

Posted in actualité, économie, crise mondiale, N.O.M, politique et social with tags , , , , on 18 août 2010 by Résistance 71

Nous avons traduit de l’anglais cet article de Johann Hari sur les dessous des allégations de génocide dont devraient être accusés les protagonistes de la haute finance qui manipulent cyniquement les parametres financiers pour s’enrichir, contrôler le monde et assassiner impunément des millions d’êtres humains qui ne demandent qu’une chose: vivre décemment et en paix.

Une fois de plus, les faits parlent d’eux-mêmes, mais nous voulons ici rapprocher cet article d’un de nos articles paru il y a quelques mois qui décortique les racines profondes eugénistes (donc meurtrieres..) de l’idéologie élitiste néo-libérale fasciste. Depuis 1972 et la doctrine Kissinger (commanditée par la fondation Rockefeller et appliquée en priorité par tous les départements d’état américains depuis l’ere Nixon, promulguée dans le tristement célebre NSSM 200 (National Security Special Memorandum 200 de Décembre 1973), tous les moyens sont bons pour réduire et contrôler les populations de la planete, surtout les populations « non-blanches ». Kissinger avait bien orienté le sujet en déclarant que les guerres, famines et épidémies étaient souhaitables pour réduire la population mondiale, en application des délires pseudo-scientifiques malthusiens mâtinés de darwinisme-social.

Article a ce sujet ici:

https://resistance71.wordpress.com/2010/06/26/elite-globaliste-eugenisme-et-controle-des-populations/

Nous conseillons la lecture de l’article ci-dessus mentionné apres avoir lu celui de Johann Hari ci dessous. Pour que s’arrête cette folie eugéniste meurtriere…

– Résistance 71 –

Comment Goldman Sachs a causé un « génocide silencieux » en pariant sur la famine dans le tiers monde

par Johann Hari, Independent UK
Posted on July 2, 2010, Printed on August 17, 2010
http://www.alternet.org/story/147414/

Traduit de l’anglais par Résistance 71 le 18 Août 2010

Vous pensez sans doute que maintenant votre opinion sur Goldman Sachs et sa clique d’alliés de Wall Street est au plus bas et exacerbée. Tout faux! Il y a pire. Et il se trouve que leurs actions destructrices les plus récentes n’ont même pas été mentionnées. Les voici. C’est l’histoire de comment quelques hommes les plus riches du monde, Goldman, Deutsche Bank, les courtiers de Merill Lynch entr’autres, ont provoqué la famine de gens parmi les plus pauvres du monde.

Cela commence par un mystère en apparence. A la fin de 2006, les prix mondiaux alimentaires ont commencé a augmenter, brusquement et drastiquement. En l’espace d’un an, le prix du blé a augmenté de 80%, le maize de 90% et le riz de 320%. Dans une famine éclair, 200 millions de personnes, pour la plupart des enfants, ne pouvaient plus acheter de nourriture et ont sombré dans la malnutrition et la famine. Il y a eu des émeutes dans plus de 30 pays et au moins un gouvernement fut renversé de maniere violente. Puis, au printemps 2008, tout aussi mystérieusement, les prix sont retombés a leur niveau initial. Jean Ziegler, l’envoyé spécial des Nations-Unies l’appela « un génocide silencieux », entièrement provoqué par une action humaine.

Plus tôt cette année, j’étais en Ethiopie, un des pays les plus durement touchés et les gens la-bas se rappellent de cette crise alimentaire comme s’ils avaient été frappés par un tsunami. « Mes enfants ont stoppé leur croissance », me dit une femme de mon âge Abiba Getaneh. « C’est comme si on versait de l’acide de batterie de voiture dans mon estomac, c’est ce que l’on ressent lorsqu’on est sous-alimenté. J’ai dû retirer mes deux filles de l’école et me suis endettée. Si cela avait duré un peu plus longtemps, je pense que mon bébé serait mort. »

Les explications qui nous furent données a l’époque se sont toutes révélées fausses. Cela ne s’est pas produit parce que l’offre a chuté: le conseil international du grain dit que la production globale de blé a en fait augmenté durant cette période, par exemple. Ce n’est pas non plus parce que la demande a augmenté: comme le stipule le professeur Jayati Ghosh du centre d’études économiques de New Delhi, la demande a en fait chuté de 3% a cette période précise. D’autres facteurs, comme l’augmentation de la production de biofuel, et le pic de prix pétrolier, y ont contribué un peu, mais pas suffisamment pour provoquer cette crise violente.

Pour comprendre la cause majeure, vous devez vous plongez dans quelques concepts qui vont vous donner des maux de tête, mais pas autant que le mal des pauvres souffrant de famine.

Depuis plus d’un siècle, les fermiers des pays développés ont été capables de s’engager dans un processus qui les protègent contre le risque. Par exemple, le fermier Giles peut accepter en Janvier de vendre sa récolte a un courtier en Août a un prix fixé. S’il a un super été, il va perdre de l’argent, mais si le temps est pourri ou si les prix s’effondrent, il sera protégé par le deal. Quand ce processus était sévèrement contrôlé et que seulement les compagnies avec un intérêt direct dans le négoce pouvaient être impliquées, cela fonctionnait bien.

Puis, vers les années 1990, Goldman Sachs et d’autres financiers ont mis beaucoup de pression pour que les réglementations soient abolies. Soudainement, ces contrats furent convertis en « marchés dérivatifs » qui pouvaient être achetés et vendus par des courtiers qui n’avaient absolument rien a voir avec ce négoce et l’agriculture en général. Un marché spéculatif alimentaire était né.

Donc le fermier Giles accepte toujours de vendre sa récolte a un courtier pour disons 10 000 Livres. Mais maintenant, le contrat peut être vendu a des spéculateurs, qui traitent le contrat lui-même comme un objet de richesse potentielle, de commodité. Goldman Sachs peut l’acheter et le vendre a Deutsche Bank pour 20 000 Livres, qui va le vendre pour 30 000 Livres a Merill Lynch et ainsi de suite, jusqu’à ce que l’opération n’ait quasiment plus aucun rapport avec la récolte du fermier Giles.

Si ceci parait incroyable, ça l’est. John Lancester dans son guide sur le monde de la finance « Whooops! pourquoi tout le monde possede tout le monde et personne ne peut payer » explique: « La finance, comme toutes les autres activités humaines, a changé au cours du XXeme siècle, un changement équivalent a celui qui s’est opéré dans l’art moderne, une rupture avec le sens commun, un tournant vers une référentialité introspective, une abstraction et des notions qui ne peuvent plus être expliquées avec le langage commun. » La poésie a trouvé son essort avec le réalisme quand T. S. Eliot a écrit « The Wasteland » (ndt: qu’on pourrait traduire par « L’immensité désertifiée » ). La finance a trouvé son immensité désertifiée dans les années 1970, quand elle a commencé a être dominée par des instruments financiers complexes que même les gens qui les vendaient ne maîtrisaient pas vraiment.

Bon, qu’est-ce que cela a a voir avec le pain dans l’assiette d’Abiba ? Avant la dérégulation, les prix alimentaires étaient fixés par les forces de l’offre et de la demande pour la nourriture elle-même. Ceci était déjà suffisamment imparfait car il y avait déjà un milliard d’humain mal nourris voire mourant de famine. Apres la dérégulation, cela ne fut plus un marché alimentaire uniquement; cela devint en même temps un marché de contrats alimentaires basé sur des récoltes théoriques futures, ainsi les spéculateurs ont gonflé les prix a travers le plafond.

Voici comment cela se passa. En 2006, les spéculateurs financiers comme Goldman Sachs se retirèrent du marché immobilier américain qui s’effondrait. Ils estimèrent que les prix alimentaires resteraient stables ou augmenteraient tandis que le reste de l’économie plongerait, ainsi ils bougèrent leurs capitaux dans ce marché. Soudainement, les investisseurs mondiaux apeurés se ruèrent sur le même marché.

Ainsi, alors que l’offre et la demande alimentaire restaient quasiment inchangées, la demande pour le marché dérivatif alimentaire elle augmenta, ce qui veut dire qu’une flambée des prix s’ensuivit et la famine commença. La bulle ne creva qu’en Mars 2008 quand la situation fut si mauvaise aux Etats-Unis que les spéculateurs ont dû procéder a des coupes drastiques dans leurs dépenses pour couvrir leurs pertes a la maison.

Quand j’ai demandé a un porte-parole de Merill Lynch de commenter sur l’accusation d’avoir provoqué une famine massive, il répondit: « Heu! Je n’étais pas au courant… » Plus tard, il m’envoya un courriel pour me dire: « Je me refuse a tout commentaire. » Deutsche Bank a aussi refusé de commenter. Goldman Sachs furent plus détaillés disant qu’ils avaient vendu leur index au début 2007 en référant a de « sérieuses analyses » qui ont conclues que les index des fonds investis n’ont pas causé de bulle sur les prix des commodités futures, offrant comme preuve un commentaire analyse de l’OCDE.

Comment savons nous que cela est faux ? Comme l’a signifié le professeur Ghosh, quelques récoltes vitales ne sont pas échangées sur les marchés futurs, celles-ci incluent le millet, la cassave et la pomme de terre. Leur prix augmente un peu durant cette période, mais seulement d’une infinitésimale fraction de celui qui serait livré a la spéculation. Son étude démontre que la spéculation était la cause principale de l’augmentation des prix.

Donc cela revient a ceci. Les spéculateurs financiers les plus riches du monde ont créé un casino ou les jetons étaient les estomacs de centaines de millions d’innocents. Ils ont parié sur l’augmentation de la famine et ont gagné. Leur moment d’ « Immensité Désertifiée » s’est transformé en un véritable cauchemar. Qu’est-ce que cela nous enseigne sur notre système politico-économique qui peut infliger tant de mal de maniere si détachée ?

Si cela n’est pas de nouveau régulé, ce n’est qu’une question de temps pour que cela ne se reproduise de nouveau. Combien de gens mourront la prochaine fois ? Le retour a une réglementation pré-1990 sur les commodités alimentaires est très lente, trop lente. Aux Etats-Unis, la chambre a passé quelques réglementations, mais beaucoup ont peur que le Sénat, noyé dans les donations des spéculateurs, ne dilue ces réformes jusqu’à les éviscérer. L’Union Européenne est même pire, alors qu’au Royaume Uni ou l’essentiel de ce marché se passe, les groupes réformateurs sont très inquiets que David Cameron et son gouvernement bloquent les projets de réformes complètement pour faire plaisir a ses amis de la City de Londres.

Seule une force peut stopper de nouveau une autre bulle spéculative de famine. Les gens honnêtes des pays développés se doivent de crier plus fort que les lobbyists de Goldman Sachs. Le Mouvement pour le Développement du Monde déclenche une semaine de pression cet été alors que des décisions critiques seront prises: text WDM a 82055 pour voir ce que vous pouvez y faire.

La dernière fois que j’ai parlé a Abiba elle m’a dit: « Nous ne pouvons pas recommencer ce cauchemar, s’il vous plait, veillez a ce qu’ils ne nous fassent plus jamais, jamais cela. »

Crise économique, réalisme et solutions

Posted in actualité, économie, crise mondiale, guerres imperialistes, militantisme alternatif, N.O.M, politique et social with tags , , , , , , , , on 17 août 2010 by Résistance 71

Nous avons traduit ici de l’anglais un article intéressant a plusieurs titres de Paul Craig Roberts, ancien chef de cabinet du ministre des finances de l’administration Reagan et ancien éditeur pour le Wall Street Journal, bref, pas quelqu’un qu’on peut taxer de « socialiste » ou de « gauchisant ». Néanmoins, et depuis plusieurs années, a l’instar d’un John Perkins, Roberts est revenu des « illusions néo-libérales » et oeuvre sans relâche pour essayer de « corriger le tir » d’un capitalisme marchant sur les mains.

Cet article explique parfaitement en termes simples, les rouages de la crise et le pourquoi du comment de ce qui se passe en ce moment et de ce qui risque fort de se passer dans les mois qui viennent avec sa chaine d’évenements néfastes pour nous tous peuples du monde et des Etats-Unis en particulier. Néanmoins, cet article analytique se base sur des faits économiques et part du principe que la crise qui dégénere actuellement en dépression économique globale, n’est dûe qu’a la gourmandise habituelle de l’oligarchie financiere et du cartel des multinationales toutes puissantes.

Pourtant, une hypothese des plus probable se doit d’être également exposée si nous désirons comprendre la motivation des nantis qui semblent être mus par une folie auto-destructrice. Cette hypothese est celle ou cette crise mondiale et l’effondrement des économies est voulue afin d’ériger sur ses cendres le gouvernement mondial géré par le cartel des banquiers et PDG choisis et instaurer de facto une dictature globale qui fera se retourner de jalousie dans leurs tombes et mausolés tous les tyrans que la Terre a compté. Il semble de plus en plus évident aujourd’hui que l’effondrement planifié de l’économie mondiale, couplé avec une guerre dévastatrice contre l’Iran, potentiellement dégénérant en 3eme guerre mondiale, sont les moyens de l’oigarchie pour parvenir a leur fin: l’établissement final de leur Nouvel Ordre Mondial fasciste.

Paul Craig Roberts a raison, seule une révolution sauvera le peuple américain du chaos annoncé, et en se sauvant eux-mêmes, redonneront une vitalité émancipatrice aux autres peuples.. Ou seront-ce les autres peuples révoltés qui déclencheront la résistance et la victoire du peuple américain ?… Quelque soit l’ordre, nous nous devons une fois de plus de lutter contre un fascisme, sans doute le plus vicieux et totalitaire que nous ayons eu a faire face dans l’Histoire.

Debout et solidaire contre le fascisme globaliste, les peuples prévaudront !

En parallele a son article ci-dessous et pour les anglophones qui nous lisent, une interview du Dr. Paul Craig Roberts en 3 parties (en anglais), temps total 21 minutes:

http://dprogram.net/2010/08/17/video-paul-craig-roberts-america-is-truly-being-destroyed-by-design-the-alex-jones-show/

– Résistance 71 –

Sans révolution, le peuple américain sera jette aux oubliettes de l’Histoire

Par Paul Craig Roberts
Lundi 16 Août 2010

Url de l’article original:

http://www.prisonplanet.com/without-a-revolution-americans-are-history.html

Les Etats-Unis n’ont plus de temps a perdre pour regagner le contrôle de leur budget et de leur déficit commercial. Malgré l’urgence de la situation, l’année 2010 a été gâchée par la rhétorique d’une sortie de crise qui n’existe pas. Aussie récemment que le 02 Août, le secrétaire d’état au trésor Timothy F. Geithner écrivit dans une colonne du New York Times: « Bienvenue a la fin de crise ».

Ainsi que John Williams l’a expliqué a plusieurs reprises, un retour apparent a une bonne santé économique fut créé en sur-comptant l’emploi et en minimisant l’inflation. Les mises en garde de Williams, Gerald Celente et moi-même sont restées sans suite, mais elles ont trouvé récemment un échos de la part du professeur Laurence Kotlikoff de l’université de Boston et de David Stockman, qui critiqua le parti républicain pour être devenu aussi dépensier que les démocrates.

Il est encourageant de constater que cette fois, Washington ne pourra pas dépenser plus d’argent pour sortir l’économie de la récession. Les déficits sont déjà bien trop importants pour le dollar de survivre comme monnaie de réserve et les dépenses du déficit ne peuvent pas remettre les Américains au travail avec du labeur qui a été délocalisé. Quoi qu’il en soit, les solutions offertes par ceux qui commencent a reconnaitre qu’il y a un problème sont décourageantes. Kotlikoff pense que la solution est de couper drastiquement dans la sécurité sociale et le Medicare et également couper dans les augmentations d’impôts ou l’hyperinflation pour détruire la dette immense.

Peut-être que les économistes manquent d’imagination ou peut-être ne veulent ils pas être coupés de Wall Street et des subsides du gros business, mais la sécurité sociale et Medicare sont insuffisants a l’heure actuelle, spécifiquement en considérant l’érosion des pensions privées par le dot com, les marchés dérivatifs et les bulles de l’immobilier. Des coupes drastiques dans la sécurité sociale et le Medicare, pour lesquels les citoyens ont payé 15 pourcents de leur revenu pendant toute leur vie, pourrait résulter en famine et la mort de beaucoup par des maladies facilement guérissables.

Une augmentation des impôts est une idée encore plus saugrenue. Il est évident aujourd’hui que la plupart des familles ne peuvent plus subsister avec un seul travail. Le plus souvent, le mari et la femme travaillent, de plus l’un des conjoints a un deuxième boulot pour boucler les fins de mois. Augmenter les impôts va rendre les fin de mois encore plus difficiles et cela impliquera plus de repossessions immobilières, plus de tickets alimentaires, plus de gens dans les rues sans foyers. Quelle sorte d’économiste ou d’être humain peut penser que ceci serait la solution ?

Ah, taxons les riches alors. Les riches ont plus d’argent. Ils arrêteront de faire de l’argent tout simplement. Soyons réalistes. Voici ce que le gouvernement va sûrement faire. Des que Washington va pleinement réaliser que le dollar est prêt d’être perdu et qu’ils ne peuvent plus continuer a financer les guerres en empruntant a l’étranger, le gouvernement va soit commencer a imposer les fonds de pensions privées sous le prétexte que ces fonds ont accumulé des surplus imposables, ou le gouvernement va obliger les managers des fonds de pension d’acheter des bons du trésor, donc de la dette, avec nos pensions. Ceci fera gagner un peu plus de temps au gouvernement tandis que les comptes de fonds de pensions seront chargés en argent qui n’a plus aucune valeur.

Le dernier déficit de l’administration Bush était de l’ordre de 400-500 milliards de dollars en 2008. A peu pres la taille du surplus commercial de la Chine, du Japon et des pays de l’OPEC avec les Etats-Unis. traditionnellement, ces surplus ont été recyclés aux Etats-Unis et ont aidé a financé le déficit budgétaire. En 2009 et 2010, le déficit fédéral a bondi a 1400 milliards de dollars, soit grosso modo une augmentation de déficit de 1000 milliards de dollars. Il n’y a pas assez de surplus commerciaux pour financer un déficit aussi large. D’ou vient l’argent ?

La réponse est de ceux qui ont fui le marché des changes et boursiers pour venir grossir le volume des bons du trésor plus « sécures » et aussi du package de sauvetage des banksters (ndt: contraction anglo-saxonne des mots « bankers » ou banquiers et « gangsters », bandits), pas tant du reste l’injection d’argent que l’échange par la réserve fédérale de réserves de trésorerie contre des opérations financières douteuses telles que les subprimes des marchés dérivatifs. Les banques ont utilisé leur réserve excédentaire pour acheter de la dette fédérale. Ces manoeuvres financières n’ont qu’un temps. Une fois que les gens ont quitté le marché boursier, le mouvement vers les bons du trésor est fini. L’opposition aux banksters empêche maintenant une autre manoeuvre de la sorte. Alors, d’ou vient l’argent las fois d’apres ?

La trésorerie a pu se délaisser de pas mal de dette via la « crise grecque », que les banksters de New York et les hedge funds ont sur-multipliés en « crise de l’Euro ». La presse financière a servi de bras armé pour le trésor américain en créant une panique a propos de la dette européenne et de l’Euro. Les banques centrales et les particuliers qui avaient pris une position de refuge du dollar sur l’Euro furent paniqués et ils se sont précités sur le dollar et ainsi ont achetée de la dette américaine.

Ce mouvement de l’Euro au dollar a déprécié la monnaie de resserve alternative au dollar, ce qui a arrêté le déclin du dollar et financé le déficit du budget américain pour un peu plus longtemps. Il est très possible que le scénario puisse être reconduit avec les dettes de l’Espagne, de l’Irlande et quelque pays que ce soit qui se fasse balayé par l’expansion insensée de l’UE. Mais quand il n’y aura plus aucun pays qui puisse être déstabilisé par Wall Street et les banksters de l’investissement et les hedge funds, qui financera le déficit budgétaire des Etats-Unis ? Le seul financier qui restera sera la réserve fédérale. Quand les bons du trésor seront amenés aux enchères et ne se venderont plus, la réserve fédérale devra les acheter elle-même. La réserve fédérale achete les bons du trésor en créant une nouvelle demande de dépôt ou de comptes courants a la trésorerie. Alors que la trésorerie dépense les gains de la vente d’une nouvelle dette, la volume d’argent aux Etats-Unis augmente du même montant que l’achat de dette de tresser par la réserve fédérale. Est-ce que les biens et services augmentent de la même façon ? Les importations vont augmenter car le travail des ouvriers américains a été délocalisé et donné aux étrangers, ce qui amplifiera le déficit commercial. Lorsque le réserve fédérale achètera la nouvelle dette du trésor, la volume d’argent en circulation va augmenter de bien plus que le volume de biens et services produits généré intra-muros. Les prix monteront en fleche.

De quelle maniere ? Le plus longtemps le gouvernement créé de l’argent pour payer ses factures, et plus le résultat sera une hyperinflation. L’économie ne s’est pas régénérée. A la fin de cette année, il est évident que l’effondrement en cours de l’économie générera plus de 1400 milliards de dollars de déficit budgétaire a financer. Sera-ce 2000 milliards de dollars ?… Plus ?… Quelque soit le montant, le reste du monde verra que le dollar est imprimé en de telles quantités faramineuses qu’il ne pourra plus servir de réserve monétaire internationale. A ce moment, un dumping gigantesque du dollar par les banques centrales sera de mise alors que ces banques essaient de se débarrasser d’une monnaie sans valeur. L’effondrement du dollar va faire augmenter les prix des importations et des biens d’outre-mer dont les américains dépendent. Les habitués de Wal-Mart vont penser qu’ils sont entrées par erreur chez Neiman Marcus (ndt: une chaine de magasins de luxe aux états unis).

Les prix vont exploser avec l’augmentation incessante du volume monétaire dans le pays et poursuivent les biens et services toujours faits en Amérique par des Américains. Le dollar comme monnaie de resserve ne survivra pas ce choc. Quand le dollar implose, les Etats-Unis ne peuvent plus financer leur déficit commercial. Par voie de conséquence, les importations vont chuter drastiquement, ainsi renforçant l’inflation et comme les Etats-Unis sont dépendants pour leur énergie, il y ara de sévères dysfonctionnements dans les transports, ce qui altérera le travail et la livraison des biens de consommation courants dans les magasins. La panique s’en suivra.

Les fermes seront-elles pillées ? Les gens coincées dans les villes se recoudront-ils aux émeutes et au pillage ? Ceci est-il le futur très probable que « notre » gouvernement et nos « industries si patriotiques » ont concocté pour nous ?

Pour emprunter a Lénine: « Que faire ?  »

Voici ce qui peut être fait. Les guerres, qui ne bénéficient a personne si ce n’est au complexe militaro-industriel et a Israel pour son expansion territoriale, doivent être immédiatement terminées. Ceci réduira de facto le déficit budgétaire de plusieurs centaines de milliards de dollars par an. Plusieurs centaines de milliards de dollars pourraient être économisés en coupant dans le budget militaire, qui en l’état actuel des choses, dépasse et de loin tous les budgets militaires des puissances militaires sérieuses de la planète. Les dépenses militaires américaines sont le pur reflet de la folie hors de prix et fantaisiste du but néo-conservateur d’établir une hégémonie américaine sur le monde. Quel idiot a Washington peut encore penser que la Chine va financer l’hégémonie US sur elle-même ?

La seule façon pour les Etats-Unis d’avoir de nouveau une économie est de ramener les boulots délocalisés aux Etats-Unis. La perte de ce travail a augmenté la paupérisation des citoyens et produit des gains disproportionnés pour Wall Street, les actionnaires, et les exécutifs de l’industrie. Ce travail peut être ramené a la maison en imposant les industries au pro-rata de la valeur ajoutée a leurs produits. Si la valeur est ajoutée a leurs biens et services en Chine, les industries devraient avoir un taux d’imposition plus élevé. Si la valeur ajoutée se fait aux Etats-Unis, les industries bénéficieraient d’abattement fiscaux.

Ce changement dans la méthodologie de l’imposition des industries déstabilisera la main d’oeuvre a bon marché qui a attirée la délocalisation du travail américain et cela reconstruira les échelles de mobilité verticale qui firent de l’Amérique une société des opportunités. Si les guerres ne sont pas immédiatement arrêtées et le travail ramené aux Etats-Unis, ce pays sera relégué dans les poubelles de l’Histoire. De maniere évidente, les grosses industries et Wall Street utiliseront leur puissance financière et leurs contributions aux campagnes électorales pour bloquer toute législation qui réduirait leur profit a court-terme et leurs bonuses en ramenant le travail aux Etats-Unis. Les Américains n’ont pas de plus grands ennemis que Wall Street et la grosse industrie et leurs prostitués du Congres et de la maison blanche. Les néocons alliés d’Israel, qui contrôlent les deux partis et la plupart des médias sont shootés a l’ecstasy de l’Empire.

Les Etats-Unis d’Amérique et le bien-être de 300 millions de ses citoyens ne peuvent pas être restaurés s’il n’est pas possible de battre les nouveaux conservateurs, Wall Street, le cartel de la grosse industrie et leurs esclaves serviles du congres et de la maison blanche.

Sans révolution, les Etats-Unis d’Amérique sont a reléguer aux oubliettes de l’Histoire.

Le Dr. Paul Craig Roberts est le père des Reaganomics (ndt: doctrine économique appliquée durant les administrations Reagan dans les années 80) et l’ancien chef de cabinet au département du trésor US (ndt: directeur de cabinet du ministre des finances). Il est aujourd’hui journaliste et analyste, ancien éditeur du Wall Street Journal.

Son dernier ouvrage: « Comment l’économie fut perdue: la guerre des mondes », détaille le pourquoi et le comment de la désintégration des Etats-Unis.


L’esprit évolutionnaire

Posted in actualité, altermondialisme, crise mondiale, militantisme alternatif, politique et social with tags , , , , , on 17 août 2010 by Résistance 71

L’esprit évolutionnaire

Url de l’article original:

http://les7duquebec.wordpress.com/2010/08/16/lesprit-evolutionnaire/

On parle beaucoup de créer une nouvelle société. Mais une Nouvelle Société ne nait pas toute armée du cerveau de Jupiter. Ce n’est pas un mutation brusque, c’est une myriade de changements petits et grands qui s’additionnent subrepticement, jour après jour, jusqu’à ce qu’on s’aperçoive tout à coup que le monde n’est plus le même. « Tiens, l’Interac, ça fonctionne! » (108.html). « Tiens l’Internet est là et tout le monde à droit de parole! » (124.html) … Mais ce n’est pas de regarder dans la boule de cristal qui fait changer le monde; c’est d’identifier les problèmes, de retrousser ses manches, de trouver et d’appliquer des solutions.

Et ça, tout le monde peut le faire. Tout le monde DOIT le faire. Personne n’est si nul ni si incompétent qu’il ne puisse trouver quelque chose qui ne tourne pas rond dans son environnement immédiat et il y en a bien peu d’entre nous qui ne soient jamais capables de suggérer un remède.

La règle numéro #1 pour faire changer les choses c’est de prendre conscience de ce qui ne va pas et de se sentir RESPONSABLE de les faire changer. On peut le faire en dilettante (5079.html) ou en service commandé, de temps en temps ou méthodiquement, du matin au soir; l’important, c’est de voir avec des yeux neufs. Il faut appliquer à débusquer les erreurs du système cette approche « zero-budgeting » qui a servi à dégraisser les programmes de l’État il y a une décennie: ne rien prendre pour acquis mais reprendre les calculs à partir des besoins eux-mêmes.

Qu’arriverait-il si on mettait la société en examen et qu’on se demandait vraiment ce qui est utile et ce qui ne l’est pas, ce qui est prioritaire et ce qui peut attendre… ou simplement disparaître? N’ayez pas peur d’aller au fond des choses. Remettez tout en question. Demandez toujours « Pourquoi? » Pourquoi, du transcendental au plus trivial, supportons-nous que les choses ne soient pas faites correctement ? Pourquoi des théières dont on ne peut verser le contenu sans en mettre plein la nappe? Pourquoi des jaquettes d’hôpital qui semblent concues pour l’humiliation?

Pourquoi des enfants et des adolescents qui savent lire devraient-ils, en guise d’éducation, s’asseoir devant un prof qui leur lit le contenu d’un manuel ? Pourquoi y a-t-il des chômeurs… alors qu’il y a tant de travail à faire? Pourquoi l’État paye-t-il 40 milliards par année en intérêts sur la dette publique, alors qu’il pourrait imprimer l’argent et la rembourser? Pourquoi la santé n’est-elle pas notre priorité collective alors que la vie est la priorité de tout individu?

Surtout, n’acceptez jamais comme réponse que « les choses ne sont pas si simples… »; demandez doucement qu’on vous explique. Les choses ne sont pas simples, mais elles ne sont pas inintelligibles; il n’y a pas de mystères abyssaux qui rendent inconnaissables les causes de nos déboires, il n’y a que l’arrogance et la mauvaise foi de ceux qui veulent nous en cacher le détournement à leur profit.

Machiavel disait qu’il n’y a rien de plus difficile que de changer l’ordre établi; pourtant, c’est bien ça, le défi qu’il faut relever. Parce que l’ordre actuel a donné tout le bien qu’il pouvait apporter – l’abondance (709.html) – mais n’a pas épuisé sa malice qui est l’injustice. Pour arriver à changer l’ordre établi, il faut remplacer l’apathie et l’inertie par un préjugé favorable au changement. Voir que rien n’est parfait mais que tout, au contraire, est indéfiniment perfectible; tout changement n’est pas bon, mais il y a toujours un bon changement à apporter. Trouver la faille, l’imperfection, puis se demander « Pourquoi pas? »… C’est ça, l’esprit évolutionnaire.

Si chacun, chaque jour, dans les limites de ses compétences, proposait un changement petit ou grand sur l’Internet? Si chacun, dans ses temps libres, se donnait la peine de prendre connaissance de quelques unes de ces propositions avec ouverture d’esprit et se donnait la peine, aussi, de dire simplement « Je suis d’accord »? Il y en aurait combien de ces changements qui feraient consensus, combien qui circuleraient sur le Web, puis de bouche à oreille jusqu’à ce que ceux qui ont le pouvoir de les faire arriver sortent de leur torpeur et agissent?

Ne croyez pas que ce soit au voisin de le faire. Il n’en tient qu’à vous que les choses commencent à changer … et n’oubliez pas que, tôt ou tard, c’est toujours le changement qui gagne. Il n’en tient qu’à vous de VOUS changer et de devenir un agent de l’ÉVOLUTION. C’est ça, le premier pas en avant qui marque le début du long voyage vers un monde meilleur.

Pierre JC Allard

L’Ecopar: économie participative citoyenne, voie de la sagesse

Posted in actualité, altermondialisme, économie, crise mondiale, démocratie participative, politique et social with tags , , , , , , , , on 16 août 2010 by Résistance 71

L’économie participative… Une alternative libertaire et viable

– En ces temps économiquement troublés, beaucoup de citoyens réalisent que notre modele de société occidentale est non seulement devenu obsolete, mais qu’il nous conduit au chaos et au marasme social; du moins pour la vaste majorité des populations non affiliées a la vampirisation boursiere, outranciere et frauduleuse dont nous venons d’obtenir un échantillon de résultat avec l’affaire grecque, qui est loin d’être finie et ses répercussions sur l’UE.
Le capitalisme est au-dela de toute potentialité de réforme ou de “réparation”, car il est entraîné vers l’annihilation par la force gravitationnelle du gigantesque trou noir financier qui est la résultante de l’assouvissement du désir de puissance et de contrôle du petit nombre.
Les économistes orthodoxes ne reconnaissent que deux modeles possibles pour une économie et son développement:
1- L’économie industrielle basée sur des contrats librement négociés, modele dit d’économie de marché
2- L’économie basée sur un systeme contraignant d’instructions venant de bureaux de planification, modele économique “socialiste”, lui aussi basé sur marché d’échanges ou le profit domine les négotiations
Selon les économistes… Il n’y a pas de troisieme voie…

Cet article ci-dessous propose une troisieme voie, efficace et viable, celle de l’économie participative ou Ecopar, basée sur une synthese des idées libertaires qui ont évoluées au cours de l’histoire récente.

Cet article de Normand Baillargeon de l’université du Québec a Montréal (UQAM), écrit en 1999 est une revue de la proposition de Parecon (Participative Economy), élaborée par l’économiste américain de l’université de Washington: Robin Hahnel et de l’activiste libertaire Michel Albert

Quand les citoyens se demandent ce qu’il faut faire pour sortir de la spirale destructrice de l’économie actuelle, des éléments de réponse se trouvent ici…

— Résistance 71 –

Normand Baillargeon
Une proposition libertaire
L’économie participative

Robin Hahnel, professeur d’économie à l’université de Washington et Michael Albert, activiste américain bien connu, ont élaboré, au début des années 1990, un modèle économique qu’ils ont appelé Participatory Economics ou Parecon — ce que je propose ici de rendre par Écopar.
Ce très ambitieux travail est quelque peu connu aux États-Unis, du moins dans le milieu des économistes “progressistes” et dans celui des activistes de tendance libertaire. L’Écopar vise à concevoir et à rendre possible la mise en place d’institutions économiques qui permettent la réalisation de fonctions précises, assignées à de telles institutions, mais dans le respect de certaines valeurs, dont les auteurs soutiennent qu’elles sont justement celles que la gauche — plus  précisément la gauche libertaire — a jugées et juge toujours fondamentales.
L’ambition de ce modèle est la suivante: “Nous cherchons à définir une économie qui distribue de manière équitable les obligations et les bénéfices du travail social; qui assure l’implication des membres dans les prises de décision à proportion des effets que ces décisions ont sur eux; qui développe le potentiel humain pour la créativité, la coopération et l’empathie; et qui utilise de  manière efficiente les ressources humaines et naturelles dans ce monde que nous  habitons — un monde écologique où se croisent de complexes réseaux d’effets  privés et publics. En un mot: nous souhaitons une économie équitable et  efficiente qui promeuve l’autogestion, la solidarité et la variété. “1
Au total, l’Écopar propose un modèle économique dont sont bannis aussi bien le  marché que la planification centrale (en tant qu’institutions régulant l’allocation, la production et la consommation), mais également la hiérarchie du travail et le profit. Dans une telle économie, des Conseils de consommateurs et de producteurs coordonnent leurs activités au sein d’institutions qui promeuvent l’incarnation et le respect des valeurs préconisées. Pour y parvenir, l’Écopar repose encore sur la propriété publique des moyens de production ainsi que sur une procédure de planification décentralisée, démocratique et participative par laquelle producteurs et consommateurs font des propositions d’activités et les révisent jusqu’à la détermination d’un plan dont on démontre qu’il sera à la fois  équitable et efficient.

Antécédents théoriques

La démonstration faite par les auteurs a été à ce point convaincante que les débats et les discussions qui ont entouré l’Écopar ont pour l’essentiel porté sur sa désirabilité plutôt que sur sa faisabilité. Je reviendrai plus loin sur quelques-uns de ces débats. Cependant, très peu d’analyses ont été consacrées aux sources théoriques de ce modèle économique, et ses créateurs eux-mêmes n’ont pas substantiellement abordé cette question des antécédents théoriques de l’Écopar. On ne peut que souhaiter que cette lacune sera comblée, notamment parce qu’il  m’apparaît plus que probable qu’une meilleure contextualisation historique et théorique ne pourra que contribuer significativement à une appréciation plus fine des enjeux et des éventuels mérites de l’Écopar.
Je pense pour ma part qu’un tel travail découvrira que l’anarchisme constitue la principale source théorique de l’économie participative.
En exergue de leur travail sans doute le plus ambitieux sur le plan théorique 2, les auteurs ont placé cette remarque de Noam Chomsky: “Je veux croire que les êtres humains ont un instinct de liberté, qu’ils souhaitent véritablement avoir  le contrôle de leurs affaires; qu’ils ne veulent être ni bousculés ni opprimés,  recevoir des ordres et ainsi de suite; et qu’ils n’aspirent à rien tant que de s’engager dans des activités qui ont du sens, comme dans du travail constructif qu’ils sont en mesure de contrôler ou à tout le moins de contrôler avec d’autres. Je ne connais aucune manière de prouver tout cela. Il s’agit essentiellement d’un  espoir placé dans ce que nous sommes, un espoir au nom duquel on peut penser que si les structures sociales se transforment suffisamment, ces aspects de la nature  humaine auront la possibilité de se manifester. “
À n’en pas douter, un tel espoir est celui qu’ont entretenu les anarchistes et il traverse de part en part l’économie participative. L’inspiration libertaire de l’Écopar est à la fois diffuse — entendez par là qu’elle imprègne tout le modèle  — et explicite — certaines de ses caractéristiques fondamentales étant directement reprises de la tradition anarchiste. Sur ces deux plans, un bilan  précis reste à dresser. Mais qui prend contact avec l’Écopar ne peut manquer de  relever sa parenté intellectuelle profonde avec ce que Michael Albert appelle “les valeurs et l’esprit de Kropotkine”.3
Antiautoritariste 4 ; soucieuse de réaliser l’équité de circonstances et de ne faire dépendre les éventuelles inégalités que de variables sur lesquelles on maîtrise des individus placés dans de telles circonstances; défendant une conception de la liberté comme conquête sociale et historique; opposée aussi bien au marché qu’à la planification centrale; on découvre encore dans l’Écopar l’influence du Kropotkine de L’aide mutuelle: un facteur d’évolution, qui s’opposait au réductionnisme biologique des néo-darwiniens sociaux en faisant jouer un autre déterminisme biologique, celui de l’entraide et de la coopération.  Albert et Hahnel écrivent: “Jusqu’à maintenant, la plupart des économistes professionnels ont convenu que la nature humaine ainsi que la technologie contemporaine interdisent a priori des alternatives égalitaires et participatives. Ils ont généralement soutenu qu’une production efficiente devait être hiérarchique, que seule une consommation inégalitaire pouvait fonder une motivation efficiente et que l’allocation ne pouvait être réalisée que par le marché ou la planification centrale et jamais par des procédures participatives.” 5 L’Écopar est un effort soutenu pour démontrer que de telles assertions sont aussi bien factuellement contestables que moralement irrecevables.
Autre influence libertaire revendiquée, celle de Bakounine, dont les auteurs s’inspirent dans leur critique des économies de planification centrale. On se rappellera ici l’important débat qui opposa Marx au Russe au sein de la 1ère Internationale, au terme duquel Bakounine prédisait la terrifiante montée d’une “bureaucratie rouge” dans les régimes communistes autoritaires. Albert et Hahnel prolongent cette analyse dans leur examen des économies de planification centrale, dénoncées comme étant au service de ceux qu’ils nomment les “coordonnateurs” — intellectuels, experts, technocrates, planificateurs et autres travailleurs intellectuels qui monopolisent l’information et l’autorité dans la prise de décision. Classe intermédiaire dans le capitalisme, ces coordonnateurs  ont constitué la classe dominante dans les économies du Bloc de l’Est.
Si l’héritage libertaire de l’Écopar est indéniable et lucidement assumé, à  d’autres égards, le travail de Hahnel et Albert est substantiellement en rupture avec cette tradition libertaire. Ce qu’ils lui reprochent, pour l’essentiel, c’est de ne pas avoir fourni de réponses précises, crédibles et pratiquement viables aux nombreux et bien réels problèmes posés par le fonctionnement d’une  économie — sur le plan de l’allocation des ressources, de la production, de la consommation. Les propositions anarchistes en économie sont ainsi, à leurs yeux, très largement restées à l’état de propositions critiques et négatives: au total,  on sait très bien ce que les anarchistes refusent en matière d’institutions  économiques (les inégalités de statut, de revenu, de circonstance; la propriété privée des moyens de production; l’esclavage salarial et ainsi de suite), mais  beaucoup moins ce qu’ils préconisent et les moyens de parvenir à des institutions échappant à ces critiques et incorporant les valeurs privilégiées. Ce n’est pas le lieu d’examiner ici en détail cette évaluation des apports de la tradition libertaire en économie pour décider de sa validité. Rappelons simplement que  c’est du côté des Conseils — telle qu’on peut trouver cette idée exposée et  défendue par exemple dans la tradition des soviets, du Guild Socialism mais aussi chez Rosa Luxembourg et plus encore chez Anton Pannekoek — que l’Écopar trouvera son inspiration pour la conceptualisation de ses institutions économiques.
Une dernière remarque sur les sources de l’Écopar: après avoir pris connaissance des valeurs prônées par l’Écopar, c’est peut-être aussi au socialisme utopiste du siècle dernier, à celui de Fourier par exemple, que le lecteur francophone songera d’abord. Hahnel et Albert ont quant à eux revendiqué une filiation avec les idées d’Edward Bellamy (1850-1898), lequel est si peu connu du lectorat francophone que je souhaite en toucher un mot. Bellamy a fait paraître, en 1888,  un roman intitulé Looking Backward, 2000-1887, dont le titre a d’ailleurs  inspiré celui de l’ouvrage qui présente l’Écopar au grand public.6
Dans ce roman, qui connut en son temps un immense succès, Bellamy imagine les États-Unis en l’an 2000. Le pays vit alors sous un régime socialiste dans lequel l’industrie est mise au service des besoins humains et où l’activité économique se réalise au sein d’institutions favorisant l’équité, la fraternité, l’entraide  et la coopération. Virulente critique du capitalisme et de ses effets  dévastateurs, de l’économie de marché et de ses chantres, le livre paraît alors que sont encore vives les plaies de la crise du Haymarket de Chicago et il participe de ce qui sera un des derniers moments forts des luttes ouvrières  libertaires en Amérique du Nord.

Une solution intellectuellement crédible et pratiquement viable

Ces idées de Hahnel et Albert ont d’abord été développées dans deux volumes parus en 1991. Depuis cette date, les auteurs ont abondamment présenté leur modèle à divers auditoires et par divers moyens — articles, entretiens, conférences, cours, groupes de travail et de discussion, notamment sur Internet; ils l’ont  également défendu contre les diverses objections dont il a fait l’objet; ils ont, enfin, mis sur pied ou contribué à mettre sur pied diverses tentatives d’implantation des principes et procédures de l’Écopar dans quelques lieux de travail qui ont souhaité fonctionner selon les principes et les valeurs que ce  modèle met en l’avant.
L’économie participative se veut donc une solution intellectuellement crédible et pratiquement viable, ne tombant en particulier dans aucun des pièges de la simple et trop facile dénonciation moralisatrice à laquelle on peut concéder aux auteurs que la gauche succombe trop souvent dans ses analyses et propositions  économiques. Je citerai à ce propos encore Michael Albert: “Sur le plan économique, à gauche, on arrive à dire des choses comme ceci: les gens dans ma société consomment beaucoup trop, c’est horrible pour telle ou telle raison, — il faut donc abolir la consommation. Ou encore: les gens de ma société travaillent,  il faut abolir le travail. Au lieu de reconnaître qu’il y a un certain nombre de fonctions qu’une économie doit accomplir: la question est alors de savoir comment  le faire tout en respectant certaines valeurs désirables. Bien des écologistes vont dire, par exemple: “General Motors, c’est gros, — donc tout ce qui est gros est mauvais, — il faut penser petit.” Mais ce n’est pas une analyse: c’est un réflexe. C’est faux, même d’un point de vue écologique. Les gens entendent ça et rigolent en se disant qu’on va aboutir à une société où on n’aura pas assez à manger. Avec raison. Il faut faire mieux.” 7
Il serait présomptueux de prétendre rendre compte des tenants et des aboutissants d’une telle proposition en quelques pages. C’est pourquoi le présent article se  propose, plus modestement, de présenter succinctement quelques-unes des caractéristiques les plus remarquables du modèle puis de fournir les informations qui permettront d’aller plus loin à qui souhaitera en savoir plus. Après un aperçu sommaire de ce modèle économique, je rappelle quelques-unes des principales critiques adressées aux auteurs ainsi que les arguments par lesquels  ils ont répondu à ces attaques. Finalement, une Bibliographie et une Internetographie sont proposées avec l’espoir qu’elles aideront dans leurs  premières démarches ceux et celles qui auront le désir d’en apprendre un peu plus.

Efficience, Equité, Autogestion, Solidarité, Variété

Quels critères évaluatifs convient-il d’employer pour juger d’institutions économiques? Avant de proposer leur propre modèle, Albert et Hahnel ont consacré un important travail à répondre à cette question.8 Au terme de leurs analyses, ils proposent un modèle dit de “préférences endogènes” qui débouche sur une substantielle reformulation des critères évaluatifs habituellement retenus pour juger des économies. Pour aller rapidement à l’essentiel, rappelons qu’ils acceptent l’optimum de Pareto comme critère de l’efficience économique, mais qu’ils le relient à une conception des sujets conçus comme agents conscients et dont les préférences et caractéristiques sont susceptibles de se développer et de se préciser avec le temps. Cette définition de l’efficience est le premier  critère évaluatif retenu.
Le deuxième est l’équité. La plupart des économistes retiennent également ce  critère et l’Écopar convient d’emblée de ce qu’elle est une caractéristique désirable d’une économie.9 Mais Albert et Hahnel rappellent aussi que quatre  maximes distributives concurrentes, correspondant à quatre écoles de pensée également concurrentes, proposent autant de définitions de ce qui constitue l’équité. Les voici:

• Maxime distributive 1: Paiement selon la contribution de la personne ainsi que celle des propriétés détenues par elle.
• Maxime distributive 2: Paiement selon la contribution personnelle.
• Maxime distributive 3: Paiement selon l’effort.
• Maxime distributive 4: Paiement selon le besoin.

La plupart des économistes, on le sait, adoptent les maximes 1 ou 2. Les  anarchistes, quant à eux, ont maintes fois exprimé leur préférence pour la maxime 4. Tout en reconnaissant que c’est vers elle qu’il faut tendre, l’Écopar opte pour la maxime 3 et se construit donc, hic et nunc, à partir de l’idée de rémunération selon l’effort.
Le troisième critère évaluatif est l’autogestion (ce par quoi je propose de rendre ce que les auteurs nomment self-management). De longues analyses sont consacrées à cette propriété. Ici encore, pour aller rapidement à l’essentiel, disons simplement que les auteurs aboutissent à une définition de l’autogestion entendue comme le fait que la voix de chacun a de l’impact sur une décision à proportion de ce qu’il sera affecté par cette décision. Albert et Hahnel tiennent  avec raison cette définition de l’autogestion comme un des apports les plus originaux, novateurs et lourds d’impact de l’Écopar.
Le quatrième critère évaluatif est la solidarité, entendue comme la considération égale du bien-être des autres.
Le cinquième et dernier critère évaluatif est la variété, entendue comme diversité des outputs.
Armés de ces critères, demandons-nous ce qu’on peut penser des institutions économiques qui s’offrent à nous. Plus précisément, nous chercherons à déterminer dans quelle mesure des institutions d’allocation, de même que des institutions de production et de consommation, permettent — ou non — de s’approcher de ces valeurs désirables que nous venons de poser. Deux institutions allocatives s’offrent à notre examen: le marché et la planification centrale.

Ni marché ni planification centrale

La critique du marché occupe une part importante du travail préalable accompli par les auteurs. Au terme de ce travail, ils concluent que loin d’être cette  institution socialement neutre et efficiente dont on vante parfois les mérites, le marché érode inexorablement la solidarité, valorise la compétition, pénalise la coopération, ne renseigne pas adéquatement sur les coûts et bénéfices sociaux des choix individuels (notamment par l’externalisation), suppose la hiérarchie du travail et alloue mal les ressources disponibles. Pour résumer plus simplement cette position à laquelle les auteurs parviennent, voici ce que me déclarait Michael Albert, lors d’un récent entretien: “Le marché, même à gauche, ne fait  plus guère l’objet d’aucune critique, tant la propagande a réussi à convaincre tous et chacun de ses bienfaits. Je pense pour ma part que le marché est une des pires créations de l’humanité. Le marché est quelque chose dont la structure et la dynamique garantit la création d’une longue série de maux, qui vont de l’aliénation à des attitudes et des comportements antisociaux en passant par une répartition injuste des richesses. Je suis donc un abolitionniste des marchés, — même si je sais bien qu’ils ne disparaîtront pas demain —  , mais je le suis de la même manière que je suis un abolitionniste du racisme.” La planification centrale, comme institution d’allocation, ne passe guère mieux le test que lui font subir nos cinq critères évaluatifs. Pour qu’un système d’allocation par  planification centrale soit efficient, on reconnaît généralement qu’il doit satisfaire à un certain nombre de contraintes préalables. En particulier, les décideurs doivent connaître et maîtriser l’information nécessaire pour effectuer les calculs permettant l’élaboration du plan et pouvoir imposer les incitatifs qui assureront que les agents économiques accompliront leurs tâches respectives. La plupart des économistes contemporains refusent d’accorder ces préalables et conviennent avec Von Mises et les néoclassiques que l’impossibilité de les concéder en théorie signe l’impossibilité pratique des économies de planification centrale. Albert et Hahnel montrent pour leur part que même si on accorde ces improbables prémisses, de telles économies seront toujours inacceptables du point de vue des critères évaluatifs qu’ils proposent. Si le marché détruit systématiquement la solidarité, la planification centrale détruit systématiquement l’autogestion, empêche la détermination par chacun de préférences personnelles qui prennent en compte de manière raisonnable les conséquences sociales de ses choix. Au total, la planification centrale promeut la montée d’une classe de coordonnateurs en plus de générer de bien piètres résultats.
Si cette analyse est juste, ni le marché ni la planification centrale ne peuvent générer des résultats qui soient conformes aux critères évaluatifs avancés. Il faut donc inventer une nouvelle procédure d’allocation: ce que se propose justement l’Écopar.

Production, Propriété, Consommation
Qu’en est-il à présent des institutions de consommation et de production? Cette fois encore, c’est à la lumière des critères évaluatifs mis en avant par l’Écopar qu’il convient de les jauger afin de décider si celles qui existent pourraient convenir à une économie participative.
La propriété privée est le premier candidat au titre d’institution de production. Dans son acception libérale, la liberté d’entreprendre et le droit de jouir sans entrave des fruits de son activité sont considérés conjointement comme étant fondamentaux — voire naturels, du moins dans les versions naturalistes du libéralisme. Cette liberté économique serait en outre au cœur des libertés politiques. Les critères évaluatifs que nous avons rappelés nous indiquent déjà que l’Écopar, optant pour une définition de la liberté économique entendue comme autogestion, refuse la propriété privée des moyens de production, qui mine à la fois cette autogestion, la solidarité et l’équité — dans la mesure où elle ne rémunère pas selon l’effort et adopte plutôt la première maxime distributive.
Enfin, au nom de l’équité et de la solidarité, une économie participative refusera aussi toute organisation hiérarchique du travail, fut-elle instaurée au sein de lieux de production qui seraient détenus collectivement. Reste à faire la preuve que la production peut demeurer efficiente tout en étant non-hiérarchique — nous y reviendrons.
Terminons par un examen des institutions de consommation. Les économies existantes ne leur consacrent que très peu d’analyses et l’acceptation de caractéristiques hiérarchiques dans la production induit l’acceptation d’une consommation inégalitaire. Une économie participative proposera donc des  institutions et des relations de consommation non-hiérarchiques, permettant une  participation équitable à la production.
Le problème de la production, tel qu’il se pose à une économie participative, est  essentiellement d’assurer une démocratie participative dans les lieux de travail. Démocratie par laquelle sont exclues les relations hiérarchiques et respectées les critères évaluatifs mis de l’avant par une telle économie tout en assurant que chacun sera en mesure de prendre une part réelle et significative dans les  prises de décision.
Cette fois encore, je suis contraint d’aller rapidement à l’essentiel, pour en  arriver directement, par-delà l’argumentation qui y conduit, à l’idée de Balanced Job Complex, concept que je propose de rendre par “ensemble équilibré de tâches”. Il s’agit ici d’une des innovations majeures de l’Écopar.

Ensemble équilibré des tâches

La proposition est au fond fort simple. Au sein des lieux de production d’une Écopar, personne n’occupe à proprement parler un emploi, du moins au sens où ce terme est entendu d’ordinaire. Chacun s’occupe plutôt d’un ensemble de tâches, lequel est comparable, du point de vue de ses avantages, de ses inconvénients ainsi que de son impact sur la capacité de son titulaire à prendre part aux décisions du conseil de travailleurs, à n’importe quel autre ensemble équilibré de tâches au sein de ce lieu de travail. De plus, tous les ensembles de tâches qui existent au sein d’une société fonctionnant selon l’Écopar seront globalement  équilibrés et il arrivera même, pour ce faire, que des travailleurs aient à  accomplir des tâches à l’extérieur de leur lieu de travail.
Les créateurs de l’Écopar consacrent beaucoup d’espace, d’énergie et  d’ingéniosité à défendre cette idée, à montrer qu’il est non seulement souhaitable en théorie mais également possible et efficient en pratique de balancer de la sorte les tâches de production qui sont accomplies au sein d’une  économie. Plus précisément, leur argumentaire tend à montrer que cette manière de faire est efficiente, équitable et assure le respect de valeurs préconisées — à commencer, bien évidemment, par l’autogestion, dont elle est une condition nécessaire. Deux arguments sont le plus souvent invoqués contre cette pratique. Je voudrais les rappeler ici afin de montrer comment y répondent les partisans de  l’Écopar. 10
Selon un premier argument, s’il est plausible de penser, comme incite d’ailleurs à le faire une imposante littérature, que le fait de permettre aux travailleurs d’avoir un mot à dire sur leurs tâches accroît l’efficience du travail et sa désirabilité aux yeux de qui l’accomplit, la proposition de construire des  ensembles équilibrés de tâches va bien au-delà et néglige deux éléments capitaux du problème: la rareté du talent ainsi que le coût social de la formation. Partant, cette proposition serait inefficiente. Cet argument est souvent appelé celui du “chirurgien qui change les draps des lits de son hôpital” — c’est sous cette forme qu’il est d’abord apparu.
Certes, le talent requis pour devenir chirurgien est sans aucun doute rare et le  coût social de cette formation élevé. Il y a donc bien une perte d’efficience à demander au chirurgien qu’il fasse autre chose que des opérations chirurgicales. Cependant, il est également vrai que la plupart des gens possèdent des talents socialement utiles et dont le développement implique un coût social. Une économie  efficiente utilisera et développera ces talents de telle sorte que le coût social de l’accomplissement des tâches routinières et moins intéressantes dépendra peu de qui les réalise. Il ne s’ensuit donc pas des prémisses accordées que le fait pour un chirurgien de changer des draps présente un coût social global prohibitif.
Un autre argument couramment employé contre les ensembles équilibrés de tâches veut que la participation promue par cette procédure s’exercera au détriment de l’expertise et de la part prépondérante qui lui revient nécessairement dans la prise de décisions — en particulier si les sujets débattus sont complexes. En fait, l’Écopar ne nie aucunement le rôle de l’expertise. Mais si cette expertise  est précieuse pour déterminer les conséquences des choix qui peuvent être faits, elle demeure muette quand il s’agit de déterminer quelles conséquences sont préférées et préférables. Si l’efficience suppose que des experts soient consultés sur la détermination des conséquences prévisibles des choix — en particulier lorsque ceux-ci sont difficiles à déterminer — elle exige aussi que ceux qui auront à les subir fassent connaître leurs préférences.

Décision décentralisée

Ce que de tels lieux de travail produiront sera déterminé par les demandes formulées par des conseils de consommation. Chaque individu, famille ou unité, appartient ainsi à un conseil de consommation de quartier; chacun de ces conseils appartient à son tour à une fédération parmi d’autres, lesquelles sont réunies en structures de plus en plus englobantes et larges, jusqu’au conseil national.
Le niveau de consommation de chacun sera déterminé par la troisième maxime distributive, à savoir le paiement selon l’effort, lequel est évalué par les collègues de travail.
De même, le mécanisme d’allocation consiste en une planification participative décentralisée. Des conseils de travailleurs et des conseils de consommateurs avancent des propositions et les révisent dans le cadre de ce processus qui a fait l’objet d’un travail considérable de la part des créateurs de l’Écopar, qui ont été jusqu’à en construire un modèle formel. Ils y font notamment usage de procédures itératives, proposent des règles de convergence et montrent comment des outils de communication comme les prix, la mesure du travail ainsi que des  informations qualitatives peuvent être utilisées pour parvenir à un plan  efficient et démocratique. Albert et Hahnel considèrent en fait que leur “spécification de cette procédure constitue (leur) plus importante contribution  au développement d’une conception et d’une pratique économique libertaire et égalitaire. ” 11
Ces propositions ont été reçues, on le devine, diversement. Décidons que le moment est venu d’examiner quelques-unes des critiques qui lui ont été adressées.

Quelques critiques et des réponses

Il est remarquable de noter que bon nombre de critiques, suite à la publication des ouvrages de Hahnel et Albert, ont renoncé à arguer qu’une économie libertaire  et participative était techniquement impossible pour tenter de faire plutôt la preuve qu’une telle économie n’était pas désirable. Parmi les nombreux arguments invoqués, j’en retiendrai ici trois.12
Selon le premier, l’Écopar fait trop peu de cas de la liberté. Ces critiques reconnaissent que, dans une Écopar, chacun serait libre d’appartenir au conseil de travailleurs de son choix, qui l’acceptera, ou de former un conseil avec qui il le souhaite. Mais ils pensent néanmoins que l’Écopar sacrifie par trop la liberté personnelle à des fins moins importantes. Cet argument a reçu une formulation exemplaire chez un économiste socialiste bien connu, Tom Weisskopf, partisan d’un socialisme de marché. Selon lui, ce sur quoi s’opposeraient l’Écopar et un tel socialisme de marché, tous deux étant réalisables, serait au fond d’ordre éthique et philosophique. Le premier modèle permettrait l’atteinte des valeurs préconisées traditionnellement par la gauche (équité, démocratie,  solidarité) tandis que le second incorporerait des valeurs “libertariennes” plus récemment apparues comme hautement désirables: liberté de choix, vie privée, développement des talents et aptitudes personnelles. Tout en rappelant que l’Écopar incorpore des structures permettant de préserver la vie privée, qu’il promeut un substantiel concept de liberté individuelle, il me semble qu’on doit convenir de situer le débat là où Weisskopf le place, à savoir sur un plan philosophique et éthique: l’Écopar conçoit bien la liberté comme un concept éminemment social et place des contraintes sur la liberté individuelle qui découle des valeurs qu’elle préconise. Un libertarien y déplorera qu’il soit impossible d’y embaucher quelqu’un, comme il eut déploré qu’on ait mit fin à la  possibilité pour un être humain d’en posséder un autre, brimant par là la liberté du propriétaire d’esclaves. Mais la difficulté et le problème soulevés par Weisskopf demeurent bien réels et méritent d’être profondément médités et débattus.
Pat Devine a fait valoir pour sa part que l’Écopar suppose qu’on consacrera un temps beaucoup trop important à des réunions. Cet argument est beaucoup plus facile à contrer. En fait, il suffit de faire remarquer que, dans nos économies, le temps consacré à des réunions (pour l’essentiel par les élites) est déjà tellement considérable que l’Écopar ne peut que le diminuer: elle le répartira plus équitablement en assurant que chacun prenne part aux décisions qui le concernent.
Un dernier argument veut que l’Écopar ne soit pas en mesure de motiver les  acteurs du système de manière adéquate. Il faut bien reconnaître que l’Écopar, qui adopte la maxime distributive d’une rémunération selon l’effort, exclut d’emblée l’essentiel des incitatifs matériels auxquels nous sommes habitués et cherche à maximiser le potentiel motivateur des incitatifs non matériels. Ceci dit, on peut penser que des tâches conçues par ceux qui les exécutent leur seront  plus agréables que des tâches définies par un processus hiérarchique, et que le fait de savoir que chacun contribue équitablement à la production incitera à accomplir plus volontiers les tâches moins agréables d’un ensemble équilibré de tâches puisque chacun accomplira, mutatis mutandis, une somme similaire de tâches moins agréables. De plus, l’évaluation de l’effort consenti effectuée par les pairs constitue bien un incitatif matériel puisqu’il détermine le niveau de consommation auquel chacun a droit. Mais il reste vrai que l’Écopar valorise des incitatifs auxquels on n’a jusqu’ici accordé que peu de valeur: le respect et l’estime d’autrui, la reconnaissance sociale. Le pari de l’Écopar, raisonnable à mes yeux, est que ceux-là seront plus efficaces encore que la recherche du profit.

Penser qu’un autre monde est possible

Alec Nove, un économiste progressiste, Américain contemporain, formulait, dans  les années 80, la conclusion à laquelle, lui comme bien d’autres était arrivé:  “Dans une économie industrielle complexe, les interrelations entre ses diverses composantes ne peuvent, par définition, être fondées que sur des contrats librement négociés ou sur un système contraignant d’instructions émanant de  bureaux de planification. Il n’y a pas de troisième voie”.
La première option est, on l’aura deviné, celle du marché; la seconde, celle de  la planification centrale. C’est ainsi que la reconnaissance de la faillite de la  planification centrale a amené tant de théoriciens à penser que le marché était désormais la seule institution économique possible, les progressistes devant se contenter de le socialiser ou d’en corriger les plus criants défauts — par exemple par la propriété publique des entreprises.
On peut soutenir que toute l’ambition de l’Écopar est de montrer qu’il existe bien une troisième voie et que celle-ci est précisément l’avenue que les anarchistes, notamment, ont pressentie. Partant de là, l’Écopar s’efforce de prouver qu’elle est une alternative crédible et pratiquement réalisable, notamment en répondant à ces difficiles questions que ses prédécesseurs laissaient sans réponse: comment parvient-on à ces décisions qui doivent être prises? comment des procédures démocratiques peuvent-elles générer un plan cohérent et efficient? comment les producteurs sont-ils motivés? Et ainsi de suite…
Il n’est pas certain, bien entendu, que les réponses de l’Écopar à ces questions soient les bonnes, théoriquement, ni qu’elles soient viables pratiquement. Mais,  au moins, il y a des réponses. Ces réponses soulèvent à leur tour de nombreuses questions et de nombreux enjeux, philosophiques, politiques, sociologiques, anthropologiques. Un des grands mérites de l’imposant travail accompli par Albert et Hahnel est, à mes yeux, de permettre de les poser, souvent d’une manière neuve. Partant, l’Écopar contribue aussi à penser qu’un autre monde est possible, ceci au moment où le fatalisme conformiste ambiant nous présente frauduleusement l’ordre des choses humaines comme étant nécessaire. Enfin, l’Écopar nous aide à  préciser ce pour quoi nous luttons et à formuler des réponses à la question qu’inévitablement on pose à ceux qui luttent: “Mais en faveur de quoi êtes-vous donc?”
Ces réponses sont-elles plausibles? Ici encore, il y a amplement matière à débattre. Cet article aurait accompli ce qu’il ambitionnait de réaliser si mon lecteur, ma lectrice, avait à présent envie, sinon de prendre part à ce débat, du moins de s’y intéresser.

Cet article de Normand Baillargeon est déjà paru dans: «Ao! Espaces de la parole», vol. 5, no 3, automne 1999, pp. 52-57; et «Agone», vol. 2, no1, 1999, pp. 159-176.

Source Wikipédia: Normand Baillargeon (né en 1958) est professeur en sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), essayiste, sceptique, militant libertaire et collaborateur de revues alternatives – À Bâbord, la désormais défunte revue de philosophie Médiane dont il fut un des fondateurs et, longtemps, du mensuel Le Couac, notamment. Il a aussi été chroniqueur au journal Le Devoir et a participé à Bazzo.TV, sur les ondes de Télé-Québec.
À l’UQAM, il enseigne les fondements de l’éducation aux futurs enseignants québécois. Il a écrit un livre sur l’éducation à la pensée critique (Petit cours d’autodéfense intellectuelle) qui est actuellement étudié dans les Cégep et pour lequel il a remporté le Prix Québec Sceptique 2005.
Il a participé à la fondation du Collectif pour une éducation de qualité (CEQ) qui s’oppose au renouveau pédagogique (anciennement « la réforme de l’éducation ») qui se met en place dans les écoles québécoises.
Il intervient dans le documentaire Chomsky & Cie sorti en 2008 et dans L’encerclement de Richard Brouillette, sorti en 2009.

1. ALBERT, M. et HAHNEL, R., The Political Economy of Participatory Economics, Princeton: Princeton University Press, 1991, p.7
2. ALBERT, M. et HAHNEL, R., “Participatory Planning”, Science and Society Spring 1992.
3. Correspondance avec l’auteur de cet article.
4. “Toute hiérarchie demande à être légitimée. Or, un lieu de travail, dans nos sociétés, n’est ni plus ni moins qu’une dictature totalitaire. Le travail est administré d’en haut, par quelques personnes; les autres, en bas, n’ont rien à dire. Il n’y a aucune démocratie là-dedans. Rien d’autre qu’une stricte hiérarchie de pouvoir, qui est aussi une hiérarchie de circonstances sociales, des revenus, du prestige et ainsi de suite. Je pense qu’on ne peut en fournir aucune justification, que cela n’existe que pour préserver les avantages de ceux qui sont en haut. Mais il est aussi frappant de remarquer combien la gauche  n’adhère à cette idée qu’en paroles — car le fait est que les organisations de gauche sont souvent elles-mêmes hiérarchiques et autoritaires.” BAILLARGEON, Normand, ” Michael Albert: l’autre économie”, Le Devoir, Montréal, 16 juin 1997,  page B 1. http://www.smartnet.ca/users/vigile/idees/philo/baillargeonMAlbert.html
5. ALBERT, M. et HAHNEL, R., op.cit, 1991, p.4
6. ALBERT, M. et HAHNEL, R., Looking Forward: Participatory Economics for the Twenty First Century, Boston: South End Press, 1991.
7. Normand Baillargeon, ibid.
8. ALBERT, M. et HAHNEL, R., Quiet Revolution in Welfare Economics, Princeton, NJ: Princeton University Press, 1990; Normand Baillargeon, ibid.
9. ALBERT, M. et HAHNEL, R., op.cit.,1990.
10. Je suivrai ici l’exposé de ALBERT, M. et HAHNEL, R., op.cit., 1991, p.8 sq.
11. Je suivrai ici l’exposé de cette question offert par Robin Hahnel dans The ABC of Political Economy, à paraître sous ce titre en 1999 chez South End Press, Boston.
12. Je suivrai ici la discussion proposée par ALBERT, M. et HAHNEL, R., “Socialism As It Was Always Meant To Be”, Review of Radical Political Economics, Vol. 24; No. 3 & 4, 1992.

BIBLIOGRAPHIE ET INTERNETOGRAPHIE

A. Quelques écrits de Michael Albert et Robin Hahnel
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ALBERT, M. et HAHNEL, R., Quiet Revolution in Welfare Economics, Princeton, NJ: Princeton University Press, 1990.
ALBERT, M. et HAHNEL, R., Looking Forward: Participatory Economics for the Twenty First Century, Boston: South End Press, 1991.
ALBERT, M. et HAHNEL, R., The Political Economy of Participatory Economics, Princeton: Princeton University Press, 1991.
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ALBERT, M. et HAHNEL, R., “Participatory Planning”, Science and Society Spring 1992.
HAHNEL, R. The ABC of Political Economy, Manuscrit inédit, 1998.

B. Discussions critiques de l’Écopar

BAILLARGEON, Normand, “Michael Albert: l’autre économie”, Le Devoir, Montréal, 16 juin 1997, page B 1.  http://www.smartnet.ca/users/vigile/idees/philo/baillargeonMAlbert.html
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DEVINE, Pat, Democracy and Economic Planning , Boulder: Westview Press, 1988.
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FOLBRE, Nancy, Contribution to “A Roundtable on Participatory Economics”, Z Magazine, July/August, 1991.
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NOVE, Alec, The Economics of Feasible Socialism Revisited, London:  Harper-Collins Academic, 1990.
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WEISSKOPF, Thomas, “Toward a Socialism for the Future in the Wake of the Demise of the Socialism of the Past”, Review of Radical Political Economics, Vol. 24; No. 3 & 4, 1992.

Totalitarisme économique globalisé et l’esclavage moderne en France

Posted in actualité, économie, crise mondiale, N.O.M, politique et social, politique française, Social & Retraite with tags , , , , , , , , , on 14 août 2010 by Résistance 71
vendredi 13 août 2010Le totalitarisme économique globalisé et l’esclavage moderne en France : veuillez patienter, tiers-mondisation en cours de traitement.

Samuel METAIRIE

Url de l’article original:

http://www.legrandsoir.info/Le-totalitarisme-economique-globalise-et-l-esclavage-moderne-en-France-veuillez-patienter-tiers-mondisation-en-cours-de.html

Depuis bientôt deux ans, les États occidentaux tentent de faire payer leur crise économique aux sociétés civiles du monde entier, et colmatent les brèches de leurs canots de sauvetage, gangrénés par le flamboyant totalitarisme des marchés financiers et la connivence permanente entre monde abstrait de la spéculation financière et classe politique.

Cette classe versaillaise de hauts fonctionnaires d’État se targue d’être démocrate au chevet du peuple là où ces hommes ne sont qu’une bureaucratique oligarchie, fidèles serviteurs de l’Empire capitaliste, qui manifestent une folie obsessionnelle à imposer une mainmise permanente sur sa population : mise sous cadenas des cerveaux, contrôle de l’information en considérant les médias comme ambassadeurs de la vérité, révoltes et résistances ankylosées, télésurveillance, politique du tout sécuritaire, exaltation des peurs, division des foules… Nous vivons une époque formidable où Big Brother règne en maître sur les esclaves des temps modernes. Citoyens du nouvel ordre mondial, prenez gare au télécran, nous sommes la cible de leurs institutions du vol. L’équation est simple, celui qui a de l’argent vit, celui qui n’en a pas, galère ou crève. Face à l’engrenage de ce système qui écrase tout ce qui est plus faible sur son passage, l’individu en quête de liberté tombée en désuétude, doit lutter en permanence contre l’avarice des mercenaires du pouvoir et les bouches avides, gourmandes en dividendes et portefeuilles de titres. Mais n’ayons craintes, les gardes fous de la République irréprochable nous assurent quotidiennement paix, pain, bonheur et sécurité, malgré plus de 300 000 destructions d’emplois pour l’année 2009 en France, pendant que Veolia-environnement enregistre des profits records. Les indécrottables valets de la sarkozie (Lefèbvre, Hortefeux, Besson, Bertrand, Bettencourt, Dassault, etc.) et les journalistes de grande audience n’ont pas la gorge sèche lorsqu’il s’agit de cracher toutes ces balivernes médiatiques au micro, et ne manquent jamais de parts de marchés dans leur concupiscence pour les mascarades électoralistes fumeuses et clientélistes. Vêtus de leurs soutanes parlementaires ornées de fleurs de lys, artisans de la langue de bois, et rois de la manipulation, ces hommes de pouvoir avec démence et indécence, imposent leurs points de croissance en plus pour se remplir la panse pendant que la France panse ses plaies cérébrales entre stress, angoisse, dépression, drogue, addiction télévisuelle et bonheur vacancier d’une courte durée de cinq semaines annuelles. Ce bonheur prémâché en doses publicitaires patiemment attendu durant quarante sept semaines d’exploitation salariale consentie, qui se libère l’été sur les plages de la France, doigts de pied en éventail, permet de fermer les yeux une fois de plus sur l’amer goût de peste brune récupérée à la flamme par le pommier, séduisant les électeurs frontistes et rodant autour des couloirs de l’Élysée depuis l’automne 2009. Ce, tout en espérant observer de son vivant un changement qui ne viendra que lorsqu’il sera trop tard pour la planète, saturée par la destruction rentable des écosystèmes, la radioactivité due aux radiations calme et latentes d’un siècle d’extraction nucléaire, la pollution des sols, des eaux, des mers et de l’air.

Ce texte n’a pas vocation à faire la publicité malsaine d’un écologisme capitaliste digne des écolos-bobos tels Nicolas Hulot ou Yan Arthus Bertrand (qui se lamente de la pollution du haut de son hélicoptère, et qui finance un film grâce à de grands groupes industriels tel Pinault, PDG de Pinault-Printemps-Redoute), ceux-là mêmes qui n’auraient de honte à faire produire des bombes écologiques pour guerres propres, des éoliennes ou des panneaux photovoltaïques à la chaîne par des mômes de dix ans, pourvu que l’on utilise les énergies renouvelables dans le processus de production. Ce texte voudrait plutôt être une voix qui hurlerait contre l’état chronique de misère ambiante de la pensée critique, généré par des dizaines d’années d’endoctrinement massif et de formatage idéologique au système consumériste, pour que même les gens de « gauche » s’adaptent aux nouveaux besoins créés par les entreprises et la doxa du marché.

Parmi tous ceux-ci qui font couler le Titanic chaque jour un peu plus, une ineptie loin d’être raisonnable sort des micros des politiques dominants depuis 2008 : il faut refonder, moraliser, réguler le capitalisme. En proposant de rendre moral ou acceptable une entreprise de mise à mort lente et généralisée (par la précarité au Nord, la faim au Sud, ou les guerres « propres » néocolonialistes de l’Empire néolibéral) à l’échelle de toute la planète, même Hitler, Staline, ou Pinochet n’auraient pas faits de plus belles oxymores. Moraliser le capitalisme financier dans un monde globalisé, cela revient à dire qu’un renard qui ravage et assassine tous les moutons d’une bergerie, ou les lapins d’un clapier, pourrait être dompté pour qu’il les cajole.

Mondialisation et oligarchie des entreprises : deux phénomènes intimement liés

La fabrication à la chaîne des opinions façonnables et des êtres manipulables corvéables à merci dans un univers de surveillance numérique pour que règnent en maîtres les cartels d’entreprises multinationales, ne se font pas sans des États dont les gouvernements, de gauche libérale ou de droite libérale, légifèrent pour avaliser les agissements de ces prédateurs du Capital globalisé.

La mondialisation dans sa phase néolibérale force les économies nationales à fusionner sur un seul et unique marché capitaliste transcontinental. De telle manière que les États sont forcés de privatiser leurs entreprises et spécialiser leurs économies dans les secteurs où ils sont les plus compétitifs pour ne pas perdre la confiance des marchés financiers. L’individu, l’eau, la terre, le ciel, tout est potentiellement vendable sur le marché unique mondial, à un tel point que bientôt, un air pur sans hydrocarbures respiré en pleine campagne fera gonfler l’avis d’imposition annuel. Dans les chiffres, la mondialisation procure une abondance colossale de biens et de richesses, mais il est important que cette fausse abondance ne bénéficie qu’à un tiers de la population mondiale. Celles-ci depuis 1492 ne circulent que du Nord vers le Nord, ou du Sud vers le Nord.

« Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse du sous-développement sont la faim, la soif, les épidémies et la guerre. Ils détruisent chaque année plus d’hommes, de femmes et d’enfants que la boucherie de la Seconde Guerre Mondiale pendant six ans. » (1)

Ce processus mondialiste arbitré par les organisations internationales, l’UE, le G8, le FMI et l’OMC répond à une dualité causale permanente : le nombre d’individus sur Terre en état de misère absolue augmente chaque année, et les plus grandes fortunes du monde s’enrichissent encore, encore, encore et encore toujours plus. A titre d’exemple, quelques chiffres. En 2007, les 500 entreprises multinationales les plus puissantes ont contrôlé 54% du produit mondial brut. En 2009, le revenu des 500 individus les plus riches de la planète dépasse les revenus cumulés des 416 millions de personnes les plus pauvres. En 2005, quatre milliards d’individus vivaient encore avec moins de 2$ par jour. En 2007, les chiffres de l’ONU font état de 1125 milliardaires en dollars, ayant un patrimoine cumulé de 4400 milliards de dollars. Or selon les mêmes sources, il faudrait 80 milliards de dollars par an pour assurer à la totalité de la population mondiale les services sociaux essentiels (santé, éducation, eau, assainissement). Un impôt annuel de 2% sur ces fortunes suffirait à regrouper ces 80 milliards (2). Rappelons, selon Jean Ziegler, qu’un enfant de moins de dix ans meurt de faim toutes les cinq secondes sur une planète qui peut nourrir douze milliards d’êtres humains. Sur une Terre où 18.6% de Blancs contrôlent plus de 80% des ressources naturelles mondiales, il y bien de quoi penser que ce ne serait qu’un devoir citoyen de changer radicalement nos habitudes de consommation en France, et dans tous les pays dits développés, en rétablissant les barrières douanières des pays les plus pauvres, ainsi qu’en réhabilitant une production optimale pour une consommation locale au lieu d’importer des produits sous-payés au Tiers-Monde. Or au lieu de cela, les élites des pays d’Europe multiplient à tour de bras les délocalisations dans des « zones spéciales de production » (régions à bas salaires), ainsi que les politiques sécuritaires et la lutte contre l’immigration pour protéger les frontières, jouant sur un faux semblant de sentiment d’insécurité pour rassurer les électorats. L’Occident finance, génère et alimente les conflits dans des pays dits du tiers-monde, il dévalise les pays d’Afrique pour son confort personnel, et ensuite s’horrifie que des étrangers non issus des classes dominantes viennent s’y installer. Tout en amalgamant volontairement délinquance et immigration, l’État français récupère les peurs sécuritaires qui étaient depuis la crise ensevelies sous les poussières de la propagande, insultant ainsi toutes les catégories de personnes qui, délaissées par le système mondial, souhaitent quitter la misère et la pauvreté de leur pays pour vivre travailler avec des souffrances moins douloureuses. Mais il est plus facile de préparer le terrain médiatique pour rendre ses entreprises productrices d’armes et de nucléaire compétitives par la guerre plutôt que d’assumer son passé colonial et jouer son rôle d’État. Les sommes colossales d’argent générées par les multinationales françaises un peu partout en Afrique du Niger à Madagascar en passant par l’Angola sont rapatriées dans des buildings en verre à Paris, le ministre des affaires étrangères ne sert plus qu’à préparer le terrain pour vendre le plus possible de centrales nucléaires ou d’avions de chasse à des États en guerre, la corruption des élus et des ministres est devenue main courante en France, mais même malgré ces trois insuffisants exemples, nul ne peut rediscuter la légitimité dont les pantins de la communication politique se réclament.

La guerre, une affaire rentable.

L’économie globalisée actuelle fonctionne comme un gigantesque Empire qui cherche coute que coute à se maintenir. L’on en retrouve toutes les caractéristiques : politique d’expansion, volonté de puissance, néo-colonisation suivie de l’uniformisation à toutes les régions annexées des économies, enrichissement des dominants et pillage des dominés, soumission obligatoire au courant dominant, système de propagande, et la guerre. La période dite d’Ancien Régime où les monarchies absolues régnaient sur l’Europe constitue la genèse de la consolidation de cet Empire. Le traité de Westphalie de 1648, qui redessinait les frontières des royautés européennes et tirait le profit des conquêtes militaires d’un Louis XIV absolutiste, fut l’un des premiers consensus européens autour de la volonté de puissance du continent sous couvert de paix associée. La mondialisation et les révolutions industrielles qui s’en sont accompagnées durant ces deux derniers siècles ont transférés les conflits des champs de batailles vers l’économie et le monde de l’entreprise. Bien que les deux guerres mondiales et les affrontements divers du 20ème siècle aient été très meurtriers, l’enjeu d’une guerre n’était dès lors pas simplement de remporter la bataille, mais il fallait aussi et surtout que les entreprises mères enregistrent des profits jamais observés. La guerre est une aubaine rentable pour la vente d’armes à tous les pays, qu’ils soient alliés ou ennemis, républicains ou fascistes. Pendant la guerre qui opposait l’Iran à l’Irak de 1980 à 1988, l’administration Reagan a inondé les deux pays en armes, alors que le conflit se déroulait aux portes de leur ennemi juré l’URSS…Les États-Unis ont armé le régime de Saddam Hussein pendant quinze ans, et l’ont assassiné vingt-cinq ans plus tard lorsque celui-ci ne servait plus que d’argument médiatique à la fausse guerre contre le terrorisme, de même en ce qui concerne les Talibans, armés par le même pays pour lutter contre l’URSS…

Les forces armées de l’empire capitaliste, c’est-à-dire les banques et multinationales privées, les institutions financières internationales (G8, OMC, FMI, Banque Mondiale) et les dirigeants d’États, peuvent à tout moment déstabiliser d’autres gouvernements, voire leur déclarer la guerre, s’ils ne servent pas leurs intérêts à court terme. Ce fut le cas on le sait, au Chili le 11 septembre 1973. Depuis 2006 en Bolivie, l’administration américaine et la CIA tentent régulièrement de financer les partis d’opposition au régime socialiste d’Evo Morales pour le remplacer éventuellement par des boliviens plus souhaitables aux élections (soit, des néolibéraux). La plupart des États occidentaux sont les plus gros producteurs et exportateurs d’armes dans le monde. La France est le quatrième producteur mondial d’armes après le Royaume-Uni, la Russie et les États-Unis, grâce au groupe Dassault, et alimente ainsi nombre de conflits en Afrique. Fort de leurs puissances, ces pays producteurs d’armes sont ceux dont les complexes militaro-industriels sont les plus développés, possèdent des bases aux quatre coins de la planète pour surveiller en permanence tout mouvement ennemi suscitant la menace étrangère, et ce sont aussi les pays membres de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord. Institution légalisée et créée sous la forme d’une organisation d’États s’associant pour la paix en 1949, celle-ci est davantage une arme de poing balayant tout sur son passage pour consolider l’Empire qu’une association pour stopper la guerre sur la planète. Dans l’arrogance du système, faire la guerre pour obtenir la paix et imposer notre modèle de développement est devenu un symbole, une devise. La démocratie libérale ou l’écrasement sous les bombes : choisis ton camp, camarade. Faire partie de l’OTAN, grand militant européen de la paix meurtrière et sanguinaire, donne le droit à la France de faire la morale à tous les autres pays n’en faisant pas partie (Chine, Iran, Pakistan etc.).

Notre époque est sans doute la plus meurtrière de tous les temps, un magnifique monde où des bidonvilles se construisent au pied des grands buildings en verre, entre ceux qui crèvent sur la dalle et les actionnaires-banquiers qui ont tellement de primes et de bonus qu’ils ne sauraient même pas comment faire pour tout dépenser en un mois.

Le règne des entreprises, une tyrannie de la finance pour une poignée d’hommes à l’aune de la mondialisation.

Cette hégémonie outrageuse des conglomérats d’entreprises privées, ne s’est pas installée au dernier orage… Le développement des entreprises multinationales et leurs agissements néocolonialistes est une résultante directe de la mondialisation des échanges, celle qui enrichissait déjà les Empires coloniaux d’Europe (Grande-Bretagne, France, Portugal, Espagne) grâce au commerce triangulaire établi d’une manière savamment pensée pour le prestige des monarchies européennes, il y a cinq cent ans de cela.

Ce sont les économistes mercantilistes au service du pouvoir royal des 16 et 17ème siècles qui, dans l’histoire de la pensée économique, furent les premiers à établir une doctrine prônant l’enrichissement des nations d’Europe par le développement des échanges au travers du commerce extérieur. C’est la première forme combinée de mondialisation et de libéralisme, où les comptoirs européens s’établirent sur les côtes d’Amérique, d’Afrique, d’Asie plus tard. En 1774, la Jamaïque comptait 200 000 esclaves sur 775 plantations. Les bénéfices nets reçus de ces plantations dans ce pays des Caraïbes par l’Angleterre pour cette même année représentaient 1 500 000 livres de l’époque (3). On oublie souvent que dans ce contexte de globalisation, la précarité ou la pauvreté d’un petit paysan producteur de café au fin fond du Honduras ou de l’Éthiopie est générée par les cartels occidentaux de la grande distribution. Que notre mode de consommation a de grandes influences sur la vie des pauvres gens d’Afrique, même si nous nous n’en estimons pas responsables. Sans ces trois siècles d’accumulation de capital dans ses colonies et d’esclavage, l’Europe n’aurait pas pu réaliser la Révolution Industrielle de la fin du 19ème siècle et passer d’une économie agricole à une économie ouvrière, industrialisée, base de son développement économique. Et sans les progrès démocratiques et sociaux qu’elle a vécu au sortir de la Seconde Guerre Mondiale grâce aux diverses luttes sociales, (sécurité sociale, congés payés, réduction du temps de travail etc.), ce continent n’aurait pu bénéficier des services sociaux essentiels au développement social des populations (services publics, couverture sociale gratuite, services des eaux, éducation, santé publique). La mondialisation néolibérale depuis quarante ans tente à merveille, à l’usure, de faire table rase des acquis sociaux apportés par le Conseil National de la Résistance.

L’ère industrielle commence au début du 18ième siècle en Angleterre. Les industriels développèrent les premières pompes à vapeur qui permettaient de pomper l’eau des mines à la place des mineurs afin d’extraire davantage de charbon, plus rapidement dans un souci de gain de productivité en réduisant les coûts de production. L’exploitation du charbon, a suivi celle du fer, puis du textile, puis celle de l’automobile, aujourd’hui le mot d’ordre est de produire davantage de cartes mémoires, de circuits imprimés ou de puces électroniques à l’heure. L’impératif économique voulant optimiser les calculs de coûts fixes et variables, et accroître les objectifs de rentabilité ont toujours été les mêmes, et ce depuis que l’on attribue la notion de valeur dans la transformation d’une matière première en produit fini. Si l’économie préindustrielle du 15ème au 18ème siècle s’articulait autour du commerce triangulaire, avec pour pierre angulaire le pillage des ressources d’Afrique et d’Amérique Latine par l’esclavage et le rapatriement des ressources en Europe, le cynisme de notre ère marchande est que l’on paye les esclaves. Dans le fond, rien n’a changé. Avec un (maigre) salaire, le salarié d’aujourd’hui se sent libre de consommer ce qui lui plait, partout où il veut, dans la mesure de l’entendement de son banquier. Mais à la différence des esclaves du Moyen-âge, l’esclave salarié du 21ème siècle doit payer sa cage, sa parcelle de terre soit à un propriétaire, soit au service des impôts, il doit payer pour l’assurance obligatoire de ses bien matériels à travers ce qu’on nomme hypocritement les cotisations. Non content de payer pour sa cage en ville ou pour sa voiture à crédit, il s’y barricade constamment pour éviter qu’un autre esclave du régime totalitaire des banques ne vienne lui chercher des noises. En fait, le pouvoir des entreprises n’a jamais été aussi conséquent sur l’individu, en ce qu’elles permettent de rétribuer aux esclaves modernes un sentiment de liberté pécuniaire, étouffant ainsi toute résistance à l’oppression ou à l’aliénation du travail.

L’institution du travail, via la hiérarchisation des tâches, le corporatisme, le management, l’objectif de rentabilité et de productivité en un temps toujours plus restreint dans les grosses entreprises, permettent d’infliger à l’Homme contemporain une spirale implacable de chantage, de pressions et de relations de contrôle/obéissance profondément antidémocratiques, voire totalitaire, le tout pour l’intérêt à court terme bien soigné de quelques poignées d’actionnaires, dont la collusion avec le pouvoir politique actuellement en place est tout autant consternante que flagrante et décomplexée. L’institution du travail substitue à toute individualité la culture d’une conscience personnelle libre et d’une connaissance de soi pour la transcender en une simple et vulgaire pièce de l’appareil productif servant à la vente. Une vulgaire marchandise.

Les livres scolaires veulent nous faire croire que la victoire de la démocratie sur la monarchie il y a deux siècles de cela fut une révolution des libertés, un changement planétaire radical. Mais ils occultent le fait que notre système économique actuel ait été érigé par les élites intellectuelles, mercantilistes, puis physiocrates de l’Ancien Régime qui à l’époque inventaient les stratagèmes et paradigmes économiques qui leur feraient gagner plus d’argent en un temps restreint. Le putsch de 1789 changea les têtes dirigeantes, mais pas la logique économique. Les valeurs, les normes, et les méthodes de contrôle social imposées aux sociétés civiles, perdurent selon les mêmes paradigmes économiques : le temps de travail fixe la valeur des choses, et la rareté des biens détermine le niveau des prix, et produit un discours de légitimation de l’inégal accès aux ressources.

Au 19ème siècle, les dirigeants des entreprises existantes en Europe ou aux États-Unis devaient se plier aux normes instituées par les États : les règles de production, la durée du temps de travail, le montant des salaires, etc. Les entreprises avaient pour unique but de satisfaire au bien commun, à ce qu’on a défini comme étant l’intérêt général. La production issue du travail des ouvriers devait servir à l’amélioration des infrastructures nécessaires à la communication ou au développement des échanges. D’ailleurs, même Adam Smith, que l’on considère comme le pilier pionnier écossais de la non-intervention de l’État dans l’économie, écrivait que le développement des infrastructures et des voies de communication devait rester dévolu aux entreprises étatiques. L’acquisition d’une part de l’entreprise par un « investisseur » privé était encore interdit. Mais en 1868, fut signé aux États-Unis le 14ème amendement à la Constitution. Celui-ci aurait eu pour objectif de concéder aux populations noires la citoyenneté au même titre que les blancs. Les législateurs ont fait passer cette révision constitutionnelle pour un progrès au service de la lutte contre le racisme, mais en réalité, cette date marque le début du pouvoir hégémonique des grandes entreprises. Car cet amendement donnait la personnalité juridique aux entreprises, de telle manière qu’elles pouvaient alors passer des contrats, se défendre en justice au même titre que n’importe quel citoyen particulier. Comme toute entreprise pouvait passer des contrats, elles pouvaient aussi se racheter entre elles par le biais d’offres publiques d’achat, n’étaient plus soumis à la tutelle étatique, et pouvaient ainsi réaliser librement leurs bénéfices, en organisant leur propre organisation de travail. Pire, elles pouvaient exproprier des terres en les rachetant aux gens pour y installer leurs bâtiments. Il a donc fallu consolider un environnement de travail, un vocabulaire, des techniques de marketing et générer de la productivité en temps restreint par tête, ce pour conserver la compétitivité dans un univers de concurrence féroce devenue peu à peu oligopole commercial. Et comme tout ordre donné, tout objectif de production, toute commande se réalise à la va-vite pour satisfaire le client le plus rapidement, « pour hier », les dirigeants se sont inspirés des économistes à succès de l’époque (Schumpeter, Taylor, Ford etc…) pour faciliter une division des tâches, remodeler l’emploi du temps de l’ouvrier, acheter sa condition d’esclave sans chaînes, et étendre les sphères de puissance de l’État.

Avec la révolution industrielle toute naissante de la fin du 19ème siècle, une catégorie de personnes estimait que les profits n’étaient pas suffisamment conséquents, alors que la condition économique et sociale de classe ouvrière productrice s’aggravait, et s’est rendue compte qu’elle pouvait réaliser des bénéfices inouïs sans faire partie du processus de production de l’entreprise : les banques ont commencé lentement à acheter des parts dans le capital des entreprises, et à en recevoir des dividendes importants sur le dos du travail d’autrui. Le 20ième siècle est celui du développement de l’économie de crédit, de l’actionnariat et du système de prêts consentis autant aux particuliers qu’aux États. Ce qui devait officiellement servir les intérêts des gens à l’origine n’était qu’une perspective de vol organisé à grande échelle des individus.

Pourtant, avec toute l’évolution du travail apportée par les révolutions industrielles successives, le progrès technique aurait pu permettre de simplifier le travail, de produire mieux en générant moins d’efforts. Simplifier le travail pour vivre mieux et plus longtemps, en somme. Or même avec la mécanisation du travail, dans un pays où la démographie se porte plutôt bien (la situation démographique de la société française serait parmi l’une des meilleures d’Europe), l’homme continue de se tuer à l’usine, au chantier, au bureau, tout doucement, à petit feu en attendant une retraite qu’il n’aura, peu ou prou, presque pas. Un travailleur à quarante heures hebdomadaires sera peut-être moins productif et motivé que deux ou plus qui travaillent en association à vingt heures par semaine, mais cela coûte cher aux entreprises en termes de salaires et cotisations sociales à verser. Résultat, à même volume horaire, combiné avec des niveaux de salaires réels augmentant moins vite que les taux d’inflation, cela légitime le maintien d’un certain nombre d’actifs au chômage, et c’est profitable aux « gérants » d’une société comme la notre : un fort taux de chômage, et le mythe d’un trou de la sécurité sociale sont de bons instruments médiatiques de chantage, et aucun salarié n’a le pouvoir de négociation sur ses conditions de travail, au risque que l’entreprise en embauche un autre. Ce n’est hélas pas demain que les salariés du secteur privé s’uniront pour changer de condition sociale attachée à une tutelle patronale ou hiérarchique aliénante, racheter leurs univers de travail et le réorganiser en association selon les besoins de chacun, non d’autrui ne faisant pas partie de la production, afin que la propriété des moyens de productions devienne collective, équitable et démocratique.

Dans la criminalité proactive chronique et récurrente de ce système incompatible avec ce à quoi aspire 85% de la population de ce globe, espérons qu’un énorme procès de Nuremberg bis sera déféré d’urgence pour juger ces prédateurs génocidaires de la mondialisation financière lorsque l’empire du capitalisme sauvage aura sombré et que la majorité des peuples de cette planète pillée, spoliée, polluée, dévastée, chantera au pied des échafauds. Mais ne rêvons pas, ce jour ne sera pas meilleur pour autant. L’humain révolté, enragé, oublie son humanité et ne se rend même pas compte que sa vengeance est bien plus criminelle que celle de ses prédécesseurs, car elle soulage hélas bien des turpitudes.

Samuel Métairie.

(1) ZIEGLER, Jean, Les nouveaux maîtres du monde et ceux qui leurs résistent, Ed Fayard, 2002.

(2) http://www.cadtm.org/IMG/pdf/TAP_le…

(3) ZIEGLER, Jean, Les nouveaux maîtres du monde et ceux qui leurs résistent, Ed Fayard, 2002, p30.

Rubrique : Analyses  Thèmes :  Globalisation

http://www.legrandsoir.info/Le-totalitarisme-economique-globalise-et-l-esclavage-moderne-en-France-veuillez-patienter-tiers-mondisation-en-cours-de.html

L’exemple de La Boétie, Thoreau, Ghandi, Martin Luther King Jr: La voie de la résistance a l’injustice

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Pour une désobéissance civile généralisée

Par André Bernard

Url de l’article original:
http://www.monde-libertaire.fr/non-violence/item/13572

L’insoumission individuelle surgit comme le premier pas vers la désobéissance collective. « Je me révolte, donc nous sommes », écrivait Camus. Encore faut-il savoir que toute insoumission coûte et faut-il accepter d’en payer le prix. Avoir une opinion sur le monde et sur l’injustice qui y règne peut être sans conséquences. Une opinion n’est pas une conviction profonde, elle peut être tue ; la conviction exige un passage à l’acte ; une cohérence entre l’idée et le geste est requise ; et le passage à l’acte devient porteur de futur ; il nous fait toucher du doigt le possible. C’est ce qu’enseigna une insoumission à une guerre coloniale, acte fondateur, qui a déblayé la route.

Nous, les anarchistes, du moins se disant tels, ne sommes pas les plus forts dans le combat social ; nous sommes même très démunis face à l’État, face au capital, face aux puissances d’argent, face aux médias, face au monde de la culture ; et ces puissances nous imposent leurs lois, leur domination, leurs idéologies.

Nous résistons, bien sûr, mais difficilement, car nos ennemis ont d’énormes moyens de contrainte pour, si nécessaire, s’imposer à la fin par les armes ; armes de plus en plus sophistiquées et efficaces. Il est déjà bien loin le temps où les « fusils Chassepot faisaient merveille ». La technique a beaucoup progressé.

Est-il donc bien raisonnable, judicieux, de chercher l’affrontement sur ce terrain de la violence, avec les mêmes armes − quand bien même nous pourrions nous les procurer et voudrions nous servir de certaines − ; terrain où nous sommes sûrs de perdre, où, dans le passé, nous avons toujours perdu.

Et, si nous tenions la victoire avec ces mêmes armes que nos adversaires, serions-nous encore nous-mêmes ? Ne deviendrions-nous pas ceux que nous combattons ?

Depuis un peu moins de cent ans, l’action non violente a émergé dans les pratiques sociales. Action dont l’une des sources − du moins pour les Européens − est le petit texte de La Boétie qui le premier mit l’accent sur la servitude volontaire des peuples ; suivi d’un autre petit texte, celui de H. D. Thoreau, montant d’un cran, qui témoigna que l’on pouvait se refuser à cette soumission, que l’on pouvait désobéir ouvertement à la loi et assumer publiquement, devant l’opinion, cette désobéissance.

Plus près de nous, des libertaires, femmes et hommes, ont touché du doigt cette idée d’action : on peut citer Virginie Barbet ou Voltairine de Cleyre, mais aussi Han Ryner, Pierre Ramus, Barthélemy de Ligt et bien d’autres. Ce filon a été négligé ; sans doute que les temps n’étaient pas mûrs ou que les esprits étaient encore encombrés de notre glorieux passé.

On sait − et on ne sait quasiment que ça − que l’anarchisme s’est illustré avec éclat, durant certaines périodes, dans l’emploi de la violence et quelquefois du terrorisme. Ainsi, le grand public, travaillé par une presse aux ordres, n’a voulu voir dans l’anarchisme qu’explosions, déchaînements et fureurs. D’ailleurs, nous-mêmes, n’avons-nous pas un certain plaisir à nous faire craindre par la masse moutonnière des humains ? Or c’est ce grand public, cette opinion qu’il nous faut conquérir…

La non-violence, en tant que telle, comparée à l’anarchisme historique, est venue un peu plus tard sur la scène historique ; elle a précisé sa pratique en marchant et en hésitant sur sa dénomination : résistance passive, non-résistance, etc. Mots malheureux s’il en est ! Actuellement, le terme de « désobéissance civile » semble prendre le dessus avec en arrière-fond un souci de non-violence.

Pour autant, on ne sait pas toujours très bien de quoi on parle, on hésite sur le sens du vocabulaire, on ergote… À raison !

En effet, les entités « violence » et « non-violence » ne sont pas des absolus − du moins pour ceux qui veulent éviter une pensée dogmatique − ; l’une n’est pas toute noire quand l’autre serait toute blanche ; il y a entre ces deux notions ce que certains nomment des « zones grises » (Jacky Toublet parlait par exemple de zones de violence de basse intensité) ; oui, il faut reconnaître qu’il y a une gradation de valeur de la non-violence vers la violence, et vice versa, et qu’il reste à s’entendre sur ce que l’on veut faire dire aux mots.

Dans les années 1960-1970, la question de la « révolution non violente » était à l’ordre du jour dans les milieux du pacifisme radical, surtout anglo-saxon : on publiait sur le sujet. Puis la mode changea. On se ravisa sur les bienfaits du chambardement : les révolutions communistes étaient passées par-là, l’exercice du pouvoir « révolutionnaire » conduisait au désastre malgré l’opposition de courants plus libertaires ; même résultat avec les indépendances nationales qui se transformaient en régimes militaires en tous genres ; au bout, le désappointement ; l’absence de liberté n’amenait pas pour autant la justice sociale.

Aujourd’hui, on ne croit plus au Grand Soir, ou presque plus ; on le craindrait même pour ses conséquences…

La non-violence est-elle une alternative ?

La non-violence radicale porte l’anarchie en elle, pensent certains, mais le tout-venant de la non-violence ignore ou rejette un anarchisme synonyme pour eux de violence.

En attendant mieux, les milieux non violents s’orientent vers des activités d’éducation, de culture, de résolution non violente des conflits divers, etc., se confrontant ainsi à une réalité quotidienne du champ social. On améliorera les relations au sein de la famille, de l’école et du quartier, mais il n’est plus question de changer radicalement la société capitaliste, il ne s’agit que de « vivre autrement » dans un monde « inchangé ». Il ne s’agit que d’aménager le monde tel qu’il est.

Si la majorité des non-violents ne sont pas révolutionnaires, pour autant, de leur côté, les anarchistes ne sont pas tous des partisans de la révolution.

Les diverses actions de désobéissance civile, relativement circonscrites, dont les médias rendent compte (faucheurs, enseignants, etc.) nous questionnent par leur mode d’action directe : ces militants ne cherchent pas d’intermédiaires, leur voie n’est pas parlementaire et ils s’engagent physiquement tout en endossant les suites.

Et sans doute ces actions sont-elles la cause d’un problème qui resurgit : la non-violence peut-elle offrir des perspectives radicales ? Ou bien : la non-violence peut-elle s’ouvrir sur un horizon révolutionnaire ?

Et puis, dans le même temps, on peut se demander aussi ce que l’on entend par « révolution », sachant maintenant que toute révolution n’est pas souhaitable.

La portée de l’action serait sans doute plus à rechercher dans l’esprit des acteurs qu’inscrite dans l’action, ainsi que nous le dit Guillaume Gamblin dans Silence, n° 380 de juin 2010. Et, par ailleurs, on sait d’expérience que l’action transforme les acteurs et que la lutte devient un terrain éducatif pour une approche révolutionnaire. Ainsi, toute lutte partielle non violente nécessiterait une réflexion pour définir cet horizon de radicalité.

Il faut dire que la non-violence dans sa pratique classique fait en général un choix stratégique d’objectifs précis, plutôt modestes mais atteignables : ainsi la poignée de sel de Gandhi recueillie dans l’océan et contrevenant à une loi. C’est le système du levier : on trouve le point sensible et on appuie…

« Les OGM mènent tout droit au cœur du monopole des multinationales, de la domination économique sur le politique, de la brevetabilité du vivant, par extension du droit de propriété ! » Oui, nous sommes au cœur de la radicalité.

Cependant, de ce point de départ jusqu’à la révolution, il y a du chemin à parcourir…

Une rupture positive, soudaine et globale, est-elle possible actuellement ? Sans doute pas. Mais qui peut en jurer ? Nous avons connu quand même quelques surprises historiques : mai 1968, la chute du mur de Berlin, etc.

Les militants ouvriers à la pointe du combat ont longtemps placé leurs espoirs dans la « grève générale », pas la « grève générale d’un jour » pour quelques réformettes, la « grève générale », vraiment générale, sans durée préétablie et qu’ils nommaient « expropriatrice et gestionnaire ». Les temps ont changé, certes ; mais, cette porte bouclée, nous pouvons entrer par la fenêtre, en nommant autrement la lutte, en nous adaptant à la réalité du jour, en remplaçant la « grève générale » par la « désobéissance généralisée ».

S’il est certain que nous n’atteindrons jamais totalement la société de nos désirs, toute avancée même limitée nous donnera des forces, et chaque nouvelle victoire affermira notre confiance.

Tous nos prédécesseurs n’opposaient pas les réformes à la révolution ou, pour parler comme Élisée Reclus, ne voyaient pas de contradiction entre « l’évolution et la révolution ».

Le danger, c’est de se satisfaire trop vite d’un résultat partiel et de s’en contenter. Et rien ne dit que tous les non-violents aient des désirs révolutionnaires. Il est sûr que la plupart n’en ont pas : ils s’arrêteront donc en chemin, ils se contenteront des miettes démocratiques car ils pensent la démocratie perfectible et préférable au chaos. C’est un moindre mal en attendant… Ça se discute, et cela ne nous empêchera pas de critiquer cette démocratie « représentative ».

En fait, il nous faut sortir d’une conception figée de l’idée de révolution plus ou moins sanglante avec un « avant » où règne l’injustice et un « après » correspondant presque à nos vœux. Or l’anarchisme, ensemble malléable qui peut s’énoncer sur des registres à l’infini dans l’espace et le temps, se prête à cet aggiornamento à condition de n’en rien renier.

Sans aller si loin, sans recherches historiques ou philosophiques, simplement en adoptant une démarche expérimentale sans a priori, des militants anarchistes se sont lancés dans l’action non violente. On essaie : la démarche est quasiment scientifique.

La pratique de l’action non violente ne veut pas dire qu’il n’y aura pas des coups à prendre, de la prison à subir et des vies à donner. Évidence.

De ce côté-là, rien ne change !

André Bernard