Et si on se trompait de dialectique ?

Et si on se trompait de dialectique ?

par Résistance71 Mai 2010

« L’anarchie, c’est l’ordre moins l’état. »

— Elisée Reclus —

Il est logique de constater que chacune des deux idéologies qui tentent de faire « fonctionner » nos sociétés: le capitalisme et le communisme (autoritaire d’état) peut être analysée a la lueur de la même méthode dialectique dite hégélienne de la thèse, antithèse et synthèse.

Pour le capitalisme, le cheminement dialectique des fondements de son modele social pourrait être:

  • Thèse: la société féodale et les balbutiements du commerce et du commerce international (dégénérant en colonialisme), débouchent sur la société industrielle confortant la relation inhérente et inéluctable exploiteur-exploité
  • Antithese: la tentative de révolution émancipatrice ouvrière et la nationalisation du capital et de la production au sein d’un appareil d’état qui dégénere en dictature et implose
  • Synthese: l’échec de la révolution communiste et les contradictions du marche amènent la société a totalement libéraliser les marchés et a fusionner les états nations devenus obsolètes et les cartels financo-industriels, c’est la globalisation supra-nationale, appelée également néo-libéralisme, fondement doctrinaire du Nouvel Ordre Mondial. Pour le communisme autoritaire d’état, le cheminement de la dialectique sociale serait le suivant:
  • These: la société est fondamentalement divisée en deux classes qui luttent pour leurs intérêts propres depuis les temps féodaux: les capitalistes propriétaires des moyens de production, protégés par l’état bourgeois et ses lois et le prolétariat qui lutte pour sa survie et est exploité par la classe économiquement dominante car n’ayant que sa force de travail a offrir pour sa substance et son existence sociale
  • Antithese: le peuple reconquiert le pouvoir usurpé et instaure la dictature du prolétariat. Dirigé par un parti avant-gardiste, le peuple doit toujours lutter contre la réaction
  • Synthese: la contre-révolution est vaincue, la société peut progresser vers l’étape ultime de son développement: la société communiste idéale ou l’état n’a plus lieu d’être et s’estompe au profit du peuple libéré de l’exploitation

Nous avons tous lu ou entendu ce genre d’analyse peu ou prou quelque part, la littérature a ce sujet étant assez abondante. Ceci est accepté de maniere générale par l’ensemble d’une intelligentsia bien sûr divisée sur la question en fonction de leur appartenance a un clan ou a l’autre. Cette division se reflete également quotidiennement dans nos rapports politiques et sociaux, influencés par notre condition sociale individuelle et d’appartenance.

Qu’en serait il si tout ceci n’était en fait qu’une vue de l’esprit, si nous nous trompions de dialectique ? En effet, il ne faut pas pousser beaucoup l’analyse pour se rendre compte que les deux doctrines sociales régissant nos sociétés depuis quelques générations maintenant, sont en fait les deux différentes faces de la même pièce capitaliste. Capitalisme et marxisme (communisme autoritaire d’état) sont basées sur le même dogme: le système monétaire, l’économie de marché et la finançiarisation des biens et services. La seule différence réside dans un changement de propriétaire d’un système a l’autre, ce qui ne représente qu’une différence tout a fait cosmétique nous en conviendrons. L’histoire nous a démontré et nous démontre encore que si le rapport exploiteur-exploité, maître-esclave est toujours omniprésent dans la société capitaliste, même si un décalage s’est opéré; il est également bien présent dans les sociétés marxistes ou d’obédience marxistes qui se sont succédées dans l’époque moderne. Le citoyen de base dans les deux sociétés est toujours assujetti a sa condition d’exploité par un système. Il est toujours dépendant de son salaire et d’un rapport a l’argent tout puissant, consolidé et géré par des banquiers qui toujours ont financé pour leurs profits et intérêts les deux côtés de la barrière. Le clivage capitalisme-marxisme (communisme autoritaire d’état) n’a été et n’est entretenu que pour des raisons idéologiques de division des peuples par les mêmes intérêts privés d’une oligarchie manipulatrice et toute puissante.

Tous les systèmes marxistes instaurés depuis le début du XXeme, a commencer par la révolution russe de 1917 et l’avènement de la Russie soviétique des lors,  n’ont pu l’être que grâce au financement occulte de la haute finance internationale et du support des multinationales. Lénine des 1920 est passé en force avec sa NEP (nouvelle politique économique) qui n’était qu’un retour a un capitalisme de parti, géré par la nomenklatura bolchévique et qui nécessitait une répression de la résistance du peuple, qui lui voulait continuer de transférer tout le pouvoir aux soviets, c’est a dire aux assemblées populaires décentralisées qui organisaient le plus équitablement possible le développement économique et social russe, ukrainien et des autres fédérations populaires. Ce sont d’ailleurs les anarchistes russes et ukrainiens qui se sont battus pour la préservation du pouvoir aux soviets et donc au peuple, et ont été réprimés dans un bain de sang entre les événements de Kronstadt et la répression de la Makhnovtchena ukrainienne. Le pouvoir populaire a été reprimé et annihilé en Russie comme il l’avait deja été en France des la chute du régime monarchique en 1789, puis de nouveau en 1830, 1848 et 1871.

L’historien, économiste anglo-américain Antony Sutton du Hoover Institute de l’université de Stanford a très bien documenté dans les années 1970, la relation entre les financiers de Wall Street et de la city de Londres et les leaders de la révolution russe Lénine et Trotski, puis le financement de Staline et de l’URSS post-léninienne dans son ouvrage « Wall Street and the Bolshevik Revolution ».

Ainsi, il a été établi il y a deja longtemps, que le régime marxiste le plus prominent établi sur terre n’était qu’une succursale du business des grands centres financiers et industriels anglo-américains et européens, pendant que bien sur la propagande idoine en occident, démonisait le « monstre rouge » et les bolcheviques mangeurs d’enfants.

Le communisme autoritaire d’état d’obédience marxiste n’est donc que la deuxième face de la même piece capitaliste et est en cela ce que l’on pourrait qualifier en fait de l’antithèse a la thèse capitaliste du développement historique social. Ainsi capitalisme et communisme d’état sont deux sous-ensembles de la doctrine capitaliste et ne sont antagonistes que pour la propagande de l’oligarchie des cartels financiers et industriels qui vise par la même a augmenter son profit sur les deux tableaux et a diviser les peuples pour mieux les contrôler. Si ces deux dogmes ont chacun leurs contradictions internes, ils sont de fait complémentaires et ne sont opposés qu’en apparence et que pour l’intérêt du petit nombre.

Ainsi nous pourrions résumer l’Histoire sociale a la nouvelle lumière d’une thèse capitaliste a laquelle « s’opposerait » l’antithèse communiste d’état. Quelle serait donc la synthèse des deux ?

Les points communs et contradictoires menant a l’échec des deux systèmes sont le système monétaire dans une économie de marché basée sur le profit d’une part et l’état et ses institutions protégeant les privilèges du petit nombre d’autre part. Quand on analyse l’histoire et le muselage social qui en a resulté a travers l’évolution de la classe dominante et la régression (les peuples sont ils plus libres et autonomes aujourd’hui qu’il y a cent, deux cent, trois cent ans ?… ou ont ils été réduits une fois de plus en esclavage par un tour de passe-passe économico-politique tout en gardant l’illusion d’une démocratie établie ?) de la classe exploitée, nous ne pouvons que constater l’échec cuisant des modeles a la fois des « démocraties-sociales » et des dictatures fascistes et communiste d’état. La crise actuelle n’en est qu’une preuve supplémentaire si besoin était.

De fait, nous pourrions considérer la dialectique sociale suivante:

  • These: la société capitaliste émerge du monde féodal  en se métamorphosant en société industrielle et financière au travers des états nations dirigés par l’élite auto-proclamée de ces institutions au détriment des peuples exploités
  • Antithese: la conscience de classes engendre un conflit perpétuel stigmatisé par la tentative de transformation de la société en société communiste par le processus révolutionnaire et l’instauration de la dictature du prolétariat. Expérience qui échoue a cause de l’incapacité chronique de l’état de remplir une fonction révolutionnaire antinomique par essence
  • Synthese: la société résoud les contradictions inhérentes aux deux systèmes en supprimant la racine même du conflit social: l’état et l’économie de marché basée sur un système monétaire obsolète. Les peuples reprennent le pouvoir si longtemps usurpé par les systèmes oligarchiques, et s’auto-gerent sans recours a l’état et aux institutions financières sources des inégalités et de privation de liberté. La révolution sociale établit les bases d’une société libertaire, juste, autonome, fédérée et libre. Elle émancipe les peuples des chaines de l’oppression et de l’exploitation

En simplifiant: thèse, antithèse, synthèse = capitalisme, communisme, anarchie

Dans la conclusion de son ouvrage « Qu’est-ce que la propriété ? » Pierre Joseph Proudhon écrit en 1840:

« La possession individuelle est la condition de la vie sociale; cinq mille ans de propriété le démontrent. La propriété est le suicide de la société. La possession est un droit, la propriété est contre le droit. Supprimez la propriété en maintenant la possession et, par cette simple modification de principe, vous révolutionnerez la loi, le gouvernement, l’économie et les institutions; vous chasserez le mal de la terre…
Tout travail humain étant le résultat d’une force collective, toute propriété devient en conséquence, collective et unitaire. Pour parler plus justement: le travail détruit la propriété…
Les produits ne peuvent être achetés que par des produits. La condition de tout échange commercial est l’équivalence de produits, le profit est impossible et injuste. Observons ce principe fondamental de l’économie et la pauvreté, le luxe, l’oppression, le vice, le crime et la faim disparaitront de la face de la terre…
Le gouvernement de l’Homme par l’Homme (quelque soit le nom sous lequel il se déguise…) est oppression. La société trouve son plus haut degré de perfection dans l’union de l’ordre avec l’anarchie. »

Combien de temps encore pour se rendre a l’évidence que l’on s’est trompé de dialectique ?… Sans reprise de conscience sociale, nous allons droit dans le mur de la dialectique totalitaire capitaliste.

Il n’est jamais trop tard pour changer sa dialectique d’épaule !

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