L’hérésie du peuple grec offre un espoir

Par John Pilger, Mai 2010. Traduit de l’anglais par Résistance71

Alors que la classe politique britannique prétend que le mariage arrangé entre factions est représentatif de la démocratie, l’inspiration pour nous tous vient de Grece. Ce n’est pas surprenant du tout que la Grece ne soit pas présentée comme un phare mais comme un « pays poubelle » qui ne doit son avènement qu’a son secteur public surgonflé et sa tradition « d’arrondir les angles ». L’hérésie de la Grece est en fait que la révolte de ses gens ordinaires donne un espoir authentique au contraire de celui exhibé par le seigneur de la guerre actuel de la maison blanche.

La crise qui a mené au « sauvetage » de la Grece par les banques européennes et le FMI est le produit d’un système financier grotesque qui est lui-même en crise. La Grece est le microcosme d’une lutte des classes modernes qui est rarement dépeinte de la sorte et qui est agitée avec l’urgence de la panique parmi les riches impérialistes.

Ce qui est différent avec la Grece c’est qu’au sein de sa mémoire vivante, nous trouvons l’invasion, l’occupation étrangère, la trahison du monde occidental, la dictature militaire et la résistance populaire. Les citoyens ordinaires ne sont pas dupes de la corruption industrielle qui domine l’Union Européenne. Le gouvernement de droite conservateur de Kostas Karamanlis, qui a précédé le gouvernement actuel travailliste de George Papandreou a été décrit par le sociologue français Jean Ziegler comme « une machine de pillage systématique des ressources du pays. »

La machine avait des amis tristement célebres. Le comité directeur de la réserve fédérale américaine enquête sur le rôle de Goldman Sachs et d’autres opérateurs hedge funds américains, qui ont pariés sur la banqueroute de la Grece alors que ses biens publics étaient vendus et que sa classe dominante riche déposait 360 milliards d’Euros sur des comptes en Suisse. Les plus grands armateurs grecs transféraient leurs compagnies a l’étranger. Cette hémorragie de capitaux continue avec la bénédiction des banques centrales européennes et des gouvernements.

A 11 percent, le déficit de la Grece n’est pas plus important que celui des Etats-Unis. Néanmoins, lorsque le gouvernement de Papandreou essaya d’emprunter sur le marché international du capital, il fut effectivement bloqué par les agences d’évaluation américaines, qui réduirent la Grece au niveau de « poubelle ». Ces mêmes agences donnèrent en revanche une notation de triple A a des soi-disants emprunts sub-primes pour des sommes de milliards de dollars, ce qui eut pour effet de précipiter l’économie vers l’effondrement de 2008.

Ce qu’il s’est passé en Grece est un vol d’une proportion épique, mais pas a une échelle inconnue. Au Royaume Uni, le « sauvetage » de banques comme Northern Rock ou la Royal Bank of Scotland a coûté des milliards de Livres. Merci a l’ancien premier ministre Gordon Brown et sa passion pour les instincts avares de la City de Londres, ces cadeaux d’argent public furent concédés sans contre-partie et les banquiers purent continuer a se payer mutuellement leurs primes faramineuses. Sous la culture politique britannique de l’unicité, ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Aux Etats-Unis, la situation en est plus que remarquable, car selon le journaliste d’enquête David DeGraw: « Alors que les principales banques de Wall Street ont détruit l’économie, elles ne paient aucun impôt et reçoivent 33 milliards de dollars de remboursements. »

En Grece, comme en Amérique et au Royaume Uni, on a dit aux citoyens qu’ils devront repayer les dettes des riches et puissants qui sont responsables des dettes. L’emploi, les retraites et les dépenses publiques et sociales devront être coupés et détruits avec le secteur privé en gérance. Pour l’Union Européenne et le FMI, se présente l’opportunité de « changer la culture » et de détricoter les acquis sociaux grecs, de la même maniere dont le FMI et la banque mondiale ont « structurellement réajusté » (lire appauvri et contrôlé) les pays en voie de développement.

La Grece est détestée pour la même raison que la Yougoslavie a dû être physiquement détruite derrière le prétexte de protéger le peuple du Kosovo. La plupart des Grecs sont employés par l’état et la jeunesse et les syndicats sont formés d’une alliance populaire qui n’a pas été pacifiée; les chars des colonels sur le campus de l’université d’Athènes en 1967 demeure un spectre politique efficace. Cette résistance est un anatheme aux banques centrales européennes et est vue comme une obstruction au besoin du capital allemand de saisir des marchés dans l’économie de l’apres réunification qui ne fut pas facile.

En Grande-Bretagne, ceci fut la propagande durant les trente dernières années d’une théorie économique extrême connue en premier lieu comme la monétarisation, puis comme le néo-libéralisme, que le nouveau premier ministre peut, tout comme ses prédécesseurs, demander que les citoyens ordinaires paient les dettes contractées par les escrocs. Ce que l’on ne peut mentionner sont les mots pauvreté et classe sociale. Pres d’un tiers des enfants britanniques vivent a la limite du seuil de pauvreté. Dans la ville prolétaire de Kentish dans la banlieue de Londres, l’espérance de vie d’un homme adulte est de 70 ans. Trois kilometres plus loin, a Hampstead, elle est de 80 ans. Quand la Russie fut soumise a une « thérapie de choc » similaire dans les années 1990, l’espérance de vie plongea. Un record de 40 millions d’Américains reçoivent actuellement des coupons nourriture: cela veut simplement dire qu’ils ne peuvent plus se nourrir d’eux-mêmes.

Dans les pays en voie de développement, un systeme de triage imposé par le FMI et la banque mondiale a depuis longtemps servi a déterminer si les gens vont vivre ou mourir. Des que les tarifs, la nourriture et les subventions en énergie sont éliminés par les diktats du FMI, les petits paysans savent qu’ils ont été déclarés « matiere périssable ». L’institut des Ressources Mondiales estime que les pertes atteignent entre 13 et 18 millions d’enfants chaque année. A ce sujet, l’économiste Lester C. Thurow écrit: « Ceci n’est pas une métaphore ou un simulacre de guerre, mais c’est la guerre elle-même. »

Les mêmes forces imperialistes ont utilisé des armes horribles contre des pays diminués dont la majorité de la population est constituée d’enfants et ont approuvé la torture comme un outil de politique étrangère. C’est un phénomene incroyable de déni qu’aucun de ces assauts contre l’humanité, dans lesquels la Grande-Bretagne est dûment impliquée, n’ont été autorisés a s’introduire dans la campagne électorale britannique.

Les gens dans les rues d’Athènes ne souffrent pas de ce malaise. Ils savent qui est l’ennemi et ils se considèrent une fois de plus comme étant sous occupation étrangère. Et une fois de plus, ils se soulèvent avec courage. Quand David Cameron commencera a réduire l’argent public de 6 milliards de Livres, il pariera que les événements grecs n’arriveront pas au Royaume-Uni. Nous devrions lui prouver le contraire. —

http://www.johnpilger.com

2 Réponses vers “L’hérésie du peuple grec offre un espoir”

  1. surmely alain Says:

    La situation grecque et ses conséquences pour la zone euro restent inintelligibles pour beaucoup.En réalité les plans successifs d’ « aide » sont assortis de taux d’intérêts exorbitants(>15% soit l’équivalent de crédits revolving à répétition comme le titrait fort intelligemment l’hebdo Télérama)si bien qu’ils ont eu pour conséquence inévitable de faire exploser la dette grecque.A la forte augmentation du service de la dette se sont ajoutées les différentes coupes budgétaires qui ont aggravé la situation économique de ce pays.En effet,ces coupes budgétaires ont fait reculer le PIB(situation assez rare et qui s’appelle la DEPRESSION).L’ensemble de ces mesures irresponsables ont asséché les recettes fiscales déjà très faibles qui mettent l’Etat grec dans l’impossibilité de rembourser la dette astronomique qui s’est accumulée et qui repose en définitive sur un nombre insuffisant de contribuables grecs.Si bien que ce sont les fonctionnaires ainsi que les retraités( !)qui finissent par assumer la gestion calamiteuse des finances publiques des dirigeants grecs et européens.Non seulement les différents plans d’ « aide » ou d’ « ajustement structurel » sont profondément injustes socialement mais surtout inefficaces économiquement puisqu’ils rendent MECANIQUEMENT la Grèce incapable de rembourser l’empilement des prêts successifs qui lui ont été « concédés ».Les dirigeants européens ont,d’une certaine façon,placé autoritairement la Grèce en situation de surendettement et de cessation de paiement.Mais je vais un peu plus loin :de telles politiques européennes,par l’injustice et les conséquences sociales qu’elles produisent,par l’impasse économique qu’elles provoquent(remboursement impossible)sont criminelles.En quoi les fonctionnaires et retraités grecs sont-ils responsables du refus de l’impôt de la part des classes privilégiées grecques(armateurs et ecclésiastiques),du recours contraint au crédit à des conditions indignes d’une démocratie(l’usure n’est-elle pas interdite ?en France le crédit revolving n’est-il pas dans le collimateur du législateur ?).Les dirigeants de la droite grecque associés aux dirigeants européens tout aussi responsables ont placé autoritairement le peuple grec dans une situation explosive en le contraignant à l’insurrection.L’appartenance à l’UE n’est pas le problème.Le problème est la gestion calamiteuse,pour ne pas dire criminelle de classes dirigeantes grecques et européennes qui entendent bien mettre à genoux le PEUPLE grec pour lui demander ensuite de marcher.Ce qui est évidemment malaisé et contraint mécaniquement la Grèce à une crise politique majeure.L’Union européenne n’est donc pas tant menacée par l’euro que par les politiques économiques qui y sont menées.Car cette Europe néolibérale a pour fonction et pour projet de TONDRE les peuples et de placer autoritairement les pays européens dans une impasse économique.Du reste,si tant est que l’explosion sociale n’ait pas lieu,l’implosion du système financier(du fait de l’accroissement des dettes souveraines consécutivement aux différents crédits consentis par les marchés financiers à des conditions peu intéressantes et à l’assèchement des finances publiques par le non-paiement de l’impôt par des classes privilégiées totalement irresponsables)paraît inévitable.L’enchainement mécanique et inexorable des faits pourrait être présenté de la façon suivante :
    -Assèchement des recettes fiscales (niches, « optimisation fiscale »et autres exonérations fiscales + fraude et évasion fiscales « organisées »)
    -Forte augmentation des dettes souveraines + plans d’austérité (baisse des dépenses publiques + taxes sur la consommation)
    -Contraction des marchés intérieurs (diminution de la consommation et des investissements) + baisse des rentrées fiscales + accroissement des déficits publics et des dettes publiques
    -Nouveaux emprunts des Etats sur les marchés financiers à des taux de plus en plus élevés (ex.l’Italie) + forte augmentation du service de la dette
    -Plans d’aide aux banques (« recapitalisation ») + aggravation de la situation des finances publiques de différents pays de la zone euro
    -Recul de plus en plus marqué de l’activité économique = entrée en récession puis en dépression
    -Coupes dans les dettes dites « souveraines » = banques détentrices de titres de dettes exposées à des risques de faillite de plus en plus importants (fonds propres insuffisants en dépit des fameux accords de Bâle)
    -Plans de recapitalisation des banques défaillantes impossibles et insuffisants en dépit du fameux FESF (qui serait autrement plus utile à des investissements qui font cruellement défaut dans la zone euro)
    -Comptes de trésorerie des banques maquillés et restés secrets + faillites bancaires successives + économies à l’arrêt
    -Nationalisation de l’ensemble du réseau bancaire rendue inévitable + défauts sur les dettes + refonte du système bancaire (en premier lieu le crédit celui-ci étant vital pour l’économie) et financier (régulation)
    Pour l’heure « il n’y a pas de problème » pour les dirigeants du monde occidental bien décidés à ne rien faire,notamment au sein du G20 qui est devenu en quelque sorte le dernier salon où l’on cause.Sans catastrophe aucunes reformes ni mesures responsables ne peuvent être envisagées.En attendant les populations sont prises en otage et condamnées à croire au miracle par des élites économiques et politiques totalement irresponsables et un peu obtuses.Le nouveau slogan de ces mêmes « élites » pourrait être « vive la crise ! » ou « vive la dépression ! »

    • Merci de cette excellente analyse, très juste à nos yeux… Une petite chose que nous ajouterions: vous n’allez pas assez loin dans le raisonnement, à savoir qu’il est évident depuis longtemps déjà que tout cela est mené à DESSEIN par l’oligarchie de la haute finance internationale qui contrôle absolument entièrement le monde politique et donc social qui ne peut plus lui échappé.
      Le but de ces 0,0001% de la population (et non pas le 1% clâmé par les « indignés »…) est double:
      1- Concentrer toujours plus les biens et les richesses en le moins de mains possibles, donc tonte des petits oligarques par les gros oligarques…
      2- Imploser l’économie mondiale pour imposer leur solution toute prête aux problèmes qu’ils ont eux-mêmes générés: la gouvernance mondiale par une institution financière mondiale qui verrait la fusion du FMI et de le Banque Mondiale, sous l’égide d’un comité tyrannique non-élu bien sûr composé d’un concentré du cartel de la haute finance et de l’industrie transnationales, émettant ses diktas depuis l’ONU qui serait le squelette de base de la structure du Nouvel Ordre Mondial, c’est à dire la constitution d’un méga-état fasciste supranational. Fasciste étant pris ici littéralement dans la définition donnée par Mussolini lui-même: « le fascisme devrait plutôt être appelé corporatisme, car il est la fusion de l’état et de la grosse industrie. »

      Rappelons les dires du député de la chambre basse américaine Charles Lindbergh Sr (le père du célèbre aviateur) qui avait dit après la création de la Réserve Fédérale US en 1913: « A partir de maintenant, les crises et dépressions économiques pourront être créées scientifiquement. »

      Était-il un visionnaire ou simplement quelqu’un qui ne comprenait que trop bien les rouages du parasitisme et de la vampirisation sociétaire modernes ?

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