Archives de société état et démocratie

Résistance politique: Du parallèle de la cause palestinienne et de la cause aborigène des Amériques…

Posté dans actualité, altermondialisme, autogestion, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état avec des tags , , , , , , , , , , , , le mai 24, 2013 par Résistance 71

Deux causes même effet

 

Mohawk Nation News

 

23 Mai 2013

 

url de l’article original:

http://mohawknationnews.com/blog/2013/05/23/double-jeopardy/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le Canada et Israël sont comme “cul et chemise” en tant que colonisateurs. Les deux existent par le truchement de la dépossession ou du déplacement des populations indigènes pour s’accaparer nos ressources naturelles et nos terres. Ils appellent leur système de gouvernement autocratique des “démocraties libérales”, qui ne rendent de compte à personne quant à leurs vols et leurs crimes contre l’humanité. Ces entités entrepreneuriales dominent par le terrorisme d’état organisé !

Tous deux veulent être à la tête ou du moins une partie prenante importante des empires militaires mondiaux. Le Canada serait le leader de l’extraction des ressources volées indigènes. Israël menace d’un holocauste nucléaire en utilisant un armement “made in USA” avec des ressources canadiennes. Israël menace constamment d’annihiler les Palestiniens indigènes. Le Canada punit les Palestiniens pour résister au génocide en menaçant de boycotts et de mettre un terme aux aides.

Notre terre et nos ressources sont mises sur le marché. Tout comme un vulgaire vendeur de voitures d’occasion malhonnête, le premier ministre Harper arpente le monde aux dépends de propriétés indigènes volées. Nous payons les factures du Canada de notre Indian Trust Fund de 110 000 milliards de dollars volés. Jusqu’à très récemment, personne n’´était au courant de notre compte secret. Maintenant le monde observe tandis que le Canada essaie de le distribuer parmi les veules banquiers internationaux qui sont les actionnaires de l’entreprise privée appelée Canada et propriétaire d’Israël. Les banquiers ont besoin des dépôts massifs du Canada provenant des ressources naturelles indigènes pour continuer à financer leur vol de la Palestine, qui est aussi une terre indigène qui n’a ni abandonnée ni donnée.

Harper veut personnellement briser le territoire naturel communal indigène en plots individuels. Les banquiers multinationaux veulent y avoir accès au plus tôt.

Harper a annoncé qu’il appelle pour une élection le 25 Octobre afin de faire perdurer sa fausse majorité. Il veut installer un voleur de la longue lignée des voleurs, le prince Charles d’Angleterre, pour “gouverner” le Canada en tant que “régent”! Ceci est une moquerie même des royaumes dictatoriaux moyen-orientaux gouvernés à vie par des marionnettes du contrôle.

Des systèmes de corruption extensifs comme les conseils “indiens” de bandes entretenus par la corporation Canada, permettent le développement capitaliste pour les bénéfices du tout petit nombre.

Le Canada et Israël ne pourraient pas exister sans attaquer la résistance au travers un système législatif et militaire répressif. Les violations ouvertes et nombreuses des droits de l’Homme ne sont pas une préoccupation pour eux. Ils abaissent délibérément les standards de vie de leurs cibles indigènes afin qu’elles vivent une existence de pittance.

Les egos démesurés de ces despotes les masquent complètement de la réalité. Leurs “royaumes” de gérance d’un homme seul ne fonctionnent que sur la base d’une corruption ouverte. La sécurité est devenue l’obsession de tous les instants. Le Sheikh Harper porte, paraît-il, un soutien-gorge pare-balles !

Nos garde-fous sont de conserver nos terres collectivement: de nous séparer des conseils de bandes et de tribus entrepreneuriaux et de ces conseils intégrés dans la grille de contrôle, de confronter le mal et de vaincre la peur. Comme le chantait Tom Petty: “Et bien je ne renoncerais pas, Non, je ne renoncerais pas. Vous pouvez me mettre devant les portes de l’enfer, mais je ne renoncerais pas.”

Note du traducteur: Visionnez la vidéo ci-dessous: Tom Petty en concert (2006). Super chanson !

I wont back down

confessions of NWO Zionists

MNN Mohawk Nation News kahentinetha2@yahoo.com Thahoketoteh@hotmail.com For more news, books, workshops, to donate and sign up for MNN newsletters, go to www.mohawknationnews.com  More stories at MNN Archives.  Address:  Box 991, Kahnawake [Quebec, Canada] J0L 1B0

http://www.newsocialist.org/695-why-are-the-harper-conservatives-so-pro-israel

Résistance politique: L’ère de la réjouissance du manque de travail est venue…

Posté dans actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et social, politique française, résistance politique, sciences et technologies, société libertaire avec des tags , , , , , , , , , , , le mai 24, 2013 par Résistance 71

Pas mal de bon sens (anarchiste ??..) dans ce billet. Du point de vue anarchiste, le travail fonctionnant sur la base du salariat (nouvel esclavage moderne) est une aberration qui a eu son temps.

L’alternative est le travail pour le bien de collectivités librement associées où la société fonctionne selon l’adage suivant: "A chacun selon sa capacité, à chacun selon ses besoins". Ceci implique la suppression de la propriété privée et étatique des moyens de production, de distribution et de services (propriété et non pas possession…) comme l’avait préconisé Proudhon il y a déjà bien longtemps. C’est de cette façon que fonctionnaient la très vaste majorité des nations aborigènes d’Amérique du Nord avant la conquête et l’imposition dogmatique coloniale. Ce concept serait parfaitement adaptable au monde moderne et signerait la fin des oligarchies…

A lire en complément de ce billet: Le Salariat (Pierre Kropotkine)

– Résistance 71 –

 

Nous vaincrons le travail, vive le chômage !

 

Posté par calebirri

 

le 8 mai 2013

 

url de l’article original:

http://calebirri.unblog.fr/2013/05/08/nous-vaincrons-le-travail-vive-le-chomage/

 

Qu’on le veuille ou non, notre monde est condamné au chômage. Nombreux sont ceux qui- à droite comme à gauche- s’en effraient, mais cela devrait pourtant tous nous réjouir : car cela signifie que le progrès technique n’est pas mort, ce qui permet à l’homme d’espérer atteindre encore ce qui devrait être l’un de ses objectifs prioritaires, à savoir de se séparer, à terme, de la nécessité du travail dans nos sociétés.

Seulement le monde ne fonctionne plus, ne raisonne plus en terme de société, ni d’humain, ni même de progrès ou de besoin : nous en sommes arrivés à considérer le chômage comme une calamité, car le critère de référence universel est la rentabilité ; jusqu’aux décroissants qui raisonnent en termes économiques puisqu’ils veulent faire « mieux » avec « moins » (voir décroissance théorie économique bien trop sage).

Le paradoxe de cette situation réside dans le fait que le progrès technique favorise le chômage de masse et que le capitalisme favorise lui-même ce progrès (enfin jusqu’à il y a peu) ; mais aujourd’hui c’est que l’austérité engagée pour sauver le capitalisme conduit elle-aussi au chômage de masse, cette fois pour cause de « non-rentabilité ». Car si le capitalisme a besoin du travail de l’homme pour ses profits, il a également besoin du progrès technique, car les machines seront toujours, à terme en tous cas, plus rentables que l’être humain (24/24, 7 jours sur 7). Mais ce progrès technique, qui au départ était censé libérer les hommes de la contrainte du travail, est aujourd’hui un facteur de rentabilité privé qui s’oppose à l’économie « publique », en ce sens que les gains de productivité apportés par la technologie entraînent pour l’État un surplus de budget (les aides sociales : en 2009, plus de 30% du PIB, soit plus de 600 milliards) pour éponger les licenciements dus aux moindres besoins de main d’œuvre pour effectuer une même tâche (la « fameuse » privatisation des profits, socialisation des pertes). Mais comme aujourd’hui les investissements de production baissent -et qu’ils ne sont même pas compensés par l’obsolescence programmée (comment dans ces conditions la faire disparaître puisqu’elle contribue à « sauvegarder » l’emploi ?), nous arrivons à une situation « logique » d’un point de vue civilisationnel (il y a nécessairement besoin de moins en moins de travail), mais aberrant d’un point de vue économique (que l’on fasse de l’investissement ou de l’austérité, le chômage est en constante augmentation).

Sauf que nous les citoyens, nous sommes toujours contraints de subir ce qui devrait être une libération (le chômage, que le système capitaliste a transformé en fléau) car en dehors des prestations sociales seul l’argent que nous procure le travail nous permet de vivre- nous obligeant ainsi à trouver coûte que coûte cette denrée de plus en plus rare qu’est l’emploi : le résultat évident (enfin d’un point de vue capitaliste) est que le prix du travail (les salaires) est destiné à baisser au fur et à mesure que nous serons plus nombreux à vouloir en obtenir un. Et parallèlement les Etats se voient eux dans l’obligation -tout du moins s’ils se veulent démocratiques et ainsi éviter les contestations massives (des gens qui ne travaillent pas et n’ont aucun moyen de subsistance deviennent dangereux pour l’ordre public -en plus d’avoir du temps pour réfléchir à leur condition), de pourvoir au minimum vital. Et cela leur coûte cher, de plus en plus cher. A tel point qu’ils cherchent par tous les moyens de se soustraire à cette trop lourde dépense.

C’est ainsi que les pays dits « développés » en arrivent à des absurdités à la fois économiques et politiques comme celles que nous constatons aujourd’hui : ne pouvant décemment pas se résoudre à un changement de paradigme pourtant nécessaire et plutôt que d’engager des politiques de relance (déjà que nous gardons dans l’emploi de nombreux postes rendus inutiles dans de nombreuses administrations ou services publics pour ne pas augmenter le nombre de chômeurs), nos gouvernants préfèrent se soumettre à une politique d’austérité destinée à faire baisser le « coût du travail » (les salaires) ; évitant ainsi d’avoir à faire évoluer la technique qui accentuerait le chômage de masse. Déjà qu’il n’y a pas de travail pour tout le monde ! En définitive l’homme n’est un « outil » plus rentable que la machine que lorsqu’il travaille pour rien : l’esclavage est le seul idéal qui permet le plein emploi. A part peut-être la guerre ou une catastrophe naturelle de grande ampleur, une épidémie meurtrière ou que sais-je encore, la situation ne s’améliorera pas ; mais qui peut souhaiter ce genre « d’améliorations » ?

Donc on arrête d’investir, et ce même si de nombreux emplois ne sont pas pourvus (les métiers les plus pénibles ou considérés comme tels, ou tout simplement déconsidérés). Que peut-on faire pour tous ces gens ? On les indemnise un moment, et puis après ? Soit ils acceptent « n’importe quoi » (et on obtient ainsi de mauvais employés), soit ils vont au secours populaire, soit ils partent grossir les rangs des « émigrés », soit ils luttent contre le système qui ne les satisfait plus. Mais quoi qu’il en soit la situation n’est pas tenable à long terme, car même si tous acceptaient les travaux pénibles il en resterait un paquet sur le carreau.

Du coup on veut se séparer de cette charge, sans pour autant laisser les miséreux sans lien, sans dépendance avec l’Etat. C’est bien pour cela qu’on préfère leur faire creuser des trous qu’ils reboucheront plutôt que de les laisser sans activité ; et même si pour cela on doit recourir à la contrainte comme au travail gratuit ou même aux camps de travail (comme c’est parait-il prévu en Grèce- je n’ai pas trouvé autre chose, du moins en Français). Car ce à quoi nous ne pensons pas assez, c’est que lorsqu’un individu sort du cadre de l’assistance ou solidarité comme on voudra, il devient un anonyme sur lequel le pouvoir étatique n’a plus d’emprise. En quelque sorte il rentre dans la clandestinité et sort de la dépendance vis à vis de l’Etat ; et cela devient un danger potentiel pour le maintien de l’ordre public -en même temps qu’une preuve de l’incapacité de l’Etat à faire correspondre son modèle politique à la réalité sociale, comme on le voit ces derniers temps en Espagne ou en Grèce avec l’augmentation du travail au noir et la généralisation du « système D ».

On est même arrivés à un tel point de saturation -il faut se rendre compte de cet incroyable non-sens – que l’on préfère enterrer des innovations (même rentables d’un point de vue économique ou social caisses automatiques, informatisation) que d’avoir à supprimer encore des postes. Ne sachant plus que faire pour stopper les déficits on va jusqu’à couper les crédits de recherche et de développement, sans se rendre compte que nous sommes tous entrainés dans une spirale infernale qui nous conduira de toutes les manières au même résultat : il faudra bien un jour régler le problème du travail et de sa nécessaire obsolescence et admettre une bonne fois pour toutes que le temps du travail est révolu. Et que si nous voulons éviter les dérives autoritaires inhérentes au capitalisme nous devrons changer de paradigme.

Car si au lieu de nous inquiéter pour les retraites ou le chômage nous nous inquiétions pour notre bien-être ou notre santé, nous comprendrions très vite qu’il nous faut tout d’abord faire des enfants (et oui plutôt que de devoir travailler plus et plus longtemps pour mourir plus jeune sans avoir d’autre emploi que ce que le gouvernement nous autorise ou nous impose, nous n’avons qu’à faire des enfants !), car eux-seuls seront les garants de nos vieux jours, en plus de la promesse qu’ils représentent pour le futur.
Si nous cessions de viser la rentabilité nous comprendrions que le futur de l’homme est de se séparer de la contrainte du travail plutôt que de la désirer, avec des durées hebdomadaires allant sans cesse se réduisant, pour avoir plus de loisirs : « notre société sera une société de loisirs ou ne sera pas », disait un professeur d’économie que j’ai connu. Il avait raison : nous sommes condamnés à travailler de moins en moins. Pourquoi ne pas en faire un objectif avouable et positif , et se réjouir que même le cynisme et le calcul des capitalistes ne suffit pas à empêcher cette inéluctabilité ? Pour mettre en conformité les aspirations humaines avec la réalité sociale d’une société avancée et positive, nous devons changer les règles du jeu (voir); de toutes les manières les riches s’ennuient, tandis que les pauvres aimeraient bien s’ennuyer un peu plus, alors… Et même si nous devons tous « travailler » (on remplacera alors ce terme par un autre) pour notre propre bien -et celui des autres- nous devrions partager ce travail entre tous et dans des conditions équivalentes pour satisfaire chacun.

Et qu’on puisse un jour enfin crier tous ensemble « nous vaincrons le travail, vive le chômage » !

Obsolescence du système économique: L’illusion fait-elle toujours illusion ?…

Posté dans actualité, altermondialisme, économie, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et social, politique française, résistance politique avec des tags , , , , , , , , , , , , , le mai 22, 2013 par Résistance 71

Un MEDEF sur la banquise

 

Georges Stanechy

 

21 Mai 2013

 

url de l’article original:

http://stanechy.over-blog.com/un-medef-sur-la-banquise…-2

 

« Aujourd’hui, au sommet de leur achèvement, le capitalisme et le libéralisme engendrent les inégalités, la violence, la pauvreté, l’aliénation des travailleurs et la destruction d’un monde viable pour les générations futures ; bref, l’exact opposé du progrès humain. »

Jacques Généreux (1)

 

Contes, légendes, et croyances…

Quoi de plus rafraichissant, apaisant, en ces temps de crises aux multiples facettes ! Face à l’inéluctable, croire au merveilleux. Se nichant souvent dans des endroits inattendus.

Un des plus distrayants, actuellement, pétille à grosses bulles dans l’élection du président du MEDEF. L’effervescent syndicat des “grands patrons”.

En fait, dans la désignation du porte-parole officiel du grand patronat.

Car, détenant tous les médias de l’audiovisuel et de la presse, la bonne parole de cette caste de grands prêtres est entretenue en permanence. Au point d’être devenue la Bible, le Coran, ou les Mantras, de nos politiciens de tous bords.

Oui, nous sommes bien face à la nouvelle religion formatant nos sociétés, en France et ailleurs.

Partout où s’impose la croyance au “Dieu Marché”…

Qui, de sa main invisible, magnanime, agit en “Grand Régulateur” de nos collectivités. Répartissant, dans la neutralité de sa justice, ses récompenses pour les bons, les méritants, les ineffables entreprenants ou entrepreneurs, ce qui revient au même.

Et, inévitablement, ses sanctions pour les moins méritants, inaptes à comprendre l’impérieuse nécessité pour tous de se plier à la loi des plus forts et des plus intelligents. De se comporter en dignes serviteurs zélés à l’égard des détenteurs du “génie d’entreprendre”.

En commençant par se serrer la ceinture sur commande, et vider quotidiennement ses poches (le denier du nouveau culte se dénommant TVA) au seul profit de ce vorace clergé escorté de ses bedeaux. Sans oublier, autres bénéficiaires obligés, leurs ascendants, collatéraux et descendants.

Ma fibre républicaine et laïque s’étonne toutefois du profond silence, intergalactique par sa subite dimension en expansion permanente, des énergiques défenseurs de la “laïcité républicaine”…

La République, m’a-t-on ânonné depuis le biberon, accueille avec bienveillance toutes les croyances et légendes, mais s’insurge implacablement, rigoureusement, dès lors qu’une tentative d’imposer un credo, quel qu’il soit, à l’ensemble des citoyens pointe le nez. Pire, prétendant l’imposer par des lois.

Mais, où sont-ils ces chevaliers courageux défenseurs de “la laïcité”, inquisiteurs implacables de la pureté républicaine ?… Si agités et vibrionnant d’habitude, bondissants d’un média à l’autre, dès qu’il y a un voile ou un foulard en vue.

Soudainement, muets comme des fers à repasser.

Certains assurent qu’ils seraient “vendus”. Ce sont des médisants. Moi, je ne le crois pas. Je les imagine, au contraire, plongés en méditation transcendantale pour préparer une riposte à cette mainmise sur nos institutions, à ce pillage de notre collectivité. A ce despotisme spoliateur.

C’est vrai, à entendre les prêches de cette caste d’êtres exceptionnels, la planète, depuis des millénaires, leur doit ses progrès. Exigeant des privilèges leur revenant, en conséquence, de droit.

Ces grands patrons, en fait “grands actionnaires”, devrait-on dire, qu’imposent-ils à la collectivité qu’ils régentent ?…

Des dogmes.

L’avantage, le confort, de cette religion, je le reconnais, c’est le simplisme de sa métaphysique :

« Tout pour Moi – Rien pour les Autres ».

Pas d’impôt, évidemment, comme toutes les castes d’élus de droit divin l’ont exigé dans l’Histoire de l’Humanité. Ou si peu, qu’il en devient symbolique.

Productivité” oblige, affirment-ils !… Pas d’impôts ! Pas de “charges” !

Oui !… “Améliorer la Compétitivité” passe par le licenciement et la fermeture d’usines dans nos pays, pour employer de la main-d’œuvre de contrées lointaines dans conditions d’exploitation et d’esclavage innommables. Le Bengladesh, en ce mois de mai, vient de nous le rappeler : une “usine” de confection de 9 étages, sous-traitante des grandes marques internationales s’est écroulée, tuant plus de 1.155 personnes

Par de multiples privilèges fiscaux, sur leurs revenus, sur la transmission de leurs patrimoines, sur leurs châteaux (souvent entretenus aux frais de l’Etat en tant que “patrimoine historique”), tableaux ou œuvres d’art, et autre “signes extérieurs”, discrets ou pas, de richesse. Surtout, ne jamais toucher aux revenus de la spéculation.

Encore moins, aux paradis fiscaux (Ciel ! Mon Yacht et ma Caisse Noire “logés” aux Bahamas !…)! Comment ne pas les comprendre ?… Eux, envoyés directement du Paradis sur Terre, pour apprendre le bonheur à leurs ouailles, trop stupides pour ne pas bêler de reconnaissance du matin au soir.

Ah !… L’ingratitude…

Ne jamais remettre en cause les oligopoles qu’ils ont édifiés, en complicité avec les politiciens dont ils assurent la carrière : une poignée de clans se répartissant un marché national (grande distribution, marchands de canons, télécoms, audiovisuels, banques, assurances, distributeurs d’électricité, d’eau, et autres services publics…).

La “libre concurrence” ne s’appliquant qu’aux artisans, commerçants, ou petites entreprises. Jamais à Eux, “Les Elus” !

Maintenir la vieille et inusable recette du “génie d’entreprendre” : « Privatiser les profits – Etatiser les pertes ».

Récemment la France, suivant en cela les autres oligarchies adoratrices du “Dieu Marché”, aux caisses prétendues vides, s’est illustrée dans une magnifique démonstration de son obéissance à la théologie imposée. Déversant 500 milliards d’euros pour renflouer des banques en faillite après avoir joué à l’économie-casino.

Refuser “l’intervention de l’Etat”, mais l’obliger à lui accorder aides et subventions permanentes. Comme financer la recherche et le développement, par des fonds gratuits, déguisés en « crédits d’impôts », ou l’apport scientifique non rémunéré, mais fondamental, des universités…

Nous sommes nombreux, néanmoins, à nous demander depuis longtemps ce que ce “génie d’entreprendre” serait en mesure d’accomplir s’il vivait seul, sur la banquise… (2)

Il réclamerait, immanquablement, à la collectivité des ingénieurs, cadres, techniciens et ouvriers qualifiés, pour mettre en œuvre son “idée géniale”, son “dynamisme entrepreneurial”, de la conception au processus d’élaboration, sinon…

Il réclamerait, fatalement, le support de l’épargne de la collectivité, publique et privé pour financer la réalisation de sa “géniale idée “…

Il réclamerait, assurément, à la collectivité des locaux, des infrastructures, pour acheminer son matériel, de production, de fabrication, de stockage, d’expédition et de transport. Jusqu’à des terrains viabilisés, tels ces terres agricoles transformées en zones industrielles et commerciales, sur les fonds publics, et cédées à deux sous pour arrondir les patrimoines immobiliers.

Il réclamerait, certainement, à la collectivité, un “bassin de consommateurs” sur son territoire ou ailleurs, pour acheter, vendre, louer, etc. Sans clients, surtout captifs sous forme de services publics privatisés, le génie s’essoufflerait vite …

Finalement sur la banquise… Sans la collectivité, sans un Etat, que vaut le “génie d’entreprendre” ?…

Et, si ce n’était que de l’esbroufe imposée par une secte spécialisée dans l’arnaque à la crédulité ?…

Crédulité dans des dogmes, maintenue par lavage, ou lavement forcé, de cerveau.

.

(1) Jacques Généreux, L’Autre Société – A la recherche du progrès humain, tome 2, Seuil, collection Essais, 2009, p. 390.

(2) Cf. Jacques Généreux, Op. Cit., P. 342.

 

Résistance politique indigène au Canada: Le mouvement Idle No More coopté… Il est temps de passer à la vitesse supérieure…

Posté dans actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, police politique et totalitarisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état avec des tags , , , , , , , , , , , , , le mai 21, 2013 par Résistance 71

Nation indigène: Au-delà du mouvement Idle No More

 

Gerald Taiaiake Alfred

 

29 Janvier 2013

 

url de l’article:

https://www.commondreams.org/view/2013/01/29-0

 

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Notre action collective dans le mouvement Idle No More (INM) a montré qu’il y a un soutien réel parmi les Canadiens pour un mouvement qui personnifie l’opposition de principe à la destruction de la terre et à l’expansion de la justice sociale pour les indigènes. Quand nous, les personnes aborigènes, avons un agenda politique qui est consistent avec nos enseignements originaux traditionnels, une relation de respect avec la terre et l’environnement naturel et une relation respectueuse entre toutes les nations qui partagent cette terre, nous avons vu que cela devient une grande motivation pour beaucoup de gens de nos propres nations tout aussi bien que de la société plus vaste (non-aborigènes).

Il est aussi maintenant clair que le mouvement a atteint un plateau. La plupart de la passion, de l’urgence et de l’attention que le mouvement INM a généré dans le sillage de la grève de la faim du chef Theresa Spence et de la “déclaration en 13 points” soutenue par chef Spence, l’AFN et les deux partis d’opposition canadiens, que trop de gens dans le mouvement représentent, a mené à la récupération des demandes du mouvement par les chef de l’AFN (NdT: dénoncée par beaucoup comme étant les agents du système…) en soutien de leurs négociations perpétuelles et des processus bureaucratiques de longue haleine qu’elles suscitent.

La question qui vient à l’esprit de beaucoup de gens du mouvement qui sont motivés pour continuer à lutter pour des buts plus sérieux de transformation, est de savoir comment raviver le momentum vers un changement fondamental comme celui que nous avions au début du mouvement ? Je pense que le seul moyen de maintenir ce mouvement dans la bonne direction est que nous voyons nos actions faites au sein d’INM comme faisant partie d’un engagement plus profond et de plus longue haleine vers la restauration du système de nation indigène.

Nous devons recentrer notre activisme sur la racine du problème à laquelle nous devons faire face collectivement: Notre dépossession et notre mauvaise représentation en tant qu’indigènes. Maintenant est venu le temps de nous replacer sur nos terres spirituellement et physiquement et de détourner notre soutien du système de l’Indian Act et de commencer à énergiser la restauration de nos propres gouvernements (traditionnels). Nos gens, nos langues et nos cérémonies traditionnelles devraient saturer nos patries et territoires. Nos leaders devraient nous répondre et non pas au ministre des Affaires Indiennes et à ses sbires. Nos gouvernements devraient être des cercles autour desquels chacun s’assied en égal et y participe totalement et devraient être là où nos voix se font entendre et non pas celles des systèmes de hiérarchie et d’exclusion, légitimisés et renforcés par les lois canadiennes. Restaurer notre sentiment de nation de cette manière est une lutte fondamentale. Notre concentration devrait être de restaurer notre présence sur la terre et de régénérer notre véritable nation. Ceci va la main dans la main et l’un ne peut pas se faire sans l’autre.

Idle No More a été utile et nécessaire. Comme des milliers d’autres personnes ces derniers mois, je suis fier d’avoir été un participant motivé à éduquer un public plus large, de faire la connexion entre les droits natifs et les droits démocratiques de tous les citoyens et d’avoir argumenté pour la protection de notre environnement sous la bannière Idle No More. Mais les limites du mouvement sont claires et beaucoup de gens commencent à réaliser que le type de mouvement que nous avons mené sous la bannière d’Idle No More n’est pas suffisant en lui-même pour décoloniser ce pays et même de produire des changements signifiants dans la vie des gens.

Ceux d’entre nous demeurant au sein du mouvement doivent se poser cette difficile question: Qu’avons-nous accompli au travers d’Idle No More ? Il y a eu une politisation de quelques indigènes. Il y a eu une certaine attention des médias. Il y a eu des rallies et des manifestations. De superbes créations artistiques et musicales en ont découlé. Tout ceci est très bien. Mais en termes de changement signifiant dans la vie des gens et de la lutte pour la justice, les choses ne sont pas différentes qu’avant que ce mouvement ne démarre. Le gouvernement fédéral n’a pas répondu, n’a pas senti le besoin d’adresser à quelque niveau que ce soit, le défi que nous lui avons proposé. Nous sommes en danger de devenir institutionnalisé (NdT: c’est déjà fait à notre avis…) et d’être trop prévisible en tant que mouvement, ou pire même, de devenir un genre de grand mouvement râleur sur Facebook et d’entrer dans un circuit fermé trop facile à ignorer et qui n’a plus rien de tangible avec ce qu’il se passe quotidiennement dans la vie des gens. Ce que cela veut dire si nous demeurons motivés à produire le changement et à parvenir à la justice pour nos gens, est que nous devons changer nos stratégies et nos tactiques pour présenter un défi bien plus sérieux sur la base de forcer le gouvernement fédéral à engager notre mouvement et à nous répondre de manière sérieuse.

Je pense que ce dont notre mouvement a besoin, c’est d’une mobilisation des gens sur la base de la nation indigène, emmenée par nos chefs traditionnels et les clans des mères, des hommes médecines, des anciens et des jeunes, de commencer à agir directement sur nos droits inhérents sur la terre et de demander le respect de nos gouvernements traditionnels. En termes pratiques, nous devons aller au delà des manifestations et des rassemblements publics dans les centres commerciaux, la voie publique et les législatures et nous devrions commencer à réoccuper nos sites ancestraux culturels, traditionnels et sacrés, utiliser les sites pour ré-établir notre présence sur notre terre et de cette façon, d’éduquer les Canadiens à nos connexions continuelles avec ces endroits et signifier leur importance pour notre existence en tant que peuples indigènes.

Si nous faisons cela, nous pourrons, une fois de plus, faire que l’Assemblée des Nations Premières (AFN), les médias de masse et les partis d’opposition, entendent la véritable voix des peuples indigènes dans ce pays et si nous sommes forts et pugnaces en faisant part de notre engagement à défendre ces buts, alors nous pourrons forcer le gouvernement fédéral à nous prendre sérieusement.

Maintenant vient le temps de la transgression (désobéissance civile), de la réoccupation, du soulèvement… en tant que peuples indigènes !

Éducation et pédagogie: La Foire à l’Autogestion des 8 et 9 Juin… Apprenons !… Échangeons !…

Posté dans actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique avec des tags , , , , , , , , , , , , , , le mai 21, 2013 par Résistance 71

Entrée libre à la seconde Foire à l’Autogestion !

vendredi 17 mai 2013

 par Foire-Autogestion

 

La Foire à l’autogestion dure deux jours : les 8 et 9 juin, à la Parole errante, 9 rue François-Debergue, à Montreuil, métro Croix-de-Chavaux.

On y attend des dizaines de structures associatives, syndicales, coopératives et politiques, et 1500 à 2000 visiteurs.

L’entrée est libre. Vous donnez ce que vous voulez à l’entrée pour financer l’édition de l’année suivante.

Consultez le programme !

Carte et plan des lieux

Histoire et science sociale: Eurocentrisme et la persistance du colonialisme

Posté dans actualité, altermondialisme, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état avec des tags , , , , , , , , , , , le mai 21, 2013 par Résistance 71

Fondements et permanence du colonialisme

 

Nils Andersson

 

10 Novembre 2011

 

url de l’article:

http://www.anticolonial.net/spip.php?article2316

 

Pendant des millénaires, premières colonisations : Égypte et Mésopotamie, monde gréco-romain et monde musulman, Asie hindouisée et sinisée, empire mongol, l’Eurasie et l’Afrique du Nord, furent des terres de conquêtes et de barbarie. Le plus ancien traité connu « de fraternité et d’amitiés » conclu vers 1280 av. J.-C, entre le roi d’Egypte, et le roi des Hittites fait l’objet d’un accord sur les frontières mais il est implacable envers les populations. Les souverains s’accordent d’extrader les fugitifs des deux camps qui cherchent asile soit en Égypte soit en pays hittite, le territoire est plus important que le sort des populations. C’est là une première permanence du système colonial et impérialiste, la primauté du territoire sur les populations.

Navigateurs, explorateurs et marchands vont êtres les premiers colonisateurs. En 1493, un arbitrage du pape accorde toutes les terres « trouvées ou à trouver, reconnues ou a reconnaître » à l’Espagne et au Portugal. Il s’agit d’un colonialisme mercantile et de mercenaires, avec le « système de l’exclusif ». La puissance coloniale s’assure le monopole des importations et exportations, ainsi les conquistadors s’attribuent pour leurs rois et pour eux-mêmes les richesses de l’Afrique et de l’Amérique. Au XIXe siècle, avec l’expansion du capitalisme industriel, la liberté du commerce, va prévaloir et modifier le système colonial en rationalisant et intensifiant l’exploitation économique, sociale et humaine des peuples colonisés. L’accaparement des richesses naturelles est la deuxième permanence du système colonial.

Autre composante constitutive du colonialisme, le goupillon, trois bulles du pape confient aux rois d’Espagne et du Portugal la christianisation des territoires « découverts et à découvrir ». Imposer sa religion fut tout au long de la conquête coloniale une composante essentielle de la mission civilisatrice de l’homme blanc. Évangéliser est la troisième permanence du système colonial.

Pour compenser la chute de la démographie qui résulte en Amérique de l’extermination des Indiens, du travail forcé auquel ils sont soumis et des maladies contagieuses amenées par les Européens, il est organisé dès le XVIIe siècle le plus ignoble des commerces, la traite négrière. Pendant trois siècles l’esclavagisme participera du système colonial. Si la traite négrière a été abolie, la « force noire » du général Mangin lui succéda, avec l’enrôlement massif comme chair à canon pour les guerres impérialistes des tirailleurs sénégalais, malgaches, algériens, marocains, tunisiens et indochinois, puis les colonisés deviendront une main d’œuvre exploitable sans limite dans les métropoles. Quatrième permanence du système colonial, l’exploitation sociale et humaine des peuples colonisés.

Le goupillon accompagne le glaive. La violence dont se vante le capitaine de Montagnac lors de la conquête de l’Algérie : « Toutes les populations qui n’acceptent pas nos conditions doivent être rasées. Tout doit être pris, saccagé, sans distinction d’âge ni de sexe… » est inhérente au colonialisme. Violence que justifie Alexis de Tocqueville – grande référence de la pensée libérale et démocratique – quand il écrit : « Du moment que nous avons admis cette grande violence de la conquête, je crois que nous ne devons pas reculer devant les violences de détail, qui sont absolument nécessaires pour la consolider. » Cinquième permanence du système colonial, le recours à la violence de la guerre et de la répression.

À la violence physique s’ajoute une entreprise de dépersonnalisation, symbolisée par le Code de l’indigénat en Algérie, l’apartheid en Afrique du Sud, la ségrégation aux États-Unis et ailleurs. règles fondées sur la supériorité de l’homme blanc. Le Code de l’indigénat, par exemple, était un régime d’exception avec la mise en place de deux collèges électoraux, un pour les Français, un pour les indigènes. L’interdiction faite aux Algériens d’être maire ou président d’une assemblée qui comprend des Français, leur exclusion de certaines écoles ou interdiction faite à un officier « indigène » de commander un officier français même d’un grade inférieur au sien. De plus les Algériens sont soumis à la loi de la « responsabilité collective », non seulement ils ne sont pas des citoyens égaux mais leur individualité est niée, ils sont une masse. Déniant leur identité aux peuples colonisés, les colonisateurs vont imposer leur langue, leur culture, leur idéologie, fondée sur la supériorité de l’homme blanc. Racisme et colonialisme ne font qu’un. L’aliénation du colonisé est la sixième permanence du système colonial.

Il n’y a pas eu un mais des colonialismes, des distinctions peuvent être opérées, mais dans l’échelle de l’abomination tous les colonialismes sont égaux. Et dans le nouvel ordre colonial, comme dans l’ancien on retrouve ces six permanences : primauté du territoire sur les populations, accaparement des richesses naturelles, imposition de la religion du colonisateur, exploitation sociale et humaine, recours à la violence de la guerre et de la répression, aliénation culturelle et idéologique du colonisé.

S’il est paru important de rappeler ces permanences du colonialisme, ce n’est pas pour énumérer les maux du colonialisme, mais pour inscrire notre débat dans les luttes émancipatrices présentes car, sans une approche globale du système colonial, il ne peut y avoir de sortie du colonialisme.

Sortir du colonialisme : désaliénation et luttes communes

L’indépendance nationale acquise au prix de grands sacrifices par la lutte armée ou accordée par le colonisateur est une étape essentielle de la décolonisation, mais elle n’est et ne pouvait être qu’une étape. Comment aurait-il été possible que le colonisé se libère de son aliénation du seul fait d’être indépendant. Rompre avec les chaines de siècles d’oppression politique, d’exploitation économique, de soumission idéologique demande un temps long. Il est donc normal que l’on se pose aujourd’hui, la question : comment sortir du colonialisme ?

Pour sortir du colonialisme au stade d’une « mondialisation » qui est inscrite dans le processus même des conquêtes coloniales, il y a deux démarches obligées : rompre avec l’aliénation coloniale et créer les conditions pour que les peuples colonisés, ex-colonisés et les peuples des métropoles mènent des luttes communes.

Rompre avec l’aliénation, Fanon dénonce combien les comportements humains des « damnés de la terre » sont gangrenés par le colonialisme et le racisme, la radicalité de Fanon répond à un besoin de survie identitaire. Il souligne l’importance du regard porté sur les résistances au colonialisme. Mais Enzo Traverso fait le constat : « Une large partie de l’historiographie dite post-coloniale, revisite le passé à travers le prisme de la victime, dans un horizon privé de toute utopie, où il n’y a plus de place pour la mémoire des luttes émancipatrices des esclaves et des colonisés… » Il faut rompre avec toute logique victimiste du colonisé, subissant l’oppression coloniale. Il faut au contraire redonner place à la longue mémoire des luttes de résistance et émancipatrices qui ont porté les peuples colonisés il y a un demi-siècle au centre de l’Histoire.

Quel chemin parcouru depuis 1885, summum de l’arrogance coloniale, où la Conférence de Berlin décide des règles de partage de l’Afrique où il est convenu que « toute puissance européenne installée sur la côte peut étendre sa domination vers l’intérieur jusqu’à rencontrer une ‘sphère d’influence’ voisine. » Plus simplement dit : là où l’homme blanc pose le pied, le sol et les gens lui appartiennent.

L’ordre colonial est à son apogée. Le monde se partage entre les Empires coloniaux anglais et français dominants, les empires espagnols, portugais et hollandais déclinants (lutte d’indépendance en Amérique latine), les nouveaux empires coloniaux allemand, italien et belge et les États-Unis et la Russie conquérants. Les possessions britanniques, première puissance coloniale, représentent alors un quart des terres du globe et un quart de la population mondiale. Seule puissance non occidentale à mener une politique impérialiste, le Japon.

La domination coloniale paraît alors sans fin. Mais les peuples colonisés s’organisent politiquement, certains engagent des luttes de libération nationale, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est affirmé dans le cadre des Nations Unies. C’est le temps des ruptures, des sacrifices aussi, de Bandoeng, de la révolution AAA (Afrique, Asie, Amérique latine), amenant un bouleversement historique majeur. On ne peut sortir du colonialisme sans faire vivre cette mémoire.

De très nombreuses contributions des ex-colonisés sur les effets de la colonisation et ceux, tout aussi ravageurs, du néo-colonialisme – favorisé par la complicité et la corruption d’une grande partie des élites locales – témoignent d’une désaliénation du colonisé. Émancipation nationale et sociale mais également culturelle, identitaire, au pays et de l’émigré. Mais cette question n’est pas prise dans toute sa dimension si nous ne posons pas cette autre question, la désaliénation concerne-t-elle le seul colonisé ?

Certes non. Il en est pour le colonisateur comme, pour le colonisé. Les peuples victimes du colonialisme doivent se construire, s’émanciper, se libérer de ce passé et du présent néo-colonial où suppôts des anciens colonisateurs maintiennent leurs peuples sous leur dépendance et celle des anciens maîtres. Mais l’homme occidental doit lui aussi assumer son histoire, se libérer de sa propre aliénation de colonisateur, il doit lui aussi faire, « peau neuve », sans quoi il ne cesse de reproduire son aliénation dominatrice et raciste. On reste dans l’attente que les « élus du ciel », les colonisateurs, comprennent la nécessité de mettre en question leur identité de colonialistes qui continue à pervertir leur raison et leurs comportements.

On ne peut créer les conditions de modifier les rapports de force dans le monde sans sortir du double piège de l’aliénation du colonisé et de celle du colonisateur, dans laquelle nous maintient l’actuel ordre mondial. Face à la gangrène raciste, xénophobe, qui se répand dans le discours politique, intellectuel et médiatique, il faut dénoncer, inventer, découvrir, rompre avec la pensée dominante, y compris dans ce qu’elle gangrène nos rangs.

Autre obligation, créer les conditions de mener des luttes communes. Je voudrais rapporter ici à ce propos un colloque tenu à Milan au Centre Franz Fanon en 1962, il y a donc 50 ans, dans un moment de grandes avancées des mouvements de libération nationale, colloque qui avait pour thème, la gauche occidentale et le tiers-monde. Il a été souligné lors de ce colloque que la responsabilité historique de la gauche européenne est « de ne pas avoir compris la véritable importance des révolutions du Tiers monde, d’avoir considéré ces révolutions comme un fait particulier, isolé, dans le processus révolutionnaire mondial. » Faute de cette compréhension « nous avons pu assister, alors même que le cours de la décolonisation changeait le monde à un renforcement indiscutable du pouvoir capitaliste, à un affaiblissement progressif des forces démocratiques en Europe… »

Il a été lors de ce colloque posé la question « Le passage pour les mouvements de libération de la lutte armée avec l’accession à l’indépendance à des luttes revendicatives, démocratiques, une fois l’indépendance acquise, fera-t-il apparaître avec plus de clarté que l’ennemi est commun et que la décolonisation n’est pas un épisode particulier, historiquement isolé », qu’il appartient au mouvement général d’émancipation et que sans une solidarité active avec les peuples sortis du colonialisme, « la gauche européenne n’aura aucune efficacité. »

Cinquante ans après le constat est là, entre la gauche européenne et les peuples ex-colonisés ou encore colonisés, pris dans la nasse de l’économie de marché, soumis à la logique du néo-libéralisme dominante, il ne s’est pas créé une réelle solidarité et la question de l’efficacité de la gauche européenne reste posée.

Le monde a changé, les rapports de forces interétatiques ne sont plus les mêmes, les rapports de forces politiques, sociaux et économiques ne sont plus les mêmes, les rapports de force Nord-Sud ne sont plus les mêmes, les épicentres des mouvement d’émancipation et libérateur ne sont plus les mêmes. Mais le nouvel ordre mondial a aggravé les rapports dominants/dominés, colonisateurs/colonisés. Le capitalisme est toujours au fondement de la domination et de l’exploitation coloniale et sociale, nous sommes soumis aux mêmes maîtres, des maîtres dont les décisions sont de plus en plus exterritorialisées, loin de toute intervention et de tout contrôle citoyen, des maîtres qui nous mettent en concurrence, nous soumettent aux mêmes lois. Ce qui rend d’autant plus impératif de mener des luttes communes.

Sans cette solidarité, sans se sortir du double piège de l’aliénation colonialiste, dont nous ne sommes pas encore libérés et de l’aliénation néolibérale à laquelle il manque encore la radicalité d’un Fanon pour être dévoilée, on ne peut se libérer, ni les uns ni les autres, des lois de l’économie de marché, de la domination de l’idéologie néo-libérale auxquelles nous sommes soumis, nous ne pouvons faire prévaloir de la démocratie. Pour citer Jacques Bidet : « Auparavant n’existait que l’internationale : chaque classe exploitée se confrontait à sa classe exploiteuse, chaque peuple colonisé à son colonisateur. Et il pouvait s’établir entre eux une solidarité internationale. Aujourd’hui la logique du capital dessine l’horizon commun d’une histoire partagée. La lutte d’émancipation acquiert une perspective mondiale ».

Sortir du colonialisme, qui n’est nullement un système archaïque mais est aujourd’hui un constituant du système globalisé c’est, partant de mouvements locaux et nationaux, là où nous sommes, avec nos différences, nos expériences, en conjuguant nos mouvements, se donner la capacité d’influer sur l’ordre mondial.

 

Résistance politique: Les derniers bastions de résistance à l’État en danger de destruction…

Posté dans actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état avec des tags , , , , , le mai 21, 2013 par Résistance 71

La montagne contre l’État

 

Pierre Pellicer

 

url de l’article:

http://www.lavoiedujaguar.net/La-montagne-contre-l-Etat

 

Entre 2010 et 2012, Pierre Pellicer, alors basé à Bangkok, a effectué plusieurs voyages en divers confins du Sud-Est asiatique. Objectif Zomia, ce vaste espace de jungles et de montagnes qui a longtemps échappé à l’emprise des États et des gouvernements de la région.

Une quête passant par le Cambodge, le Laos et les Philippines.

Ce carnet de pérégrinations, publié en juin 2012 sur l’excellent site Article11, trouve place ici pour donner tout son sens à la lecture de Zomia ou l’art de ne pas être gouverné [1], essai de James C. Scott qui vient d’être traduit en français.

« L’histoire des peuples qui ont une histoire est, dit-on, l’histoire de la lutte des classes. L’histoire des peuples sans histoire, c’est, dira-t-on avec autant de vérité au moins, l’histoire de leur lutte contre l’État. » 
Pierre Clastres, La Société contre l’État

Zomia : espace périphérique de refuge et d’insoumission. Vaste zone de contreforts montagneux et de jungles, hors empires et civilisations. Ensemble hétérogène de peuples des hauteurs, fugitifs, autonomes : le négatif de l’État tel qu’il s’impose dans le Sud-Est asiatique.

Le concept de Zomia a été développé dans The Art of Not Being Governed, brillante contre-histoire de la région s’inscrivant dans le sillage de travaux anthropologiques sur les rapports sociétés/État, tels ceux de Pierre Clastres [2].

Pour son auteur, James C. Scott, les centaines de communautés qui peuplent les montagnes de Zomia ont depuis deux mille ans organisé leurs sociétés avec un souci constant, celui d’échapper aux nuisances de l’État : à ses décideurs, ses hiérarchies et institutions ; à sa logique : esclavage, religion, conscription, impôts ; aux famines et épidémies périodiques liées à la vie en plaine et à la monoculture du riz.

Fondements de ces autonomies : des organisations sociales souples (le village comme seule unité politique) ainsi que l’agriculture rotative sur brûlis (essartage) impliquant le déplacement fréquent des villages quand changent les parcelles de forêt brûlées, puis exploitées. La communauté zomiane typique ne connaît pas la propriété privée. Les notions d’ethnie, de peuple y sont assez floues : s’il y a revendication d’une identité, celle-ci dépasse rarement les limites du village.

L’histoire officielle de l’Asie du Sud-Est est celle des États de plaine. En Thaïlande, au Cambodge ou au Laos, les montagnards n’ont traditionnellement qu’un statut : celui de barbares, de primitifs oubliés du progrès, peuplant des zones considérées impropres à la vie civilisée.

À l’uniformité de la vie en plaine (pouvoir central, hiérarchie sociale, langue majoritaire, monocultures), la montagne oppose pourtant une incroyable diversité de sociétés décentralisées, autonomes au point d’entretenir peu de liens avec leurs voisines immédiates.

En Asie du Sud-Est, le quotidien vient souvent confirmer la prépondérance de l’opposition plaine/montagne — en témoigne le mépris qu’affichent les populations majoritaires envers leurs « voisins » des hauteurs. La Thaïlande moderne, par exemple, construite selon les schémas les plus autoritaires, laisse peu de place aux modes de vie minoritaires, qu’il s’agisse des montagnards ou des groupes nomades [3].

En ces temps d’hégémonie de l’État-nation, d’uniformisation des modèles sociaux, des valeurs et des aspirations humaines, Zomia a-t-elle encore une réalité ?

Scott a tenu à prévenir le lecteur, expliquant que ses analyses étaient surtout valables jusqu’au milieu du XXe siècle. Le récit de quelques voyages dans la région (entre 2010 et 2012) entrepris ici a donc pour but de mettre en rapport le concept de l’auteur américain et quelques fragments de la complexe réalité actuelle des marges du Sud-Est asiatique.

J’étais au départ guidé par un intérêt poussé pour les sociétés minoritaires de la région, par l’attrait des confins, des forêts primaires, des zones frontalières. Et avais au préalable engrangé quelques lectures : récits d’explorateurs coloniaux (préjugés racistes, clichés éculés, et, parfois, passionnantes informations de première main), ouvrages d’anthropologie [4] et rares récits de voyage récents. Peu de choses, finalement : le Sud-Est asiatique fait figure de grand oublié de la littérature. Lui ont manqué des conteurs, des voyageurs au long cours lucides, des observateurs passionnés [5]. Les clichés (douceur de vivre, sagesse bouddhiste, monarques bienveillants) ont la vie dure et sont, en littérature comme dans la réalité, la norme plutôt que l’exception.

J’étais également habité par des images fortes, obsédantes : des paysages, des photos anciennes (Coutard, Bernatzik) ; mais aussi de lointains échos de farouches résistances à l’assimilation et aux conquêtes (notamment au Cambodge). Et je gardais en tête des particularités qui interpellent : dans les montagnes du sud de la Chine, par exemple, subsisterait l’une des dernières sociétés matriarcales au monde, celle des Mosuo, déjà décrits par Marco Polo au XIIIe siècle dans son Livre des merveilles.

Pour finir, un souci : celui d’éviter l’écueil de la fascination, des fantasmes communément projetés par l’Occident sur des sociétés minoritaires souvent abordées de manière simpliste, sans distinctions (tous dans le même panier : nomades, sédentaires, peuples premiers, « primitifs », indigènes, minorités), ou réduites à quelques caractéristiques vagues (vie en harmonie avec la nature, rapports égalitaires, bonheur dans la simplicité, etc.).

Bangkok-Phongsaly, d’un monde à l’autre…

Partir. Fuir le quotidien aliénant d’un Bangkok obsédé par la consommation ; fuir les grands consensus thaïlandais, le conformisme ambiant, le culte délirant d’un monarque multimilliardaire élevé au rang de divinité et l’horreur marchande : paysage de panneaux publicitaires démesurés, malls et commercial centers, bars à filles.

Une nuit de bus. Entrée au Laos par sa capitale, Vientiane, bourgade émergeant tout juste de sa célèbre somnolence, en passe de devenir une vraie ville commerçante, besogneuse. Quelques signes ne trompent pas, depuis notre dernière visite : 4×4 plus nombreux dans les rues, déco kitsch des nouveaux commerces et offre touristique en développement.

La cinquantaine de bureaucrates choisie par le bureau central du Parti révolutionnaire populaire lao (au pouvoir depuis 1975) pour diriger le pays semble avoir autre chose en tête pour ce petit État (cinq millions d’habitants) que l’option d’isolement économique privilégiée jusqu’à présent.

Objectif : une bourgade au nord de la province de Phongsaly, la plus septentrionale du pays, « reculée », abordée une première fois il y a deux ans. Certaines communautés de montagne y connaitraient encore un isolement et une autonomie inhabituelles dans un Sud-Est asiatique en proie à d’importants bouleversements.

Trois jours de bus. Routes de montagne accidentées, paysages à couper le souffle. Et une drôle d’impression : la plaine, traditionnel centre de pouvoir, se fait plutôt rare. La géographie, escarpée, ne favorise guère le contrôle par les pouvoirs centraux. Et les civilisations ne savent pas grimper [6]. Ou plutôt ne savaient pas…

De la fenêtre du bus, une réalité plutôt sombre défile : 800 kilomètres de forêts détruites, brûlées à tout va. La jungle primaire, qui récemment encore couvrait le pays, recule, toujours plus loin. Gigantesque entreprise de déforestation et course aux chiffres : il faut bien atteindre les objectifs fixés par l’ONU pour l’année 2020. Ouvrir l’agriculture aux marchés, via le développement de plantations (papaye, bananes, hévéa) et de monocultures.

Une agriculture intensive et industrielle vient remplacer le traditionnel brûlis, les villages de montagne sont déplacés aux bords des routes, leurs habitants constituant un nouveau prolétariat censé fournir la main-d’œuvre nécessaire aux nouveaux projets. Pour sortir de la pauvreté, dit-on ! C’est avant tout une excellente opportunité pour le pouvoir de mettre fin à l’essartage et aux autonomies montagnardes. En cours, donc : privatisation massive des terres forestières et communales, investissements et spéculation, assimilation des communautés [7]. Une histoire vieille comme l’État.

Tout cela n’émeut pas franchement nos compagnons de voyage, habitants des plaines. Aucun démenti, durant nos multiples trajets, au traditionnel clivage plaine/montagne : pas le moindre signe d’intérêt de la part de nos bons citoyens pour ce qui concerne les hauteurs. La diversité des groupes « ethniques » de la province, l’incroyable hétérogénéité des montagnes traversées, les mystérieux sentiers de forêt ou de bord de route menant, au prix de longues marches, aux villages montagnards (et dont émergent, parfois, le long du trajet, quelques silhouettes aux vêtements colorés) : rien de tout cela ne semble occuper l’esprit de nos covoyageurs.

Point d’arrivée du bus : un modeste chef-lieu de district, rizicole, en plaine. Les locaux sont issus de la minorité tai lü, dont la langue appartient à la même famille linguistique que celle des Thaï et des Lao voisins. Descendants de l’ancien royaume des Sip Song Pan Na (douze mille rizières), les Tai Lü sont bien administrés et aiment le faire savoir. Selon les standards régionaux, l’accueil laisse toujours à désirer chez cette population de plaine, majoritaire dans la province, méfiante vis-à-vis des rares visiteurs de passage. La province est ouverte aux étrangers depuis peu.

Après plusieurs jours sur place, c’est entendu, personne ne nous aidera à atteindre le moindre village de montagne. Il faudra donc se débrouiller seuls, quitter les modestes pistes reliant villages et bourgs de plaine. Obtenir des informations des montagnards de passage en ville, et s’aventurer un peu. C’est à ce prix que nous atteindrons, plus tard, quelques villages yao. Cachés sur des versants de montagnes difficiles d’accès, invisibles à quelques dizaines de mètres, et ne figurant nullement sur les cartes de la région, identiques depuis les années vingt ou trente. D’après nos hôtes, nous sommes, de mémoire récente, les premiers étrangers vus en ces parages.

À cet isolement précieusement défendu pendant des siècles contre les pouvoirs régionaux se perçoivent aujourd’hui les premiers renoncements : positions ambivalentes des villageois vis-à-vis des projets des agences gouvernementales ou de développement, tendance à se rapprocher, sous la pression extérieure, des voies de communication, abandon de l’essartage et de la mobilité des villages.

En deux ans, la modernité a soudainement fait irruption dans ces bourgs réputés les plus difficiles d’accès de l’ex-Indochine. D’abord les toits en tôle. Puis les générateurs électriques, les tracteurs et motos chinoises, les boissons gazeuses et biscuits salés, les télévisions, les lecteurs DVD et les téléphones portables.

Désormais, les trajets motorisés remplacent les exténuantes heures de marche. Les distances s’abolissent, les villages sont répertoriés ; leurs noms changent, les habitants — souvent pour la première fois — sont comptabilisés, enregistrés, contrôlés. Zomia s’éloigne, et avec elle l’autonomie, la vie en marge.

Outre les pressions gouvernementales, on peut trouver plusieurs raisons à ces changements brutaux : dureté de la vie en montagne, manque d’accès aux soins modernes, sentiment d’archaïsme vis-à-vis des valeurs d’un extérieur toujours plus proche, raréfaction des ressources naturelles, désintérêt des sociétés de plaine en voie de modernisation pour les produits de la forêt…

Bientôt viendra l’école en langue lao, celle de la nation. Ainsi que la propagande bureaucratique et la promotion d’un modèle de vie normé, formaté, répondant aux exigences précises d’un État à la volonté hégémonique d’autant plus marquée que son pouvoir est récent.

Cambodge 
De Phnom Penh au Ratanakiri

Phnom Penh : la « perle de l’Asie » de l’époque indochinoise. Beauté fanée, amère comme un Cambodge qui porte encore les traces de l’horreur du régime khmer rouge.

Tourisme backpacker, filles bon marché, associations humanitaires omniprésentes [8] et explosion capitaliste. Le libéralisme a vite émergé des cendres auxquelles le régime de l’Angkar (« l’organisation », surnom du PC cambodgien) a réduit le pays (deux millions de morts pour huit millions d’habitants entre 1975 et 1979), favorisé par une minorité ayant su s’assurer — dans la violence — la mainmise sur le pays.

La ville semble détenir le record mondial de 4×4 d’exportation. Aussi omniprésents que le petit maquerellage, sordide, qui semble s’être emparé de la ville. Partout, la chair est à vendre : sur les bancs des grands boulevards, sur la promenade de bord de fleuve, dans les quartiers périphériques miséreux et dans les bars à touristes du centre-ville.

Situation sociale tendue. Les habitants du lac Boeng Kak (en bordure de la ville) ont fini par être délogés de leurs bicoques sur pilotis — peut-être faute d’une résistance organisée conséquente ; subissant le même sort que celui réservé aux habitants des campagnes occupant les mauvaises terres : celles que les puissants convoitent. Quatorze ans après la signature des accords de paix avec les dernières factions khmères rouges, les expropriations vont bon train.

Mais des faubourgs de la capitale se fait entendre une certaine agitation ouvrière. À deux pas des universités privés et des chantiers coûteux d’une nouvelle bourgeoisie aux dents longues, des milliers de filles des campagnes triment dans les usines de textile — sous-traitantes de grandes marques occidentales. Les salaires permettent tout juste de survivre, et la majeure partie est envoyée à la famille, restée au village. Les mouvements de grève et les arrêts de travail, fréquents et suivis, disent la rage et l’injustice. Mais leurs mots d’ordre encore faiblement radicaux sont, pour l’instant, loin d’inquiéter une classe possédante peu encline à la moindre concession.

Ban Lung, à 500 kilomètres de mauvaise piste de là, n’est plus le bout du monde. Plutôt une grosse bourgade récente, dynamique, installée au milieu des hautes terres du Nord-Ouest, de ce Ratanakiri longtemps réputé pour son inaccessibilité et sa sauvagerie.

Les routes traversent désormais toute la province : la jungle se fait rare, et les villages des huit « groupes ethniques » de la région sont censés être administrés comme ceux des plaines du Centre. Les terres de monocultures (noix de cajou, hévéa, amarcadiers) remplacent les forêts et l’immensité de leurs arbres, cathédrales de la nature, plusieurs fois centenaires.

Indice révélateur de l’immixtion du pouvoir central dans les affaires locales : les postes de police, dont l’omniprésence en ces zones dites reculées ne manque pas de surprendre.

Le Ratanakiri est depuis quelques années une zone d’installation de néo-arrivants : paysans sans terres venus de Kompong Cham et autres provinces « du bas », attirés par les offres à bas prix d’un gouvernement spéculant sur la forêt ou sur les terres des communautés autochtones.

Comble de l’absurde : il faut parfois les défricher en utilisant la vieille technique agricole de ceux que l’on appelle phnong (« sauvages », en khmer) — ou Khmer Loeu (« Khmers d’en haut », à connotation plus paternaliste) selon les situations : le brûlis.

Coupes illégales, pression démographique, spéculation foncière : la taille des forêts du Nord-ouest (comme les Cardamomes, dans l’Ouest, ou Prey Lang, au centre du pays) diminue chaque jour. Partout s’observent les conséquences tragiques d’un développement « incontrôlé ».

La région connut un premier bouleversement des équilibres traditionnels lors de la conquête et de la colonisation françaises (1858-1945). Après des décennies d’instabilité (guerre du Vietnam, régime Khmer rouge), elle est aujourd’hui livrée à la voracité des investisseurs et du gouvernement. Les projets sont innombrables : développement, tourisme, centrales hydroélectriques, barrages, exploitations minières, plantations, etc.

Dans les villages de Cha Ong, de Phum Tun, ou ailleurs sur notre route, les jeunes Krung hésitent à revendiquer cet héritage d’ancêtres dont la prestance et la fierté firent l’admiration des rares visiteurs parvenus à les rencontrer.

Plus loin, au bord de la Sesan, nul doute que les vieilles femmes Brao, les seules à porter la tenue traditionnelle, le haut du corps laissé nu, sont les ultimes dépositaires d’une façon de vivre déjà presque disparue.

Si « l’adaptation » est quasi inévitable, et la perte des anciennes autonomies un fait, les projets extérieurs ne sont pas acceptés ici avec la résignation qui est souvent de mise ailleurs (Laos, Thaïlande). Des villageois kachok ou jorai refusent toute intrusion des ONG et agences de développement dans la gestion de leurs affaires ; et divers projets d’envergure, comme celui de barrage sur la rivière Srepok, rencontrent des résistances. Dans la bourgade de Thmey, des villageois tenaces préfèrent préserver leur mode de subsistance et se passer d’électricité plutôt que subir les conséquences de l’installation dudit barrage : inondation des terres cultivables, disparition des ressources poissonnières. Ils savent que les intérêts en jeu ne concernent pas la communauté [9].

Non loin de là, un village Tompuon a opposé sa détermination (notamment par la brève séquestration d’agents de sécurité) à la tentative d’une entreprise coréenne de s’approprier ses terres pour y établir une plantation privée d’hévéas. La déclaration d’un de ses administrateurs en dit long sur le sentiment d’impunité qui s’est développé à l’encontre des minorités, largement partagé à l’échelle nationale : « Les villageois sont totalement naïfs, puisque l’investissement de l’entreprise est réalisé dans le but de promouvoir le développement national. Toute destruction de propriété détruit le pays, et ce que nous avons fait est en accord avec la loi. [10] »

Le Ratanakiri, demeuré inaccessible pendant des siècles, figure aujourd’hui sur les parcours touristiques. On « fait » la région en deux ou trois jours, on entre et on ressort sans grandes difficultés de villages encore inconnus du monde extérieur quelques années plus tôt. Si le processus d’acculturation est en cours, et si l’horreur touristique menace, une note d’espoir émerge de ces quelques villages où l’on entend bien ne pas se laisser dicter par l’extérieur la manière de mener sa vie.

Philippines 
Luzon et la Cordillera (Bontoc, Kalinga)

Manille est bien ce qu’elle évoque dans l’imaginaire collectif : un enfer urbain, gigantesque mégalopole de bidonvilles surpeuplée et outrageusement polluée. Les touristes la fuient pour les plages des îles dites « paradisiaques » de l’archipel philippin et autres chimères d’un tourisme de masse mondialisé et démocratisé.

Contrairement à ses voisines bouddhistes du continent, la société philippine possède une histoire de luttes bien présente. Le mouvement social est ici plus combatif que dans les autres pays de l’ASEAN [11], où les dynamiques collectives peinent à s’installer, et — le cas échéant — à durer. Les foyers de luttes et de revendications sont multiples, disséminés sur tout le territoire. Autant de réponses à une situation sociale des plus dures : oligarchie richissime possédant l’essentiel des ressources du pays ; problème de la terre hérité de la colonisation espagnole (au moins la moitié des paysans en seraient dépossédés) ; programme contre-insurrectionnel de l’État visant à mettre fin à la lutte armée menée par le CPP (Parti communiste philippin), bon alibi pour le sale boulot : répression, expropriations, détention et élimination de protagonistes du mouvement social.

Départ pour la Cordillera, région montagneuse du centre de Luzon, foyer de peuples de montagnes longtemps redoutés pour leur férocité et leur indépendance [12]. L’envahisseur espagnol fit les frais, trois siècles durant, de leurs cultures guerrières (la chasse aux têtes occupait, jusqu’au début du siècle dernier, une place importante dans ces sociétés), et ne parvint jamais à soumettre les Kalinga (occupant la province du même nom). Ces derniers conservent encore, dans un contexte bien différent, une certaine réputation d’insoumission.

Les sociétés montagnardes de la Cordillera, à la différence des sociétés « zomianes » continentales, ne pratiquent pas le brûlis comme forme principale d’agriculture. Les villages, haut perchés et souvent très éloignés des plaines et des côtes, vivent essentiellement de la culture du riz en terrasses. Conséquence probable de guerres incessantes menées entre elles, contre leurs voisins de plaine et contre l’envahisseur espagnol, mais aussi de leur forme d’agriculture — sédentaire et non semi-nomade —, elles étaient, avec leurs classes sociales et leurs esclaves, nettement plus inégalitaires qu’ailleurs dans Zomia.

Le développement de la région est ici plus ancien que celui des montagnes du continent. Les Églises américaines, après les missionnaires espagnols, envahirent la Cordillera au début du siècle dernier. Routes asphaltées, agriculture industrielle et villes font partie du paysage, sur deux à trois cents kilomètres au moins, jusqu’à la province de Bontoc.

Une fois passé le chef-lieu de la province, les paysages se font plus sauvages : rizières de Betwagan, majestueux cours de la rivière Chico — l’insoumise — autour de laquelle se sont fédérées, dans les années 1980, différentes communautés de la région, contre un projet de barrage.

Lutte victorieuse, dont le souvenir demeure vivace dans les esprits. La solidarité — dans une région ou les relations intercommunautaires sont encore difficiles — et une franche détermination vinrent à bout des projets gouvernementaux, malgré la répression et les assassinats. Un chef Kalinga — qui y laissa la vie — en témoignait dans sa réponse aux propositions de bureaucrates venus l’acheter : « Cette enveloppe ne peut contenir que deux choses — une lettre ou de l’argent. Si c’est une lettre, je ne sais pas lire. Et si c’est de l’argent, je n’ai rien à vendre. Prenez-donc votre enveloppe et allez-vous en. [13] »

La région demeure instable, surtout dans sa partie nord : rivalités et violences entre clans, escarmouches entre le CPP et l’armée. D’autant que les ressources naturelles se font rares.

Sauf en de rares endroits où subsiste un semblant de prise de décisions locale et communautaire, les assemblées de villageois ont disparu. L’apo — cercle de pierres — de Barlig (province de Bontoc), ancien lieu des assemblées de villageois, est délaissé. Le village a sa mairie, ses fonctionnaires. Et le tourisme se développe. Internet aidant, la dernière tatoueuse kalinga jouit même aujourd’hui d’une renommée mondiale. La fin d’un monde, ici aussi.

La région connaît par contre des dynamiques nouvelles, que les grands médias nationaux se gardent bien d’aborder : réappropriation d’une histoire régionale mouvementée, identité questionnée (philippine, ethnique, montagnarde…), luttes pour la terre ou contre les projets miniers qui menacent la région, écologie. Des solidarités nouvelles s’établissent entre villages, et mettent fin aux hostilités interethniques, aux rivalités de clans, et à une longue histoire de violence guerrière.

Zomia dans le tourbillon du monde

L’État achèvera bientôt de conquérir les dernières poches d’insoumission d’Asie du Sud-Est. Pour l’heure, le développement continue, inexorablement, son grignotage des territoires communautaires ; les confins de Zomia rejoignent peu à peu un monde régi par les normes du totalitarisme marchand ; et les communautés sont priées de se plier aux nouvelles règles du jeu.

Les sociétés de Zomia ne sont ni idéales ni complètement égalitaires. Elles ont leurs parias, leurs injustices, leur lot de traditions rétrogrades. Au contraire de ce qu’ont écrit nombre d’observateurs, pour qui elles semblent aller de soi, la solidarité et l’entraide y sont très codifiées.

On dit des sociétés sans État qu’elles n’ont pas d’histoire, puisqu’elles ne l’écrivent pas. De cette histoire, on sait donc peu de choses, si ce n’est qu’elle fut mouvementée. Leur grande adaptabilité a permis aux communautés montagnardes de perdurer jusqu’à ce jour, en dehors des civilisations, empires et royaumes ayant successivement contrôlé l’Asie du Sud-Est. Les autonomies anciennes, fondées sur l’équilibre précaire de l’isolement et de la fuite, supposaient une certaine abondance des ressources ainsi que le maintien à distance du monde extérieur.

Il aura fallu l’avènement de l’État moderne pour mettre fin à des centaines, des milliers d’années d’irréductibilité. Se peut-il vraiment qu’un monde disparaisse si vite ? Tout porte à le croire.

Pierre Pellicer 
avec l’aide de Budsarin Siangphro 
Voyages réalisés depuis Bangkok, 2010-2012

Source : Article11

Notes

[1] James C. Scott, The Art of Not Being Governed : An Anarchist History of Upland Southeast Asia (Yale University Press, 2009), traduit par Nicolas Guilhot, Frédéric Joly et Olivier Ruchet sous le titre Zomia ou l’art de ne pas être gouverné (Éditions du Seuil, 2013).

[2] Pierre Clastres, La Société contre l’État, éditions de Minuit, 1974. Pour des ouvrages plus récents, lire l’intéressant Pour une anthropologie anarchiste, de David Graeber, chez Lux.

[3] Voir article de l’auteur sur les dernières communautés nomades de Thaïlande (Le Monde libertaire n° 1667, 5-11 avril 2012).

[4] Georges Condominas, Nous avons mangé la forêt, Mercure de France ; Olivier Evrard, Chronique des cendres, IRD Éditions ; Frédéric Bourdier, La Montagne aux pierres précieuses, Ratanakiri, L’Harmattan.

[5] Exception notable, le passionnant : De palmes et d’épines – Vers le domaine des génies (Pays Maa’, Sud Viêt Nam, 1947-1963), de Jean Boulbet (Seven Orients).

[6] James C. Scott, « La montagne et la liberté, ou pourquoi les civilisations ne savent pas grimper », Critique internationale, n° 11.

[7] Eisel Mazard, 100% Deforestation in Principle and Practice : Lao PDR, South-East Asia, Prachatai.com, 21 septembre 2007.

[8] Lire Petits carnages humanitaires de Gallix Lardennois (L’insomniaque, 2008).

[9] « Ratanakiri, development is for other people », China Dialogue, 15 septembre 2011.

[10] « Villagers take hostages », The Phnom Penh Post, 23 février 2012, traduction de l’auteur.

[11] ASEAN, Association des nations de l’Asie du Sud-Est.

[12] William Henry Scott, The Discovery of the Igorots, New Day Publishers, 1982.

[13] Voir « Indigenous people remember Macliing Dulag’s martyrdom ».

 

Supercherie politique: Résister aux faux-nez du système, un devoir quotidien…

Posté dans actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état avec des tags , , , , , , , , , le mai 19, 2013 par Résistance 71

IDLE NO MORE.  Editorial 

 

Mohawk Nations News

 

Décembre 2012

 

url de l’article:

http://mohawknationnews.com/blog/tag/canada-bill-c-45/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

L’Assemblée des Premières Nations (AFN) et le Caucus Iroquois (CI) ont mergé leurs corporations le 4 Décembre 2012. La Caucus Iroquois représente les conseils de bandes sur les communautés Mohawk au Canada et non pas le peuple légitime Mohawk ou la Confédération Iroquoise. Ils prennent tout le crédit des efforts de nos mouvements populaires et de notre activisme, mais en fait ils travaillent derrière le rideau pour aider leurs commanditaires, le gouvernement canadien, à essayer de nous réduire au silence et à continuer la mascarade de l’illusion de la liberté.

L’AFN représente les autres conseils coloniaux de bandes au Canada (NdT: appelés conseils de tribus aux Etats-Unis). Il apparaît que ces deux branches corporatistes sont en première ligne du mouvement “Idle No More” ou sont en train de prendre en charge son agenda. Ils veulent donner l’impression que tous les Indiens suivent scrupuleusement la loi de l’Indian Act, ce qui est un mensonge.

La fusion est supposée être le commencement d’une relation combattante entre l’AFN et le gouvernement fédéral. Comment ? Ces deux groupes lobbyistes sont payés par l’entreprise commerciale Canada.

Le Caucus Iroquois n’a rien à gagner à résister aux colonisateurs. Ils sont grassement payés pour pacifier, porter le confusion et s’assurer que la véritable confédération ne puisse pas instaurer la Grande Loi de la Paix.

Ils n’ont absolument aucun droit légal de négocier au nom de notre peuple pour le territoire et les ressources. Ils ne représentent que les Indiens du conseil de bandes corporatif et les votards des élections dans les réserves. Les gens de la base ne vont pas s’assoir à la table de négociation alors que ces trois entreprises commerciales (l’AFN, Le CI et le gouvernement du Canada) font tourner la roue de la fortune et nous dépouillent de nos ressources et mettent encore plus de restrictions génocidaires sur nous.

Le premier ministre Harper est frustré de l’échec de l’AFN de nous faire taire et de nous pacifier, de nous asservir. Sa proposition de loi fasciste C-(quelque soit le numéro) va créer encore plus de famine, d’emprisonnement et de mort par génocide économique, racial, culturel et spirituel. Tous les businesses indigènes indépendants ayant du succès sont criminalisés. Harper veut une nouvelle équipe d’Indiens super-obéissants. Comme l’a dit l’assassin économique (NdT: en référence au livre de John Perkins: “Confession d’un assassin économique”): “Ne vous occupez pas des gens, pensez simplement à vous et votre famille.”

L’Indian Advancement Act de 1924 nous a placé sous les sanctions économiques les plus oppressantes de tout peuple sur terre afin de nous affamer et de nous soumettre. Les réserves indiennes étaient et sont toujours des camps de prisonniers de guerre. Nous sommes obligés d’obéir rien que pour manger. Ils veulent nous éliminer pour saisir nos terres riches en ressources naturelles pour les multinationales et afin de créer des décharges de produits toxiques comme à Attawapiskat, Keshachewan, Akwesasne, Kahnawake, Tyendinaga, etc.,,

L’AFN inutile s’est rassemblée récemment à Gatineau pour nous dire que tout est mauvais et sans espoir et nous dire qu’en fait nous devons vivre avec.

Les délégués ont traversé la rivière Ottawa pour marcher sur la colline du parlement et ont essayé de pénétré la chambre des députés. L’échauffourée fut terminée en un instant. Le gouvernement savait très bien que c’était ses marionnettes qui faisaient du foin et il a pu leur fermer la porte au nez, car d’après la loi de l’Indian Act, les Indiens n’ont pas le droit de pénétrer dans le parlement.

Les véritables ongwehonweh de Great Turtle Island ne vont pas mendier pour ce qui nous appartient. Les visiteurs seront rappelés à l’ordre et notifiés de leur occupation illégale de notre territoire, du vol de nos possessions, du génocide et de ce qu’ils nous doivent.

Pourquoi notre peuple se bat-il pour des traités ? Ces contrats illégaux ne valent pas le papier sur lequel ils sont écrits. Nous n’obtenons rien. Ils ont le droit de nous contrôler et de nous prendre tout. Tous les traités ont été brisés, violés, ce qui les rend nuls et non avenus.

Le seul véritable traité fut celui de Guswentha en 1701, leur donnant refuge et leur donnant la possibilité de devenir un avec nous. Ils n’ont jamais pu avoir juridiction sur nous, notre territoire, nos ressources, notre air et notre eau. La loi internationale dit maintenant que lorsqu’un traité est brisé, tout doit revenir comme le jour d’avant le traité, en l’occurence comme au 24 Juin 1701.

Les occupants donnent des cartes de bandes corporatives. Les détenteurs de ces cartes sont supposés être des Indiens canadiens sous la souveraineté et la juridiction de l’entreprise commerciale connue sous le nom de Canada.

Si ces cartes étaient déchirées demain et les corporations canadiennes réfutées, seuls les chefs du conseil des bandes et ceux qui votent dans leurs élections resteraient  comme leurs indiens corporatifs artificiels. Le reste d’entre nous serions aux commandes, et pas partie prenante de corporations étrangères, car n’ayant jamais rien abandonné.

Canada perd 60 millions de dollars par jour, 22 milliards de dollars par an à cause du prix réduit appliqué aux ventes de notre pétrole aux Etats-Unis. Ils veulent le vendre au marché asiatique via la côte Ouest. Nous n’autoriserons jamais le pipeline de traverser le territoire ongwehoneh. Nous avons fait fermer le projet de pipeline du Northern Gateway. Dans les années 1970, nous avons fait fermer le pipeline de la vallée MacEnzie. Le sac à merde Enbridge a été fermé. Les voleurs ne veulent pas être honnêtes avec leur propriétaire. Au lieu de cela, ils envoient leurs flics faussaires pour nous menacer.

Les colons sont arrivés ici avec rien, même pas un langage commun, un peuple ou une histoire commune. Ils ont apporté avec eux la veulerie, la malhonnêteté, la soif du sang. Ils paniquent, ils sont en colère, frustrés et nous menacent parce qu’ils n’ont jamais pensé qu’ils seraient tenus pour responsables. Il est grand temps de dissoudre le squat illégal de l’entreprise commerciale Canada. Oui, nous dirons aux gouvernements étrangers, aux entreprises et leurs entités ce qu’ils pourront avoir ou pas.

Nous devons œuvrer ensemble comme un seul peuple inhérent de Great Turtle Island. Il y a une formule pour venir à un consensus de façon à ce que nous suvivions tous. Si l’un d’entre nous a faim, alors tous avons faim. Pousser pour le contrôle de nos intérêts sur nos ressources est un commencement.

Nous désirons la paix et pas le pacifisme. Nous voulons avoir le contrôle de nos vies, de notre territoire, de nos minerais, de notre pétrole, de notre gaz, de notre sol, de notre éco-système, de l’air, de l’eau et de tout ce qu’il y a dessus.

Résistance politique: Combattre et éradiquer le fléau colonial, première nécessité

Posté dans actualité, altermondialisme, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état avec des tags , , , , , , , , , , le mai 17, 2013 par Résistance 71

“L’histoire du système mondial moderne a été pour sa plus grande partie, une histoire de l’expansion des États et peuples européens sur le reste du monde… L’expansion a impliqué dans la très vaste majorité des régions du monde incriminées, la conquête militaire, l’exploitation économique et d’énormes injustices.”

~ Immanuel Wallerstein, “European Universalism” ~

 

“Du moment que nous avons admis cette grande violence de la conquête, je crois que nous ne devons pas reculer devant les violences de détail, qui sont absolument nécessaires pour la consolider.”

~ Alexis de Tocqueville ~

 

Nous sommes tous des colonisés !

 

Résistance 71

 

16 Mai 2013

 

Le problème du colonialisme et de son avatar néo-colonial dans la société “post-coloniale” dans laquelle nous sommes censée vivre, est LE problème vital de notre temps à notre sens car il reflète, recycle et applique sur le terrain toutes les idéologies religieuses, devenues pseudo-scientifiques, de justification de l’oppression du vaste nombre par l’infime minorité.

Il n’y aura pas de changement sociétaire sans une refonte totale de la pensée et de l’attitude occidentales envers le monde en général et de l’occident lui-même en particulier.

Le nœud gordien du problème se situe au cœur même du credo économique de nos sociétés, celui de la propriété privée (à ne pas confondre avec la possession, cf. Proudhon), nous renverrons a ce sujet nos lecteurs aux écrits et démonstrations de Proudhon à ce sujet, car nous nous attacherons ici plus aux phénomènes sociologiques, psychologiques et anthropologiques du problème. Nous nous attacherons ici à montrer que d’un fondement religieux (la chrétienté contre les sauvages et les hérétiques), la raison d’être du colonialisme a glissé vers la pseudo-science une fois la racine religieuse chrétienne tombée en désuétude au XIXème siècle. Quoi qu’il en soit, tout part du même principe, celui d’une suprématie, et du sentiment de supériorité de la civilisation occidentale.

Dans son ouvrage classique et incontournable sur le sujet: “Discours sur le colonialisme” (1955), Aimé Césaire nous dit ceci:

Le grand responsable dans le domaine de la colonisation est le pédantisme chrétien pour avoir posé les équations malhonnêtes:

Christianisme = Civilisation et paganisme = sauvagerie, d’où ne pouvaient que s’ensuivre d’abominables conséquences colonialistes et racistes, dont les victimes devaient être les Indiens, les Jaunes, les Nègres.”

Au nom d’un dieu aussi aléatoire qu’oppresseur, l’occident a fait main basse dès la fin du XVème siècle, sur les terres du nouveau monde et au nom de “l’universalisme” culturel (aujourd’hui devenu “l’humanisme” occidental fondement du “droit d’ingérence” dans les affaires d’autrui…), a massacré, pillé, torturé, mis en esclavage les peuples indigènes aux nouveaux territoires, puis du continent africain et d’une bonne partie de l’Asie. A ce sujet, les écrits à la fois de Christophe Colomb dans son journal et ceux du prêtre, défenseur des indiens, Bartolomé de La Casas, sont formels et sans équivoque: massacres et mise en esclavage furent le lot quotidien au nouveau monde.

Comme l’a fait justement remarquer Nils Andersson, le système colonial est fondé sur six permanences:

  • La primauté du territoire sur les populations
  • L’accaparement des richesses
  • L’évangélisation
  • L’exploitation sociale et humaine des peuples colonisés
  • Le recours à la violence de la guerre et de la répression
  • L’aliénation du colonisé

Si la motivation économique de la colonisation est indéniable, surtout depuis la fin du XVIIIème siècle ; elle ne peut être possible que par une double aliénation.

Celle à la fois du colonisé et du colonisateur. Pour que le concept d’universalisme religieux, revendiqué très tôt par l’Europe, puisse être inculqué, puis lorsque la religion eût faibli, le relais soit pris par le concept d’universalisme culturel, d’humanisme universel de l’occident justifiant le principe d’ingérence toujours de rigueur aujourd’hui, il faut que les esprits de l’opinion soient formatés par une doctrine suprémaciste, que le peuple colonisateur soit convaincu du bien-fondé de la mission à assumer “au nom de l’humanité”. Ainsi la doctrine est simple, elle assume et clâme que l’occident a inventé la science, que de toutes les sociétés, seule l’occident à le pouvoir de penser, que la connaissance est son apanage et le reste du monde n’est qu’une nuit de pensées primitive ne demandant qu’à être éclairée. Nous sommes ici dans l’archétype même de l’ethnocentrisme et de la pensée totale éronnée s’auto- proclamant universelle.

De la même manière, les peuples colonisés doivent-ils être convaincus de la supériorité affirmée de leurs oppresseurs, de leurs bourreaux. Dans un cas comme dans l’autre, ceci relève de la manipulation psychologique totale et n’a aucun fondement scientifique.

Aimé Césaire disait:

Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux bas instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral et montrer qu’à chaque fois qu’il y a au Vietnam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend… et alors, un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour: les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets… Avant d’être victime du nazisme on en a été complice, que ce nazisme là on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil dessus, on l’a légitimé, parce que jusque là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens…

Le politique primant l’économique (l’État naît de la division de la société en oppresseurs et opprimés indépendamment de l’économique, le clivage est d’abord politique avant d’être économique, comme l’a montré fort à propos l’anthropologue Pierre Clastres dans ses travaux de echerche), colonisés et colonisateurs sont tous deux opprimés par le même schéma d’expression de l’autorité: le tribut. Pour assoir son pouvoir, l’oligarchie a très tôt fait payer le tribut à son peuple, car c’est en faisant payer le tribut que l’oligarchie établie son autorité coercitive et c’est en acceptant de payer le tribut que le peuple se soumet à ses maîtres. Ce tribut s’est ensuite tout naturellement étendu aux territoires colonisés sous la forme de l’exploitation en règle des resssources naturelles et humaines tout autant que du tribut que doivent continuer de payer les colons aux oligarques en place. Le principe de colonisation est en fait un phénomème “à tiroir”, exploitant colons et colonisés (certes à des degrés différents, mais ce n’est qu’une question de degré…) au profit du même tout petit nombre, servi par un lot de fonctionnaires parasites accrochés aux basques du système.

Toute la supercherie réside à faire admettre sur des bases on ne peut plus fragiles, que l’État en première instance est source de loi, sécurité, culture, progrès et égalité (dans sa forme de “démocratie représentative”) et que celui-ci, au nom donc de l’universalisme de la suprématie de la culture occidentale (qui n’est qu’un concept eurocentrique surrané…) représente la lumière qui doit rayonner sur le monde, d’abord à la maison, puis chez les “sauvages” incultes, païens et non-civilisés qui doivent se soumettre.

Ainsi, comme le dit Césaire plus avant: “Entre colonisateur et colonisé, il n’y a de place que pour la corvée, l’intimidation, la pression, la police, l’impôt (note de l’auteur: du tribut…), le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la mufflerie, des élites décérébrées et des masses avilies.” Et à ceux qui prétendent et veulent toujours croire que la colonisation c’est: les écoles, les routes, l’éducation, les canaux et les chemins de fer, tous essentiellement bien plus bénéficaires aux colons qu’aux colonisés, Césaire répond:

Moi, je parle de milliers d’hommes sacrifiés au Congo-Océan. Je parle de ceux, qui, à l’heure où j’écris ces lignes (1955), sont en train de creuser à la main le port d’Abidjan. Je parle de millions d’hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la vie, à la danse, à la sagesse. Je parle de millions d’Hommes à qui on a inculqué savamment, la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir et le larbinisme.”

Le dogme colonialiste est fondé sur un eurocentrisme forcené, un délire mythomane déclarant comme l’a souligné Immanuel Wallenstein:

La science sociale européenne était résolument universaliste en affirmant que quoi qu’il se fut passé en Europe du XVIème au XIXème siècles, représentait un schéma qui était applicable partout, soit parce que c’était un résultat progressiste de l’humanité qui était irréversible ou parce que cela représentait l’assouvissement des besoins les plus basiques de l’humanité en enlevant les obstacles artificiels à sa réalisation. Ce que nous voyons en Europe n’est pas seulement bon, mais représente le visage du futur partout [...] Quand les colonisateurs français du XIXème siècle parlaient de la ‘mission civilisatrice’, ils voulaient dire que par les moyens de la conquête coloniale, la France, ou plus généralement l’Europe, imposerait aux peuples non-européens les valeurs et les normes qui étaient comprises par ces définitions de la civilisation. ”

Comment colonisé et colonisateur s’accommodent-ils de leur situation ? Comment l’un comme l’autre se satisfont-ils du statu quo imposé ? Ceci relève du domaine psychologique et idéologique. En empruntant beaucoup à la théorie gramscienne de l’hégémonie culturelle et à une vision libertaire, anarchiste de la société, le pédagogue critique brésilien Paolo Freire nous donna en 1970 des éléments de réponse dans son brillantissime ouvrage: “La pédagogie des opprimés”, en analysant de manière critique l’idéologie muselant à la fois colonisé et colonisateur, il devisa une pédagogie de la libération, de l’émancipation culturelle, politique et sociale.

Pour le colonisateur, l’oppresseur, tout lui est dû de par la conviction faite sienne de sa supériorité tant culturelle, que raciale. Citons en exemple Jules Ferry, chantre colonialiste de la IIIème république française, qui disait lors d’une intervention à la chambre des députés en 1885 la chose suivante:

Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures… (il est coupé par d’autres députés indignés, puis reprend) Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures...” Ceci fut la ligne historique du colonialisme français de la IIIème république qui mena la France dans les méandres de l’ignominie raciste dont elle ne s’est toujours pas défaite aujourd’hui quoi qu’on en dise et veuille le faire croire (cf. le dogme néo-colonial de la Françafrique toujours si vivace…)

Tout devient dès lors objet de sa domination. Freire analyse: “Pour l‘oppresseur, la conscience, l’humanisation de l’autre, n’apparaît pas comme le but d’une humanité totale, mais plutôt comme une subversion.”

Les colonisateurs/oppresseurs ne perçoivent pas leur monopole, leur hégémonie comme un privilège qui déshumanise les autres. Au delà de leur complexe de supériorité raciale, ils affirment avec aplomb qu’avoir toujours plus est un “droit inaliénable”, un droit qu’ils ont acquis par leur “courage à prendre des risques” et que par conséquent si les autres n’ont pas plus, c’est parce qu’ils sont incompétents, paresseux, voire les deux…  Le colon oppresseur va donc se préserver mentalement et physiquement de la “jalousie” du colonisé/oppressé et confronté aux faiblesses évidentes de ce raisonnement, s’enfoncera dans une dissonnance cognitive pathologique.

Ceci implique qu’en retour du complexe de supériorité de l’oppresseur, il y ait un complexe d’infériorité de l’oppressé, du colonisé. Celui-ci existe, ce complexe d’infériorité savamment entretenu du reste à grand renfort de pseudo-science sociale telles que le malthusianisme et le darwinisme social, qui ont débouchés sur des dogmes ethnologiques et sociologiques erronés, depuis démontés par les travaux d’ethnologues modernes tel Pierre Clastres, est une réalité toute aussi pathologique mais pas irréversible.

Les quatre piliers essentiels de l’oppression (dont le colonialisme fait partie…) selon Paolo Freire sont les suivants:

  • La conquête (physique, culturelle)
  • La Division pour mieux régner
  • La manipulation
  • L’invasion culturelle

Notons au passage que ceci peut à la fois se référer au colonisé mais aussi aux membres d’une nation colonisatrice, qui tombent eux-aussi  sous le coup de la domination, celle du consentement et de sa fabrication à grand renfort de propagande et de fausse-science.

Ainsi pour se libérer de la tutelle oppressive, les peuples doivent faire preuve de:

  • Coopération
  • D’unité pour la libération
  • D’organisation
  • De synthèse culturelle

Ainsi Freire et la pédagogie critique nous indiquent que: “L’authentique libération, le processus d’humanisation, n’est pas un autre dépôt fait dans la tête des Hommes. La libération est une praxis, c’est a dire une réflexion et une action des hommes et des femmes sur leur monde avec pour but de le transformer… Ici, personne n’enseigne à personne, personne ne s’auto-instruit. Les gens s’enseignent les uns aux autres, modérés par leur monde, par les objets connus qui dans un système banquier d’éducation, sont détenus par l’enseignant.

A cela vient s’ajouter une chose essentielle, à notre avis, pour garantir le succès de la sortie et de l’éradication du colonialisme sous toutes ses formes et le possible retour à un paradigme de droit égalitaire et de véritable progressisme libre et non dogmatique où tous et toutes y gagneraient et non pas l’habituelle clique de parasites en contrôle ; comme le note très bien Nils Andersson dans son essai “Fondements et permanences du colonialisme”:

Pour sortir du colonialisme au stade d’une ‘mondialisation’ qui est inscrite dans le processus même des conquêtes coloniales, il y a deux démarches obligées:

  • Rompre avec l’aliénation coloniale
  • Créer les conditions pour que les peuples colonisés, ex-colinisés ET les peuples des métropoles mènent des luttes communes.”

Andersson plus loin dit on ne peut plus pertinemment:

Il en est pour le colonisateur comme pour le colonisé. Les peuples victimes du colonialisme doivent se construire, s’émanciper, se libérer de ce passé et du présent néo-colonial, où suppôts des anciens colonisateurs maintiennent leurs peuples sous leur dépendance et celles des anciens maîtres. Mais l’Homme occidental doit lui aussi assumer son histoire, se libérer de sa propre aliénation de colonisateur, il doit lui aussi faire ‘peau neuve’, sans quoi il ne cesse de reproduire son aliénation domintarice et raciste.”

En conclusion de son essai, Andersson rejoint les thèses d’un auteur natif nord-américain (Mohawk de la confédération iroquoise) dont nous présenterons sur ce blog la traduction de larges extraits d’un texte essentiel pour mieux comprendre le colonialisme dont sont victimes toujours aujourd’hui les peuples natifs des Amériques, le professeur de science politique et spécialiste du droit natif Taiaaiake Alfred, lorsqu’il écrit:

Sortir du colonialisme, qui n’est nullement un système archaïque mais est aujourd’hui un constituant du système globalisé c’est, partant de mouvements locaux et nationaux, là où nous sommes, avec nos différences, nos expériences en conjugant nos mouvements, se donner la capacité d’influer sur l’ordre mondial.

Dans quel but ? Celui de nous émanciper, d’échapper au paradigme mortifère induit par une mini-élite dont l’hégémonie culturelle n’a que trop duré. Le salut sociétaire de l’humanité réside dans la libération du dogme suprémaciste parasite et criminel pour enfin vivre égaux, libres et heureux.

Ceci passe immanquablement par le fin du colonialisme, de son avatar néo-colonialiste, du capitalisme et de l’état garde-chiourme, tous instruments d’oppression de la vaste majorité par le petit nombre.

Lorsque l’occident et ses peuples aliénés auront réalisé et transcendé les leurres et les crimes d’un système qui n’a aucun lieu d’être, alors une révolution copernicienne politique et sociale populaire prendra place, la seule qui libèrera le monde à tout jamais.

Nous sommes tous dans le même bateau comme l’a entrevu parfaitement la 6ème déclaration de la jungle de Lacandon en 2005 par l’EZLN zapatiste du chiapas au Mexique:

Les capitalistes essaient de dominer le monde entier, la planète terre, le néolibéralisme est la théorie, le plan, qui fait fonctionner la globalisation, et le néolibéralisme a ses plans économique, politique, militaire, et culturel. L’objectif de chacun de ces plans est de dominer et de commander à tous et ceux qui n’obéissent pas sont réprimés et exclus afin d’éviter qu’ils contaminent les autres avec des idées de rebellion… Des nations très puissantes comme les Etats-Unis veulent tourner le monde en une gigantesqe entreprise, un marché géant pour vendre et acheter tout ce qui est possible et pour cacher l’exploitation faite autour du monde. Voici pourquoi le mouvement zapatiste EZLN dit que la mondialisation néolibérale est une guerre de conquête du monde entier, une guerre mondiale, une guerre déclenchée par le capitalisme pour dominer la Terre entière. Cette conquête est parfois faite par des armées qui envahissent des nations, mais souvent elle est faite avec l’économie, par le système de la dette et en amenant leur culture capitaliste, qui est la culture de la marchandise, du profit et du marché.”

Les oppressés natifs du sud du Mexique ont le dernier mot de la lucidité. Tendons-leur la main, à eux et à tous les colonisés, qui en retour nous aiderons à surmonter notre culpabilité d’avoir réduit le monde à ce triste paradigme mercantile et obscène.

Bibliographie:

  • Aimé Césaire, “Discours sur le colonialisme”, 1955
  • Nils Andersson, “Fondements et permanence du colonialisme, 2011
  • Jules Ferry, “Les fondements de la politique coloniale”, 1885, archives de l’Assemblée Nationale
  • Georges Clémenceau, “La colonisation est-elle un devoir de civilisation?”, 1885
  • Saïd Bouamama, “L’espace mental colonial comme matrice du racisme contemporain”, 2013
  • Immanuel Wallerstein, “Eurocentrism and its Avatars: the Dilemmas of Social Science”, 1997
  • Pierre Clastres, “La société contre l’État”, 1974
  • Paolo Freire, “La pédagogie des oppressés”, 1970
  • Ira Shor & Paolo Freire, “A Pedagogy for Liberation”, 1987
  • Russell Means, “Where White Men fear to Tread”, 1995
  • Taiaiake Alfred, “Peace, Power, Righteousness”, seconde édition, 2009
  • Taiaiake Alfred, “Wasase”, 2005
  • Diane Engelstad & John Bird, “Nation to Nation, Aboriginal Sovereignty and the Future of Canada”, 1992
  • Peter Nabokov, “Native American Testimony”, revised edition 1999
  • Gloria Munoz Ramirez, “Le Feu et le Mot, une histoire du mouvement zapatiste”, 2008

Politique française: Mise au point sur la supercherie de la "gauche" et de la "gauche de la gauche"…

Posté dans actualité, altermondialisme, autogestion, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial avec des tags , , , , , , , , , , , le mai 17, 2013 par Résistance 71

Il n’y a pas de solution au sein du système !…

– Résistance 71 –

 

Le parti du peuple en marche

Le Monde Libertaire

 

16 Mai 2013

 

Url de l’article:

http://www.monde-libertaire.fr/france/16421-le-parti-du-peuple-en-marche

 

Périodiquement, la gauche française recherche un nouveau leader plus ou moins charismatique pour faire la nique au PS. Mélenchon s’y colle, populisme en avant.

Voici plusieurs mois déjà que le Front de gauche (FdG), emmené par le tribun Jean-Luc Mélenchon, occupe une partie du devant de la scène politique. La manifestation parisienne du 5 mai a été l’occasion d’une nouvelle démonstration. Revenons sur cette force que l’on dit montante.

Nous savons que, périodiquement, la gauche française recherche un nouveau leader plus ou moins charismatique pour faire la nique au PS. Tour à tour, Arlette Laguiller de LO puis Olivier Besancenot du NPA furent ces nouveaux visages médiatiques ; plus ou moins soumis à un ordre électoral et communicationnel, ils incarnaient – pour un temps – l’espoir d’un vent de révolution. C’est pourtant des rangs du PS que vient le nouveau leader d’un électorat en mal de perspectives politiques. La première réussite de J.-L. Mélenchon fut d’agréger diverses organisations au sein d’un front de gauche, dont le PCF. Ce front de gauche, très inspiré par des expériences similaires en Europe (Syriza en Grèce, Die Linke en Allemagne), réunit des associations politiques et organisations parfois sur le déclin, des réseaux et des groupements nés de récentes scissions, en mal d’ancrage et de moyens. Aujourd’hui, certains de ces partenaires s’efforcent même de manœuvrer pour desserrer l’étau constitué par le PCF et le Parti de gauche et tenter d’exister dans cette cohabitation.

Des mots, des idées

Sur le plan politique, le FdG s’inspire beaucoup des mouvements sociaux mondiaux ; dernier exemple en date, vouloir calquer les modèles de mobilisations espagnoles des « marées » pour la France. Évidemment, les charismatiques Evo Morales et Chavez sont des figures de proue de cette rénovation d’une certaine gauche française. S’adressant aux déclassés, à partir d’une inspiration qui fait appel à Robespierre, Jaurès ou Guevara, c’est l’image du travailleur qui est surtout convoquée pour galvaniser les nostalgiques d’une gauche puissante. Dans les meetings, les chants entonnés, de La Marseillaise à L’Internationale, balaient un spectre qui invoque l’esprit de la patrie républicaine en danger ou celui de 1917. Les références à la « nation », à Marianne, à « la France belle et rebelle », à la « patrie républicaine », à l’exemplarité universelle de ce mouvement qui se met en marche… mêlent ainsi des valeurs et des conceptions qui peuvent toucher largement un électorat nostalgique d’une France jacobine des droits de l’homme, des mythes d’un peuple émancipateur, et qui rêve encore au plein emploi.

On ne peut pas nier que contester la prédominance du FN sur son propre terrain est ambitieux, mais on se demande où veut en venir Mélenchon quand il explique qu’il faut défendre les travailleurs menacés comme s’ils étaient les membres d’une même famille, lorsqu’il réaffirme toujours et encore qu’avec lui c’est le « peuple » qui est en marche, et qu’il prend pour cible les Chinois et autres Qataris, ces investisseurs qui achètent le patrimoine français. Ce tribun affirmait récemment que l’usage des mots choisis pour ses déclarations étaient très réfléchis avec son équipe de campagne. Dont acte.

Il n’y a aucune mauvaise foi à écrire ici que si le FdG rejette des institutions européennes et les fonctionnements de la Ve République, il assume déjà le fait d’avoir des députés et sénateurs à Paris comme à Strasbourg. Par rapport au Parti socialiste, la manœuvre étant de rééquilibrer le rapport de force, le secrétaire du FdG, François Delapierre, n’écarte pas de participer à un gouvernement avec des socialistes (entendu sur France Info le 6 mai). Quant aux incantatoires appels à « l’insurrection citoyenne », que penser de la déclaration de Mélenchon sur France Inter le 6 mai : « Je suis un démocrate, je crois aux élections, je crois à l’articulation entre mouvement social et mouvement électoral, tous les gens normaux sont comme ça. » Une insurrection qui finirait donc dans les urnes ?

Cette conception toute partidaire de la contestation sociale qui doit trouver son débouché dans les urnes n’est pas bien originale ; elle est surtout un bel accroc à la notion d’indépendance des mouvements sociaux, chère aux libertaires, entre autres. La vision de banderoles de syndicats (CGT) lors de la manifestation du 5 mai est une belle démonstration d’une conception décalée de l’indépendance syndicale. Toute l’Europe des nouvelles contestations sociales réfléchit au dépassement du capitalisme et de la dépendance au vieux système des partis, mais le FdG, lui, cherche à canaliser électoralement les colères légitimes de ceux qui souffrent du capitalisme.

Une stratégie en trompe-l’œil

Dès lors, la journée du 5 mai s’est inscrite tout naturellement dans la stratégie de conquête d’un pouvoir confisqué depuis des décennies par le PS. Celui-ci avait mis au ban des pestiférés le Parti communiste d’alors, en lui volant électoralement les millions de sympathisants qui votaient pour ses candidats. Mélenchon essaye donc de faire retrouver le lustre d’antan d’une organisation dans laquelle les marxistes-léninistes sont toujours influents. Et qui ne voient pas d’un bon œil le second rôle que veut faire jouer au PCF le leader du Parti de gauche (PG). Mais les différentes étapes imposées par le PG vont dans leur sens. En effet, les prolongements proposés du 18 mai avec la Marche des femmes contre l’austérité et le week-end de manifestations régionales des 1er et 2 juin sont de la même veine : occuper la rue, sur des revendications économiques, pour permettre aux colères de s’exprimer dans un cadre prédéfini. N’oublions pas que, l’année prochaine, il y aura les élections municipales et les élections européennes. Dès lors, la revendication par le FdG d’une VIe République va paraître bien futile au regard des futures élections qui vont déterminer les rapports de force à l’intérieur de la gauche. Le PS ne s’y trompe pas. La situation économique ne joue pas en sa faveur et ses secrétaires fédéraux sont déjà dans une minimisation des résultats à venir.

La VIe République en question

Mais revenons à cette VIe République qui serait celle qui redonnerait « le pouvoir au peuple ». La date du 5 mai n’a pas été prise au hasard. Elle correspond historiquement à l’ouverture des États généraux de 1789, qui furent les deniers de l’Ancien Régime et préfigurent la Révolution française quelques mois plus tard, puisque, face à la grogne de la bourgeoisie, une Assemblée constituante va être mise en place et va se substituer à la monarchie.

La Constituante permet à une société de définir les différents organes politiques, judiciaires… Durant l’élection présidentielle, le Front de gauche appelait déjà, s’il venait au pouvoir, à changer la Constitution de 1958. Les arguments tenus par les responsables du FdG sur la nécessaire évolution de cette Constitution, du fait des changements notoires à la fois dans nos vies quotidiennes, dans l‘évolution des mœurs, du changement des catégories socioprofessionnelles, paraissent

recevables au regard de l’accroissement démographique en cinquante ans. Mais peut-on croire réellement qu’en changeant les règles du jeu démocratique de l’État, on changera le fait que certains sont attirés par le pouvoir ? Et qu’est-ce qui, réellement, va changer dans les modes de décision ?

N’oublions pas que l’État met tout en place pour préserver sa reproduction. Le déterminisme social fait que les classes dirigeantes sont pour la plupart issues d’écoles d’élites. Rares sont ceux qui ont bénéficié d’une ascension sociale et ont été acceptés comme tels par leurs pairs. Dès lors, en quoi une VIe République serait-elle plus avenante pour les libertaires ? Certaines propositions sont alléchantes : le référendum révocatoire par exemple, qui semble être proche de ce que nous appelons la révocabilité des élus. Mais le continuum est là. À aucun moment, le capitalisme n’est remis en cause. Seul, le monde de la finance est montré du doigt !

Or l’affaire Cahuzac a permis de montrer cette connivence entre les oligarchies économiques et politiques. Celles qui se gavent grâce aux intérêts de la dette de l’État, et par là même dictent leurs conditions économiques et sociales à toute la société française et européenne. Pourtant, cette notion de République, les anarchistes peuvent la faire leur. La res publica, la chose publique, nous l’avons toujours mise en avant dans nos expériences autogestionnaires.

Ce que nous ne pouvons prendre à notre compte, c’est l’État, car c’est lui qui crée cette oligarchie. Qui nous dit que ceux qui veulent la disparition de l’ancienne ne vont pas en créer une nouvelle ? Cette élite partidaire que l’on retrouve au sein du Parti de gauche, du Front de gauche, semble être dans cette logique.

Ce n’est pas d’un ravalement de façade dont nous avons besoin, c’est d’une véritable démocratie directe dans les entreprises et les quartiers, au niveau local, puis régional et national. Mais il nous appartient de la construire dans les faits.

 

Daniel, groupe Gard-Vaucluse

Jérôme, liaison Villeurbanne

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Joignez-vous à 223 followers