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Résistance politique: Esquisse d’un modèle de société juste et égalitaire…

Posté dans actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire avec des tags , , , , , , , , , , , , , , , , le mai 1, 2013 par Résistance 71

Organisons la convergence pour un autre futur

 

Pierre Bance

 

Avril 2013

 

Url de l’article original:

http://www.autrefutur.net/Organisons-la-convergence-pour-un

 

Voici le mois de mai. Celui de la Commune et des espoirs déçus. Celui de la grève générale et du rêve général de 68. La révolution paraît si loin… Dans un premier texte ici publié en septembre 2012, Pierre Bance a lancé un appel « Pour un projet anarchiste de la convergence », « anarchiste » entendu comme essence du communisme (http://www.autrefutur.net/Pour-un-p…). Dans le présent texte, il explique pourquoi la convergence ne peut se résoudre que dans une organisation nouvelle, autre chose qu’un parti politique, autre chose qu’un syndicat bureaucratique. Quand le monde change, il faut changer nos catégories de pensées pour concevoir un support efficace de l’émancipation et de la libération, pour qu’un autre futur ne soit pas qu’un songe dont s’accommodent la domination et l’aliénation de l’État et du capital.

Comme le précédent, ce texte n’engage pas le site un Autre futur mais en alimente la raison d’être : favoriser l’échange entre toutes les composantes anticapitalistes, syndicalistes, libertaires, anti-autoritaires, autogestionnaires du mouvement ouvrier et révolutionnaire.

 

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Texte de Pierre Bance, syndicaliste, journaliste indépendant

Les révolutionnaires sont enfants de Sisyphe. Un Sisyphe heureux, sans fatalisme. Un échec, dix échecs ne les désespèrent pas. Le texte « Pour un projet anarchiste de la convergence » est venu s’échouer ici en septembre 2012. D’autres avant connurent le même sort [1]. D’autres suivront. Á force de frotter les silex de la mémoire des vaincus, la plaine finira par s’embraser. Alors, la flamme émancipatrice ne sera qu’un feu de paille si rien n’est prévu pour l’entretenir car on ne combat pas les légions capitalistes en ordre dispersé mais avec une autre intelligence de l’ordre garantissant autonomie et efficacité. Autrement dit, si l’appel à la convergence est à renouveler sans répit, « il nous manque une force organisatrice dotée d’une pensée politique capable de donner un sens à l’action » [2]. Et qui sera le cratère d’où naîtra la société communiste. C’est l’objet de cette deuxième contribution.

Ceux qui donneront vie à cette ambition ne sont pas des personnes indéterminées qui spontanément, par l’effet d’un événement soudain, décideraient de s’associer. Seuls des militants syndicaux, politiques, associatifs sont en mesure de mettre en branle le processus de rencontres et de débats sur un tel projet. Ils se connaissent, ils ont de l’expérience, ils ont agi ensemble, ils partagent plus d’accords que de désaccords ; il ne leur reste plus qu’à se débarrasser de leurs préjugés idéologiques. S’ils ne bougent pas, c’est que la volonté n’existe pas et chacun continuera de jouer les figurants sur une scène où l’État et le capital poursuivent leur exploitation sans perturbations durables. La gauche anticapitaliste restera prise au piège de la démocratie parlementaire qui lui ôte toute légitimité à prétendre changer la société.

Si une volonté convergente existe, la question de l’organisation surgira puisqu’elle en sera l’aboutissement, le prolongement, le support vivant. Ce texte en propose une esquisse.

Préliminaires

Avant d’envisager la forme et le fonctionnement de l’organisation, il convient d’en fixer les parties prenantes et la problématique de départ.

Les parties

L’union se fera avec tous ceux qui se retrouvent dans les idées d’autonomie des unités de base, de démocratie directe, d’autogestion, de fédéralisme.

Participeront des personnes physiques, des syndicats, des groupes politiques, des associations, des passeurs d’idées, divers collectifs dans une fédération locale d’un type nouveau impliquant la volonté non d’en prendre le pouvoir mais de se fondre dans un ensemble de singularités au fur et à mesure qu’elle se construit, se fortifie.

Plutôt que s’allier sur le plus petit dénominateur commun telles les unions de la gauche, sera recherché tout ce qui est commun, chacun s’efforçant pour apprécier sereinement une idée, une prise de position, une action… de mettre à distance ses opinions, ses présupposés, ses ressentiments. La confiance devra vaincre la culture de la méfiance, mortel héritage des dogmatismes.

La problématique

L’histoire récente montre qu’il est aussi illusoire de s’unir dans un parti sur le modèle social-démocrate ou léniniste que dans un mouvement aux liens si lâches que, récupéré par les partis, les religions, les États, il se réduit à des forums ponctuels. Qu’il est, en fin de compte, ridicule de prétendre révolutionner le monde sans être capables d’en présenter un vecteur efficace portant une alternative crédible.

Alors, comment concevoir une union assez structurée pour ne pas se déliter au moindre grippage ou avec le temps, suffisamment organisée pour peser dans les luttes politiques ou sociales, véritablement consciente de sa vocation à mener vers un autre futur, et qui préserve l’autonomie de chacune de ses composantes ?

Renversons les schémas habituels de raisonnement : c’est parce ses membres préserveront les autonomies locales que l’organisation fédérée sera pérenne, efficace et révolutionnaire. L’autonomie sera la garantie de la solidarité comme dans la société future la liberté sera garante de l’ordre.

Fédéralisme

Autonomie locale et fédéralisme charpentent cette alliance pour l’autogestion que ses ennemis jugent improbable.

L’union locale préfiguration de la commune

Une union locale des diversités sera l’unité de base de l’organisation de la convergence, préfigurant la commune de la société sans État.

Son champ territorial se liera à la densité de la population et aux ressources militantes. Elle couvrira le quartier d’une grande ville, ailleurs un département.

Sa compétence ne se limitera pas à la politique et au social, mais s’étendra aussi à l’économie et à la culture. Aucune expression de la vie ne lui sera interdite.

Déjà, dans bien des endroits, des groupes unitaires sont constitués pour une lutte, une action, un objectif à long terme. Ils vivent ou se maintiennent au travers de liens plus ou moins serrés au gré des circonstances. L’union locale transformera ses relations informelles en relations permanentes et regroupera les activités dispersées.

Chaque union locale aura ses propres statuts et s’organisera comme elle l’entend. Là réside l’essence de l’autonomie. Une autonomie qui n’aura de portée et d’efficience que si elle se fédère avec d’autres autonomies.

Le fédéralisme

Les unions locales se fédèrent entre elles et définissent leurs ententes territoriales jusqu’au plan national et international pour mener des réflexions, engager des luttes, résoudre les problèmes qui concernent cette aire géographique. La liberté d’association doit permettre toutes combinaisons fédératives utiles à l’autogestion, notamment au travers de regroupements fédéraux professionnels, économiques, culturels, etc. qui s’inséreront dans la confédération des autonomies.

Dans chaque fédération, l’autonomie des unions locales sera prépondérante, aucune fédération ne pourra imposer une décision collective à des unions locales participantes ou tierces. Seul leur sera demandé de ne pas entraver la décision collective. Dans un autre futur, les communes résoudront des conflits plus difficiles, imaginons le cas d’une commune qui refuse le passage obligé d’une route sur son territoire.

Du bouillonnement fédératif surgira une vraie vie sociale ou chacun, individuellement et en groupe, s’impliquera dans la décision qui le concerne. L’entrelacement confédéral constituera une force en mesure de contraindre l’État et le capital avant que le premier ne devienne superflu, l’autre sans objet. Cette ambition organisationnelle n’est pas plus démesurée que celle des associations professionnelles, des bourses du travail, des groupements ouvriers divers et des syndicats qui s’unirent en confédération au tournant des 19e et 20e siècles. Une histoire qui nous apprend qu’il ne suffit pas de se fédérer pour se prémunir d’un pouvoir bureaucratique si l’on ne met pas en place des outils qui assurent la démocratie directe.

Démocratie directe

Les unions locales, leurs diverses fédérations, la confédération des autonomies ne vaudront que si elles ne reproduisent pas les pratiques autoritaires et la professionnalisation du mandat présentées, par les apparatchiks, comme des gages d’efficacité alors qu’elles se révèlent être des obstacles aux objectifs de responsabilité, de solidarité, d’émancipation, de libération.

Les outils de la démocratie directe protègent des dérives bureaucratiques, encouragent l’initiative, font vivre et durer les autonomies fédérées. On en donnera un aperçu sachant que d’autres instruments sont possibles, tel le tirage au sort comme mode de désignation, d’autres à imaginer.

► L’assemblée générale de l’union locale est l’expression première de la démocratie directe. Instance délibérative de base de la confédération, elle est souveraine, en ce sens que ses décisions ne peuvent être contestées que par elle-même. Chaque personne physique ou groupement représenté participe aux débats et aux choix selon les modalités qu’elle s’est fixées. Aux divers échelons fédératifs, les décisions sont prises par des assemblées générales d’unions locales représentées par des délégués mandatés. Pour les grandes assemblées générales, les unions locales inventeront des modes de représentation qui préserveront les principes de la démocratie directe. Les moyens modernes de communication faciliteront la tenue d’assemblées générales sans déplacement, la prise de décision par des référendums soumis à tous les adhérents, parfois à tous les habitants concernés comme dans la future fédération des communes libres.

► Le mandat des délégués, quel que soit le niveau de mandatement, sera précis, c’est-à-dire que le délégué mandataire devra respecter les prescriptions de l’assemblée générale mandante soit impérativement, soit dans les limites qu’elle aura définies. Ce mandat est révocable à tout moment dans les formes où il a été donné.

► Toutes les charges de représentation et les tâches administratives, dans toutes les instances de la confédération, seront soumises à rotation. Un délégué ne pourra cumuler des mandats dans la fédération des communes ; il ne pourra non plus cumuler son mandat avec celui d’une organisation extérieure à la confédération. Les missions sociales qui exigent un exercice à temps plein ne devront être attribuées que pour des périodes déterminées non renouvelables. Ainsi seront évités la professionnalisation politique, le leader charismatique, la personnalisation médiatique. Les permanents techniques inévitables à partir d’un certain degré de développement ne devront tenir aucun mandat politique dans la structure fédérale qui les emploie.

Directe, la démocratie permettant à chacun de participer à la décision est, finalement, une chose assez simple et c’est ce qui gêne bureaucrates et politiciens. C’est peut-être aujourd’hui que, partout dans le monde, ses outils sont les plus revendiqués, les plus utilisés pour répondre à l’envie de liberté individuelle et d’autonomie collective. Quand les États et le capital, pour résoudre leur énième crise, étranglent les plus faibles, ce n’est pas rêver qu’en appeler à la responsabilité de chacun, à la nécessité de s’unir au-delà des choix philosophiques, des pures affinités, pour se défendre au quotidien, pour en finir avec la domination et l’aliénation. S’organiser car l’émeute et la révolution spontanée comme l’indignation citoyenne et la « subversion » électorale sont par avance condamnées à l’écrasement par les tenants de l’ordre ou à la récupération par des organisations politiques réinstallant l’oppression étatique.

Les gardiens des dogmes diront que tout cela n’est qu’utopie et en prendront prétexte pour ne pas bouger croyant tenir une vérité qui scelle la division. Les intelligents assèneront leurs abstractions et leur hermétisme pour dénier toute validité scientifique à un projet simpliste. Sur un autre mode, les sceptiques en souligneront l’imprécision et l’imperfection, ils auront raison, ce n’est qu’une esquisse dont il leur appartient d’affiner et d’affirmer le trait. Les initiés diront ne rien apprendre, mais que font-ils ? Les pessimistes afficheront leurs inquiétudes, légitimées par le passé, quant aux blocages pratiques et idéologiques, faut-il pour autant renoncer ? Chacun peut trouver un motif pour ne pas croire en la convergence et à son organisation. Chacun sait qu’avec le maintien du statu quo, c’est l’ensemble du mouvement anticapitaliste, libertaire, anti-autoritaire et autogestionnaire qui se condamne à l’impuissance éternelle.

 

Résistance politique: La convergence d’intérêt unit l’oligarchie et la fait agir… Pourquoi pas nous ?

Posté dans actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, politique et social, politique française, résistance politique, Social & Retraite, société libertaire, terrorisme d'état avec des tags , , , , , , , , , , , , , , , , , le avril 16, 2013 par Résistance 71

Notre intérêt commun dans la société va à l’opposé de celui des oligarques, ceci n’est pas nouveau, encore faut-il vraiment bien le comprendre. Il faut cesser de jouer le jeu truqué depuis le départ et dont les oligarques changent les règles au fur et à mesure que le "jeu" se déroule. Pourquoi le "Monopoly" est-il le jeu de société le plus vendu au monde ? Les grands monopolistes ont une convergence d’intérêt et focalisent leur lutte contre nous les peuples. Il est grand temps que nous fassions enfin de même.

Les oligarques dépendent de nous plus que nous ne dépendons d’eux ! Il suffit de dire non et c’est en notre pouvoir. Pour pouvoir le faire, il faut S’UNIR et faire converger les luttes, c’est la seule façon viable. Bien sûr le jeu de l’oligarchie est de nous maintenir divisés, elle y parvient bien jusqu’ici. Quand assez est-il assez ?

– Résistance 71 –

 

 

Qu’est-ce que la convergence des luttes ?

 

Alternative Libertaire

 

6 Avril 2013

 

url de l’article:

http://www.alternativelibertaire.org/spip.php?article5252

 

La convergence des luttes est une stratégie centrale lorsqu’on combat le capitalisme. Lorsque des salarié-e-s, des chômeurs et chômeuses, des habitantes et habitants d’un quartier, des étudiants et étudiantes, des élèves de lycée, etc. sont en lutte dans un secteur d’activité, ces mobilisations sont souvent déconnectées les unes des autres. Pourtant, il est clair qu’elles combattent des attaques similaires et cohérentes entre elles. Et qu’en s’unissant, elles seront plus fortes. Faire converger les luttes, c’est donc faire émerger les liens qui existent entre elles, pour non seulement riposter aux attaques immédiates que chacun subit en fonction de sa situation, mais aussi construire un rapport de forces collectif contre le capitalisme. En s’organisant ensemble, celles et ceux qui luttent peuvent prendre conscience des logiques communes, patronales, étatiques, qui sous-tendent ce qu’ils combattent.

La stratégie de la convergence des luttes s’oppose au corporatisme, qui vise à défendre ses propres intérêts comme s’ils n’avaient aucun rapport avec ceux des autres exploité-e-s. Mais elle se distingue aussi d’une simple démarche de soutien, quand une poignée de militants et militantes vont prêter main forte à une grève, une occupation ou une action. En effet, la convergence des luttes consiste à construire des luttes fortes dans chaque secteur, qui se renforcent les unes les autres en participant à des actions communes, en s’organisant dans des assemblées générales interprofessionnelles par exemple.

La convergence des luttes réside dans cette dialectique, entre l’approfondissement d’un mouvement dans son lieu de travail ou d’études, dans son quartier… et le travail d’articulation avec les autres luttes. Sans cela, elle en reste au niveau du témoignage de solidarité – premier pas nécessaire mais non suffisant. Mais l’objectif est de construire des mobilisations larges pour apporter un renfort substantiel à celles et ceux avec lesquel-le-s on converge. Ce n’est pas quelque chose d’évident, et il ne suffit pas de décréter la nécessaire convergence des luttes pour qu’elle se produise. Chaque groupe social a ses habitudes de lutte, ses préoccupations particulières, ses revendications sectorielles, et la domination que nous subissons toutes et tous se nourrit de ces divisions. C’est pourquoi la convergence des luttes suppose un patient travail commun de discussion, d’élaboration des actions, de détermination de nos intérêts communs. C’est une condition nécessaire à un véritable bouleversement de la société, car c’est quand la lutte se propage à différents secteurs, et que des mobilisations ancrées dans des réalités diverses se coordonnent, que gouvernements et capitalistes tremblent.

Réalité politique: L’escroquerie et le pillage étatique dans sa continuité inique…

Posté dans actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et social, résistance politique, société libertaire, syndicalisme et anarchisme, terrorisme d'état avec des tags , , , , , , , , , le mars 23, 2013 par Résistance 71

Assez de tromperie et de vol !

 

Grupo Tiera, Espagne

 

Le 20 Mars 2013

 

url de l’article:

http://www.federation-anarchiste.org/spip.php?article1140

 

Lorsque s’est achevée la dictature assassine et liberticide du général Franco (appuyée bien sûr par tous les pouvoirs oligarchiques de l’Etat espagnol), les secteurs qui avaient porté et soutenu au pouvoir ce personnage, comptant sur l’alliance de la gauche institutionnelle, menèrent le pays vers un régime de monarchie parlementaire, supposé être comparable au régime qu’avaient les pays du dénommé « monde occidental » : nous allions vivre dans un pays heureux avec des droits et des libertés.

Cependant la dure réalité s’est imposée. Et nous avons constaté que tout cela n’était qu’un enfumage. Tout était recouvert d’un vernis de supposée liberté de parler et de voter, et ce, avec absolument tous les gouvernements qui se sont succédés depuis (UCD, PSOE, et PP) ; le peuple qui habite ce que l’on nomme Espagne, n’a fait que perdre les droits, le pouvoir d’achat et la dignité conquis au cours de plus de 150 ans de luttes qui ont coûté sueur, malheurs, prison, exil, torture et mort. Les gouvernements de ce régime réussirent en grande partie à annihiler la capacité de riposte combative des classes populaires, en imposant des lois restrictives qui légalisaient l’oppression et l’exploitation.

Tout n’a été qu’une tromperie … : en réalité le seul « droit » qu’ils octroyèrent fut celui de voter dans des élections qui ne servent à rien et qui supposent un autre mensonge sur lequel les secteurs puissants de cet Etat appuient leur domination. Et c’est ainsi jusqu’à aujourd’hui, où nous nous retrouvons avec un régime en décomposition et embourbé. Son degré de putréfaction a atteint le point d’exaspération : absolument toutes les institutions sur lesquelles repose ce système sont corrompues. Le vol, légal ou illégal, est permanent de la part de ceux qui détiennent le pouvoir politique et économique. Les puissants ne s’inquiètent plus car ils savent tous qu’il ne va rien leur arriver, que la prison c’est pour les pauvres, et qu’en dernier recours leurs situations sont défendues par la police et l’armée. Les aristocrates, les banquiers et les chefs d’entreprises volent, c’est leur fonction, et la caste politique, avilie, les imite du mieux qu’elle peut, les aidant à spolier (nous ne citerons que quelques exemples, les affaires Urdangarín-Famille royale, Bankia-Rato, Díaz Ferrán, Arturo Fernández, Gürtel-Bárcenas …, les centaines de milliards d’euros donnés par l’Etat à la banque, l’immense corruption politico patronale etc., etc.,). Et pendant ce temps là, nous supportons leurs réformes du travail et leurs privatisations qui les enrichissent encore plus, les fastes et les gaspillages de leurs fêtes et de leurs ripailles, leurs mesures anti-ouvrières qu’ils défendent en disant qu’il n’y a pas d’argent dans le pays ! : une insulte supplémentaire …

L’outrage fait au peuple travailleur est immense et atteint des niveaux insupportables pour des dizaines de millions de personnes. Ils nous ont transformés en robots qu’il faut pressurer pour que eux, puissent conserver leurs luxes et leurs vices … Et nous sommes beaucoup à nous demander : QUE POUVONS NOUS FAIRE ?

En nous basant sur l’anarchisme social et organisé nous avons quelques idées :

  • Pas un vote pour les politiques et leurs homologues.
  • Retirer notre argent de leurs banques.
  • Organiser des collectifs autogérés de producteurs et consommateurs.
  •  Participer aux mobilisations qui défendent la vérité et nos droits basés sur l’égalité, la liberté et la solidarité entières.
  • Insoumission et désobéissance à toutes les lois et décrets injustes.
  •  Ne pas accepter ni un licenciement ni une expulsion de plus.
  • Opposition frontale au dépouillement organisé et à la dégradation de nos conditions de vie et de travail.
  • Utiliser la grève et le boycott comme outils de défense et d’attaque.
  • Prendre ce qui est à nous, c’est-à-dire : tout.
  • Réunissons-nous autour des groupes et organisations horizontales, sans hiérarchies, où le pouvoir des uns sur les autres n’existe pas, et qui ne touchent pas d’argent de l’Etat ni des capitalistes.

… Et à partir de là nous pourrons récupérer notre dignité comme peuple, et avancer vers la révolution sociale intégrale qui transformera cette société corrompue en une société d’êtres libres et égaux.

Groupe TIERRA (Fédération Anarchiste Ibérique) – contact : g.tierra@yahoo.es

Lutte contre les spéculateurs accapareurs… Une lutte de tous les jours depuis des siècles…

Posté dans actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, résistance politique, société libertaire avec des tags , , , , , , , , , le mars 19, 2013 par Résistance 71

Une autre forme de désobéissance civile collective… Expropriation et autogestion vont souvent la main dans la main.

Cela doit se généraliser, on y arrive.

– Résistance 71 –

 

La terre à ceux qui la travaillent

 

13 mars par Esther Vivas

 

url: http://cadtm.org/La-terre-a-ceux-qui-la-travaillent

 

 

La terre est une source de profit pour quelques uns, que ce soit ici ou à l’autre bout de la planète. Dans l’État espagnol, le boom immobilier a laissé un héritage d’urbanisations en ruines, d’aéroports pratiquement sans avions, de villages fantômes, de grandes infrastructures en désuétude… Une réalité dont la photographe Julia Schulz-Dornburg a brillamment tiré le portrait dans son livre/inventaire « Ruines modernes, une topographie du profit ». Dans les pays du Sud, la soif du profit avec la terre expulse des paysans, des peuples indigènes et impose la monoculture pour l’exportation, de grandes infrastructures au service du capital ou la spoliation des ressources naturelles.

L’oligarchie au pouvoir en tire profit et négocie dans l’ombre des combines urbanistique, signe des projets d’aménagement du territoire et transforme le sol rustique en sol urbanisable. Les cas de corruption se multiplient. La culture du pot-de-vin est à la mode. Il se développe ainsi un nouveau caciquisme qui réalise de grandes affaires sur le dos et aux dépens des citoyens et du territoire. Sous d’autres latitudes, l’histoire se répète. Les gouvernements corrompus sont les meilleurs alliés des investisseurs qui veulent acquérir rapidement des terres bon marché. D’après un rapport d’Intermón Oxfam, on vend à des investisseurs étrangers tous les six jours une superficie équivalente à la taille de la ville de Londres. C’est la fièvre de la terre.

La privatisation et l’accaparement des terres sont à l’ordre du jour. Qu’y a-t-il de plus profitable que ce dont nous avons besoin pour vivre et pour manger ? Comme l’a amplement documenté l’organisation internationale GRAIN, la crise alimentaire et financière qui a éclaté en 2008 a donné lieu à un nouveau cycle d’appropriation des terres à l’échelle globale. Dans l’objectif d’assurer au-delà de leurs frontières la production de nourriture pour leurs populations, des gouvernements, des entreprises de l’agro-industrie et des investisseurs (fonds de pensions, banques), avides d’investissements nouveaux et rentables, achètent depuis lors des terres fertiles dans les pays du Sud. Une dynamique qui menace l’agriculture paysanne et la sécurité alimentaire des pays concernés.

Les peuples indigènes expulsés de leurs territoires constituent le fer de lance du combat contre la privatisation de la terre. Une lutte qui n’est pas nouvelle et dont Chico Mendes, « seringueiro » (ouvrier cueilleur de latex), célèbre pour son combat en défense de l’Amazonie et assassiné en 1988 par des latifundistes brésiliens, fut une des principales figures emblématiques. Chico Mendes impulsa l’Alliance des Peuples de la Forêt, rassemblant des indigènes, des seringueiros, des écologistes et des paysans contre les multinationales du bois et revendiqua une réforme agraire accordant la propriété communautaire de la terre et son exploitation en usufruit par les familles paysannes. Comme il le disait souvent : « Il n’y a pas de défense de la forêt sans défense des peuples de la forêt ».

Sans aller plus loin, ici, dans l’Etat espagnol, le Syndicat des Ouvriers de la Campagne (SOC), qui fait partie du Syndicat Andalou des Travailleurs (SAT), est l’une des principales références quant à la lutte pour la terre et en défense des droits des travailleurs agricoles journaliers. Depuis plus d’un an, ils occupent et exploitent la propriété de Somonte, à Palma del Río (Cordoue), une terre que la Junta de Andalucía se disposait à vendre en dépit du fait que 1.700 personnes sont au chômage dans cette localité. L’objectif des occupants est que cette propriété soit exploitée par des coopératives de journaliers au chômage au lieu de passer dans les mains de banquiers et de grands propriétaires terriens. Somonte est un symbole de la lutte du SOC et du SAT, tout comme l’est également la municipalité de Marinaleda et tant d’autres projets dont ils sont à l’initiative.

En Catalogne, aujourd’hui, un exemple très éclairant de la manière dont les intérêts privés s’imposent au détriment des besoins sociaux et collectifs dans l’utilisation de la terre est offert par la masía (ferme traditionnelle catalane, NdT) Can Piella, avec ses terres attenantes et qui se situe dans les rares zones rurales qui subsistent dans la région métropolitaine de Barcelone. Abandonnée depuis plus de dix ans, elle a été occupée par un groupe de jeune qui a créé une association qui compte aujourd’hui 2.000 associés. Ils ont restauré la ferme, relancé l’activité agraire avec un potager communautaire, revitalisé son environnement et l’ont ouverte aux villages voisins ; La Llagosta, Santa Perpètua de Mogoda et Montcada i Reixac. Actuellement, après trois ans et demi de fonctionnement, un ordre d’expulsion menace le projet. La compagnie immobilière qui, pendant une décennie a abandonné la ferme et qui n’a aucun projet pour elle, la réclame.

Au début du XXe siècle, Emiliano Zapata, paysan et symbole de la Révolution mexicaine, exigeait « La terre à ceux qui la travaillent ». Plus de cent ans ont passé et ce mot d’ordre conserve toute son actualité.

Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera.

+info : http://esthervivas.com/francais/

Voir en ligne : Source : http://esthervivas.com/201…

 

Résistance à l’empire: Le chavisme aux deux visages… Point de vue libertaire…

Posté dans actualité, altermondialisme, autogestion, ingérence et etats-unis, néo-libéralisme et paupérisation, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique avec des tags , , , , , , , , , le mars 13, 2013 par Résistance 71

Un texte datant certes de 2007, mais qui expose une réalité du chavisme au moins jusqu’à cette période. La suite a confirmé ce qui est dit ici. Comme toute nation, le Vénézuéla et son peuple sont complexes et l’avantage d’analyser du point de vue anarchiste, est que justement la vision libertaire est une vision non "partisane" dans le sens où elle est non-étatique, anti-autoritaire et anti-hiérarchique, contrairement aux partis (pris) politiques luttant par voie électorale, qui ne sont que des suppôts de l’État et de ses turpitudes fatalement oligarchiques et parasitaires à terme et qui luttent pour leurs intérêts particuliers, en laissant des miettes au peuple… ou pas, c’est selon.

Cet article est très intéressant à plus d’un titre et analyse les deux factions en lice du point de vue libertaire, c’est à dire du point de vue de la révolution sociale. Si le bolivarisme apporte une dimension sociale incontestable, du moins en superficie et par rapport à l’oligarchie bourgeoise traditionnelle, il n’en demeure pas moins une solution incomplète au problème social et demeure en génère lui-même une caste de privilégiés sinon sa propre oligarchie.

– Résistance 71 –

 

Venezuela: Les deux visages du chavisme

 

Guillaume Davranche (Alternative Libertaire Montrouge)

 

Le 7 Février 2007

 

url de l’article original:

http://www.alternativelibertaire.org/spip.php?article754

 

Le président Chavez est la nouvelle coqueluche de la gauche radicale européenne. Mais le mérite-t-il davantage que, en leur temps, Nasser ou Kadhafi ? Face à la duplicité de sa politique (néolibérale au plan macroéconomique, sociale au plan microéconomique), il est crucial de construire des mouvements sociaux indépendants du pouvoir.

Le 3 décembre dernier, Hugo Chavez était réélu président du Venezuela dès le premier tour avec plus de 62 % de voix. Le soir même, il prononçait un grand discours au balcon du palais de Miraflores à Caracas, pour proclamer la « victoire de la révolution », avant de lancer : « Le règne du socialisme est le règne du futur du Venezuela ! »

Ainsi parle le président Chavez, ancien colonel putschiste, caudillo au charisme exceptionnel et nationaliste de gauche qui a de toute évidence « une certaine idée du Venezuela ». Le personnage est certes plus sympathique qu’un pantin sanguinaire et corrompu téléguidé depuis Washington… Ça n’en fait pas nécessairement le nouveau porte-drapeau planétaire de la révolution socialiste, contrairement à ce qu’on pourrait croire en entendant les dithyrambes de celles et ceux qui, à l’étranger, ont fait de Chavez – après Lula – leur nouvelle idole.

Sa popularité incontestable ne tombe pas du ciel et ne repose pas sur un quelconque « populisme » comme peut l’écrire paresseusement Libération, mais sur des programmes sociaux tangibles, financés par la manne pétrolière, qui ont réellement changé la vie des classes populaires. La pauvreté a reculé ; un système de santé qui jusqu’alors n’existait pas est en train de voir le jour, et 1,5 million de personnes ont été alphabétisées en deux ans.

Pour autant, si les mots et les faits ont un sens, il n’est évidemment pas question au Venezuela de « transition vers le socialisme ». Il ne faut pas voir d’anticapitalisme dans les tonitruantes déclarations anti-impérialistes d’un Chavez qui, pour défier Bush, n’hésite pas à s’acoquiner avec d’éminents bienfaiteurs du mouvement ouvrier tels que le Russe Poutine, le Biélorusse Loukachenko ou l’Iranien Ahmadinejad…

 

Pour un capitalisme national

La « révolution bolivarienne » [1] n’est pas socialiste, mais elle correspond à une volonté de reprise en main par l’État des ressources naturelles jusqu’ici livrées au pillage des multinationales occidentales. Ce projet n’a rien d’une sinécure puisqu’il a valu à Chavez plusieurs tentatives de déstabilisation dont un coup d’État en 2002, fomentées par la bourgeoisie compradore [2] appuyée par Washington et les grands médias privés. C’est le soulèvement du peuple qui à chaque fois lui sauva la mise.

Le chavisme n’est pas un phénomène inédit dans l’histoire. Il se situe dans la lignée des nationalistes de gauche comme l’Iranien Mossadegh en 1952, l’Égyptien Nasser en 1956 ou le Libyen Kadhafi en 1977. Chaque fois l’ambition, derrière la rhétorique « socialiste », est de façonner un véritable capitalisme national, associé à un État fort et « maître chez lui ».

Ainsi en est-il du secteur pétrolier – l’alpha et l’oméga de l’économie vénézuélienne. Plutôt que de prendre le risque d’une nationalisation, l’État s’est engagé dans une politique d’alliances capitalistiques avec les multinationales occidentales. Depuis avril 2006, toutes les compagnies étrangères opérant au Venezuela ont dû former des joint-ventures dont l’entreprise d’État PDVSA est propriétaire à hauteur d’au moins 60%. Ainsi en est-il également de l’inscription du Venezuela dans le projet Intégration de l’infrastructure régionale d’Amérique du Sud (IIRSA), lancé en 2000 à Brasilia par les douze gouvernements sud-américains. L’IIRSA est un vaste projet néolibéral d’adaptation du sous-continent à la mondialisation capitaliste, qui accentuera les inégalités régionales et sociales… mais permettra peut-être aux classes possédantes latino-américaines de se hisser au niveau de leurs homologues du Nord [3]

Ainsi en est-il encore du projet pharaonique caressé par Caracas, Buenos Aires et Brasilia d’un “Super Gazoduc” qui irait de la mer des Caraïbes au Rio de la Plata à travers l’Amazonie, sur un parcours de 7 000 à 9 300 kilomètres. Projet aberrant du point de vue social, environnemental et même technologique, et dénoncé par les associations écologistes.

Ainsi en est-il enfin de l’annonce en 2003 du triplement de la production de charbon dans la région de Zulia, en partenariat avec des multinationales nord-américaines, hollandaises et brésiliennes. Une décision qui a entraîné une forte résistance des populations locales voyant leur cadre de vie promis à la destruction.

« D’amples secteurs de la population vénézuélienne ignorent les enjeux de cette stratégie énergétique de l’IIRSA, explique Lusbi Portillo, anthropologue à l’université de Zulia et pourfendeur du projet minier. Le gouvernement n’a pas convoqué, devant une décision aussi transcendantale pour la vie du pays, de débat sur le sujet, même pas à l’Assemblée nationale ni dans les universités, pour ne parler que des espaces traditionnels de discussions. » [4]

Tel est le double visage du chavisme. Si l’État encourage la participation populaire au plan microéconomique (reprises d’entreprises en cogestion, microcrédit, médias communautaires, comités citoyens, etc.), il en va tout autrement au plan macroéconomique. Tout ce qui concerne l’intérêt supérieur du capitalisme national est intouchable.

Des mouvements sociaux subjugués

Qui s’oppose à cela ? Certainement pas la droite et la bourgeoisie affairiste puisque, sur ce point, elle sont en accord avec Chavez. Les mouvements sociaux ? C’est bien l’élément le plus problématique dans la situation actuelle…

Observateur engagé, le journaliste uruguayen Raúl Zibechi estime qu’ « il n’y a pas au Venezuela de mouvements organisés ressemblant à la Confédération de nationalités indigènes d’Equateur (CONAIE équatorienne), ni aux comités de quartier (juntas vecinales) ou aux cocaleros boliviens ou encore aux piqueteros argentins, pour ne pas mentionner les cas les mieux structurés tels que le Mouvement des sans-terre brésilien ou les zapatistes au Chiapas. Autrement dit, il n’y a pas au Venezuela de mouvements larges avec des structures leur garantissant une visibilité, des stratégies ou des tactiques, des dirigeants connus et toutes ces caractéristiques propres aux mouvements organisés et structurés. » [5]. Certes, le processus « bolivarien » a encouragé la naissance d’une foultitude de comités et d’associations impliquant la population dans la mise en œuvre des programmes sociaux, d’éducation et de santé. Mais elles ne jouent pas un rôle de contre-pouvoir. Attendant tout de l’État, les mouvements sociaux n’ont pas de stratégie propre. Du moins pour l’instant.

Idem au plan syndical. Pour concurrencer la Confederación de Trabajadores de Venezuela (CTV), la vieille centrale bureaucratique inféodée au patronat, l’État a financé le lancement d’une nouvelle confédération : la Unión Nacional de Trabajadores (UNT), qui en quelques mois a dépassé en effectifs la CTV. Des syndicalistes libertaires, trotskistes, ou tout simplement indépendants, s’efforcent de faire vivre un courant critique dans cette UNT, contre les chavistes qui voudraient en faire une simple courroie de transmission du gouvernement.

Les organisations populaires nourrissent en fait des sentiments ambivalents. Certaines voient en Chavez le messie et lui sont d’une fidélité aveugle. D’autres se consolent de leurs frustrations en expliquant que le président ne veut que le bonheur du peuple, mais qu’il est « mal entouré » [6].

Les plus critiques pensent qu’il est nécessaire de développer un mouvement social indépendant du pouvoir, mais que cela ne peut pas se faire en-dehors du « processus bolivarien » ou contre lui, sous peine de se couper des masses. Rares sont celles et ceux qui osent porter un discours frontalement anti-Chavez, d’autant que le régime ne supporte aucune critique sur sa gauche.

Il arrive pourtant que le conflit d’intérêts entre l’État et les populations locales éclate au grand jour. Lors du Forum social mondial de Caracas en janvier 2006, la politique minière dans la région de Zulia a été dénoncée par une manifestation rassemblant des organisations paysannes, des groupes écologistes, des associations de mal-logés et des médias communautaires ; le tout – et c’est crucial – indépendamment de leur sensibilité pro ou anti-Chavez [7]. Les groupes libertaires l’ont bien compris en soutenant et en participant à cette manifestation.

Quelle voix révolutionnaire ?

À l’extrême gauche, il existe des appréciations différentes de la posture à adopter. Une partie estime qu’il est crucial de lutter contre le chavisme – c’est par exemple le cas du Comité de relations anarchistes (CRA), qui publie le périodique El Libertario. Une autre partie pense au contraire qu’il faut, tactiquement, s’inscrire dans le mouvement “bolivarien” pour avoir un minimum d’audience dans la population – c’est le cas d’un groupe libertaire apparu cette année, le Front d’actions libertaires (FAL). Malgré leurs divergences, ces groupes s’accordent sur la nécessité de renforcer les secteurs critiques des mouvements sociaux. L’une des tentatives les plus intéressantes pour faire vivre cette orientation a été le Forum social alternatif (FSA), monté en parallèle au Forum social mondial qui s’est tenu en janvier 2006 à Caracas – et où le président Chavez a bien sûr été omniprésent. Le FSA expliquait dans sa profession de foi qu’il souhaitait « débattre du sens de la révolution » et indiquait prudemment qu’il était critique aussi bien de l’opposition que « des contradictions qui existent dans le gouvernement bolivarien ».

Si les contradictions du “ bolivarisme ” deviennent trop fortes, un espace se libèrera sur sa gauche pour les courants anticapitalistes. Ils ne seront audibles que si, d’ores et déjà, des mouvements sociaux indépendants du pouvoir peuvent voir le jour.

Guillaume Davranche (AL Montrouge)

[1] Le « bolivarisme », doctrine fourre-tout brandie par Chavez, se réfère au général Simon Bolivar (1783-1830) qui combattit contre la couronne d’Espagne pour l’indépendance de l’Amérique du Sud.

[2] C’est-à-dire une bourgeoisie dépendante des desiderata de capitalistes étrangers.

[3] Lire à ce sujet Raúl Zibechi, “IIRSA : l’intégration sur mesure pour les marchés”, sur http://risal.collectifs.net

[4] Cité par Alain Cassani, “La pétro-révolution d’Hugo Chávez suscite des résistances”, sur http://risal.collectifs.net

[5] Raúl Zibechi, “Hugo Chavez et les mouvements sociaux ou le temps des ambiguïtés”, sur http://risal.collectifs.net. L’auteur a notamment publié, en français, Généalogie de la révolte, aux Éditions CNT-RP, sur le soulèvement argentin.

[6] C’est le discours de certaines et certains habitants de Zulia : « Si Chavez savait, jamais il n’autoriserait les projets miniers ! »

[7] Les dignitaires chavistes ont vomi leur bile contre ces empêcheurs de tourner en rond, qualifiés d’arriérés, de « contre-révolutionnaires » voire d’agents de la CIA…

Publié le 4 février 2007

Politique française: la déliquescence de la gauche foie jaune…

Posté dans actualité, altermondialisme, autogestion, économie, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire avec des tags , , , , , , , , , , , , , , , le mars 12, 2013 par Résistance 71

L’assujettissement du politique au financier et à l’économique est total. Il n’y a pas de solution au sein du système, il faut en sortir par le bas, par la voie royale libertaire de l’autogestion populaire, adaptée aux besoins de tous et de chacun en suivant la simple formule: "A chacun selon ses besoins, à chacun selon sa capacité".

Tout le reste n’est que pisser dans un violon, le réformisme n’a fait qu’aliéner le politique à l’économique. Cela se voit maintenant comme le nez au milieu de la figure.

Pour que vive la confédération des communes libres !…

– Résistance 71 –

 

Il n’y a plus de socialistes à l’adresse indiquée…

 

Le Monde Libertaire

 

Le 7 Mars 2013

 

url de l’article original:

http://www.monde-libertaire.fr/securitaire/16247-il-ny-a-plus-de-socialistes-a-ladresse-indiquee

 

Il faut être juste, la fine équipe de Solférino ne nous avait pas promis l’avènement du paradis socialiste. Cela fait bien longtemps, il est vrai, qu’une telle éventualité s’est trouvée remisée au magasin des antiquités utopistes, et déjà considérée comme telle par les braves militants du courant dit des « possibilistes », au tournant du XXe siècle.

De Jean Jaurès à Harlem Désir (que ce dernier veuille bien m’excuser du raccourci historique), en passant par Jules Guesde (partisan de l’Union sacrée en 1914), Léon Blum (champion de la non-intervention en Espagne, en 1936), ou Guy Mollet (qui conduira la guerre en Algérie, alors qu’il avait mené campagne pour la paix en 1955), les promesses non tenues et les trahisons ont constamment émaillé un parti socialiste qui, sous ses diverses appellations, devait finalement opter pour la social-démocratie. N’oublions pas que Léon Blum, qui levait le poing en chantant l’Internationale, en mai 1936, nous délivrait déjà un véritable secret de polichinelle une fois devenu président du Conseil, en juin de la même année : « Nous serons des gérants fidèles du capitalisme », après avoir décrété « la pause », alors que le patronat en colique était prêt à de nombreuses concessions.

Les tristes exploits de la « Vieille maison ».

Attention ! Surtout ne pas confondre socialisme et social-démocratie. Dans le premier cas, il était envisagé de débarrasser la société de l’emprise du capitalisme. Dans la seconde approche, selon l’enseignement d’Édouard Bernstein, il était surtout prévu une méthode plus douce : la transformation graduelle et sans heurt de la société capitaliste en société socialiste. En fait, trouver un compromis raisonnable avec ceux qu’on était censé combattre la veille. Entre les deux ambitions c’était, bien évidemment, le jour et la nuit. Les socialistes de la fin du XIXe siècle, dont nombre étaient des rescapés de la Commune de Paris, n’avaient que peu d’ambitions en commun avec ceux qui se posaient déjà la question de participer au pouvoir de la bourgeoisie dans une société qui ferait table rase des luttes sociales. Le premier à franchir le pas, en 1899, Alexandre Millerand, fera partie de plusieurs cabinets ministériels, avant et pendant la Première Guerre mondiale. Président du Conseil en 1920, il avait été l’initiateur du « Bloc national », avant d’être élu président de la République. Millerand avait ouvert la voie de la trahison visible à Jules Guesde comme à Marcel Sembat, tous devenus ardents nationalistes.

Pour ceux-là, il est possible de comprendre leur rejet de l’égalitarisme, comme du collectivisme (quelle horreur !), et leur refus de rejoindre la IIIe Internationale lors du congrès de Tours, en décembre 1920. À la tête de ceux qui allaient garder la « vieille maison » se trouvait Léon Blum, qui, après avoir tenté de donner le change à la tête du gouvernement de Front populaire, de juin 1936 à juin 1937, se retrouvera à nouveau président du Conseil de la IVe République, de décembre 1946 à janvier 1947. Par la suite, nos socialistes, toujours version SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière), participeront à des gouvernements dits de « troisième force ». Lesquels allaient conduire les premières guerres post-coloniales, en Indochine et à Madagascar, dans le grand silence des socialistes.

Lorsque Guy Mollet accède à la présidence du Conseil, en janvier 1956, après la victoire électorale du Front républicain, sa première grande initiative consistera à durcir la guerre en confiant tous les pouvoirs militaires et civils à l’armée avec le soutien des députés communistes. Autre exploit du gouvernement Guy Mollet, son engagement dans l’expédition militaire sur le canal de Suez, aux côtés des Britanniques et des Israéliens, en novembre 1956. La suite n’est pas plus glorieuse. Est-il nécessaire de rappeler qu’en septembre 1958, suite au coup d’État à blanc du général de Gaulle en juin 1958 et du triomphe que le traîneur de sabre allait rencontrer lors de son référendum, Guy Mollet mettait la SFIO en ordre de bataille dans la perspective des élections législatives, sous le slogan : « À l’avant-garde de la Ve République ! » Par la suite, pour une courte période malgré tout, les socialistes participeront, sans honte, au premier gouvernement du Général, en compagnie des pires réactionnaires de l’époque.

Mitterrand à la rescousse

De trahisons en reniements, le parti socialiste va connaître une longue période d’agonie, avant que le grand humaniste François Mitterrand n’en prenne le contrôle, au congrès d’Épinay, en 1971. Il y a déjà bien longtemps que l’idéologie d’origine a été oubliée et, lors de ce congrès, celui qui se risquerait à chanter l’Internationale serait considéré comme un original, sinon tel un déviationniste mal venu. Avec Mitterrand, qui va peu à peu réduire le parti communiste à un club de tristes nostalgiques, le parti socialiste, qui a abandonné son sigle SFIO, va voler de victoires en succès, jusqu’à l’élection à la présidence de la République – en 1981 puis en 1988. Finalement, dans l’opposition comme au pouvoir, le parti socialiste est devenu une composante honorable de la vie politique de ce pays.

Bien sûr, il faut se garder de confondre la droite avec ce qu’il est convenu de définir comme la gauche, mais, trop souvent, la différence est bien mince. Particulièrement lorsque se pose la question du maintien de l’ordre. Ainsi le ministre socialiste de l’Intérieur Jules Moch qui, en 1947 et 1948, allait s’illustrer comme briseur de grève dans le bassin minier du Nord Pas-de-Calais, avant de se comporter de façon identique avec les dockers de Marseille. Comme il restait encore quelques policiers issus de la Résistance, qui protestaient contre ses méthodes brutales, Jules Moch profitera de ces circonstances pour dissoudre onze compagnies de CRS jugées par trop réticentes.

Gaston Defferre, devenu ministre de l’Intérieur, au lendemain du 10 mai 1981, prend un syndicaliste policier, Gérard Monatte, dans son cabinet. Lequel n’hésite pas à taper du poing sur la table : « Il faut remettre de l’ordre dans la maison ! » Étonnant. Mieux encore, le 17 juillet 1981, depuis Marseille, Gaston Defferre prévient ses troupes : « Je ne tolère pas qu’un quartier entier soit encerclé et investi par des policiers brisant portes et fenêtres, et que les habitants, hommes et femmes et enfants soient frappés à coups de crosse à l’occasion de la recherche d’un voleur de moto… Les ratonnades c’est fini ! La plaisanterie est terminée. Ceux qui désobéiront seront châtiés ! » On se frotte les yeux. Peu de temps après, pour s’attirer les bonnes grâces du corps policier, Gaston Defferrre annonce le recrutement de 6 000 fonctionnaires d’autorité supplémentaires ; l’ensemble du corps étant doté d’armes jugées plus efficaces. Moins d’un an plus tard, le ministre sera, à son tour, victime du syndrome de la nuque raide, avec une déclaration, le 15 juin 1982, affirmant sa volonté de faire évacuer les usines occupées par les ouvriers en grève. Il en va de même avec la volonté affirmée de renforcer les contrôles d’identité.

Gaston Defferre, malade, cédera son poste à un autre socialiste, Pierre Joxe, en août 1984, après avoir rétabli un certain nombre de bons principes. Son successeur n’aura de cesse de flatter l’ego des policiers – peut-être n’a-t-il pas d’autre choix pour se faire admettre par les syndicats, dits de gauche. Passé le premier intermède de Pasqua, au ministère de l’Intérieur de mars 1986 à mai 1988, Joxe est de retour, et annonce dans un message aux policiers : « Je sais pouvoir compter sur votre courage et votre dévouement pour l’exécution de votre difficile mission ! » Coup de clairon qui va être complété par l’interdiction des boissons alcoolisées dans les locaux de police, par décision prise en décembre 1988. Lors de la première guerre du Golfe, en décembre 1990, Pierre Joxe, devenu ministre de la Défense, cède la place à un autre socialiste, Philippe Marchand, qui réussit à se mettre à dos tous les syndicats de policiers, y compris ceux qui se prétendent de gauche. Il sera remplacé, en mai 1992, par l’insignifiant Paul Quilès, dont le grand-œuvre sera la mise en place d’une « haute autorité » chargée de veiller à la déontologie policière.

L’aile protectrice du « camarade Michel »

Suite à l’un de ces allers et retours qui émaillent le cirque politique, Lionel Jospin, devenu Premier ministre en juin 1997, choisit comme ministre de l’Intérieur un ancien compagnon de route du Parlement socialiste, Jean-Pierre Chevènement. Ce matamore tiendra à rappeler immédiatement que : « La France a toujours eu une tradition de police d’ordre ! » Sous la houlette de Chevènement, les policiers de la République se verront rappeler qu’il leur faut, prioritairement, remettre dans le droit chemin les « sauvageons » qui risquent de troubler l’ordre public. Rapidement, lors du colloque de Villepinte, en octobre 1997, c’est à l’unisson que Lionel Jospin et Jean-Pierre Chevènement s’appliqueront à proclamer que « la sécurité est une valeur de gauche » !

Jusqu’à la fin de sa période gouvernementale, Lionel Jospin ne se départira pas d’un certain nombre de « valeurs » partagées par la droite dure. Particulièrement, après une période de régularisations massives de sans-papiers, de 1997 à 1999, la réthorique du « camarade Michel » (pseudonyme de Jospin au temps où il militait clandestinement dans les rangs de l’OCI) va changer radicalement, évoquant ceux « qui n’ont pas vocation à rester en France ». Comme s’il commençait à se repentir des avancées revendiquées en 1997, et alors que de nouvelles échéances électorales s’annonçaient et qu’il entrait en campagne, Lionel Jospin expliquera au « peuple de gauche » ébahi, comme une confidence, sur les antennes de France 2 : « Mon programme n’est pas socialiste ! » Ce qui était une évidence.

À chacun de leur passage au pouvoir, nos donneurs de leçons socialistes s’échinent à nous faire comprendre que, avec leurs hommes d’État aux manettes, tous les problèmes seront réglés. Mais nos socialistes sont ainsi faits qu’ils se refusent à faire de la peine à la France profonde, qui, comme le disait Coluche, « n’est pas de droite mais encore moins de gauche… »

Les résultats électoraux ont toujours constitué un mystère insondable. Ainsi, du 21 avril au 6 mai 2002, les foules défilaient dans les grandes villes de France pour s’opposer à Jean-Marie Le Pen, présent au second tour de l’élection présidentielle aux cris de « Votez pour l’escroc, pas pour le facho ! » Superbe analyse politique dans sa stupidité.

De Daniel Vaillant à Nicolas Sarkozy

Élu finalement par les voix du « peuple de gauche », Jacques Chirac nous offrait pour toute récompense la promotion de Nicolas Sarkozy au poste de ministre de l’Intérieur – préludant une ascension irrésistible. à ce stade se situait une séquence du plus haut comique : dès le mois de juin 2002, lorsque le petit Nicolas dévoilait les articles de sa loi sur la sécurité intérieure, le ministre de l’Intérieur sortant, Daniel Vaillant, versera de lourds sanglots : « Il a volé mon programme ! » Authentique. Ce pauvre Daniel Vaillant qui avait succédé à Jean-Pierre Chevènement, durant l’été 2000, n’avait pas tardé à proclamer : « La sécurité est une valeur républicaine. Elle n’est ni de droite ni de gauche. C’est un droit ! » Cette volonté de politiser l’action des forces de l’ordre était alors judicieusement commentée par le sociologue Laurent Bonelli, en avril 2001, qui avait évoqué « l’uniformatisation des pratiques et des discours sécuritaires entre la gauche et la droite ».

Parmi les quelques exploits de Daniel Vaillant, le décret avalisant le fichier Stic (Système de traitement des infractions constatées) en juillet 2001. Fichier existant déjà, mais clandestinement, depuis 1996. Décidément très impliqué dans l’élargissement de l’arsenal répressif, il avait fait adopter sa loi sur la sécurité publique (LSQ) en novembre 2001, à quelques mois de l’élection présidentielle. Selon la Ligue des droits de l’homme, ce texte tenait surtout à « pénaliser la pauvreté bien plus qu’à lutter contre la délinquance ». Pour Michel Tubiana, alors président de la LDH : « Ces mesures ne sont pas faites pour lutter contre le terrorisme mais pour accroître les pouvoirs de la police dans un but nettement électoral. » Pour en terminer avec ce regrettable ministre de l’Intérieur, il faut bien constater que l’on n’aura jamais autant embauché dans la police, depuis Defferre et Joxe.

Battue en 2002, la gauche sera condamnée à dix ans de purgatoire. Il faudra toute la brutalité sociale de Nicolas Sarkozy, après son triomphe à l’élection présidentielle de 2007, pour que sa fine équipe perde successivement les élections municipales, cantonales et régionales, avant que le Sénat ne bascule à gauche. Certaine de son élection à l’élection présidentielle de mai 2012, notre gauche se livrait de nouveau à mille promesses qui ne seraient pas tenues. Une seule volonté habitait le clan de la rue Solférino : en remontrer à Sarkozy sur sa capacité à maintenir l’ordre. À cette fin, le parti socialiste disposait de son joker : Manuel Valls. Lequel, fils d’immigré et Français à l’excès comme son prédécesseur, n’allait pas tarder à faire montre de son talent.

Les valeurs républicaines et Manuel Valls

C’est Manuel Valls qui allait surtout mettre en musique les imprécations du discours de Grenoble du 30 juillet 2010, lorsque Nicolas Sarkozy éructait sa vindicte contre les Roms, sans que l’on s’en émeuve vraiment dans les rangs du parti socialiste. Depuis neuf mois, l’ordre règne au pays de la liberté, et les centres de rétention administrative sont toujours aussi accueillants pour les sans-papiers, traités comme des criminels dans ces lieux de non-droit. Il est difficile d’oublier la manière ignominieuse dont les sbires du ministre de l’Intérieur devaient livrer Aurore Martin à la justice espagnole, en novembre 2012. Cette militante basque étant heureusement libérée un mois plus tard. Faut-il estimer que la droite espagnole serait moins répressive, à l’occasion, que la gauche française ? Comment négliger les reculades du pouvoir socialiste face à la famille Peugeot, face au patron du groupe ArcelorMital, malgré les promesses de François Hollande ? La gauche ne détiendrait donc qu’un pouvoir formel ? Bienvenue en terre social-démocrate !

Maurice Rajsfus

Les belles formules… Dans une tribune libre, parue dans Libération le 28 décembre 2012, intitulée « Non, social-démocrate n’est pas une insulte ! » l’économiste Jean Natouk émettait un jugement sans appel : « La social-démocratie sait que l’essentiel de la production de la valeur ajoutée passe par les entreprises qui, si elles sont en concurrence, ne peuvent qu’être privées. Elle sait donc que c’est avec elles que doivent être trouvés les consensus nécessaires. » CQFD et merci pour cette précision indispensable.

Analyse politique: fascisme brun et fascisme rouge, deux armes des mêmes criminels…

Posté dans actualité, altermondialisme, autogestion, neoliberalisme et fascisme, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état avec des tags , , , , , , , , , , , le mars 10, 2013 par Résistance 71

Cette analyse réaliste et fondée de Voline, écrite en 1934, est un excellent complément à l’essai de Voline "La synthèse anarchiste", que nous avons publié 5 Mars, ainsi qu’à notre article récent sur le pourquoi l’oligarchie ressort-elle le marxisme du placard ?

Le fascisme rouge (marxisme) et l’autre côté totalitaire de la même pièce et marche la main dans la main avec son pendant du fascisme brun, tous deux financés et soutenus par les mêmes cartels de la finance et de l’industrie (cf les recherches du professeur A. Sutton sur le sujet).

– Résistance 71 –

Le fascisme rouge

Voline

 

Revue Ce Qu’il Faut Dire no2 de Juillet 1934

Je viens de lire un extrait de lettre de notre vaillant camarade A. Petrini, qui se trouve en U.R.S.S., dans une situation de proscrit. J’y trouve les lignes suivantes :

«… Un par un on nous emprisonne tous. Les vrais révolutionnaires ne peuvent pas jouir de la liberté en Russie. La liberté de la presse et celle de la parole sont supprimées, aucune différence donc entre Staline et Mussolini».

J’ai souligné exprès la dernière phrase, car elle est parfaitement juste.

Cependant, pour bien comprendre toute la justesse de cette brève formule, pour bien saisir tout son terrible réalisme, il est indispensable d’avoir du fascisme une notion profonde et nette : plus profonde et plus nette que celle qui est généralement admise dans les milieux de gauche.

Ayant cette notion, le lecteur comprendra la phrase de Petrini non pas comme une sorte de boutade, mais comme l’expression exacte d’une très triste réalité.

* *

Lorsque il y a douze ans, le mouvement de Mussolini — le fascisme italien remporta sa victoire, on croyait généralement que celle-ci n’était qu’un épisode local, passager, sans lendemain.

Depuis, non seulement le «fascisme» s’est consolidé en Italie, mais des mouvements analogues se déclenchèrent et l’emportèrent dans plusieurs pays. Dans d’autres, le «fascisme», sous tel ou tel aspect, forme un courant d’idées menaçant. Le terme lui-même, d’abord purement national, est devenu général, international.

Cet état de choses nous impose la conclusion que voici : le mouvement dit «fasciste» doit avoir des bases historiques concrètes, profondes et vastes. Dans le cas contraire, il ne serait pas ce qu’il est.

Quelles seraient donc ses bases? Quelles seraient les raisons principales de la naissance et, surtout, des succès du fascisme?

Pour ma part, j’en conçois trois, que je considère, dans leur ensemble, comme raisons fondamentales de son triomphe.

Raison économique. Elle est assez nette et généralement bien comprise. En quelques mots la voici : Le capitalisme privé (dont la base économique est la libre concurrence des appétits pour le maximum de profits, et dont l’expression politique est la démocratie bourgeoise) est en pleine décomposition, en pleine faillite. Violemment attaqué par tous ses ennemis, de plus en plus nombreux, il s’écroule dans la boue, dans le crime, dans l’impuissance. Les guerres, la crise, les armées de chômeurs, la misère des masses, face à l’abondance des richesses matérielles et à la possibilité illimitée de les augmenter encore, démontrent cette impuissance du capitalisme privé à résoudre les problèmes économiques de l’époque. D’une façon de plus en plus générale, on est, aujourd’hui, conscient de son agonie, de sa mort imminente. Alors instinctivement ou sciemment, on pense à lui substituer un capitalisme nouveau modèle, dans l’espoir que ce dernier pourra «sauver le monde». On pense — une fois de plus dans l’histoire humaine — à la haute mission d’un État fort, tout-puissant, à base dictatoriale. On pense à un capitalisme d’État, dirigé par une dictature «au-dessus des intérêts privés». Telle est la nouvelle orientation du capitalisme qui alimente le mouvement fasciste économiquement.

Raison sociale. Elle est aussi très nette et, généralement, bien comprise. La faillite du capitalisme privé, avec toutes ses conséquences effroyables, crée une situation nettement révolutionnaire. Les masses, de plus en plus malheureuses, s’agitent. Les courants révolutionnaires gagnent du terrain. Les travailleurs organisés se préparent, de plus en plus activement, à combattre le système qui les écrase au profit de bandes de malfaiteurs. La classe ouvrière, librement et combativement organisée (politiquement, syndicalement, idéologiquement) devient de plus en plus gênante, de plus en plus menaçante pour les classes possédantes.

Ces dernières se rendent compte de leur situation précaire. Elles ont peur. Alors, instinctivement ou sciemment, elles cherchent le salut. Elles s’efforcent de maintenir, à tout prix, leur situation privilégiée, basée sur l’exploitation des masses laborieuses. Il importe surtout que ces dernières restent un troupeau exploité, salarié, tendu par les maîtres.

S’il est impossible de maintenir le mode d’exploitation actuel, il faudra changer le mode (ce qui n’est pas grave), pourvu que le fond reste. Les maîtres d’aujourd’hui pourront rester tels s’ils acceptent de devenir membres d’un vaste appareil dirigeant, économique, social et politique, essentiellement étatiste. Or, pour réaliser cette nouvelle structure sociale, il faut disposer, avant tout, d’un État omnipotent, mené par un homme fort, un homme à poigne, un dictateur, un Mussolini, un Hitler ! Telle est la nouvelle orientation du capitalisme qui alimente le fascisme socialement.

* *

Si le fascisme n’avait que ces deux bases : base économique et base sociale, il n’aurait jamais acquis la puissance que nous lui connaissons. Sans aucun doute, les masses travailleuses organisées lui auraient, rapidement et définitivement barré la route. En effet, les moyens avec lesquels la classe laborieuse lutte généralement contre le capitalisme resteraient valables sauf quelques remaniements de détails, pour lutter efficacement contre la réaction et le fascisme. Ce ne serait que la continuation de la grande lutte historique des travailleurs contre leurs exploiteurs. Combien de fois, déjà, au cours de l’histoire, l’ennemi changea de méthode, de façade ou d’armes! Ceci n’empêchait nullement les travailleurs de continuer leur lutte, sans perdre l’équilibre ou l’assurance, sans se laisser démonter par les manœuvres de et les volte-face de l’adversaire.

Or, voici ce qui est important. Le fascisme, tout en étant considéré comme une nouvelle manœuvre (défensive et offensive) du capitalisme remporta partout où il s’est mis sérieusement à l’œuvre, un tel succès — éblouissant, extraordinaire, fantastique — que la lutte de la classe laborieuse s’avéra du coup et partout, — en Italie comme en Allemagne, en Allemagne comme en Autriche, en Autriche comme en d’autres pays, — non seulement difficile, mais absolument inefficace et impuissante. Non seulement la démocratie libérale bourgeoise ne sut se défendre, mais aussi le socialisme, le communisme (bolcheviste) ; le mouvement syndical, etc., furent absolument impuissants à combattre le capitalisme aux abois manœuvrant pour se sauver. Et non seulement toutes ces forces ne purent livrer une résistance victorieuse au capitalisme réorganisant ses rangs bouleversés, mais ce fut ce dernier qui, rapidement, se regroupa et écrasa tous ses ennemis.

Impuissance du socialisme, qui était si fort en Allemagne, en Autriche, en Italie. Impuissance du «communisme», très fort, lui aussi, surtout en Allemagne. Impuissance des organismes syndicaux. Comment expliquer cela ?

Le problème, déjà assez compliqué, le devient davantage si l’on songe à la situation actuelle en U.R.S.S. Comme on sait, ce fut le communisme autoritaire et étatiste (le bolchevisme) qui y remporta une victoire complète et assez facile lors des événements de 1917. Or, de nos jours, presque 17 ans après cette victoire, non seulement ce communisme s’avère impuissant à résister au fascisme dans d’autres pays, mais même en ce qui concerne le régime de l’U.R.S.S., on qualifie ce dernier, de plus en plus fréquemment, de plus en plus sciemment, de «fascisme rouge». On compare Staline à Mussolini. On constate dans ce pays l’exploitation féroce des masses travailleuses par l’appareil dirigeant, comprenant un million de privilégiés qui s’appuient, comme partout ailleurs, sur une force militaire et policière. On y constate l’absence de toute liberté. On y constate des persécutions arbitraires et impitoyables. Et ce qui importe, c’est que de pareilles constatations ou appréciations émanent non pas des milieux bourgeois, mais surtout des rangs révolutionnaires : socialistes, syndicalistes, anarchistes, et même des rangs de l’opposition communiste (trotskiste) qui, pour cette raison, «reprend la lutte émancipatrice» et forme la IVe Internationale.

Tous ces faits sont extrêmement troublants. Ils nous mènent fatalement à cette conclusion, paraissant paradoxale, que même en U.R.S.S., quoique sous des apparences différentes, c’est le fascisme qui l’emporte ; que c’est un nouveau capitalisme (capitalisme d’État dirigé par un homme à poigne, un dictateur, un Staline !) qui s’installe. 
Comment expliquer tout cela ?

Y aurait-il donc encore un élément, encore une base, encore une raison d’être qui donnerait au fascisme une force tout à fait particulière ?

Je réponds : oui. C’est la troisième raison : celle, précisément, qu’il me reste à examiner. Je la considère comme la plus importante, en même temps que la plus compliquée et la moins comprise. C’est elle, cependant, qui nous explique tout.

Raison psychologique (ou idéologique). La raison fondamentale des succès fascistes et de l’impuissance des forces émancipatrices est, à mon avis, l’idée néfaste de la dictature. Je dirai même plus. Il existe une idée répandue à un tel point qu’elle est devenue presque un axiome. Des millions et des millions d’hommes s’étonneraient, aujourd’hui encore, si on la mettait en doute. Mieux encore : bon nombre d’anarchistes et de syndicalistes ne la tiendraient pas, eux non plus, pour suspecte. Pour ma part, je la considère comme foncièrement fausse. Or, toute idée fausse acceptée comme juste est un grand danger pour la cause qu’elle touche. L’idée en question est celle-ci : Pour gagner dans la lutte et conquérir leur émancipation, les masses travailleuses doivent être guidées, conduites par une «élite», par une «minorité éclairée», par des hommes «conscients» et supérieurs au niveau de cette masse.

Qu’une pareille théorie, — qui, pour moi, n’est qu’une expression adoucie de l’idée de dictature car, en fait, elle enlève aux masses toute liberté d’action et d’initiative — , qu’une pareille théorie soit préconisée par des exploiteurs, rien d’étonnant. Pour être exploitées, les masses doivent être menées et soumises comme un troupeau. Mais qu’une telle idée soit ancrée dans l’esprit de ceux qui se prétendent émancipateurs et révolutionnaires, c’est un des phénomènes les plus étranges de l’histoire. Car — ceci me paraît évident, — pour ne plus être exploitées, les masses ne doivent plus être menées. Tout au contraire: les masses travailleuses arriveront à se débarrasser de toute exploitation seulement lorsqu’elles auront trouver le moyen de se débarrasser de toute tutelle, d’agir par elles-mêmes, de leur propre initiative, pour leurs propres intérêts, à l’aide et au sein de leurs propres et véritables organismes de classe : syndicats, coopératives, etc., fédérés entre eux.

L’idée de la dictature — brutale ou adoucie — étant universellement répandue et adoptée, la route est toute prête pour la psychologie, l’idéologie et l’action fascistes. Cette psychologie pénètre, empoisonne et décompose tout le mouvement ouvrier et l’engage dans une voie périlleuse.

Si la dictature est jugée nécessaire pour mener la lutte émancipatrice de la classe ouvrière, la lutte des classes devient, en réalité, lutte des dictateurs entre eux. Au fond, il s’agit, dans cette lutte, de savoir qui conservera ou gagnera l’emprise décisive sur les masses. L’issue de la lutte dépend alors de toutes sortes de circonstances, d’un caractère plutôt accessoire. Ici, c’est le dictateur X, là le dictateur Y ou Z qui l’emporte. L’un ou l’autre peuvent afficher des idéals très différents, même opposés. Il n’en reste pas moins qu’au lieu d’une libre et vaste activité des masses elles-mêmes, c’est le vainqueur qui va mener les masses, forcées de le suivre, sous peine de répression terrible. Il est évident qu’une telle perspective ne peut avoir rien de commun avec l’émancipation réelle des masses travailleuses.

L’idée de la dictature, de l’élite dirigeante, mène fatalement à la formation de partis politiques: Organismes qui enfantent et soutiennent le futur dictateur. Enfin, tel ou tel parti l’emporte sur les autres. C’est alors sa dictature installée. Quelle qu’elle soit, elle crée rapidement des situations et, finalement, des couches privilégiées. Elle soumet les masses à sa volonté. Elle les opprime, les exploite, et, au fond, devient fatalement fasciste.

* *

Ainsi, je conçois le fascisme d’une façon vaste. Pour moi, tout courant d’idée qui admet la dictature — franche ou estompée, «droite» ou «gauche» — est au fond, objectivement et essentiellement, fasciste. Pour moi, le fascisme est surtout l’idée de mener les masses par une «minorité», par un parti politique, par un dictateur. Le fascisme, au point de vue psychologique et idéologique, est l’idée de la dictature. Tant que cette idée est émise, propagée, appliquée par les classes possédantes, on la comprend. Mais quand la même idée est saisie et mise en pratique par des idéologues de la classe laborieuse comme le moyen de son émancipation, on doit considérer ce fait comme une aberration funeste, comme une singerie aveugle et stupide, comme un égarement périlleux. Car étant essentiellement fasciste, cette idée, appliquée, mène fatalement à une organisation sociale foncièrement fasciste.

Cette vérité a été justement démontrée — sans contestation possible — par «l’expérience russe». L’idée de la dictature comme moyen d’émancipation de la classe ouvrière y a été pratiquement appliquée. Eh bien ! son application produisit fatalement l’effet qui devient aujourd’hui de plus en plus net et que, bientôt, les plus ignorants, les plus aveugles, les plus obstinés, seront obligés de constater : la révolution triomphante, au lieu de mener à l’émancipation de la classe ouvrière, aboutit en fait, et en dépit de toutes les théories des émancipateurs-dictateurs, à l’esclavage et à l’exploitation les plus complets, les plus terribles, de cette classe ouvrière par une classe dirigeante privilégiée.

Telle est la troisième et principale raison de la puissance particulière du fascisme. Il est alimenté surtout par l’idéologie foncièrement fasciste — inconsciemment fasciste — d’une multitudes de gens qui seraient les premiers étonnés et indignés si on les accusait de fascisme. Cette idéologie, répandue partout, voire parmi les «émancipateurs» et les travailleurs eux-mêmes, empoisonne le mouvement ouvrier, le ramollit, le décompose. Elle tue la vrai activité des masses et réduit à néant — ou plutôt au résultat fasciste — leurs luttes et même leurs victoires.

Voilà pourquoi — hélas ! — Petrini a raison. «Aucune différence n’existe entre Staline et Mussolini». Et voilà pourquoi le «fascisme rouge» n’est nullement une boutade, mais l’expression exacte d’une bien triste réalité.

Une consolation existe cependant. Les masses s’instruisent surtout par l’expérience vécue, bien palpable. Cette expérience est là. Elle est là tous les jours, sur une sixième partie du globe. Ses véritables résultats commencent à être connus de plus en plus amplement, avec de plus en plus de précisions. Il faut espérer que les masses travailleuses de tous les pays sauront en dégager, en temps opportun, la leçon indispensable pour le succès de leurs luttes futures.

La réalisation de cet espoir dépend beaucoup de la conduite de tous ceux qui ont déjà compris. Il est de leur devoir de s’employer, avec la plus grande énergie, à faire comprendre aux vastes masses travailleuses le véritable sens négatif de l’expérience russe.

Nous, les anarchistes, nous qui avons compris, nous devons amplifier, intensifier notre propagande, en tenant compte surtout de cette expérience. Si nous remplissons notre devoir, si nous aidons les masses à la comprendre en temps opportun, alors «le fascisme rouge» de l’U.R.S.S. aura rempli, historiquement parlant, un rôle utile : celui d’avoir tué, en l’appliquant, l’idée de la dictature.

Solutions au marasme sociétaire: Voline la "touche de zen" libertaire à (re)découvrir…

Posté dans actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, police politique et totalitarisme, politique et social, résistance politique, société libertaire, syndicalisme et anarchisme, terrorisme d'état avec des tags , , , , , , , , , , , , , , le mars 5, 2013 par Résistance 71

Vsevolod Mikhailovich Eikhenbaum, dit Voline, 1882-1945.

Anarchiste russe, ayant participé à la création du premier “soviet” (assemblée populaire) de St Pétersbourg en 1905.

Si Proudhon était le grand premier théoricien de l’anarchisme, Bakounine en fut un penseur militant, Kropotkine le scientifique militant et Voline le penseur, activiste taoïste du mouvement. A l’instar de l’Allemand Gustav Landauer, Voline pensa l’anarchisme en terme organique, en terme de dynamisme et en termes d’adaptation permanente à la vie, elle-même toujours en mouvement. Il fut le fondateur de la forme organisationnelle de l’anarchisme synthétique, prônant la fusion des différents mouvements anarchistes pour le bien de l’intérêt général et la fonctionalité optimale de la nouvelle société libertaire. Voline fut un des participants actifs de l’expérience libertaire ukrainienne du mouvement Nabat en 1918-1919, puis du mouvement de Viktor Makhno entre 1919 et 1921. Il fut arrêté en 1920 et expulsé de Russie soviétique. Beaucoup d’autres anarchistes n’eurent pas cette chance et furent massacrés par les bolchéviques de Lénine et de Trotsky.

Voline a donné à l’anarchisme une touche de spriritualité proche du taoïsme.

Nous le considérons comme la “touche de zen” de l’anarchisme.

Ci-dessous un de ses textes essentiels de 1934: “La synthèse anarchiste”.

Incontournable… A (re)découvrir pour toute son œuvre et l’héritage vivifiant qu’il a laissé à la pensée et à l’action du communisme libertaire…

 

= Résistance 71 =

 

 

La synthèse anarchiste

 

Voline

 

 L’encyclopédie anarchiste, 1934

 

On désigne par synthèse anarchiste une tendance qui se fait actuellement jour au sein du mouvement libertaire, cherchant à réconcilier et ensuite à synthétiser les différents courants d’idée qui divisent ce mouvement en plusieurs fractions plus ou moins hostiles les unes aux autres. Il s’agit, au fond, d’unifier, dans une certaine mesure, la théorie et aussi le mouvement anarchistes en un ensemble harmonieux, ordonné, fini. Je dis : dans une certaine mesure car, naturellement, la conception anarchiste ne pourrait, ne devrait jamais devenir rigide, immuable, stagnante. Elle doit rester souple, vivante, riche d’idées et de tendances variées. Mais souplesse ne doit pas signifier confusion. Et, d’autre part, entre immobilité et flottement, il existe un état intermédiaire. C’est précisément cet état intermédiaire que la synthèse anarchiste cherche à préciser, à fixer et à atteindre.

Ce fut surtout en Russie, lors de la révolution de 1917, que la nécessité d’une telle unification, d’une telle synthèse, se fit sentir. Déjà très faible matériellement (peu de militants, pas de bons moyens de propagande, etc.) par rapport à d’autres courants politiques et sociaux, l’anarchisme se vit affaibli encore plus, lors de la révolution russe, par suite des querelles intestines qui le déchiraient. Les anarcho-syndicalistes ne voulaient pas s’entendre avec les anarchistes-communistes et, en même temps, les uns et les autres se disputaient avec les individualistes (sans parler d’autres tendances). Cet état de choses impressionna douloureusement plusieurs camarades de diverses tendances. Persécutés et finalement chassés de la grande Russie par le gouvernement bolcheviste, quelques-uns de ces camarades s’en allèrent militer en Ukraine où l’ambiance politique était plus favorable, et où, d’accord avec quelques camarades ukrainiens, ils décidèrent de créer un mouvement anarchiste unifié, recrutant des militants sérieux et actifs partout où ils se trouvaient, sans distinction de tendance. Le mouvement acquit tout de suite une ampleur et une vigueur exceptionnelles. Pour prendre pied et s’imposer définitivement, il ne lui manquait qu’une chose : une certaine base théorique.

Me sachant un adversaire résolu des querelles néfastes parmi les divers courants de l’anarchisme, sachant aussi que je songeais, comme eux, à la nécessité de les réconcilier, quelques camarades vinrent me chercher dans une petite ville de la Russie centrale où je séjournais, et me proposèrent de partir en Ukraine, de prendre part à la création d’un mouvement unifié, de lui fournir un fond théorique et de développer la thèse dans la presse libertaire.

J’acceptai la proposition. En novembre 1918, le mouvement anarchiste unifié en Ukraine fut définitivement mis en route. Plusieurs groupements se formèrent et envoyèrent leurs délégués à la première conférence constitutive qui créa la Confédération anarchiste de l’Ukraine Nabat (Tocsin en français). Cette conférence élabora et adopta à l’unanimité une Déclaration proclamant les principes fondamentaux du nouvel organisme. Il fut décidé que très prochainement cette brève déclaration de principes serait amplifiée, complétée et commentée dans la presse libertaire. Les événements tempétueux empêchèrent ce travail théorique. La confédération du Nabat dut mener des luttes ininterrompues et acharnées. Bientôt elle fut, à son tour, liquidée par les autorités bolchevistes qui s’installèrent en Ukraine. À part quelques articles de journaux, la Déclaration de la première conférence du Nabat fut et restera le seul exposé de la tendance unifiante (ou synthétisante) dans le mouvement anarchiste russe.

Les trois idées maîtresses qui, d’après la Déclaration, devraient être acceptées par tous les anarchistes sérieux afin d’unifier le mouvement, sont les suivantes.

1. Admission définitive du principe syndicaliste, lequel indique la vraie méthode de la révolution sociale.

2. Admission définitive du principe communiste (libertaire), lequel établit la base d’organisation de la nouvelle société en formation.

3. Admission définitive du principe individualiste, l’émancipation totale et le bonheur de l’individu étant le vrai but de la révolution sociale et de la société nouvelle.

Tout en développant ces idées, la Déclaration tâche de définir nettement la notion de la révolution sociale et de détruire la tendance de certains libertaires cherchant à adapter, l’anarchisme à la soi-disant période transitoire.

Ceci dit, nous préférons, au lieu de reprendre les arguments de la Déclaration, développer nous-mêmes l’argumentation théorique de la synthèse.

La première question à résoudre est celle-ci.

L’existence de divers courants anarchistes ennemis, se disputant entre eux, est-ce un fait positif ou négatif ? La décomposition de l’idée et du mouvement libertaires en plusieurs tendances s’opposant les unes aux autres, favorise-t-elle ou, au contraire, entrave-t-elle les succès de la conception anarchiste ? Si elle est reconnue favorable, toute discussion est inutile. Si, au contraire, elle est considérée comme nuisible, il faut tirer de cet aveu toutes les conclusions nécessaires.

À cette première question, nous répondons ceci.

Au début, lorsque l’idée anarchiste était encore peu développée, confuse, il fut naturel et utile de l’analyser sous tous ses aspects, de la décomposer, d’examiner à fond chacun de ses éléments, de les confronter, de les opposer les uns aux autres, etc. C’est ce qui a été fait. L’anarchisme fut décomposé en plusieurs éléments (ou courants). Ainsi l’ensemble, trop général et vague, fut disséqué, ce qui aida à approfondir, à étudier à fond aussi bien cet ensemble que ces éléments. A cette époque, le démembrement de la conception anarchiste fut donc un fait positif. Diverses personnes s’intéressant à divers courants de l’anarchisme, les détails et l’ensemble y gagnèrent en profondeur et précision. Mais, par la suite, une fois cette première œuvre accomplie, après que les éléments de la pensée anarchiste (communisme, individualisme, syndicalisme) furent tournés et retournés en tous sens, il fallait penser à reconstituer, avec ces éléments bien travaillés, l’ensemble organique d’où ils provenaient. Après une analyse fondamentale, il fallait retourner (sciemment) à la bienfaisante synthèse.

Fait bizarre : on ne pensa plus à cette nécessité. Les personnes qui s’intéressaient à tel élément donné de l’anarchisme, finirent par le substituer à l’ensemble. Naturellement, elles se trouvèrent bientôt en désaccord et, finalement, en conflit avec ceux qui traitaient de la même manière d’autres parcelles de la vérité entière. Ainsi, au lieu d’aborder l’idée de fusionnement des éléments épars (qui, pris séparément, ne pouvaient plus servir à grand chose) en un ensemble organique, les anarchistes entreprirent pour de longues années la tâche stérile d’opposer haineusement leurs courants les uns aux autres. Chacun considérait son courant, sa parcelle pour l’unique vérité et combattait avec acharnement les partisans des autres courants. Ainsi commença, dans les rangs libertaires, ce piétinement sur place, caractérisé par l’aveuglement et l’animosité mutuelle, qui continue jusqu’à nos jours et qui doit être considéré comme nuisible au développement normal de la conception anarchiste.

Notre conclusion est claire. Le démembrement de l’idée anarchiste en plusieurs courants a rempli son rôle. Il n’a plus aucune utilité. Rien ne peut plus le justifier. Il entraîne maintenant le mouvement dans une impasse, il lui cause des préjudices énormes, il n’offre plus ni ne peut offrir  rien de positif. La première période  celle où l’anarchisme se cherchait, se précisait et se fractionnait fatalement à cette besogne est terminée. Elle appartient au passé. Il est grand temps d’aller plus loin.

Si l’éparpillement de l’anarchisme est actuellement un fait négatif, préjudiciable, il faut chercher à y mettre fin. Il s’agit de se rappeler l’ensemble entier, de recoller les éléments épars, de retrouver, de reconstruire sciemment la synthèse abandonnée.

Une autre question surgit alors : Cette synthèse, est-elle possible actuellement ? Ne serait-elle pas une utopie ? Pourrait-on lui fournir une certaine base théorique ?

Nous répondons : Oui, une synthèse de l’anarchisme (ou, si l’on veut, un anarchisme synthétique) est parfaitement possible. Elle n’est nullement utopique. D’assez fortes raisons d’ordre théorique parlent en sa faveur.

Notons brièvement quelques-unes de ces raisons, les plus importantes, dans leur suite logique.

1. Si l’anarchisme aspire à la vie, s’il escompte un triomphe futur, s’il cherche à devenir un élément organique et permanent de la vie, une de ses forces actives, fécondantes, créatrices, alors il doit chercher à se trouver le plus près possible de la vie, de son essence, de son ultime vérité. Ses bases idéologiques doivent concorder le plus possible avec les éléments fondamentaux de la vie. Il est clair, en effet, que si les idées primordiales de l’anarchisme se trouvaient en contradiction avec les vrais éléments de la vie et de l’évolution, l’anarchisme ne pourrait être vital. Or, qu’est-ce que la vie ? Pourrait-on, en quelque sorte, définir et formuler son essence, saisir et fixer ses traits caractéristiques ? Oui, on peut le faire. Il s’agit, certes, non pas d’une formule scientifique de la vie, B formule qui n’existe pas, B mais d’une définition plus ou moins nette et juste de son essence visible, palpable, concevable. Dans cet ordre d’idée, la vie est, avant tout, une grande synthèse : un ensemble immense et compliqué, ensemble organique et original, de multiples éléments variés.

2. La vie est une synthèse. Quelles sont donc l’essence et l’originalité de cette synthèse ? L’essentiel de la vie est que la plus grande variété de ses éléments qui se trouvent de plus en un mouvement perpétuel réalise en même temps, et aussi perpétuellement, une certaine unité ou, plutôt, un certain équilibre. L’essence de la vie, l’essence de la synthèse sublime, est la tendance constante vers l’équilibre, voire la réalisation constante d’un certain équilibre, dans la plus grande diversité et dans un mouvement perpétuel (notons que l’idée d’un équilibre de certains éléments comme étant l’essence biophysique de la vie se confirme par des expériences scientifiques physico-chimiques).

3. La vie est une synthèse. La vie (l’univers, la nature) est un équilibre (une sorte d’unité) dans la diversité et dans le mouvement (ou, si l’on veut, une diversité et un mouvement en équilibre). Par conséquent, si l’anarchisme désire marcher de pair avec la vie, s’il cherche à être un de ses éléments organiques, s’il aspire à concorder avec elle et aboutir à un vrai résultat, au lieu de se trouver en opposition avec elle pour être finalement rejeté, il doit, lui aussi, sans renoncer à la diversité ni au mouvement, réaliser aussi, et toujours, l’équilibre, la synthèse, l’unité.

Mais il ne suffit pas d’affirmer que l’anarchisme peut être synthétique : il doit l’être. La synthèse de l’anarchisme n’est pas seulement possible, pas seulement souhaitable : elle est indispensable. Tout en conservant la diversité vivante de ses éléments, tout en évitant la stagnation, tout en acceptant le mouvement conditions essentielles de sa vitalité l’anarchisme doit chercher, en même temps, l’équilibre dans cette diversité et ce mouvement même.

La diversité et le mouvement sans équilibre, c’est le chaos. L’équilibre sans diversité ni mouvement, c’est la stagnation, la mort. La diversité et le mouvement en équilibre, telle est la synthèse de la vie. L’anarchisme doit être varié, mouvant et, en même temps, équilibré, synthétique, uni. Dans le cas contraire, il ne sera pas vital.

4. Notons, enfin, que le vrai fond de la diversité et du mouvement de la vie (et partant de la synthèse) est la création, c’est-à-dire la production constante de nouveaux éléments, de nouvelles combinaisons, de nouveaux mouvements, d’un nouvel équilibre. La vie est une diversité créatrice. La vie est un équilibre dans une création ininterrompue. Par conséquent, aucun anarchiste ne pourrait prétendre que son courant est la vérité unique et constante, et que toutes les autres tendances dans l’anarchisme sont des absurdités. Il est, au contraire, absurde qu’un anarchiste se laisse engager dans l’impasse d’une seule petite vérité, la sienne, et qu’il oublie ainsi la grande vérité réelle de la vie : la création perpétuelle de formes nouvelles, de combinaisons nouvelles, d’une synthèse constamment renouvelée.

La synthèse de la vie n’est pas stationnaire : elle crée, elle modifie constamment ses éléments et leurs rapports mutuels.

L’anarchisme cherche à participer, dans les domaines qui lui sont accessibles, aux actes créateurs de la vie.

Par conséquent, il doit être, dans les limites de sa conception, large, tolérant, synthétique, tout en se trouvant en mouvement créateur.

L’anarchiste doit observer attentivement, avec perspicacité, tous les éléments sérieux de la pensée et du mouvement libertaires.

Loin de s’engouffrer dans un seul élément quelconque, il doit chercher l’équilibre et la synthèse de tous ces éléments donnés.

Il doit, de plus, analyser et contrôler constamment sa synthèse, en la comparant avec les éléments de la vie elle-même, afin d’être toujours en harmonie parfaite avec cette dernière. En effet, la vie ne reste pas sur place, elle change. Et, par conséquent, le rôle et les rapports mutuels de divers éléments de la synthèse anarchiste ne resteront pas toujours les mêmes : dans divers cas, ce sera tantôt l’un, tantôt l’autre de ces éléments qui devra être souligné, appuyé, mis en action.

Quelques mots sur la réalisation concrète de la synthèse.

1. Il ne faut jamais oublier que la réalisation de la révolution, que la création des formes nouvelles de la vie incomberont non pas à nous, anarchistes isolés ou groupés idéologiquement, mais aux vastes masses populaires qui, seules, seront à même d’accomplir cette immense tâche destructive et créatrice. Notre rôle, dans cette réalisation, se bornera à celui d’un ferment, d’un élément de concours, de conseil, d’exemple. Quant aux formes dans lesquelles ce processus s’accomplira, nous ne pouvons que les entrevoir très approximativement. Il est d’autant plus déplacé de nous quereller pour des détails, au lieu de nous préparer, d’un élan commun, à l’avenir.

2. Il n’est pas moins déplacé de réduire toute l’immensité de la vie, de la révolution, de la création future, à de petites idées de détail et à des disputes mesquines. Face aux grandes tâches qui nous attendent, il est ridicule, il est honteux de nous occuper de ces mesquineries. Les libertaires devront s’unir sur la base de la synthèse anarchiste. Ils devront créer un mouvement anarchiste uni, entier, vigoureux. Tant qu’ils ne l’auront pas créé, ils resteront en dehors de la vie.

Dans quelles formes concrètes pourrions-nous prévoir la réconciliation, l’unification des anarchistes et, ensuite, la création d’un mouvement libertaire unifié ?

Nous devons souligner, avant tout, que nous ne nous représentons pas cette unification comme un assemblage mécanique des anarchistes de diverses tendances en une sorte de camp bigarré où chacun resterait sur sa position intransigeante. Une telle unification serait non pas une synthèse mais un chaos. Certes, un simple rapprochement amical des anarchistes de diverses tendances et une plus grande tolérance dans leurs rapports mutuels (cessation d’une polémique violente, collaboration dans des publications anarchistes, participation aux mêmes organismes actifs, etc., etc.) seraient un grand pas en avant par rapport à ce qui se passe actuellement dans les rangs libertaires. Mais nous considérons ce rapprochement et cette tolérance comme, seulement, le premier pas vers la création de la vraie synthèse anarchiste et d’un mouvement libertaire unifié. Notre idée de la synthèse et de l’unification va beaucoup plus loin. Elle prévoit quelque chose de plus fondamental, de plus organique.

Nous croyons que l’unification des anarchistes et du mouvement libertaire devra se poursuivre, parallèlement, en deux sens, notamment :

! Il faut commencer immédiatement un travail théorique cherchant à concilier, à combiner, à synthétiser nos diverses idées paraissant, à première vue, hétérogènes. Il est nécessaire de trouver et de formuler dans les divers courants de l’anarchisme, d’une part, tout ce qui doit être considéré comme faux, ne coïncidant pas avec la vérité de la vie et devant être rejeté ; et, d’autre part, tout ce qui doit être constaté comme étant juste, appréciable, admis. Il faut, ensuite, combiner tous ces éléments justes et de valeur, en créant avec eux un ensemble synthétique (c’est surtout dans ce premier travail préparatoire que le rapprochement des anarchistes de diverses tendances et leur tolérance mutuelle pourraient avoir la grande importance d’un premier pas décisif). Et, enfin, cet ensemble devra être accepté par tous les militants sérieux et actifs de l’anarchisme comme base de la formation d’un organisme libertaire uni, dont les membres seront ainsi d’accord sur un ensemble de thèses fondamentales acceptées par tous.

Nous avons déjà cité l’exemple concret d’un tel organisme : la confédération Nabat, en Ukraine. Ajoutons ici à ce que nous avons déjà dit plus haut que l’acceptation par tous les membres du Nabat de certaines thèses communes n’empêchaient nullement les camarades de diverses tendances d’appuyer surtout, dans leur activité et leur propagande, les idées qui leur étaient chères. Ainsi, les uns (les syndicalistes) s’occupaient surtout des problèmes concernant la méthode et l’organisation de la révolution ; les autres (communistes) s’intéressaient de préférence à la base économique de la nouvelle société ; les troisièmes (individualistes) faisaient ressortir spécialement les besoins, la valeur réelle et les aspirations de l’individu. Mais la condition obligatoire d’être accepté au Nabat était l’admission de tous les trois éléments comme parties indispensables de l’ensemble et le renoncement à l’état d’hostilité entre les diverses tendances. Les militants étaient donc unis d’une façon organique, car, tous, ils acceptaient un certain ensemble de thèses fondamentales. C’est ainsi que nous nous représentons l’unification concrète des anarchistes sur la base d’une synthèse des idées libertaires théoriquement établie.

! Simultanément et parallèlement au dit travail théorique, devra se créer l’organisation unifiée sur la base de l’anarchisme compris synthétiquement.

Pour terminer, soulignons encore une fois que nous ne renonçons nullement à la diversité des idées et des courants au sein de l’anarchisme. Mais il y a diversité et diversité. Celle, notamment, qui existe dans nos rangs aujourd’hui est un mal, est un chaos. Nous considérons son maintien comme une très lourde faute. Nous sommes d’avis que la variété de nos idées ne pourra être et ne sera un élément progressif et fécond qu’au sein d’un mouvement commun, d’un organisme uni, édifié sur la base de certaines thèses générales admises par tous les membres et sur l’aspiration à une synthèse.

Ce n’est que dans l’ambiance d’un élan commun, ce n’est que dans les conditions de recherches de thèses justes et de leur acceptation, que nos aspirations, nos discussions et même nos disputes auront de la valeur, seront utiles et fécondes (c’était précisément ainsi au Nabat). Quant aux disputes et aux polémiques entre de petites chapelles prêchant chacune sa vérité unique, elles ne pourront aboutir qu’à la continuation du chaos actuel, des querelles intestines interminables et de la stagnation du mouvement.

Il faut discuter en s’efforçant de trouver l’unité féconde, et non pas d’imposer à tout prix sa vérité contre celle d’autrui. Ce n’est que la discussion du premier genre qui mène à la vérité. Quant à l’autre discussion, elle ne mène qu’à l’hostilité, aux vaines querelles et à la faillite.

Résistance et lutte sociale: Pourquoi il n’y a pas de solution dans le système et la voie autogestionnaire..

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Nous ne sommes pas les seuls à le dire, bien au contraire. Le temps viendra où la voie autogestionnaire sera acceptée comme une évidence. Jusque là, il faut changer les attitudes autant que la pensée…

– Résistance 71 –

 

Pourquoi l’anarchosyndicalisme ?

 

Groupement d’Action et de réflexion Anarchosyndicaliste

GARAS

 

url de l’article original:

http://garas.over-blog.org/article-16275311.html

 

Pourquoi remettre le système capitaliste en cause ? Pourquoi s’engager politiquement, et de quelle manière ? Ce texte a pour but d’aider à comprendre un peu mieux notre pensée et nos actions.

Parmi la population, il y a une proportion assez large qui admet l’existence d’un ensemble d’injustices et de problèmes graves, aussi bien dans notre société qu’à travers le monde entier. Beaucoup sont prêts à trouver anormal que l’on jette de la nourriture, alors que des personnes mendient pour manger; à déplorer la montée du chômage; à reconnaître et à critiquer la différence de développement entre le nord et le sud; à se rendre compte que l’on ne juge pas les délits de la même manière selon la place que l’accusé occupe dans la société; etc… Pourtant, ces même personnes ne veulent pas supprimer le système responsable de ces injustices, afin d’essayer une alternative. Pourquoi ?

Un ensemble de raisons permet de l’expliquer, mais il en est une, qui fait que même des gens actifs ne s’engageront pas dans une perspective révolutionnaire. Cette raison est la croyance en la possibilité de modifier le système de l’intérieur, de l’améliorer sans le changer radicalement, de le réformer. Certains pensent qu’il y a une marge de manœuvre suffisante au sein du capitalisme pour améliorer la condition humaine. Cette marge de manœuvre existe, mais il faut s’interroger sur ses limites.

Réformer ce système ?

La limite fondamentale du système capitaliste est la notion de rentabilité, qui conditionne chacun de ses actes.

L’Etat lui-même est soumis à cet impératif, puisqu’il n’est que l’outil au service du patronat pour lui permettre d’accumuler de l’argent. Il dispose de nombreux moyens pour y arriver : la matraque, les lois, les aides sociales pour qu’on ne la ramène pas trop, les aides aux entreprises pour aider les intérêts privés au détriment de la collectivité, l’école pour nous préparer à la soumission et à la logique d’entreprise…

Pourtant on nous a ressassé de beaux et longs discours sur son rôle de service public, au niveau des entreprises qu’il contrôle, et sur sa fonction sociale, grâce aux aides qu’il accorde. Mais ces aspects n’ont toujours été que partiellement vrais, celui-ci se contentant de donner le minimum, en fonction de ses intérêts et de la pression qu’on exerçait sur lui.

Pendant la période de la guerre froide, il fallait éviter qu’une contestation trop forte ne se manifeste dans les pays occidentaux, dans le contexte de lutte larvée entre les deux blocs. Pour cela, on redistribuait une petite part de la richesse produite et accordait certains droits. Ces mesures furent possibles grâce à la croissance, favorisée par les USA (Plan Marshall, coopération économique…), et par le contexte de l’après guerre (reconstructions génératrices de marchés, essors technologiques…). Or, avec l’affaiblissement, puis la chute du bloc communiste, et l’arrivé de la crise économique, les motivations ne sont plus suffisantes pour continuer cette politique. De plus, la crise est un instrument de pression utilisé pour faire accepter les réformes libérales par la population, ainsi que des conditions de travail ressemblant à un diktat patronal pur et simple (heures sup. non payées, rareté des embauches définitives, réservoir de main d’œuvre important qui permet de licencier les plus récalcitrants).

La marge de manœuvre sociale dont nous disposons est étroitement liée au pouvoir politique, lui-même sous l’influence du pouvoir économique, et du contexte international. La maîtrise de nos conditions de vie nous échappe totalement.

Un exemple de cette soumission à l’économie, aussi paradoxal que cela puisse paraître, est l’œuvre du front populaire, car peu de gens nous expliquent l’après 36 en France. Si cette année représente une étape dans l’acquisition de nos droits (suite à plusieurs luttes, et pas seulement grâce à l’arrivée du front populaire au pouvoir), une des conséquences des augmentations de salaire, des congés payés, de la réduction du temps de travail, fut l’augmentation des coûts de production pour les entreprises. Pour produire la même quantité, il fallut embaucher des employés supplémentaires pour compenser les heures accordées aux travailleurs; ou produire moins.

Dans un contexte économique plus favorable, ces mesures auraient peut-être été acceptées par les patrons et les financiers; mais là, ceux-ci se sont empressés de placer leurs capitaux à l’étranger, laissant la situation empirer. De surcroît, ils ont augmenté les prix de leurs produits “afin de compenser le manque à gagner”. Chaque entreprise en fournissant une autre, l’augmentation des prix se répercute en cascade jusqu’au consommateur. Ainsi non seulement la situation économique a continué à se dégrader, ce qui très rapidement a supprimé des emplois, mais en plus le pouvoir d’achat des travailleurs diminua au point d’annuler les effets bénéfiques des mesures de 36. Cela s’explique par l’inflation généralisée dont nous parlions précédemment.

Si l’on prend un exemple plus récent, lorsqu’en 81 la coalition de gauche arrive au pouvoir, et qu’elle indexe les salaires sur les prix, cette mesure alimente l’inflation pour le même type de raisons. Résultat, le gouvernement fait très vite machine arrière. On constate que des mesures visant à assurer un niveau de vie correct à l’ensemble de la population sont difficiles, voire impossibles à appliquer dans notre beau système (et que l’on ne nous fasse pas croire que les socialistes et les communistes, avec la formation économique poussée que certains ont, ne le savent pas).

Pour l’écologie, les limites sont de même nature. Si l’on se permet quelques mesures, auxquelles on trouve une utilité économique, comme le recyclage, ou l’épuration de l’eau effectuée au frais des usagers, dans la plupart des cas, des obstacles empêchent les améliorations les plus urgentes. Produire propre c’est produire cher. Et produire cher, c’est être moins compétitif, (cela se traduira par la suppression d’emplois, pour garder les mêmes bénéfices patronaux).

Voilà le type d’argument auquel on est confronté, alors que nous sommes en train de polluer notre propre planète. Mais est-ce l’intérêt d’ELF, ou d’autres grandes firmes pétrolières, de développer la recherche sur les carburants verts, les énergies non polluantes ? Quant au nucléaire, il s’agit d’une des grandes orientations du pays (merci De Gaulle entre autres). Après des milliards d’investissements, comment faire admettre qu’il faut reconvertir notre production d’électricité ?

L’argent, les coûts, les profits, toujours les mêmes barrages derrière des discours bien préparés.

La marge de manœuvre dont nous parlions existe en système capitaliste, mais elle est totalement restreinte par l’économie, et notre fonctionnement politique. Nous ne maîtrisons aucun de ces deux éléments, puisque nous déléguons tous nos pouvoirs, toutes nos responsabilités, à une élite qui dirige les entreprises et le pays.

Le fait que les moyens de productions appartiennent à une minorité, nous rendra toujours dépendants de celle-ci. Et à cause de cela nous devons admettre la destruction de notre environnement, le massacre des populations pour écouler notre armement… La liste serait longue. Alors ce ne sont pas les quelques améliorations possibles dans le cadre du système actuel qui feront disparaître les problèmes dont nous souffrons.

Que faire face à cette situation ? Attendre que les choses s’améliorent d’elles mêmes ? Compter sur les autres ?

Pour changer sa vie, il faut la prendre en main; pour la société, la démarche est identique. On ne peut rester là, à constater, sans chercher à intervenir. Ou alors nous nous condamnons à être de simples spectateurs, à subir sans jamais nous battre. S’acheter une conscience à bon marché, en soulageant le malheur de certains ne suffit pas. Les religions ont encouragé cette façon de procéder depuis des millénaires, mais elles n’ont guère participé à réduire les injustices et n’ont pas remis en question des sociétés totalement inégalitaires. Les liens entre religion et pouvoir étant nombreux, peut-être avaient-elles trop à perdre ? Pour revenir sur la question de l’engagement, il vaut mieux s’en prendre à ce qui cause les problèmes, au lieu de traiter les conséquences sans cesse.

Remettre le système en question, comment mener une telle lutte ?

Lutter dans le cadre du système actuel, c’est obtenir une amélioration ponctuelle, une concession un peu plus durable, un recul sur un projet inacceptable, mais tout cela sera remis en cause tôt ou tard. Alors que les ministres n’ont qu’à promulguer des projets de loi, en touchant un confortable salaire, il nous faut nous mobiliser en masse, au risque pour ceux qui travaillent, de perdre leur paye, voire leur emploi.

Les luttes à répétition sur un même sujet usent les gens.

En restant dans le cadre de ce système, on se condamne à perdre dans le long terme. D’où la nécessité d’un engagement révolutionnaire.

Il existe plusieurs types d’engagement révolutionnaire.

Nous, anarchosyndicalistes, pensons qu’il faut éviter de recréer des structures de pouvoir au sein d’une organisation, sous peine de devoir se battre contre ce pouvoir par la suite. Chacun peut se rendre compte des abus qu’engendre le pouvoir partout sur cette planète. Alors pourquoi croire qu’un individu, ou un groupe d’individus, serait suffisamment juste et bon pour ne pas l’utiliser à des fins personnelles ? De plus, c’est l’existence du privilège qui rend jaloux celui qui ne le possède pas, et pousse l’autre à tout faire pour le conserver (créer un appareil répressif, par exemple).

Pourquoi ne pas supprimer cette source de conflit?

L’inégalité des droits, qu’elle soit économique, ou politique, pose toujours problème. Ce n’est pas en la maintenant sous la forme d’un pouvoir donné à quelques uns, que les choses s’amélioreront pour le plus grand nombre.

L’histoire tend à conforter cette analyse, puisque les expériences révolutionnaires, lorsqu’elles ne furent pas réprimées dans le sang, se sont toujours soldées par la confiscation de la révolution au profit d’un petit groupe, avec les résultats que l’on connaît.

Les divers systèmes se réclamant du marxisme sont tous des échecs, accompagnés de répressions violentes des personnes ne rentrant pas dans le cadre établi par le nouveau pouvoir (En U.R.S.S., dès 1918, Lénine et Trotsky commencent à réprimer, voir le témoignage de Voline à ce sujet). Au Mexique le P.R.I. (Parti Révolutionnaire Institutionnel) est au pouvoir depuis plus de 65 ans, et le peuple toujours dans la misère.

Les exemples ne manquent pas.

Nous proposons, pour éviter ces dérives, des assemblées générales souveraines, qui gèrent les réalités locales, et se fédèrent pour coordonner leurs actions à d’autres échelles. Elles fonctionnent avec des mandatés, contrôlables et révocables, qui se réunissent afin de répercuter les décisions prises par la base.

On peut également imaginer des organismes issus du fédéralisme, conçus pour exécuter des décisions, pour en accomplir la partie technique, mais qui ne décident pas des grandes orientations de la société. Le fédéralisme permet donc de s’organiser sur de vastes espaces.

Ces principes autogestionnaires ont pour avantage de responsabiliser l’individu, de lui offrir la possibilité, sans l’y obliger, de maîtriser son quotidien, et donc de devenir plus mature en arrêtant de suivre sans réfléchir ce que prône l’élite. Une organisation autogérée est donc le reflet des gens qui la composent; y entrer c’est en modifier le contenu par sa simple participation.

Ce ne sont là que quelques idées générales, mais qui nous permettent déjà de nous organiser de façon cohérente.

Des écrivains ont approfondi certaines questions, mais dans un mouvement libertaire, personne n’est considéré comme ayant trouvé la solution avec un grand S. Nous refusons les écrits sacrés: pas de bible, pas de coran, pas de torah, pas de capital… Ce qui peut paraître à certains comme une faiblesse, est en fait une force. Comme ce sont les gens qui décident par et pour eux-mêmes, ils adaptent leurs propositions en fonction des réalités auxquelles ils sont confrontés à un instant donné.

Ne serait-il pas ridicule d’élaborer l’organisation d’une société libertaire dans ses moindres détails aujourd’hui alors que la révolution n’est pas pour demain ? Les circonstances auront sans doute changé d’ici là.

Mais encore faut-il confronter ses idées aux réalités, et construire une organisation qui les mette en pratique.

Nous pensons que le syndicat correspond à cet objectif. Un syndicat qui intervient sur le quartier ou l’entreprise, qui peut être rural ou urbain, intercorporatif ou de branche, ouvert sur le culturel, l’économique, le social, l’idéologique. Un lieu de vie et d’échange, pas un syndicat uniquement pour défendre des revendications corporatives, comme on le voit souvent.

Tout cela résume la démarche anarcho-syndicaliste telle que nous la concevons. Elle présente un double avantage: disposer d’un outil de lutte qui nous appartient réellement afin de déjà obtenir des améliorations de nos conditions de vie, et avoir un cheminement logique, en améliorant nos idées au fur et à mesure de notre développement, jusqu’au moment de la révolution. Ce qui devrait nous amener à réorganiser la société sans perdre de temps. Dans de telles circonstances, restructurer l’économie (production et distribution), afin que les gens puissent subvenir à leur besoins, et que la révolution dispose de moyens nécessaires à sa réalisation, est essentiel.

 

Résistance et lutte sociale… Revoir les fondamentaux pour être efficace…

Posté dans actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, média et propagande, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et social, politique française, résistance politique, Social & Retraite, société libertaire, terrorisme d'état avec des tags , , , , , , , , , , , , , , , , le mars 3, 2013 par Résistance 71

Ils voudraient nous briser

«Tous les journalistes sont des menteurs et des putes. Ils sont professionnellement obligés de mépriser leur travail, leurs organes, et de se mépriser eux-mêmes en permanence. »

Jean-Patrick Manchette

 

Guillaume Goutte

 

Le Monde Libertaire

 

Mars 2013

 

url de l’article original:

http://www.monde-libertaire.fr/syndicalisme/16241-ils-voudraient-nous-briser

 

 

« Désormais, quand il y a une grève, on ne la voit pas. » Ça, c’était en juillet 2008, sous Sarkozy. Aujourd’hui, en 2013, sous François Hollande, les choses ont quelque peu changé : les grèves, on les voit bien et on les redoute tant, d’ailleurs, que le ministère de l’Intérieur en vient à demander publiquement aux services de renseignements de la police de surveiller de près les usines plongées dans des mouvements sociaux pour garder un œil sur les éléments syndicalistes radicaux. C’est que le gouvernement n’aimerait pas à nouveau se confronter à la colère et à la rage légitimes du monde du travail. Et sans doute garde-t-il en tête le souvenir de certains hauts faits du syndicalisme de lutte des classes, comme, par exemple, ces grèves de la métallurgie de 1979 où les ouvriers, équipés de barre de fer et de billes de plomb, jouaient au base-ball ou au bowling avec les CRS. Et le gouvernement a raison de craindre pour sa peau, car la radicalisation est bel et bien en marche, du moins dans certaines entreprises, comme à la fonderie DMI où les salariés ont désormais recours à la bonne vieille méthode des bouteilles de gaz pour faire pression sur la direction. Si les politicards redoutent ces pratiques d’action directe, c’est avant tout parce qu’ils les savent profondément efficaces et qu’elles traduisent l’émergence, chez les travailleurs, d’une désillusion toute légitime vis-à-vis des procédés légaux et institutionnels de résolution des conflits qui, jusqu’à maintenant, ne mènent à rien, si ce n’est à la satisfaction des principaux souhaits du patronat.

Bref, les ex-RG (Renseignements généraux), devenus DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur) vont donc désormais zoner dans les alentours des usines en grève, peut-être même assister à quelques assemblées générales, prendre quelques photos, manger quelques merguez… C’est là la seule réponse de l’État socialiste aux salariés victimes de plans sociaux à répétition : derrière les engagements hypocrites promis se cultivent les mêmes logiques de répression que sous la droite. D’autant que les tentatives de neutralisation du syndicalisme revendicatif ne se limitent pas à l’envoi de James Bond ratés aux abords des piquets de grève. Vendredi 1er février, deux grévistes de PSA Aulnay étaient convoqués par le commissariat de police de Bobigny suite à des plaintes déposées par des vigiles de l’usine, l’un pour s’être fait prendre ses papiers, l’autre pour avoir été bousculé. Mercredi 6 février, dans sa lettre d’information, la CGT écrivait : « Comme les huissiers ne trouvent rien à constater, ils en sont réduits à aller porter plainte eux-mêmes… pour eux-mêmes. »

De leur côté, les grands médias se font à nouveau les porte-parole de la bourgeoisie et du gouvernement. Sur France Info, par exemple, l’idiot utile de l’État Emmanuel Cugny n’a pu s’empêcher de nous faire partager ses brillantes analyses politiques et sociales : « Quel est le rôle originel d’un syndicat si ce n’est de mobiliser, certes, mais aussi et surtout de canaliser le mécontentement, d’encadrer le mouvement et de calmer l’ardeur des plus fougueux. » Pour s’informer davantage sur le « rôle originel » du syndicat, on le renverra à ses livres d’histoire et à quelques écrits autrement plus brillants que sa prose fade et servile (au choix, parmi les grands classiques maintes fois conseillés dans ces colonnes : L’Action directe d’Émile Pouget, L’ABC syndicaliste de Georges Yvetot, Histoire des bourses du travail de Fernand Pelloutier). Quant à France Inter, on retiendra l’émission de l’infâme Pascale Clark du mercredi 6 février à 9 h 10 et notamment ses pleurnicheries sur l’absence de journaux en kiosque : « Encore une grève à Presstalis, encore un coup du Livre CGT. Bonjour tristesse. Moi je veux des mains sales, des pages qui se tournent et se froissent, je veux des mises en page. Je veux de la vie. » Encore la faute à ces salauds de grévistes, à ces voyous du syndicat du Livre et donc, bien sûr, en bon journaliste, pas un mot sur le plan de restructuration en cours à Presstalis à l’origine du mouvement social. La greluche de la gauche bourgeoise de l’Hexagone voulait ses petits journaux pour salir ses petites mains blanches et lire… « des brèves » (un article, ce serait sans doute déjà trop lui demander) ! Et peu lui importe les 1 250 suppressions d’emplois prévues par la direction. Chez les enfants, on appelle ça un caprice ; chez les adultes, le cynisme. Le samedi suivant, France Inter remettra ça avec, cette fois, Christophe Barbier, qui inondera les ondes de ses geignements néolibéraux, tout bouleversé qu’il était de cette grève qui le privait, lui le grand journaliste, de ses petits journaux sans lesquels il n’aurait probablement rien à dire. Il nous ressortira la soupe habituelle : une CGT « passéiste », « de mauvaise foi », une grève comparable à une prise d’otage, etc. Le discours du pouvoir, en somme, auquel la grande presse est depuis longtemps inféodée.

Côté syndical, les directions des centrales ne sont, pour l’heure, pas très loquaces et aucune d’entre elles n’a encore condamné la politique répressive du gouvernement à l’égard des luttes actuelles dans le monde du travail. Entre celles qui servent de béquille au gouvernement et celles – toutes ? – qui voient d’un mauvais œil tous ces syndicalistes de base épris de radicalité, gageons qu’elles resteront muettes ou qu’elles prendront la parole pour, à leur tour, stigmatiser les militants qui leur échappent. Mais, au fond, qu’importe ? Les syndicalistes ont-ils impérativement besoin du soutien affiché des directions (soutien qui est souvent synonyme de compromis et de négociations) pour organiser la résistance ? Non. Les luttes émergent des bases et doivent rester entre leurs mains, sans quoi les salariés prennent le risque de se voir confisquer leur combat par des individus aux intérêts bien différents des leurs. Que Bernard Thibault affiche sa solidarité, c’est bien, mais on s’en fout. Tout ce qui compte, c’est l’usine, le piquet de grève, les assemblées et les liens qu’on peut tisser avec d’autres luttes, d’autres boîtes, d’autres syndicats, toujours dans une démarche horizontale et unitaire, la seule réellement susceptible de servir les intérêts des travailleurs.

 

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