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Résistance politique indigène au Canada: Le mouvement Idle No More coopté… Il est temps de passer à la vitesse supérieure…

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Nation indigène: Au-delà du mouvement Idle No More

 

Gerald Taiaiake Alfred

 

29 Janvier 2013

 

url de l’article:

https://www.commondreams.org/view/2013/01/29-0

 

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Notre action collective dans le mouvement Idle No More (INM) a montré qu’il y a un soutien réel parmi les Canadiens pour un mouvement qui personnifie l’opposition de principe à la destruction de la terre et à l’expansion de la justice sociale pour les indigènes. Quand nous, les personnes aborigènes, avons un agenda politique qui est consistent avec nos enseignements originaux traditionnels, une relation de respect avec la terre et l’environnement naturel et une relation respectueuse entre toutes les nations qui partagent cette terre, nous avons vu que cela devient une grande motivation pour beaucoup de gens de nos propres nations tout aussi bien que de la société plus vaste (non-aborigènes).

Il est aussi maintenant clair que le mouvement a atteint un plateau. La plupart de la passion, de l’urgence et de l’attention que le mouvement INM a généré dans le sillage de la grève de la faim du chef Theresa Spence et de la “déclaration en 13 points” soutenue par chef Spence, l’AFN et les deux partis d’opposition canadiens, que trop de gens dans le mouvement représentent, a mené à la récupération des demandes du mouvement par les chef de l’AFN (NdT: dénoncée par beaucoup comme étant les agents du système…) en soutien de leurs négociations perpétuelles et des processus bureaucratiques de longue haleine qu’elles suscitent.

La question qui vient à l’esprit de beaucoup de gens du mouvement qui sont motivés pour continuer à lutter pour des buts plus sérieux de transformation, est de savoir comment raviver le momentum vers un changement fondamental comme celui que nous avions au début du mouvement ? Je pense que le seul moyen de maintenir ce mouvement dans la bonne direction est que nous voyons nos actions faites au sein d’INM comme faisant partie d’un engagement plus profond et de plus longue haleine vers la restauration du système de nation indigène.

Nous devons recentrer notre activisme sur la racine du problème à laquelle nous devons faire face collectivement: Notre dépossession et notre mauvaise représentation en tant qu’indigènes. Maintenant est venu le temps de nous replacer sur nos terres spirituellement et physiquement et de détourner notre soutien du système de l’Indian Act et de commencer à énergiser la restauration de nos propres gouvernements (traditionnels). Nos gens, nos langues et nos cérémonies traditionnelles devraient saturer nos patries et territoires. Nos leaders devraient nous répondre et non pas au ministre des Affaires Indiennes et à ses sbires. Nos gouvernements devraient être des cercles autour desquels chacun s’assied en égal et y participe totalement et devraient être là où nos voix se font entendre et non pas celles des systèmes de hiérarchie et d’exclusion, légitimisés et renforcés par les lois canadiennes. Restaurer notre sentiment de nation de cette manière est une lutte fondamentale. Notre concentration devrait être de restaurer notre présence sur la terre et de régénérer notre véritable nation. Ceci va la main dans la main et l’un ne peut pas se faire sans l’autre.

Idle No More a été utile et nécessaire. Comme des milliers d’autres personnes ces derniers mois, je suis fier d’avoir été un participant motivé à éduquer un public plus large, de faire la connexion entre les droits natifs et les droits démocratiques de tous les citoyens et d’avoir argumenté pour la protection de notre environnement sous la bannière Idle No More. Mais les limites du mouvement sont claires et beaucoup de gens commencent à réaliser que le type de mouvement que nous avons mené sous la bannière d’Idle No More n’est pas suffisant en lui-même pour décoloniser ce pays et même de produire des changements signifiants dans la vie des gens.

Ceux d’entre nous demeurant au sein du mouvement doivent se poser cette difficile question: Qu’avons-nous accompli au travers d’Idle No More ? Il y a eu une politisation de quelques indigènes. Il y a eu une certaine attention des médias. Il y a eu des rallies et des manifestations. De superbes créations artistiques et musicales en ont découlé. Tout ceci est très bien. Mais en termes de changement signifiant dans la vie des gens et de la lutte pour la justice, les choses ne sont pas différentes qu’avant que ce mouvement ne démarre. Le gouvernement fédéral n’a pas répondu, n’a pas senti le besoin d’adresser à quelque niveau que ce soit, le défi que nous lui avons proposé. Nous sommes en danger de devenir institutionnalisé (NdT: c’est déjà fait à notre avis…) et d’être trop prévisible en tant que mouvement, ou pire même, de devenir un genre de grand mouvement râleur sur Facebook et d’entrer dans un circuit fermé trop facile à ignorer et qui n’a plus rien de tangible avec ce qu’il se passe quotidiennement dans la vie des gens. Ce que cela veut dire si nous demeurons motivés à produire le changement et à parvenir à la justice pour nos gens, est que nous devons changer nos stratégies et nos tactiques pour présenter un défi bien plus sérieux sur la base de forcer le gouvernement fédéral à engager notre mouvement et à nous répondre de manière sérieuse.

Je pense que ce dont notre mouvement a besoin, c’est d’une mobilisation des gens sur la base de la nation indigène, emmenée par nos chefs traditionnels et les clans des mères, des hommes médecines, des anciens et des jeunes, de commencer à agir directement sur nos droits inhérents sur la terre et de demander le respect de nos gouvernements traditionnels. En termes pratiques, nous devons aller au delà des manifestations et des rassemblements publics dans les centres commerciaux, la voie publique et les législatures et nous devrions commencer à réoccuper nos sites ancestraux culturels, traditionnels et sacrés, utiliser les sites pour ré-établir notre présence sur notre terre et de cette façon, d’éduquer les Canadiens à nos connexions continuelles avec ces endroits et signifier leur importance pour notre existence en tant que peuples indigènes.

Si nous faisons cela, nous pourrons, une fois de plus, faire que l’Assemblée des Nations Premières (AFN), les médias de masse et les partis d’opposition, entendent la véritable voix des peuples indigènes dans ce pays et si nous sommes forts et pugnaces en faisant part de notre engagement à défendre ces buts, alors nous pourrons forcer le gouvernement fédéral à nous prendre sérieusement.

Maintenant vient le temps de la transgression (désobéissance civile), de la réoccupation, du soulèvement… en tant que peuples indigènes !

Résistance politique: Combattre et éradiquer le fléau colonial, première nécessité

Posté dans actualité, altermondialisme, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état avec des tags , , , , , , , , , , le mai 17, 2013 par Résistance 71

“L’histoire du système mondial moderne a été pour sa plus grande partie, une histoire de l’expansion des États et peuples européens sur le reste du monde… L’expansion a impliqué dans la très vaste majorité des régions du monde incriminées, la conquête militaire, l’exploitation économique et d’énormes injustices.”

~ Immanuel Wallerstein, “European Universalism” ~

 

“Du moment que nous avons admis cette grande violence de la conquête, je crois que nous ne devons pas reculer devant les violences de détail, qui sont absolument nécessaires pour la consolider.”

~ Alexis de Tocqueville ~

 

Nous sommes tous des colonisés !

 

Résistance 71

 

16 Mai 2013

 

Le problème du colonialisme et de son avatar néo-colonial dans la société “post-coloniale” dans laquelle nous sommes censée vivre, est LE problème vital de notre temps à notre sens car il reflète, recycle et applique sur le terrain toutes les idéologies religieuses, devenues pseudo-scientifiques, de justification de l’oppression du vaste nombre par l’infime minorité.

Il n’y aura pas de changement sociétaire sans une refonte totale de la pensée et de l’attitude occidentales envers le monde en général et de l’occident lui-même en particulier.

Le nœud gordien du problème se situe au cœur même du credo économique de nos sociétés, celui de la propriété privée (à ne pas confondre avec la possession, cf. Proudhon), nous renverrons a ce sujet nos lecteurs aux écrits et démonstrations de Proudhon à ce sujet, car nous nous attacherons ici plus aux phénomènes sociologiques, psychologiques et anthropologiques du problème. Nous nous attacherons ici à montrer que d’un fondement religieux (la chrétienté contre les sauvages et les hérétiques), la raison d’être du colonialisme a glissé vers la pseudo-science une fois la racine religieuse chrétienne tombée en désuétude au XIXème siècle. Quoi qu’il en soit, tout part du même principe, celui d’une suprématie, et du sentiment de supériorité de la civilisation occidentale.

Dans son ouvrage classique et incontournable sur le sujet: “Discours sur le colonialisme” (1955), Aimé Césaire nous dit ceci:

Le grand responsable dans le domaine de la colonisation est le pédantisme chrétien pour avoir posé les équations malhonnêtes:

Christianisme = Civilisation et paganisme = sauvagerie, d’où ne pouvaient que s’ensuivre d’abominables conséquences colonialistes et racistes, dont les victimes devaient être les Indiens, les Jaunes, les Nègres.”

Au nom d’un dieu aussi aléatoire qu’oppresseur, l’occident a fait main basse dès la fin du XVème siècle, sur les terres du nouveau monde et au nom de “l’universalisme” culturel (aujourd’hui devenu “l’humanisme” occidental fondement du “droit d’ingérence” dans les affaires d’autrui…), a massacré, pillé, torturé, mis en esclavage les peuples indigènes aux nouveaux territoires, puis du continent africain et d’une bonne partie de l’Asie. A ce sujet, les écrits à la fois de Christophe Colomb dans son journal et ceux du prêtre, défenseur des indiens, Bartolomé de La Casas, sont formels et sans équivoque: massacres et mise en esclavage furent le lot quotidien au nouveau monde.

Comme l’a fait justement remarquer Nils Andersson, le système colonial est fondé sur six permanences:

  • La primauté du territoire sur les populations
  • L’accaparement des richesses
  • L’évangélisation
  • L’exploitation sociale et humaine des peuples colonisés
  • Le recours à la violence de la guerre et de la répression
  • L’aliénation du colonisé

Si la motivation économique de la colonisation est indéniable, surtout depuis la fin du XVIIIème siècle ; elle ne peut être possible que par une double aliénation.

Celle à la fois du colonisé et du colonisateur. Pour que le concept d’universalisme religieux, revendiqué très tôt par l’Europe, puisse être inculqué, puis lorsque la religion eût faibli, le relais soit pris par le concept d’universalisme culturel, d’humanisme universel de l’occident justifiant le principe d’ingérence toujours de rigueur aujourd’hui, il faut que les esprits de l’opinion soient formatés par une doctrine suprémaciste, que le peuple colonisateur soit convaincu du bien-fondé de la mission à assumer “au nom de l’humanité”. Ainsi la doctrine est simple, elle assume et clâme que l’occident a inventé la science, que de toutes les sociétés, seule l’occident à le pouvoir de penser, que la connaissance est son apanage et le reste du monde n’est qu’une nuit de pensées primitive ne demandant qu’à être éclairée. Nous sommes ici dans l’archétype même de l’ethnocentrisme et de la pensée totale éronnée s’auto- proclamant universelle.

De la même manière, les peuples colonisés doivent-ils être convaincus de la supériorité affirmée de leurs oppresseurs, de leurs bourreaux. Dans un cas comme dans l’autre, ceci relève de la manipulation psychologique totale et n’a aucun fondement scientifique.

Aimé Césaire disait:

Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux bas instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral et montrer qu’à chaque fois qu’il y a au Vietnam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend… et alors, un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour: les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets… Avant d’être victime du nazisme on en a été complice, que ce nazisme là on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil dessus, on l’a légitimé, parce que jusque là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens…

Le politique primant l’économique (l’État naît de la division de la société en oppresseurs et opprimés indépendamment de l’économique, le clivage est d’abord politique avant d’être économique, comme l’a montré fort à propos l’anthropologue Pierre Clastres dans ses travaux de echerche), colonisés et colonisateurs sont tous deux opprimés par le même schéma d’expression de l’autorité: le tribut. Pour assoir son pouvoir, l’oligarchie a très tôt fait payer le tribut à son peuple, car c’est en faisant payer le tribut que l’oligarchie établie son autorité coercitive et c’est en acceptant de payer le tribut que le peuple se soumet à ses maîtres. Ce tribut s’est ensuite tout naturellement étendu aux territoires colonisés sous la forme de l’exploitation en règle des resssources naturelles et humaines tout autant que du tribut que doivent continuer de payer les colons aux oligarques en place. Le principe de colonisation est en fait un phénomème “à tiroir”, exploitant colons et colonisés (certes à des degrés différents, mais ce n’est qu’une question de degré…) au profit du même tout petit nombre, servi par un lot de fonctionnaires parasites accrochés aux basques du système.

Toute la supercherie réside à faire admettre sur des bases on ne peut plus fragiles, que l’État en première instance est source de loi, sécurité, culture, progrès et égalité (dans sa forme de “démocratie représentative”) et que celui-ci, au nom donc de l’universalisme de la suprématie de la culture occidentale (qui n’est qu’un concept eurocentrique surrané…) représente la lumière qui doit rayonner sur le monde, d’abord à la maison, puis chez les “sauvages” incultes, païens et non-civilisés qui doivent se soumettre.

Ainsi, comme le dit Césaire plus avant: “Entre colonisateur et colonisé, il n’y a de place que pour la corvée, l’intimidation, la pression, la police, l’impôt (note de l’auteur: du tribut…), le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la mufflerie, des élites décérébrées et des masses avilies.” Et à ceux qui prétendent et veulent toujours croire que la colonisation c’est: les écoles, les routes, l’éducation, les canaux et les chemins de fer, tous essentiellement bien plus bénéficaires aux colons qu’aux colonisés, Césaire répond:

Moi, je parle de milliers d’hommes sacrifiés au Congo-Océan. Je parle de ceux, qui, à l’heure où j’écris ces lignes (1955), sont en train de creuser à la main le port d’Abidjan. Je parle de millions d’hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la vie, à la danse, à la sagesse. Je parle de millions d’Hommes à qui on a inculqué savamment, la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir et le larbinisme.”

Le dogme colonialiste est fondé sur un eurocentrisme forcené, un délire mythomane déclarant comme l’a souligné Immanuel Wallenstein:

La science sociale européenne était résolument universaliste en affirmant que quoi qu’il se fut passé en Europe du XVIème au XIXème siècles, représentait un schéma qui était applicable partout, soit parce que c’était un résultat progressiste de l’humanité qui était irréversible ou parce que cela représentait l’assouvissement des besoins les plus basiques de l’humanité en enlevant les obstacles artificiels à sa réalisation. Ce que nous voyons en Europe n’est pas seulement bon, mais représente le visage du futur partout [...] Quand les colonisateurs français du XIXème siècle parlaient de la ‘mission civilisatrice’, ils voulaient dire que par les moyens de la conquête coloniale, la France, ou plus généralement l’Europe, imposerait aux peuples non-européens les valeurs et les normes qui étaient comprises par ces définitions de la civilisation. ”

Comment colonisé et colonisateur s’accommodent-ils de leur situation ? Comment l’un comme l’autre se satisfont-ils du statu quo imposé ? Ceci relève du domaine psychologique et idéologique. En empruntant beaucoup à la théorie gramscienne de l’hégémonie culturelle et à une vision libertaire, anarchiste de la société, le pédagogue critique brésilien Paolo Freire nous donna en 1970 des éléments de réponse dans son brillantissime ouvrage: “La pédagogie des opprimés”, en analysant de manière critique l’idéologie muselant à la fois colonisé et colonisateur, il devisa une pédagogie de la libération, de l’émancipation culturelle, politique et sociale.

Pour le colonisateur, l’oppresseur, tout lui est dû de par la conviction faite sienne de sa supériorité tant culturelle, que raciale. Citons en exemple Jules Ferry, chantre colonialiste de la IIIème république française, qui disait lors d’une intervention à la chambre des députés en 1885 la chose suivante:

Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures… (il est coupé par d’autres députés indignés, puis reprend) Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures...” Ceci fut la ligne historique du colonialisme français de la IIIème république qui mena la France dans les méandres de l’ignominie raciste dont elle ne s’est toujours pas défaite aujourd’hui quoi qu’on en dise et veuille le faire croire (cf. le dogme néo-colonial de la Françafrique toujours si vivace…)

Tout devient dès lors objet de sa domination. Freire analyse: “Pour l‘oppresseur, la conscience, l’humanisation de l’autre, n’apparaît pas comme le but d’une humanité totale, mais plutôt comme une subversion.”

Les colonisateurs/oppresseurs ne perçoivent pas leur monopole, leur hégémonie comme un privilège qui déshumanise les autres. Au delà de leur complexe de supériorité raciale, ils affirment avec aplomb qu’avoir toujours plus est un “droit inaliénable”, un droit qu’ils ont acquis par leur “courage à prendre des risques” et que par conséquent si les autres n’ont pas plus, c’est parce qu’ils sont incompétents, paresseux, voire les deux…  Le colon oppresseur va donc se préserver mentalement et physiquement de la “jalousie” du colonisé/oppressé et confronté aux faiblesses évidentes de ce raisonnement, s’enfoncera dans une dissonnance cognitive pathologique.

Ceci implique qu’en retour du complexe de supériorité de l’oppresseur, il y ait un complexe d’infériorité de l’oppressé, du colonisé. Celui-ci existe, ce complexe d’infériorité savamment entretenu du reste à grand renfort de pseudo-science sociale telles que le malthusianisme et le darwinisme social, qui ont débouchés sur des dogmes ethnologiques et sociologiques erronés, depuis démontés par les travaux d’ethnologues modernes tel Pierre Clastres, est une réalité toute aussi pathologique mais pas irréversible.

Les quatre piliers essentiels de l’oppression (dont le colonialisme fait partie…) selon Paolo Freire sont les suivants:

  • La conquête (physique, culturelle)
  • La Division pour mieux régner
  • La manipulation
  • L’invasion culturelle

Notons au passage que ceci peut à la fois se référer au colonisé mais aussi aux membres d’une nation colonisatrice, qui tombent eux-aussi  sous le coup de la domination, celle du consentement et de sa fabrication à grand renfort de propagande et de fausse-science.

Ainsi pour se libérer de la tutelle oppressive, les peuples doivent faire preuve de:

  • Coopération
  • D’unité pour la libération
  • D’organisation
  • De synthèse culturelle

Ainsi Freire et la pédagogie critique nous indiquent que: “L’authentique libération, le processus d’humanisation, n’est pas un autre dépôt fait dans la tête des Hommes. La libération est une praxis, c’est a dire une réflexion et une action des hommes et des femmes sur leur monde avec pour but de le transformer… Ici, personne n’enseigne à personne, personne ne s’auto-instruit. Les gens s’enseignent les uns aux autres, modérés par leur monde, par les objets connus qui dans un système banquier d’éducation, sont détenus par l’enseignant.

A cela vient s’ajouter une chose essentielle, à notre avis, pour garantir le succès de la sortie et de l’éradication du colonialisme sous toutes ses formes et le possible retour à un paradigme de droit égalitaire et de véritable progressisme libre et non dogmatique où tous et toutes y gagneraient et non pas l’habituelle clique de parasites en contrôle ; comme le note très bien Nils Andersson dans son essai “Fondements et permanences du colonialisme”:

Pour sortir du colonialisme au stade d’une ‘mondialisation’ qui est inscrite dans le processus même des conquêtes coloniales, il y a deux démarches obligées:

  • Rompre avec l’aliénation coloniale
  • Créer les conditions pour que les peuples colonisés, ex-colinisés ET les peuples des métropoles mènent des luttes communes.”

Andersson plus loin dit on ne peut plus pertinemment:

Il en est pour le colonisateur comme pour le colonisé. Les peuples victimes du colonialisme doivent se construire, s’émanciper, se libérer de ce passé et du présent néo-colonial, où suppôts des anciens colonisateurs maintiennent leurs peuples sous leur dépendance et celles des anciens maîtres. Mais l’Homme occidental doit lui aussi assumer son histoire, se libérer de sa propre aliénation de colonisateur, il doit lui aussi faire ‘peau neuve’, sans quoi il ne cesse de reproduire son aliénation domintarice et raciste.”

En conclusion de son essai, Andersson rejoint les thèses d’un auteur natif nord-américain (Mohawk de la confédération iroquoise) dont nous présenterons sur ce blog la traduction de larges extraits d’un texte essentiel pour mieux comprendre le colonialisme dont sont victimes toujours aujourd’hui les peuples natifs des Amériques, le professeur de science politique et spécialiste du droit natif Taiaaiake Alfred, lorsqu’il écrit:

Sortir du colonialisme, qui n’est nullement un système archaïque mais est aujourd’hui un constituant du système globalisé c’est, partant de mouvements locaux et nationaux, là où nous sommes, avec nos différences, nos expériences en conjugant nos mouvements, se donner la capacité d’influer sur l’ordre mondial.

Dans quel but ? Celui de nous émanciper, d’échapper au paradigme mortifère induit par une mini-élite dont l’hégémonie culturelle n’a que trop duré. Le salut sociétaire de l’humanité réside dans la libération du dogme suprémaciste parasite et criminel pour enfin vivre égaux, libres et heureux.

Ceci passe immanquablement par le fin du colonialisme, de son avatar néo-colonialiste, du capitalisme et de l’état garde-chiourme, tous instruments d’oppression de la vaste majorité par le petit nombre.

Lorsque l’occident et ses peuples aliénés auront réalisé et transcendé les leurres et les crimes d’un système qui n’a aucun lieu d’être, alors une révolution copernicienne politique et sociale populaire prendra place, la seule qui libèrera le monde à tout jamais.

Nous sommes tous dans le même bateau comme l’a entrevu parfaitement la 6ème déclaration de la jungle de Lacandon en 2005 par l’EZLN zapatiste du chiapas au Mexique:

Les capitalistes essaient de dominer le monde entier, la planète terre, le néolibéralisme est la théorie, le plan, qui fait fonctionner la globalisation, et le néolibéralisme a ses plans économique, politique, militaire, et culturel. L’objectif de chacun de ces plans est de dominer et de commander à tous et ceux qui n’obéissent pas sont réprimés et exclus afin d’éviter qu’ils contaminent les autres avec des idées de rebellion… Des nations très puissantes comme les Etats-Unis veulent tourner le monde en une gigantesqe entreprise, un marché géant pour vendre et acheter tout ce qui est possible et pour cacher l’exploitation faite autour du monde. Voici pourquoi le mouvement zapatiste EZLN dit que la mondialisation néolibérale est une guerre de conquête du monde entier, une guerre mondiale, une guerre déclenchée par le capitalisme pour dominer la Terre entière. Cette conquête est parfois faite par des armées qui envahissent des nations, mais souvent elle est faite avec l’économie, par le système de la dette et en amenant leur culture capitaliste, qui est la culture de la marchandise, du profit et du marché.”

Les oppressés natifs du sud du Mexique ont le dernier mot de la lucidité. Tendons-leur la main, à eux et à tous les colonisés, qui en retour nous aiderons à surmonter notre culpabilité d’avoir réduit le monde à ce triste paradigme mercantile et obscène.

Bibliographie:

  • Aimé Césaire, “Discours sur le colonialisme”, 1955
  • Nils Andersson, “Fondements et permanence du colonialisme, 2011
  • Jules Ferry, “Les fondements de la politique coloniale”, 1885, archives de l’Assemblée Nationale
  • Georges Clémenceau, “La colonisation est-elle un devoir de civilisation?”, 1885
  • Saïd Bouamama, “L’espace mental colonial comme matrice du racisme contemporain”, 2013
  • Immanuel Wallerstein, “Eurocentrism and its Avatars: the Dilemmas of Social Science”, 1997
  • Pierre Clastres, “La société contre l’État”, 1974
  • Paolo Freire, “La pédagogie des oppressés”, 1970
  • Ira Shor & Paolo Freire, “A Pedagogy for Liberation”, 1987
  • Russell Means, “Where White Men fear to Tread”, 1995
  • Taiaiake Alfred, “Peace, Power, Righteousness”, seconde édition, 2009
  • Taiaiake Alfred, “Wasase”, 2005
  • Diane Engelstad & John Bird, “Nation to Nation, Aboriginal Sovereignty and the Future of Canada”, 1992
  • Peter Nabokov, “Native American Testimony”, revised edition 1999
  • Gloria Munoz Ramirez, “Le Feu et le Mot, une histoire du mouvement zapatiste”, 2008

Une mise au point toujours Ô combien d’actualité sur la science…

Posté dans actualité, altermondialisme, écologie & climat, économie, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, science et nouvel ordre mondial avec des tags , , , , , , , le mai 17, 2013 par Résistance 71

La science moderne et l’anarchisme

 

Pierre Kropotkine (1903)

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~ Mai 2013 ~

 

Quelle est donc la position occupée par l’anarchisme dans le grand mouvement intellectuel du XIXème siècle ?

L’anarchisme est un concept mondial fondé sur l’explication mécanique de tout phénomène, embrassant la nature dans son entièreté, incluant la vie des sociétés humaines ainsi que leurs problèmes économiques, politiques et moraux. Sa méthode d’étude est la même que celles des sciences naturelles, par lesquelles toute conclusion scientifique doit être vérifiée. Son but est de construire une philosophie synthétique comprenant en une généralisation tout phénomène naturel, et donc la vie de toute société, en évitant les erreurs dans lesquelles se sont fourvoyés Auguste Comte et Herbert Spencer.

Il est ainsi naturel que pour toutes les questions de la vie moderne, l’anarchisme doive donner de nouvelles réponses et s’en tenir à une position différente de celle de la politique et dans une certaine mesure, de tous les partis socialistes, qui ne se sont pas encore libérés des fictions métaphysiques anciennes.

Bien entendu, l’élaboration d’une conception mondiale complète n’a pour ainsi dire pas commencé dans sa phase sociologique, c’est à dire dans la partie qui a à faire avec la vie et l’évolution des sociétés. Mais le peu qui a été fait, porte indubitablement la marque, même si faiblement, d’un caractère certain. Dans le domaine de la philosophie du droit, de la théorie de la moralité, de l’économie politique, de l’histoire (à la fois des nations et des institutions), l’anarchisme a déjà montré qu’il ne se satisferait pas de conclusions métaphysiques, mais recherchera, dans tous les cas, une fondation dans les sciences-naturelles. Il rejette la méthaphysique de Hegel, de Schelling et de Kant, il démonte les commentateurs de la loi romaine et canonique, ainsi que les apologistes de l’État; il ne considère pas l’économie politique métaphysique comme une science et il aspire à gagner une compréhension claire sur toute question soulevée dans ces secteurs de la connaissance. Fondant sa méthode de recherche sur les multiples exemples qui ont été révélés ces trente ou quarante dernières années dans le domaine naturaliste.

De la même manière que les conceptions métaphysiques d’un esprit universel ou de la force créative de la Nature, de l’incarnation de l’Idée, du but de la Nature, du sens de la vie, de l’Inconnu, de l’Humanité (conçue comme ayant une existence spirtituelle séparée) etc, de la même manière que tous ces concepts ont été balayé par la philosophie matérialiste d’aujourd’hui, tandis que les embryons des généralités cachés sous ces termes nébuleux sont traduits dans le langage concret des sciences naturelles, nous procédons alors à nous intéresser aux faits de la vie sociale. Nous essayons là encore d’enlever les toiles d’araignées et de voir quels embryons de généralités, s’il y en a, auraient bien pu se cacher en dessous de tous ces mots nébuleux.

__________

 Quand les métaphysiciens essaient de convaincre le naturaliste que la vie mentale et morale de l’humain se développe en accord avec de certaines “lois immanentes de l’esprit”, ce dernier hausse les épaules et continue son étude physiologique du phénomène mental et moral de la vie, avec pour but de montrer qu’elle peut être résolue par des phénomènes chimiques et physiques. Il aspire à découvrir les lois naturelles qui en sont la base. De manière similaire, lorsqu’on dit aux anarchistes, par exemple comme Hegel le disait, que chaque développement se constitue d’une thèse, d’une anti-thèse et d’une synthèse ou que “le but de la loi est l’établissement de la Justice qui représente la réalisation de l’idée la plus haute”; ou une fois de plus lorsqu’on leur demande, qu’est-ce qui constitue à leur avis le “sens de la vie” ? Ils haussent simplement les épaules et se demandent dans l’état actuel des choses de la science naturelle, comment peut-on encore trouver des gens si rétrogrades pour croire en pareils mots et s’exprimant toujours dans un langage emprunt d’un anthropomorphisme primitif (conception de la nature comme étant quelque chose de gouverné par une entité à laquelle on prête des attributs humains). La pédantrie verbale n’impressionne pas les anarchistes parce que ceux-ci savent que les mots ne font que cacher une ignorance, c’est à dire une connaissance incomplète ou pire, de vulgaires superstitions. Ils continuent ainsi leur étude des idées sociales présentes et passées et des institutions en fonction de la méthode de recherche inductive. Ce faisant, ils découvrent bien évidemment, que le développement d’une vie sociale est bien plus complexe et bien plus intéressant sur un plan pratique, qu’il ne paraîtrait d’une telle formule.

Nous en avons entendu pas mal au sujet de la “méthode dialectique”, qui fut recommandée pour formuler l’idéal socialiste. Nous ne reconnaissons pas une telle méthode, la science moderne n’a  rien à faire avec elle non plus. “La méthode dialectique” rappelle au naturaliste moderne quelque chose qui n’a plus court depuis bien longtemps, quelque chose de dépassé et maintenant joyeusement oublié par la science. Les découvertes du XIXème siècle en physique, mécanique, technologie, chimie, biologie, psychologie physique, anthropologie, psychologie des nations etc, l’ont été non pas par la méthode dialectique, mais la méthode de la science-naturelle, la méthode d’induction et de déduction. Et comme l’Homme fait partie intégrante de la Nature et comme la vie de son “esprit”, personnel et social, n’est juste qu’un phénomène naturel tout comme l’est la croissance d’une fleur ou l’évolution de la vie sociale au sein d’une fourmilière ou d’une ruche, il n’y a aucune raison pour soudainement changer notre méthode d’étude en passant de l’étude des fleurs à celle de l’Humain ou d’une colonie de castors à une ville humaine.

La méthode inductive-déductive a si bien prouvé ses mérites au XIXème siècle, qui par son application a forcé la science à avancer bien plus en cent ans que les deux mille ans qui ont précédés et lorsque cette méthode a commencé à être appliquée à la recherche sur la société humaine, jamais atteignit-on le point où il devenait nécessaire de l’abandonner et d’adopter encore la scolastique médiévale, révisée par Hegel.

De plus, lorsque les naturalistes philistins par exemple, se basant sur le “darwinisme”, commencèrent à enseigner: “Ecrasons les plus faibles que nous, c’est la loi de la nature”, il fut facile pour nous de prouver par la même méthode scientifique qu’une telle loi n’existait pas; que la vie dans le règne animal nous apprend quelque chose de totalement différent et que les conclusions tirées par les Philistins étaient complètement non-scientifiques. Ils étaient autant anti-scientifique que, par exemple, la suggestion que l’inégalité de richesse est une loi de la nature ou que le capitalisme est la meilleure organisation sociale calculée pour promouvoir le progrès. Précisément, cette méthode de la science-naturelle, appliquée aux schémas économiques, nous permet de prouver que les soi-disantes “lois” de la sociologie de la classe-moyenne, incluant aussi leur économie politique, ne sont pas du tout des lois, mais de simples suppositions, ou plutôt des assertions qui n’ont jamais été vérifiées. De plus, toute recherche ne porte ses fruits que lorsqu’elle a un but défini, lorsqu’elle est effectuée dans le but d’obtenir une réponse à une question bien définie et bien posée. Ainsi l’observateur voit le plus clairement la connexion qui existe entre le problème et son concept général de l’univers, la place qu’occupe le problème dans l’univers.

Mieux il comprend l’importance du problème dans le concept général et plus facile sera la réponse. La question donc, que l’anarchisme se pose peut-être formulée ainsi:Quelles formes de vie sociale assurent à une société donnée et au-delà à l’humanité de manière générale, la plus grande somme de bonheur et donc de vitalité ?” Quelles formes de vie sociale permettent une telle quantité de bonheur de croître et de se développer, quantitativement tout autant que qualitativement et de la sorte, devenir plus complètes et plus variées ?” (desquelles, soit dit en passant, une définition du progrès est dérivée). Le désir de promouvoir l’évolution dans cette direction détermine à la fois l’activité scientifique, sociale et artistique de l’anarchiste.

 

Source:

http://dwardmac.pitzer.edu/anarchist_archives/kropotkin/science/scienceVII.html

Résister à l’hégémonie oligarchique: Emma Goldman et la lutte de terrain…

Posté dans actualité, altermondialisme, autogestion, économie, démocratie participative, documentaire, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, police politique et totalitarisme, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état avec des tags , , , , , , , , , le mai 13, 2013 par Résistance 71

«Le communiste moyen, qu’il soit fidèle à Trotsky ou à Staline, connaît à peu près autant la littérature anarchiste et ses auteurs que, disons, un catholique connaît Voltaire ou Thomas Paine. L’idée même que l’on doit s’enquérir de la position de ses adversaires politiques avant de les descendre en flammes est considérée comme une hérésie par la hiérarchie communiste.» (Emma Goldman)

 

A propos d’Emma Goldman

 

Yves Coleman

Ni Patrie Ni Frontières, 2002

 

EMMA GOLDMAN (1869-1940) est un personnage de premier plan de l’histoire de l’anarchisme et du féminisme. Née en Russie sous le tsarisme, elle connaît dès son enfance les pogroms antisémites, la répression sanglante contre les populistes russes et travaille à l’âge de 15 ans comme ouvrière, suite aux revers de fortune de ses parents. Refusant le mariage que veut lui imposer son père, elle s’enfuit à 16 ans aux États-Unis où elle épouse brièvement un Américain, ce qui lui permet de s’établir dans le pays et d’être naturalisée.Révoltée par la pendaison de cinq anarchistes à Chicago en 1887, elle s’investit à fond dans le mouvement libertaire local. Militante infatigable, oratrice talentueuse, elle sillonne les États-Unis pendant plus de vingt ans afin de récolter des fonds pour diverses causes et défendre ses idées. «Emma la Rouge», comme l’appelle la grande presse, combat pour le droit des femmes à l’égalité et à l’indépendance. Elle aide les ouvrières dans leur lutte pour s’organiser en syndicats et obtenir la journée de 8 heures. Vivant chichement de toutes sortes de petits boulots, elle collectionne les arrestations et les peines de prison à cause de ses discours sur la contraception, puis plus tard contre la guerre. Emma Goldman irrite les féministes américaines qui ne comprennent pas pourquoi elle refuse de combattre pour le droit de vote des femmes et qui sont scandalisées par ses positions sur l’amour libre, contre le mariage et pour la révolution sociale. Et elle exaspère aussi certains de ses camarades anarchistes: elle ira jusqu’à fouetter, à la tribune d’un meeting, le grand dirigeant anar de l’époque, Joachim Most, avant de quitter dignement la salle, parce que Most refusait de soutenir Alexandre Berkman condamné à 22 ans de prison après avoir tenté d’assassiner un patron de choc.

Avec Berkman, Emma Goldman anime pendant seize ans un hebdomadaire d’agitation Mother Earth (La Terre Mère) qui lui occasionne bien des déboires avec la police et la justice. Son opposition résolue à la conscription obligatoire et ses positions antimilitaristes durant la Première Guerre mondiale lui valent une condamnation à deux ans d’emprisonnement. Elle est ensuite déchue de sa nationalité américaine (pour y parvenir, le gouvernement américain ira jusqu’à dénaturaliser son premier mari!) et expulsée des États-Unis en 1919 en compagnie de 248 autres militants russes, ouvriers anarchistes pour la plupart. Après un séjour de deux ans en URSS, elle perd toute illusion sur le bolchevisme et réussit à quitter la «patrie du socialisme» avant d’y laisser sa peau. Elle vit alors en Angleterre, en Espagne et enfin au Canada où elle continue, dans des conditions d’extrême précarité, son combat pour la révolution jusqu’à sa mort, en 1940.

La vérité sur le bolchevisme est paru dans Mother Earth en 1918. Cet article très permet de comprendre pourquoi certains libertaires, dont Emma Goldman, ont soutenu avec enthousiasme Lénine et les bolcheviks au début de la révolution.

Comment j’ai perdu mes illusions sur la Russie (1923), est la postface d’un livre qui constitue le pendant du Mythe bolchevik d’Alexandre Berkman, puisque les deux auteurs se trouvaient à la même époque en Russie. Ce chapitre offre un point de vue plus général sur la Russie, la révolution et l’anarchisme. Malgré ses faiblesses évidentes (notamment sa croyance en la «virginité» politique du peuple russe et en son «instinct» révolutionnaire), ce texte démontre qu’il n’y avait pas besoin d’attendre L’Archipel du Goulag et les années 70 pour savoir ce qui se passait en URSS… et le dénoncer d’un point de vue révolutionnaire.

Le communisme n’existe pas en Russie a été écrit en 1935.

Trotsky proteste beaucoup trop… a été publié en 1938 sous forme de brochure à Glasgow, en Écosse, par la Fédération anarchiste communiste (Anarchist Communist Federation) et constitue une réponse à un article de Trotsky publié la même année.

Emma Goldman parle d’abord en témoin, puisqu’elle a séjourné en URSS entre décembre 1919 et octobre 1921, à un moment charnière de l’histoire de la révolution. Sans se perdre dans des considérations théoriques fumeuses, elle va droit à l’essentiel: les conditions de vie de la population, la mobilisation des ouvriers et des paysans contre la dictature du Parti bolchevik, la solidarité entre les marins de Cronstadt et les ouvriers affamés de Petrograd. Elle démonte également certains mécanismes de ce qu’il faut bien appeler L’École trotskyste de déformation de l’histoire, école qui continue à sévir de nos jours, bien que les groupes se réclamant de l’Opposition de gauche puis de la Quatrième Internationale aient été eux-mêmes victimes d’une longue campagne de calomnies (et d’assassinats) menée par les partis staliniens.

Tout en polémiquant sans pitié avec Trotsky, Emma Goldman exprime son empathie vis-à-vis des dures épreuves personnelles que son adversaire politique a traversées, attitude suffisamment rare pour être soulignée. Elle n’oublie jamais qu’elle débat avec un être humain, et se garde de le démoniser, comme c’est le cas si souvent dans les débats politiques.

Ce texte se termine par quelques lignes sur la guerre d’Espagne, durant laquelle Emma Goldman déploya tous ses efforts pour soutenir les anarchistes, sans pour autant leur ménager ses critiques («Dès le moment où les dirigeants de la CNT-FAI sont entrés dans les ministères et se sont soumis aux conditions imposées par la Russie soviétique en échange de quelques armes, j’ai pressenti le prix que nos camarades allaient inévitablement payer (…). La participation des anarchistes au gouvernement et les concessions faites à la Russie ont causé un dommage presque irréparable à la révolution», juillet 1937, «L’Espagne et le monde»).

Puissent ces quatre textes d’Emma Goldman sur la révolution russe contribuer à faire réfléchir ceux qui, encore aujourd’hui, croient qu’un Parti omniscient peut se substituer à la classe ouvrière pour faire son bonheur…

Résistance politique… Tout passe par la résistance au (néo)colonialisme à la fois des peuples colonisés… mais des peuples occidentaux, eux-mêmes colonisés à leur insu…

Posté dans actualité, altermondialisme, autogestion, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état avec des tags , , , , , , le mai 11, 2013 par Résistance 71

«Pour le colonialisme, l’asservissement, au sens le plus rigoureux, de la population autochtone est la première nécessité. Pour cela il faut briser ses systèmes de référence. L’expropriation, le dépouillement, la razzia, le meurtre objectif, se doublent d’une mise à sac des schèmes culturels ou du moins conditionnent cette mise à sac. Le panorama social est déstructuré, les valeurs bafouées, écrasées, vidées. »

~ Frantz Fanon, 1964 ~

"La désaliénation ne concerne t’elle que le seul colonisé ? Certes non. Il en est pour le colonisateur comme pour le colonisé. Les peuples victimes du colonialisme doivent se construire et s’émanciper, se libérer de ce passé et du présent néo-colonial où suppôts des anciens colonisateurs maintiennent leurs peuples sous leur dépendance et celles de leurs anciens maîtres. Mais l’Homme occidental doit aussi assumer son histoire, se libérer de sa propre aliénation de colonisateur, il doit lui aussi faire "peau neuve", sans quoi il ne cesse de reproduire son aliénation dominatrice et raciste… Face à la gangrène raciste, xénophobe, qui se répand dans le discours politique, intellectuel et médiatique, il faut dénoncer, inventer, découvrir, rompre avec la pensée dominante, y compris dans ce qu’elle gangrène nos rangs."

~ Nils Andersson, 2011 ~

 

Le syndrome du vendu

 

Mohawk Nation News

 

9 Mai 2013

 

url de l’article original:

http://mohawknationnews.com/blog/2013/05/09/sell-out-syndrome/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Une société commune indigène est faite d’êtres humains ayant des liens familiaux. Chacun est libre, égal et a une voix. Tous travaillent ensemble pour maintenir survie et bien-être de la famille étendue. Certains sont de bons chasseurs, ou de bons pisteurs, pêcheurs, hommes médecines ou commerçants; d’autres plantent et maintiennent l’agriculture; certains ne sont pas capables de contribuer et pourtant ils auront une part égale des fruits récoltés de notre terre mère.

Ceux qui font plus que leur part et le cache ou l’exhibe par arrogance violent les autres personnes. Quelqu’un qui cache quelque chose ne fait souvent pas sa part des choses. Il devient paresseux, émoussant ses instincts de survie. L’insensivité de ces personnes peut mettre en danger le reste de la communauté, alors si aucune correction n’est apportée, ils en sont bannis. Dans le passé, cela signifiait souvent la mort, car ils ne pouvaient pas survivre seul.

L’Ongwehonwe équivaut à ce qui nous entoure, les animaux terrestres et aquatiques, les pierres, les arbres et la terre. Aucun n’est supérieur ou inférieur à l’autre. Il n’y a pas de leader. La communication non verbale entre nous et le monde naturel est très réelle.

Les envahisseurs nous ont apporté des vues et méthodes anti-naturelles, un dieu unique, un système individuel égoïste. On nous dit d’oublier nos liens avec notre peuple, de suivre leur voie, de nous “améliorer” et de prendre nos propres décisions afin d’être meilleur que le reste. On nous entraîne à devenir égomaniaque, arrogant et d’arrêter de penser que nous sommes un membre égal aux autres de notre groupe.

Les envahisseurs ont convaincus certains d’entre nous d’aller dans leurs écoles et leurs églises et d’y être conditionnés à leurs façons de voir et de faire. Pour “s’améliorer” et être acceptés par le système hiérarchique européen, ils se marient avec un(e) envahisseur (euse). Un bon boulot, une maison avec deux garages, des voitures et trois enfants montrent “qu’ils sont parvenus” à s’intégrer au système étranger. Leurs conjoints sont de fortes personnes qui les protègent de leur faiblesse, surtout celle de leur désir d’être parmi leur peuple.

Après un moment, ces Indiens modifiés éprouvent un sentiment de retourner dans leur communauté pour aider leur peuple à devenir hiérarchique comme eux. Leur peuple les regarde comme des traîtres et ne les accepteront plus jamais. Ces Indiens ont envisagé de manière erronée qu’ils devaient se rabaisser dans une spirale vers le bas pour se refaire accepter par leur société; cela ne fonctionne pas de cette façon.

Ils ne peuvent pas revenir dans l’esprit commun parce qu’ils ont accepté la programmation des diviseurs. En tant que base de leur pyramide, ils reçoivent plus de merde sur la tête que les autres ! Les traîtres parmi nous jouent un jeu très gangereux.

Résistance politique ici et maintenant…

Posté dans actualité, altermondialisme, autogestion, économie, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, Social & Retraite, société libertaire, syndicalisme et anarchisme avec des tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , le mai 10, 2013 par Résistance 71

De la résistance à l’autogestion, le 14 mai à Paris

 Alternative Libertaire

 

3 Mai 2013

 

url de l’article:

http://www.alternativelibertaire.org/spip.php?article5325

 

Pendant combien de temps va-t-on encore continuer à nous prendre pour des imbéciles ?

Quand on entend qu’il faut se serrer la ceinture et accepter l’austérité alors que les riches continuent de s’enrichir et que, depuis 20 ans, les actionnaires n’ont pas cessé de s’engraisser sur le dos des travailleurs-euses…

Quand on sait que la fraude fiscale représente entre 60 et 90 milliards d’euros et qu’on voit éclater au grand jour les magouilles et les scandales où se croisent les hommes politiques et les plus grosses fortunes…

Quand on nous promet le changement et qu’en même temps on continue à pourchasser les Rroms, à faire la chasse aux immigré-es, à laisser faire les patrons qui licencient à tour de bras…

Quand on voit un gouvernement soi-disant de « gauche » inscrire dans la loi l’une des pires attaques contre les droits des travailleurs-euses : le fameux « Accord national interprofessionnel » imposé par le MEDEF et une CFDT complice…

Face à cela, l’alternative est simple. Soit on s’écrase et on subit l’exploitation patronale, en laissant la rue aux parades réactionnaires et aux milices fascistes. Soit on se bouge pour répondre à l’austérité par la solidarité, pour lutter contre la loi du plus riche et résister à l’offensive capitaliste avec, en ligne de mire, la reprise en main de l’économie et la transformation de la société.

Parce que nous sommes persuadé-es qu’on ne peut pas attendre un changement venu « d’en haut », parce que nous croyons que c’est par nos résistances et par nos luttes que nous pourrons renverser le rapport de force actuel, parce que nous pensons que c’est par en bas que se construira une société réellement démocratique et égalitaire, nous vous invitons à venir discuter et débattre avec nous le mardi 14 mai, à 20h, au local d’Alternative libertaire.

Meeting le 14 mai, 20h, au 92, rue d’Aubervilliers, Paris 19e (métro Stalingrad, Riquet ou Marx-Dormoy)

 

Et ensuite…

Ne ratez pas la 2e Foire à l’autogestion à Montreuil, les 8-9 juin

Forums, débats, ateliers pratiques, stands, guinguette, cinéma, théâtre, espace enfants…

Une centaine de structures participantes.

www.foire-autogestion.org

*  *  *  *  *  *  *  *  *

Programme de la Foire à l’Autogestion 2013:

 

Samedi 8 juin

Lieu : la Parole errante à Montreuil (9 rue François-Debergue, métro Croix-de-Chavaux).

Stands, buvette, restauration, animation musicale avec Johnny Montreuil, cycle cinéma, vidéos, ateliers, débats… Une centaine de structures participantes.

10 h : Ouverture de la Foire à l’autogestion

10 h-19 h : Espaces permanents

● Village du logiciel libre, avec les associations Parinux, la coopérative Cliss XXI (Liévin)…
● Espace enfants avec, cette année : la construction collective d’une cabane proliférante
● Répar’Café sur le thème du petit électroménager : apprenez à réparer vous-mêmes, plutôt que de dépendre du SAV de Darty !
● Atelier Récup’ : apprenez à recycler utilement (et artistiquement) les objets de la vie quotidienne (quelques exemples ici). 
● Atelier d’écriture collective d’un scénario de jeu. Ou comment mettre en place une activité de loisir imaginatif autogérée à travers l’exemple de l’écriture de scénarios. Organisé par la Mare aux diables sur son stand, 20 participant-e-s max. S’inscrire ici.
● Atelier d’autoréparation de vélo, avec l’association Cyclofficine (Ivry-sur-Seine), accueil auto-réparation air-huile, avec mise à disposition de l’outillage de base pour apprendre à réparer soi-même sa bicyclette. Toute la philosophie Do it yourself tient sur deux roues !
● Atelier vidéo : venez avec votre caméra (même un simple appareil photo numérique) et apprenez les bases du cadre vidéo avec Holistic Productions ; 5 à 8 participant-e-s max. S’inscrire ici.

11 h-13 h : forum « Éducation et pédagogie alternative »

Comment sortir de l’école de la reproduction sociale ? L’éducation : au service de qui ? de quoi ? Pour quels savoirs et quels programmes ?

Débat avec :

● Charlotte Nordmann, auteure de La Fabrique de l’impuissance (éd. Amsterdam, 2008) ;
● Un intervenant du Lycée autogéré de Paris

11 h-13 h : Atelier : Créer son propre fanzine

Par Bernard (Autre Futur) ; max. 10 participant-e-s. S’inscrire ici.

12 h-14 h : Débat : Retour critique sur l’autogestion yougoslave (1950-1990)

L’expérience ambiguë de « l’autogestion socialiste » en Yougoslavie a, dans les années 1960 et 1970, fait couler beaucoup d’encre dans les courants anticapitalistes cherchant une alternative au modèle soviétique. De par les rapports conflictuels qu’elle a révélé avec l’État et avec l’économie de marché, l’expérience de l’autogestion yougoslave n’a pas fini de nous apporter d’utiles enseignements.

● Catherine Samary (auteure de Le marché contre l’autogestion, l’expérience yougoslave, La Brèche, 1988) ;
● Vladimir Fisera (auteur de Prague, la révolution des conseils ouvriers, Seghers, 1978).

11 h-14 h : ciné-débat : Douce France, la saga du mouvement beur, de Mogniss Abdallah et Ken Fero, 77 min, IM’Média, 1993.

Synopsis : Des affrontements des Minguettes à la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983, de Rock against Police à la lutte contre la double peine, de la lutte des ouvriers arabes dans l’usine Talbot-Poissy au mouvement étudiant de 1986 et aux lois Pasqua… Ce documentaire retrace les temps forts du "mouvement beur" des années 1980. Trente ans après la marche de 1983, ce film est l’occasion d’en faire un état des lieux, de revisiter les mémoires d’un certain nombre d’acteurs et d’exposer la diversité des options prises dans la lutte contre le racisme. Voir des extraits.

Projection suivie d’un débat avec :

● Mogniss Abdallah, coréalisateur du film ;
● Éric Louis, participant à Convergence 84, la « deuxième Marche », en 1984.

14 h-17 h : Atelier : Initiation à l’autodéfense féministe

Un stage axé sur la prévention des situations d’agression et la mise en pratique de défenses physiques simples. Possibilité d’adapter le contenu du stage à la demande des participantes.

Organisé par Irène (AL Orléans) ; max. 20 participantes (non mixte). Pas de tenue de sport nécessaire. S’inscrire ici.

14 h-16 h : Forum : « Auto-organisation et lutte des travailleurs migrants »

Avec, entre autres :

● Bernard Gilles (bureau confédéral CNT-SO) ;
un-e militant-e du syndicat du Nettoyage CNT-SO, qui évoquera la défense des droits des migrants et ses difficultés propres (barrière du langage, racisme…) ;
● Michael Hoare (Comité pour l’avenir des foyers), qui nous parlera de l’enjeu de la rénovation des foyers de travailleurs migrants, et de la lutte des résidents pour le maintien d’espaces de solidarité collective ;
● un délégué du Foyer de travailleurs migrants du Centenaire, qui évoquera l’expérience de ce foyer montreuillois autogéré de facto.

14 h-16 h : Débat : la noblesse des biffins, c’est le recyclage

Traqués par la mairie de Paris, les biffins (chiffonniers) s’auto-organisent contre la misère. Débat avec :

l’Association des marchés économiques locaux individuels et organisés du recyclage (Amelior), qui fédère 200 biffins en région parisienne.

15 h-17 h : Présentation du livre Syndicalistes et libertaires. Une histoire de l’UTCL (1974-1991)

Raconter l’action de l’Union des travailleurs communistes libertaires (UTCL) dans le syndicalisme des années 1970-1980, c’est raconter la période de « l’insubordination ouvrière » de l’après Mai 68, la lutte contre le recentrage de la CFDT, l’émergence des gauches syndicales, l’irruption des coordinations de grévistes, la formation des SUD… A travers les pratiques du petit groupe d’ouvriers turbulents qui formait l’UTCL, on s’interrogera sur la portée révolutionnaire du syndicalisme d’action directe. Débat avec :

Théo Rival (AL Orléans), auteur du livre ;
● plusieurs anciennes et anciens de l’UTCL.

16 h-18 h : Débat : le logement alternatif, c’est possible. L’exemple du Mietshaüser Syndikat

En Allemagne, il existe une tradition de lieux alternatifs et ouverts dans lesquels s’épanouit une culture alternative. Ces Hausprojekte, terme que l’on pourrait traduire en français par « maisons autogérées », sont à la fois des lieux de vie et d’activités collectives et politiques. Pour renforcer leur indépendance, une structure associative basée à Fribourg, le Mietshaüser Syndikat a imaginé un montage juridique et financier original qui fait sortir de manière définitive les bâtiments du marché immobilier spéculatif. En France, cette initiative a inspiré la création du CLIP, qui se bat pour la propriété d’usage, contre la propriété marchande. Débat avec :

un-e représentant-e du Mietshaüser Syndikat ; 
● un-e représentant-e du CLIP.

17 h-19 h : ciné-débat : Le Champ commun, ensemble on va plus loin, de Marie-Josée Desbois, 26 min, 2012.

Synopsis : La toute jeune coopérative Le Champ commun a ouvert en 2010 une épicerie et un bar-café-concert à Augan (Morbihan). Fort de 96 associés, un groupe de 8 salariés travaille pour créer une alimentation générale de qualité et un lieu de rencontre et de culture en milieu rural. Leur devise : « Tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin ».

Projection suivie d’un débat sur l’auto-organisation de circuits de production, de transformation et de distribution alternatifs, avec :

● Consom’Solidaires,
● la coopérative Le Champ commun,
● la coopérative Minga,
● l’association Andines,
● la coopérative TerraUna.

17 h-19 h : forum « Lutte contre les licenciements et reprise des entreprises »

Avec, entre autres :

● Gérard Cazorla (CGT-Fralib), qui évoquera la lutte des salarié-e-s de l’usine de Gémenos pour la reprise de la production ;
● Laurent Lacoste (Solidaires-Industrie), qui évoquera la campagne pour le droit de veto des CE sur les licenciements collectifs ;
● Une militante d’une entreprise en lutte pour la reprise par ses salarié-e-s ;
● Yannis Androulidakis (revue grecque Rocinante), qui parlera de la « proto-autogestion » dans les entreprises récupérées en Grèce.

18 h-20 h : débat : Le sport (collectif) pour populariser les pratiques autogestionnaires

Avec :

● Nicolas Kssis, militant à la Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT) et rédacteur à So Foot ;
● Wally Rosell, auteur d’Éloge de la passe, changer le sport pour changer le monde, Éditions libertaires, 2012.

Au terme du débat, rendez-vous sera donné pour une mise en pratique le lendemain matin, avec un match de foot à 7.

21h-22h : Théâtre : Side in/Side out, avec Tom Nanty (compagnie Un jour aux rives)

A la sortie de sa performance de dragking, Tom retrouve le calme de sa loge. Une voix le renvoie aux galères quotidiennes de sa situation de banlieusard. Tom nous fait alors partager ses réflexions sur les inégalités sociales, les travers de l’urbanisme et l’élitisme culturel, pendant qu’il se change après son spectacle et poursuit la transition d’homme en femme. Un dossier sur le spectacle ici. Suivre l’événement sur les réseaux sociaux ici.

Dimanche 9 juin

Lieu : la Parole errante à Montreuil (9 rue François-Debergue, métro Croix-de-Chavaux).

Stands, buvette, animation musicale, vidéos, ateliers, débats… Une centaine de structures participantes.

9 h : match de football à 7

Rendez-vous à 9 heures, « à la fraîche », sur le terrain de foot de proximité Espoir, dans la cité de l’Espoir, à 5 minutes à pieds du site de la Foire à l’autogestion.

Le football à 7 est une version non compétitive du football, davantage fondée sur le jeu, avec équipes mixtes (hommes-femmes, jeunes-vieux…), qui se joue en 2 x 25 minutes, éventuellement même auto-arbitré.

● L’encadrement sera assuré par Nicolas Kssis (FSGT) Wally Rosell (FA).

10 h : ouverture de la Foire à la Parole errante

10 h-19 h : Espaces permanents

● Village du logiciel libre, avec les associations Parinux, la coopérative Cliss XXI (Liévin)…
● Espace enfants avec, cette année : la construction collective d’une cabane proliférante
● Répar’Café sur le thème du petit électroménager : apprenez à réparer vous-mêmes, plutôt que de dépendre du SAV de Darty !
● Atelier Récup’ : apprenez à recycler utilement (et artistiquement) les objets de la vie quotidienne (quelques exemples ici). 
● Atelier d’écriture collective d’un scénario de jeu. Ou comment mettre en place une activité de loisir imaginatif autogérée à travers l’exemple de l’écriture de scénarios. Organisé par la Mare aux diables sur son stand, 20 participant-e-s max. S’inscrire ici.
● Atelier d’autoréparation de vélo, avec l’association Cyclofficine (Ivry-sur-Seine), accueil auto-réparation air-huile, avec mise à disposition de l’outillage de base pour apprendre à réparer soi-même sa bicyclette. Toute la philosophie Do it yourself tient sur deux roues !
● Atelier vidéo : venez avec votre caméra (même un simple appareil photo numérique) et apprenez les bases du cadre vidéo avec Holistic Productions ; 5 à 8 participant-e-s max. S’inscrire ici.

11 h-12 h : L’expérience du Centre autogéré Espace noir, de Saint-Imier (Suisse)

La pratique du centre socio-culturel Espace noir de Saint-Imier, dans le Jura Suisse historique. Nous verrons comment les principes de socialisation du pouvoir, de l’information, de la communication et d’autres principes liés au savoir, à la culture d’entreprise, à la constitution de réseaux, sont appliqués au quotidien par un centre autogéré.

● Par Yves Deconinck (formateur), qui prépare un livre sur cette initiative.

11 h-13 h : forum « Luttes rurales et défense des terres agricoles péri-urbaines »

La« zone à défendre » de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) est devenue emblématique du slogan « Résister, c’est créer ». Mais ce n’est pas le seul endroit où l’on s’oppose à la destruction des terres agricoles pour de grands projets inutiles. On peut également citer la résistance au projet Europa City, porté par Auchan à Gonesse (Val-d’Oise) ou à la ferme des Bouillons à Mont-Saint-Aignan (Seine-Maritime). Un forum organisé par les Amis de la Confédération paysanne, avec :

Blaise Martin, Collectif pour le Triangle de Gonesse (www.cptg.fr) ; 
Rémy Querbouet, Alternatifs, Collectif d’opposants NDDL ;
un-e représentant-e de la ferme des Bouillons à Mont-Saint-Aignan.

11 h-14 h : ciné-débat : Lorraine-Cœur d’acier : une radio dans la ville de Jean Serres et Alban Poirier , 72 min, 1982

Créée par la CGT en vue de la grande manifestation des sidérurgistes le 23 mars 1979, Paris Radio LCA ne s’est pas cantonné à l’action syndicaliste. Passées les premières semaines d’antenne, les journalistes Marcel Trillat et Jacques Dupont ont choisi de faire tourner leurs micros. Politiques de tout bord, habitants du bassin, femmes d’ouvriers, travailleurs immigrés et même enfants de la cité de fer ont participé à l’aventure LCA. L’antenne était régulièrement brouillée par les forces de l’ordre mais, pendant plus d’un an de lutte, elles ne sont pas venues à bout des habitants du bassin de Longwy qui faisaient bloc pour défendre la radio… Voir un extrait.

Projection suivie d’un débat avec :

Michel Olmi, sidérurgiste, secrétaire de l’UL-CGT de Longwy de 1974 à 1980 ;
● Daniel Cano, de l’association Minga, de Longwy.

12 h-14 h : Rencontre : Monter une entreprise autogérée

Créer une coopérative de production, c’est bien ; lui appliquer une éthique égalitaire et autogestionnaire, c’est mieux. Partage d’expériences, conseils, échanges, avec les coopératives du réseau REPAS :

● la scierie coopérative Ambiance Bois (Creuse),
● la filature coopérative Ardelaine (Ardèche),
● l’épicerie coopérative Le Champ commun (Morbihan),
● la coopérative de communication La Navette (Creuse),
● la boulangerie coopérative La Conquête du pain (Montreuil),
● et d’autres encore…

14 h-16 h : forum « Féminisme et auto-organisation: enjeux et pratiques d’émancipation  »

Le Planning 93 et la bibliothèque grenobloise Antigone présenteront la façon dont ils articulent en pratique féminisme et autogestion, et les implications politiques, dans les contextes où ils agissent. Cela permettra de lancer le débat, qui occupera l’essentiel de la durée du forum. Avec :

● Corinne Mélis (Planning familial 93) ;
● Cécilia (bibliothèque Antigone, Grenoble) ;
● François (bibliothèque Antigone, Grenoble).

14 h-17 h : Atelier : prendre la parole sans prendre le pouvoir

On explorera les comportements et cadres de pensée qui peuvent entraver la libération de la parole, créer des frustrations, de l’aliénation et favoriser les jeux de pouvoir dans un groupe ; et on verra ceux qui favorisent la coopération, l’entraide, la décrispation sur les enjeux de pouvoir/territoire.

Par Adeline (AL), Pascal (LAP) et Jean-Pierre (FRAP) ; max. 15 participant-e-s. S’inscrire ici.

14 h-17 h : Débat sur les monnaies locales et théâtre de l’Opprimé

Avec Michel Lepesant (MOC Drôme) ;
● Création d’une saynète selon la méthode du théâtre de l’Opprimé.

15 h-17 h : Rencontre : L’autogestion… ça ne marche pas toujours !

Débat organisé par le Syndicat unique du bâtiment et des travaux publics (SUBTP-CNT) de la Région parisienne.

Au printemps 2010, le SUBTP-CNT se lance dans l’aventure coopérative avec ses deux camarades travailleurs-coopérateurs en fondant La Belle équipe, une coopérative ouvrière de production dans tous les corps d’état du bâtiment. Il s’agit d’un outil nouveau pour les camarades qui retroussent leurs manches et souhaitent vivre dignement de leur métier, comme pour le syndicat qui peut mettre en pratique ses discours et ses valeurs. La coopérative est fondée sur des statuts clairs, qui placent le syndicat comme légataire en cas de défaillance d’un membre, et lui interdisent de compter des actionnaires non producteurs en majorité, ce qui limite à un seul en l’espèce. Cette coopérative s’insère dans la vie syndicale avec ses actions de formation aux métiers et à la sécurité sur le chantier, avec le placement de militants licenciés pour fait syndical … et reçoit en retour l’appui juridique, pédagogique, logistique et relationnel du SUBTP-CNT. Cette coopérative est depuis fin 2012 en sommeil.

Le SUBTP-CNT propose, en présence de camarades travailleurs-coopérateurs, une intervention et un retour critique sur les points suivants :
a) Histoire et chronologie du projet de la Belle Équipe ;
b) Activités de la Belle Équipe et relations entre les travailleurs-coopérateurs et le syndicat; rôle du syndicat ;
c) Avancement et évolution de la scop (formation, travail sur les chantiers…) ;
d) Analyses et retours critiques sur la mise en sommeil de la scop ;
e) Perspectives pour la création, le développement et la pérennité de nouvelles coopératives dans le bâtiment.

15 h-18 h : Atelier: Brasser sa bière soi-même

« Pensez global, buvez local ! », « Brasser sa bière, un acte révolutionnaire ! » Démonstration pratique, de façon intermittente, sur trois heures, avec :

● la microbrasserie montreuilloise Zymotic, qui désaltèrera la Foire cette année !

17 h-19 h : forum « Autogestion et projet de société »

Comment concevoir une économie postcapitaliste, placée entre les mains des producteurs et des consommateurs ? Selon quels critères décider de qu’il faut produire et comment le répartir ? Autant de questions qui bouleversent les codes actuels de l’économie et notre système de pensée. On cassera donc les codes pour repenser quelques idées fondamentales avec :

● Anselm Jappe, universitaire, un des théoriciens de la « nouvelle critique de la valeur » ;
● Clément Homs, de la revue Sortir de l’économie.

 

Résistance politique et désobéissance civile: Howard Zinn et l’impossible neutralité de l’historien…

Posté dans actualité, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, science et nouvel ordre mondial, terrorisme d'état avec des tags , , , , , , , , , le mai 8, 2013 par Résistance 71

“L’impossible neutralité, autobiographie d’un historien militant” d’Howard Zinn ou la désobéissance civile comme espoir de changement

 

Toute la Culture

 

url de l’article :

http://toutelaculture.com/livres/limpossible-neutralite-autobiographie-dun-historien-militant-dhoward-zinn-la-desobeissance-civile-comme-espoir-de-changement/

 

 

Découverte au Salon du livre 2013, la maison d’édition Agone, créée à Marseille en 1998, se caractérise par une ligne éditoriale à contre-courant, sans concessions, et engagée politiquement. Dans le catalogue d’Agone, nous avons pu découvrir un ouvrage symbole de cet engagement: « L’impossible neutralité, Autobiographie d’un historien militant » d’Howard Zinn.

Howard Zinn (1922-2010) est un historien et politologue américain, professeur au département de science politique de l’Université de Boston durant 24 ans. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il s’engage dans l’armée de l’air et est nommé lieutenant bombardier naviguant. Son expérience dans l’armée a été le déclencheur de son positionnement politique pacifiste qui élève au rang de devoir la désobéissance civile. Il a été un acteur de premier plan du mouvement des droits civiques et du courant pacifiste aux États-Unis. Auteur d’une vingtaine de livres dont les thèmes (monde ouvrier, désobéissance civile et « guerre juste » notamment) sont à la croisée de ses travaux de chercheur et de son engagement politique, il est particulièrement connu pour son best-seller « Une histoire populaire des États-Unis », vivement critiquée lors de sa sortie, mais qui l’a consacré comme l’un des historiens américains les plus lus, et ce bien au-delà des campus américains .

L’impossible neutralité est plus qu’un essai prônant la désobéissance civile et le combat face à l’injustice. C’est le journal de l’expérience d’une vie, d’un combat de tous les instants mené avec conviction. Au delà d’une simple prise de conscience de la masse d’inégalités et d’injustices d’une vie d’homme, Howard nous permet d’entrevoir une lueur d’espoir. Car l’homme est surprenant. L’histoire nous a déjà montré que l’homme est capable de changements positifs, de faire évoluer une société qui a tendance à marcher sur la tête…

Derrière les symboles d’un Panthéon de héros se cachent des hommes et des femmes oubliés qui savent dire NON, et s’opposent à l’injustice en faisant valoir leurs droits. Leur combat est la désobéissance civile, l’action non violente. Pour Howard, lutter n’est pas synonyme de « révolte armée », mais plutôt d’affrontement courageux et d’obstination patiente.

« Comme je commençais à le comprendre, aucun piquet de grève même tristement peu suivi, aucun rassemblement même clairsemé, aucun échange d’idées en public ou en privé ne devait être considéré comme insignifiant. La force d’une idée audacieuse exprimée publiquement au mépris de l’opinion générale ne peut aisément s’évaluer. Les individus exceptionnels qui s’expriment ainsi pour secouer non seulement la suffisance de leurs ennemis mais également l’excessive complaisance de leurs amis sont de précieux catalyseurs du changement »

Pour Howard le vrai danger n’est pas la désobéissance civile, considérée comme une menace à l’ordre social, mais la soumission de la conscience individuelle à l’autorité gouvernementale. L’histoire nous a déjà montré que la soumission et l’obéissance ont conduit aux atrocités des régimes totalitaires, et à la légitimation de guerres dites justes des États démocratiques et libéraux.

Dans un monde qui marche toujours sur la tête, où l’homme dépossédé de ses moyens de subsistances a perdu tous repères et toutes valeurs, L’impossible neutralité d’Howard Zinn est une véritable bouffée d’oxygène, une véritable lueur d’espoir, une véritable Bible pour celui qui croit au changement, à la lutte, et à un futur possible de l’homme nouveau.

« Je peux comprendre que ma vision de ce monde brutal et injuste puisse sembler absurdement euphorique. Mais pour moi, ce que l’on disqualifie comme tenant de l’idéalisme romantique ou du vœu pieux se justifie quand cela débouche sur des actes susceptibles de réaliser ces vœux, de donner vie à ces idéaux. La volonté d’entreprendre de tels actes ne peut se fonder sur des certitudes mais sur les possibilités entrevues au travers d’une lecture de l’histoire qui diffère de la douloureuse énumération habituelle des cruautés humaines. Car l’histoire est pleine de ces moments où, contre toute attente, les gens se sont battus ensemble pour plus de justice et de liberté, et l’ont finalement emporté – pas assez souvent certes, mais suffisamment tout de même pour prouver qu’on pourrait faire bien plus. Les acteurs essentiels de ces luttes en faveur de la justice sont les êtres humains qui, ne serait-ce qu’un bref moment et même rongés par la peur, osent faire quelque chose. Et ma vie fut pleine de ces individus, ordinaires et extraordinaires, dont la seule existence m’a donné espoir. »

 

Howard Zinn, L’Impossible Neutralité, Autobiographie d’un historien et militant

Traduit de l’anglais par Frédéric Cotton 
Préface de Thierry Discepolo

Réédition du livre L’impossible neutralité. Autobiographie d’un historien et militant
(coll. « Mémoires sociales », Agone, 2006, 400 p.)

Édition originale : You Can’t Be Neutral on a Moving Train: A Personal History of Our Times, Beacon Press, 1994.

Histoire et propagande… Pour une réappropriation populaire de l’histoire ~ 4ème partie ~

Posté dans actualité, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, média et propagande, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique avec des tags , , , , , , , le mai 5, 2013 par Résistance 71

Quatrième article sur la recherche historique hors des sentier battus comme nous l’avions annoncé dans notre récent article "L’histoire science sociale, science primordiale", il faut nous réapproprier l’Histoire, l’historiographie des évènements et empêche la caste dominante de nous dicter son histoire, sa vision des plus utile de l’histoire…

Aujourd’hui avec l’historien américain Howard Zinn, qui nous montre en quoi l’histoire peut-être bien différente selon l’angle d’approche des évènements et comment l’histoire populaire, le narratif et les actions des sans noms ont en fait bouleversé la politique et la société au fil du temps.

Ne laissons jamais quiconque nous dire que nous ne sommes rien, que nous sommes ignorants et incapables de prendre de justes décisions pour nous-mêmes et notre société. Nous sommes en fait les seuls qui savent ce qui est bon pour nous. Réviser l’Histoire est une mesure de salubrité publique afin de nous remettre, nous les peuples au centre du pouvoir décisionnaire.

– Résistance 71 –

*  *  *

“Les gens devraient aller là où on leur interdit d’aller, devraient dire ce qu’il n’est pas bien de dire et rester lorsqu’on leur demande de partir.” (Howard Zinn)

 

La nouvelle histoire

 

Howard Zinn (1974)

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Il y a un changement très sain dans la manière d’écrire l’histoire ces jours-ci. Nous entendons bien plus parler des couches profondes de la société, ces mêmes couches qui ont été si longtemps submergées et réduites au silence sous des volumes de mémoires produits par l’élite politique et les histoires écrites par les intellectuels.

Des pages d’un nouveau livre intitulé “Tous les dangers de Dieu”, un noir américain non éduqué, Nate Shaw, nous parle de sa vie, avec grande sagesse, et avec les rythmes des terres du sud dans son langage. Et nous écoutons maintenant ceux que nous pensions morts. Dans le livre de Dee Brown “Enterrez mon cœur à Wounded Knee”, le chef Joseph défie les envahisseurs: “Peut-être pensez-vous que le créateur vous a envoyé ici pour disposer de nous comme bon vous semble.” Et Nuage Rouge nous parle des massacres dont son peuple a été victime.

Le graffiti est sorti du mur. C’est une évasion de prison. Tommy Trantino, un artiste et poète en prison pour la vie, commence son “Lock the Lock” avec une narration inoubliable de sa rencontre avec la loi en école primaire dans son “La culture de l’agneau”.

Des femmes parlant depuis le passé, disent leur histoire cachée dans la collection des mémoires d’Eve Merriam: “Growing up Female in America” et la nouvelle maison d’édition Feminist Press publie de vieux trésors comme “La vie dans les hauts-fourneaux”.

Des ouvriers parlent franchement à Studs Terkel, qui enregistre leurs voix dans “Temps difficiles” et “Travailler”.

Pourquoi recevons-nous maintenant plus d’histoires du fin fond de la société ? Peut-être à cause du tumulte du mouvement social en Amérique ces quinze dernières années. Peut-être parce que nous avons moins confiance ces jours, en la parole de ceux qui sont célèbres et reconnus.

Maintenant nous sommes offusqués de la définition de l’Histoire faite par Kissinger dans son livre “La restauration d’un monde” dans lequel il écrit ceci: “L’Histoire est la mémoire des états”.

Lire l’histoire de la guerre du Vietnam du point de vue de Henry Kissinger, c’est accepter que les troupes américaines furent retirées du Vietnam et qu’un armistice fut signé comme le fruit d’une bonne diplomatie bien sentie (la sienne, bien sûr) à Paris.

Une telle histoire ignorerait non seulement la résistance impressionnante du paysan vietnamien contre la plus puissante machine de guerre au monde, mais il éliminerait également des mémoires l’énorme mouvement anti-guerre qui se développa aux Etats-Unis entre 1965 et 1970. Dès 1968, la moitié des conscrits de la Californie du nord appelés dans l’armée, ne se présentaient plus à l’appel. Un jour de 1969, le 15 Octobre, le jour du moratoire, deux millions d’Américains se rassemblèrent dans des milliers d’endroits à travers la nation pour protester contre la guerre. Le mouvement se propagea dans les forces armées et vit des soldats en patrouille au Vietnam portant un brassard noir en signe de protestation.

Mr Nixon a dit que les manifestants n’eurent aucun effet sur lui. Mais les documents du Pentagone, documents qui n’étaient pas destinés à devenir public, racontent la véritable histoire: Qu’au début de 1968, le gouvernement de Lyndon Johnson fut dissuadé d’emprunter une voie politique d’escalade militaire au Vietnam, non seulement par l’esprit combatif vietnamien, mais aussi par la peur viscérale d’une augmentation de la résistance à la guerre aux Etats-Unis mêmes. Les archives du Watergate montrent un Nixon tellement inaffecté par l’opposition, qu’il entrait dans une transe quasie hystérique à la simple vue d’un groupe de manifestants près de la Maison Blanche.

Il est important que nous ayons plus d’histoire du bas de la société. Nous avons cru bien trop longtemps dans le fait que nous sommes inutiles et sans défense et la nouvelle histoire nous dit comment parfois, des mouvements de gens qui ne semblent pas avoir tant de pouvoir, peuvent sérieusement secouer les riches et puissants. Même les éjecter de leur siège de pouvoir. Même les mettre dans les prisons qu’ils préparaient pour d’autres.

 

Article publié dans le Boston Globe du 20 Décembre 1974 sous le titre “History Writing Changes” et repris dans son livre “On History” (2001)

 

Résistance politique: Le colonialisme sioniste… Gilad Atzmon analyse Ilan Pappe…

Posté dans actualité, pédagogie libération, philosophie, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, résistance politique, terrorisme d'état avec des tags , , , , , , , , , le mai 2, 2013 par Résistance 71

Excellente analyse de G. Atzmon. Stupéfiant de constater également que les ressorts du colonialisme sont identiques partout. Remplaçons les mots "Palestine" et "Palestiniens" par "indigènes", "natifs", "indiens, "amérindiens" ou tout autre peuple colonisé, et nous nous apercevons avec effroi que les fondements racistes et suprémacistes sont identiques. Les sionistes pratiquent en Palestine les vieilles recettes coloniales de contrôle et de construction hégémonique que les autres nations coloniales ont appliquées à partir de 1492 avec l’effet génocidaire que nous connaissons…

Plus au sujet de la colonisation bientôt sur ce blog…

– Résistance 71 –

 

Suprématie judéocentrique et l’inconfort d’Ilan Pappe

 

Gilad Atzmon

 

1er Mai 2013

 

url de l’article original:

http://www.informationclearinghouse.info/article34783.htm

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Ilan Pappe est une voix importante. Un de ces historiens courageux, suffisamment brave pour ouvrir la boîte à pandore de 1948. Dans les années 1990, Pappe, parmi quelques autres Israéliens post-sionistes, ont rappelé aux Istraéliens leur pêché originel, le nettoyage ethnique orchestré et racialement motivé du peuple indigène de la Palestine: la Nakba.

Mais comme beaucoup d’historiens, Pappe, bien que familier avec les faits historiques, semble être incapable de bien saisir ou est réticent à s’intéresser à la signification idéologique et culturelle de ces faits.
Dans son article récent: , When Israeli Denial of Palestinian Existence Becomes Genocidal, Pappe tente d’expliquer le perpétuel déni israélien de la cause palestinienne. Comme Schlomo Sand, Pappe remarque que la conception du président israélien Shimon Peres de l’histoire est un “narratif fabriqué”.

Jusque là, tout va bien, mais Pappe loupe le coche. Pour une raison indéterminée, il croit que le refus de Peres de concevoir la souffrance palestinienne est le résultat d’une “dissonance cognitive”, à savoir: un inconfort dont on fait l’expérience lorsque deux ou plusieurs idées, valeurs ou croyances en conflit l’une avec l’autre sont envisagées en même temps.

Mais quelles sont ces idées ou valeurs conflictuelles retenues par les Israéliens et leur président, qui leur causent tant “d’inconfort” ? Pappe ne nous le dit pas. Il n’explique pas non plus comment Peres a supporté un tel ‘inconfort” pendant plus de six décennies. Bon, je suis d’accord pour dire que Peres, Netanyahou et beaucoup d’Israéliens montrent souvent de clairs signes psychotiques, mais une chose que je ne peux pas détecter dans les faits et gestes de Peres est un quelconque “inconfort”.

Je pense clairement que Pappe a tort sur ce point ; Expulsion, nettoyage ethnique ainsi que les perpétuels abus des droits de l’Homme en Palestine, sont en fait consistants avec la culture suprémaciste, nationaliste juive ainsi qu’avec une plus stricte interprétation de l’héritage biblique juif.

Pappe écrit: “Les perpétrateurs du nettoyage ethnique de 1948 furent les colons sionistes qui vinrent en Palestine, comme le natif de Pologne Shimon Peres, avant la seconde guerre mondiale. Ils refusèrent l’existence même des natifs qu’ils rencontrèrent et qui vivaient là depuis des centaines d’années sinon plus.” Là, Pappe a raison, mais il continue: “Les sionistes n’ont pas eu à l’époque, la force de résoudre la dissonance cognitive qu’ils expérimentaient: leur conviction que la terre était inhabitée, malgré la présence de tant de personnes natives de l’endroit.” Mais Pappe échoue à montrer quelque signe que ce soit d’une telle dissonance. Se pourrait-il que le directeur des études palestiniennes de l’université d’Exeter soit juste ignorant ?

Certainement pas, Pappe est loin d’être ignorant. Pappe connait parfaitement l’histoire du sionisme et d’Israël, bien mieux que la plupart des gens. Il sait que les “colons sionistes”, comme “le polonais Shimon Peres”, étaient motivés idéologiquement et culturellement. Mais alors, pourquoi un professeur d’histoire tente t’il de ne pas voir “l’idéologie” et la “culture” de ces sionistes du début ?

Les sionistes du début n’étaient ni aveugles ni stupides. Ils voyaient les Arabes sur la terre de Palestine, dans les champs, les villages et dans les villes, mais étant motivés par une philosophie raciste, suprémaciste et expansioniste, ils considéraient très probablement les Arabes comme des sous-hommes et ainsi réfutaient leurs droits, leur culture, leur héritage et de fait leur humanité, bien plus facilement. [1]

Mais, bien qu’une analyse culturelle et idéologique résoud la soi-disant “dissonance” et illumine la complexité historique, Ilan Pappe évite d’élaborer sur ces sujets. J’ai de bonnes raisons de croire que la vérité est bien trop crue et puissante à digérer pour l’audience de Pappe. Donc, au lieu de cela, Pappe continue avec son modèle psychologique : “Les sionistes ont presque résolus la dissonance quand ils ont expulsé autant de Palestiniens qu’ils le pouvaient en 1948 et furent laissés avec une petite minorité de Palestiniens au sein de l’État Juif.”

Toujours est-il que cela pourrait aider si Pappe nous donnait la preuve “historique” nécessaire qui prouverait que la Nakba fut en fait une tentative de “résoudre une dissonance cognitive collective sioniste”. J’anticipe que Pappe sait très bien que c’est en fait le manque d’une telle “dissonance cognitive” qui a conduit quelques israéliens comme Uri Avnery, Gideon Levy et Pappe lui-même, vers l’universalisme, l’humanisme et l’activisme pro-palestinien.

Je suppose que le nouveau modèle analytique cognitif de Pappe nous dit très peu sur le sionisme, Israël ou Shimon Peres, mais il nous en dit en fait beaucoup sur Pappe et sur l’état du discours intellectuel de la solidarité palestinienne. L’inconfort dont il parle est en fait le sien: le clash entre des faits connus et acceptés et les conclusions logiques qui s’imposent et la tâche qu’il a acceptée de résoudre la quadrature du cercle, d’envelopper un pojet suprémaciste raciste dans un emballage de babillage psychologique et en le présentant comme rien de moins qu’une pandémie de “dissonance cognitive”.

Pour quelque raison que ce soit, bon nombre d’entre nous insistent sur la production de chroniques “inoffensives” du barbarisme israélien et du nationalisme juif qui tente de masquer et de dévier du cœur du problème culturel et idéologique évident , plutôt que de le montrer du doigt.

Pourtant, la question qui me titille est de savoir comment il est possible qu’un éminent universitaire exhibe une telle compréhension problématique d’un conflit après l’avoir étudié pendant plus de trente ans.

La réponse est en fait gênante. Pappe est un érudit sérieux et une personne très agréable. Mais dans le climat actuel, Pappe, comme bien d’autres, ne peut pas explorer librement la vérité sur le sionisme et l’État Juif. La choquante vérité est que Pappe était bien plus intellectuellement provocateur et intéressant lorsqu’il enseignait à l’université de Haïfa que maintenant alors qu’il dirige l’Institut des Études Palestiniennes de l’université d’Exeter. Il est juste de supposer que de dire la vérité au sujet de la culture qui dirige l’État Juif coûterait à Pappe sa carrière académique en Grande-Bretagne et de manière évidente le soutien qu’il a de la soi-disant “gauche” juive, sans parler des collaborateurs palestiniens financés par George Soros.

Ainsi, au lieu de rechercher la vérité, Pappe et les autres finissent par chercher des modèles “innofensifs”, quoi que ce soit pour maintenir l’image de “solidarité”.

Je n’ai aucun doute que Pappe sait maintenant que les Israéliens sont loin d’être tourmentés par la cause palestinienne. Ils ne regrettent pas la Nakba non plus, ils ne versent pas de larmes sur leur assaut passé raciste sur les gens de la terre de Palestine. Comme les sondages israéliens l’ont révélé encore et toujours, la plupart des Israéliens soutiendraient aujourd’hui une seconde Nakba tout comme ils ont soutenu les tapis de bombes criminels largués sur les populations civiles au temps de l’opération plomb durci. Pappe sait tres bien que la politique raciste israélienne et les attitudes collectives sont culturelles et idéologiques, plutôt que motivées politiquement. Israël est l’État Juif et sa politique est dictée par une nouvelle interprétation hébraïque de la culture juive et de l’héritage judaïque.

Pappe est un humaniste et je veux croire que dans l’intimité, il ressent lui-même un certain inconfort. Au fond de lui-même, Pappe doit connaître la vérité. Il sait ce qui motive le sionisme et le militarisme israélien. Il le sait parfaitement, mais pour des raison évidentes, il doit se taire et envelopper le conflit avec une terminologie défaillante et des modèles cognitifs “innofensifs”.

Au lieu de s’engager dans un discours ouvert et de creuser la vérité du conflit, nous voyons nos plus éminents universitaires s’engager activement dans la dissimulation de la vérité. Ceci est en fait une tragédie, car le discours de la solidarité palestineinne est maintenant un véritable désert intellectuel. Nous avons tué et enterré nos penseurs les plus inspirationnels [2] et nos poètes. Nous les avons remplacé par des slogans rigides et une banale culture Herem [3]

De manière néanmoins intéressante, au moment où Pappe a fini d’écrire son article, il n’était plus lui-même convaincu de son propre modèle. Il écrit: “Il est assourdissant d’apprendre que les sionistes de la première heure refusaient l’existence même des Palestiniens en 1882 lorsqu’ils arrivèrent; il est même encore plus choquant d’apprendre qu’ils continuent de nier leur existence, au delà des communautés sporadiques ghettoïsées, en 2013.

La signification de ceci est très claire: Nous avons ici affaire à un déni total et catégorique d’autrui. Ceci n’est pas un signe de “dissonance cognitive”, mais plutôt un continuum historique de la condition psycho-pathologique qui est inhérente au choix de politique. Ceci est le résultat direct de la suprématie judéo-centrique, le domaine même que Pappe et bien d’autres préfèrent ne pas attaquer.

A la fin de son article, Pappe affirme que Peres est un “fou” qui ignore “que des millions et des millions de gens, bon nombre d’entre eux étant sous la coupe de son armée ou de la règle d’apartheid tandis qu’il interdit activement et sans merci le retour du reste de ces gens sur leur terre native.” Mais si Peres est un “fou”, il n’est sans doute pas rongé par l’inconfort. Si Peres est fou, il n’est pas dans un état de “dissonance”, luttant sans cesse pour intégrer des idées conflictuelles. Bien au contraire, Peres est, dans toute son ignominie, entièrement en paix avec lui-même.

Aussi loin que je sois concerné, Shimon Peres n’est pas du tout fou. Il est le mal, de manière cohérente et consistante. Il est le président de l’État Juif et il est grand temps qu’Ilan Pappe confronte ce fait et ce que cela veut dire.

=  =  =

Gilad Atzmon est un des tous meilleurs musiciens de jazz international de notre époque, philosophe, penseur humaniste et écrivain, Gilad Atzmon nous a mis au défi intellectuellement  depuis plusieurs années (principalement les juifs) afin d’examiner ce que définit la politique identitaire juive, ses croyances fondamentales suprémacistes et bien des problèmes qui en surgissent: ses stratégies, les déguisements variés du racisme, l’étouffement et la suppression de la liberté de parole. More

Notes

[1] De manière intéressante, ce fut en fait le soniste d’extrême droite notoire Vladimir Jabotinsky qui fut parmi les premiers à envisager la nécessité de résoudre la complexité de la gestion de la population indigène et ce dans le contexte du rêve sioniste. Ce fut l’ultra-nationaliste cruel Jabotinsky, plutôt que la “gauche” sioniste, qui voyait les Arabes comme un peuple fier et hautement culturel, qui préconisa que les indigènes devaient être confrontés militairement. Sur ce sujet, je recommanderai la lecture de Vladimir Jabotinsky’s Iron Wall.

[2] Juste cette année passée, nous avons vu le BDS faire campagne contre le professeur Normal Finkelstein, Greta Berlin, le député George Galloway et bien d’autres.

[3] Mot hébreu pour excommunication et boycott.

Résistance politique: Esquisse d’un modèle de société juste et égalitaire…

Posté dans actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire avec des tags , , , , , , , , , , , , , , , , le mai 1, 2013 par Résistance 71

Organisons la convergence pour un autre futur

 

Pierre Bance

 

Avril 2013

 

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http://www.autrefutur.net/Organisons-la-convergence-pour-un

 

Voici le mois de mai. Celui de la Commune et des espoirs déçus. Celui de la grève générale et du rêve général de 68. La révolution paraît si loin… Dans un premier texte ici publié en septembre 2012, Pierre Bance a lancé un appel « Pour un projet anarchiste de la convergence », « anarchiste » entendu comme essence du communisme (http://www.autrefutur.net/Pour-un-p…). Dans le présent texte, il explique pourquoi la convergence ne peut se résoudre que dans une organisation nouvelle, autre chose qu’un parti politique, autre chose qu’un syndicat bureaucratique. Quand le monde change, il faut changer nos catégories de pensées pour concevoir un support efficace de l’émancipation et de la libération, pour qu’un autre futur ne soit pas qu’un songe dont s’accommodent la domination et l’aliénation de l’État et du capital.

Comme le précédent, ce texte n’engage pas le site un Autre futur mais en alimente la raison d’être : favoriser l’échange entre toutes les composantes anticapitalistes, syndicalistes, libertaires, anti-autoritaires, autogestionnaires du mouvement ouvrier et révolutionnaire.

 

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Texte de Pierre Bance, syndicaliste, journaliste indépendant

Les révolutionnaires sont enfants de Sisyphe. Un Sisyphe heureux, sans fatalisme. Un échec, dix échecs ne les désespèrent pas. Le texte « Pour un projet anarchiste de la convergence » est venu s’échouer ici en septembre 2012. D’autres avant connurent le même sort [1]. D’autres suivront. Á force de frotter les silex de la mémoire des vaincus, la plaine finira par s’embraser. Alors, la flamme émancipatrice ne sera qu’un feu de paille si rien n’est prévu pour l’entretenir car on ne combat pas les légions capitalistes en ordre dispersé mais avec une autre intelligence de l’ordre garantissant autonomie et efficacité. Autrement dit, si l’appel à la convergence est à renouveler sans répit, « il nous manque une force organisatrice dotée d’une pensée politique capable de donner un sens à l’action » [2]. Et qui sera le cratère d’où naîtra la société communiste. C’est l’objet de cette deuxième contribution.

Ceux qui donneront vie à cette ambition ne sont pas des personnes indéterminées qui spontanément, par l’effet d’un événement soudain, décideraient de s’associer. Seuls des militants syndicaux, politiques, associatifs sont en mesure de mettre en branle le processus de rencontres et de débats sur un tel projet. Ils se connaissent, ils ont de l’expérience, ils ont agi ensemble, ils partagent plus d’accords que de désaccords ; il ne leur reste plus qu’à se débarrasser de leurs préjugés idéologiques. S’ils ne bougent pas, c’est que la volonté n’existe pas et chacun continuera de jouer les figurants sur une scène où l’État et le capital poursuivent leur exploitation sans perturbations durables. La gauche anticapitaliste restera prise au piège de la démocratie parlementaire qui lui ôte toute légitimité à prétendre changer la société.

Si une volonté convergente existe, la question de l’organisation surgira puisqu’elle en sera l’aboutissement, le prolongement, le support vivant. Ce texte en propose une esquisse.

Préliminaires

Avant d’envisager la forme et le fonctionnement de l’organisation, il convient d’en fixer les parties prenantes et la problématique de départ.

Les parties

L’union se fera avec tous ceux qui se retrouvent dans les idées d’autonomie des unités de base, de démocratie directe, d’autogestion, de fédéralisme.

Participeront des personnes physiques, des syndicats, des groupes politiques, des associations, des passeurs d’idées, divers collectifs dans une fédération locale d’un type nouveau impliquant la volonté non d’en prendre le pouvoir mais de se fondre dans un ensemble de singularités au fur et à mesure qu’elle se construit, se fortifie.

Plutôt que s’allier sur le plus petit dénominateur commun telles les unions de la gauche, sera recherché tout ce qui est commun, chacun s’efforçant pour apprécier sereinement une idée, une prise de position, une action… de mettre à distance ses opinions, ses présupposés, ses ressentiments. La confiance devra vaincre la culture de la méfiance, mortel héritage des dogmatismes.

La problématique

L’histoire récente montre qu’il est aussi illusoire de s’unir dans un parti sur le modèle social-démocrate ou léniniste que dans un mouvement aux liens si lâches que, récupéré par les partis, les religions, les États, il se réduit à des forums ponctuels. Qu’il est, en fin de compte, ridicule de prétendre révolutionner le monde sans être capables d’en présenter un vecteur efficace portant une alternative crédible.

Alors, comment concevoir une union assez structurée pour ne pas se déliter au moindre grippage ou avec le temps, suffisamment organisée pour peser dans les luttes politiques ou sociales, véritablement consciente de sa vocation à mener vers un autre futur, et qui préserve l’autonomie de chacune de ses composantes ?

Renversons les schémas habituels de raisonnement : c’est parce ses membres préserveront les autonomies locales que l’organisation fédérée sera pérenne, efficace et révolutionnaire. L’autonomie sera la garantie de la solidarité comme dans la société future la liberté sera garante de l’ordre.

Fédéralisme

Autonomie locale et fédéralisme charpentent cette alliance pour l’autogestion que ses ennemis jugent improbable.

L’union locale préfiguration de la commune

Une union locale des diversités sera l’unité de base de l’organisation de la convergence, préfigurant la commune de la société sans État.

Son champ territorial se liera à la densité de la population et aux ressources militantes. Elle couvrira le quartier d’une grande ville, ailleurs un département.

Sa compétence ne se limitera pas à la politique et au social, mais s’étendra aussi à l’économie et à la culture. Aucune expression de la vie ne lui sera interdite.

Déjà, dans bien des endroits, des groupes unitaires sont constitués pour une lutte, une action, un objectif à long terme. Ils vivent ou se maintiennent au travers de liens plus ou moins serrés au gré des circonstances. L’union locale transformera ses relations informelles en relations permanentes et regroupera les activités dispersées.

Chaque union locale aura ses propres statuts et s’organisera comme elle l’entend. Là réside l’essence de l’autonomie. Une autonomie qui n’aura de portée et d’efficience que si elle se fédère avec d’autres autonomies.

Le fédéralisme

Les unions locales se fédèrent entre elles et définissent leurs ententes territoriales jusqu’au plan national et international pour mener des réflexions, engager des luttes, résoudre les problèmes qui concernent cette aire géographique. La liberté d’association doit permettre toutes combinaisons fédératives utiles à l’autogestion, notamment au travers de regroupements fédéraux professionnels, économiques, culturels, etc. qui s’inséreront dans la confédération des autonomies.

Dans chaque fédération, l’autonomie des unions locales sera prépondérante, aucune fédération ne pourra imposer une décision collective à des unions locales participantes ou tierces. Seul leur sera demandé de ne pas entraver la décision collective. Dans un autre futur, les communes résoudront des conflits plus difficiles, imaginons le cas d’une commune qui refuse le passage obligé d’une route sur son territoire.

Du bouillonnement fédératif surgira une vraie vie sociale ou chacun, individuellement et en groupe, s’impliquera dans la décision qui le concerne. L’entrelacement confédéral constituera une force en mesure de contraindre l’État et le capital avant que le premier ne devienne superflu, l’autre sans objet. Cette ambition organisationnelle n’est pas plus démesurée que celle des associations professionnelles, des bourses du travail, des groupements ouvriers divers et des syndicats qui s’unirent en confédération au tournant des 19e et 20e siècles. Une histoire qui nous apprend qu’il ne suffit pas de se fédérer pour se prémunir d’un pouvoir bureaucratique si l’on ne met pas en place des outils qui assurent la démocratie directe.

Démocratie directe

Les unions locales, leurs diverses fédérations, la confédération des autonomies ne vaudront que si elles ne reproduisent pas les pratiques autoritaires et la professionnalisation du mandat présentées, par les apparatchiks, comme des gages d’efficacité alors qu’elles se révèlent être des obstacles aux objectifs de responsabilité, de solidarité, d’émancipation, de libération.

Les outils de la démocratie directe protègent des dérives bureaucratiques, encouragent l’initiative, font vivre et durer les autonomies fédérées. On en donnera un aperçu sachant que d’autres instruments sont possibles, tel le tirage au sort comme mode de désignation, d’autres à imaginer.

► L’assemblée générale de l’union locale est l’expression première de la démocratie directe. Instance délibérative de base de la confédération, elle est souveraine, en ce sens que ses décisions ne peuvent être contestées que par elle-même. Chaque personne physique ou groupement représenté participe aux débats et aux choix selon les modalités qu’elle s’est fixées. Aux divers échelons fédératifs, les décisions sont prises par des assemblées générales d’unions locales représentées par des délégués mandatés. Pour les grandes assemblées générales, les unions locales inventeront des modes de représentation qui préserveront les principes de la démocratie directe. Les moyens modernes de communication faciliteront la tenue d’assemblées générales sans déplacement, la prise de décision par des référendums soumis à tous les adhérents, parfois à tous les habitants concernés comme dans la future fédération des communes libres.

► Le mandat des délégués, quel que soit le niveau de mandatement, sera précis, c’est-à-dire que le délégué mandataire devra respecter les prescriptions de l’assemblée générale mandante soit impérativement, soit dans les limites qu’elle aura définies. Ce mandat est révocable à tout moment dans les formes où il a été donné.

► Toutes les charges de représentation et les tâches administratives, dans toutes les instances de la confédération, seront soumises à rotation. Un délégué ne pourra cumuler des mandats dans la fédération des communes ; il ne pourra non plus cumuler son mandat avec celui d’une organisation extérieure à la confédération. Les missions sociales qui exigent un exercice à temps plein ne devront être attribuées que pour des périodes déterminées non renouvelables. Ainsi seront évités la professionnalisation politique, le leader charismatique, la personnalisation médiatique. Les permanents techniques inévitables à partir d’un certain degré de développement ne devront tenir aucun mandat politique dans la structure fédérale qui les emploie.

Directe, la démocratie permettant à chacun de participer à la décision est, finalement, une chose assez simple et c’est ce qui gêne bureaucrates et politiciens. C’est peut-être aujourd’hui que, partout dans le monde, ses outils sont les plus revendiqués, les plus utilisés pour répondre à l’envie de liberté individuelle et d’autonomie collective. Quand les États et le capital, pour résoudre leur énième crise, étranglent les plus faibles, ce n’est pas rêver qu’en appeler à la responsabilité de chacun, à la nécessité de s’unir au-delà des choix philosophiques, des pures affinités, pour se défendre au quotidien, pour en finir avec la domination et l’aliénation. S’organiser car l’émeute et la révolution spontanée comme l’indignation citoyenne et la « subversion » électorale sont par avance condamnées à l’écrasement par les tenants de l’ordre ou à la récupération par des organisations politiques réinstallant l’oppression étatique.

Les gardiens des dogmes diront que tout cela n’est qu’utopie et en prendront prétexte pour ne pas bouger croyant tenir une vérité qui scelle la division. Les intelligents assèneront leurs abstractions et leur hermétisme pour dénier toute validité scientifique à un projet simpliste. Sur un autre mode, les sceptiques en souligneront l’imprécision et l’imperfection, ils auront raison, ce n’est qu’une esquisse dont il leur appartient d’affiner et d’affirmer le trait. Les initiés diront ne rien apprendre, mais que font-ils ? Les pessimistes afficheront leurs inquiétudes, légitimées par le passé, quant aux blocages pratiques et idéologiques, faut-il pour autant renoncer ? Chacun peut trouver un motif pour ne pas croire en la convergence et à son organisation. Chacun sait qu’avec le maintien du statu quo, c’est l’ensemble du mouvement anticapitaliste, libertaire, anti-autoritaire et autogestionnaire qui se condamne à l’impuissance éternelle.

 

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