Archives de mai 1, 2012

Nouvel Ordre Mondial: D’après Grand Frère, nous sommes tous des terroristes potentiels… Qu’allons-nous faire contre cet étiquetage ?

Posté dans actualité, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, Internet et liberté, média et propagande, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, résistance politique, terrorisme d'état avec des tags , , , , , , , , , , , , , le mai 1, 2012 par Résistance 71

Vous êtes tous suspects maintenant. Qu’allez-vous réellement faire à ce sujet ?

 

 

Par John Pilger

 

Le 26 Avril 2012,

 

 

url de l’article original:


http://www.johnpilger.com/articles/you-are-all-suspects-now-what-are-you-going-to-do-about-it

 

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

 

Vous êtes tous des terroristes potentiels. Cela n’a aucune importance que vous viviez en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, en Australie ou au Moyen-Orient. La nationalité a été effectivement abolie. Allumez votre ordinateur et le département de la sécurité de la patrie (NdT: le tristement célèbre DHS, la Stasi ou Securitate du pays du goulag levant…) et son centre de gestion des opérations nationales contrôlera si vous ne tapez pas sur votre clavier simplement les mots “Al Qaïda”, mais aussi “exercice”, “entraînement”, “vague”, “initiative” et “organisation”: tous des mots proscrits. L’annonce faite par le gouvernement britannique qu’il a l’intention d’espionner chaque courriel et chaque coup de téléphone est du réchauffé. L’aspirateur satellite connu sous le nom de système Echelon a déjà fait cela depuis des années. Ce qui a changé, c’est qu’un état de guerre permanent a été lancé par les Etats-Unis et qu’un gigantesque état policier est en train de consumer l’occident.

Qu’allez-vous faire à ce propos ?

Au Royaume-Uni, sur instruction de la CIA, des cours de justice spéciales vont gérer les cas des “suspectés de terrorisme”. L’Habeas Corpus se meurt. La cour européenne des droits de l’Homme a décidé que cinq hommes, dont trois britanniques, peuvent être extradés vers les Etats-Unis et ce malgré qu’aucun sauf un n’ait été officiellement accusé de crime. Tous sont emprisonnées depuis des années sous le coup du traité d’extradition entre les USA et la GB de 2003, qui fut signé un mois après l’invasion criminelle de l’Irak. La cour européenne a condamné le traité comme étant potentiellement une source de “punitions cruelles et extraordinaires”. Un de ces hommes, Babar Ahmad, a reçu 63 000 Livres britanniques en compensations pour les 73 blessures reconnues qu’il a subies durant sa détention dans les locaux de la police. L’abus sexuel, la signature du fascisme, est placé haut sur la liste. Un autre détenu est un schizophrène qui a souffert d’un effondrement psychologique total et est maintenu à l’hôpital de haute sécurité Broadmoor, un autre est suicidaire. Vers le pays des hommes libres vont-ils aller, de concert avec le jeune Richerd O’Dwyer qui risque 10 ans en pyjama orange les chaînes aux pieds parce qu’il a soi-disant enfreint les lois du copyright sur internet.

Alors que la loi est politisée et américanisée, ces travestis légaux ne sont pas atypiques. En rendant son verdict de culpabilité sur un étudiant de l’université de Londres, Mohamed Gul, pour prosélytisme du “terrorisme” sur internet, les juges de la cour d’appel de Londres ont tranché en ce que “des actions… contre des forces armées d’un état où que ce soit dans le monde, qui ont cherchées à influencer un gouvernement et furent appliquées pour des raisons politiques”, étaient dorénavant des crimes. Appelez à la barre Thomas Paine, Aung San Suu Kyi et Nelson Mandela.

Qu’allez-vous faire à ce propos ?

Le pronostique est maintenant clair: le mal que Norman Mailer appelait “pré-fasciste” est maintenant en phase de métastases. Le ministre de la justice américain, Eric Holder, défend le “droit” pour son gouvernement de faire assassiner des citoyens américains. Israël, le protégé, a le droit de viser avec ses armes nucléaires un pays qui n’en a pas: l’Iran. Dans cette vitrine du monde, le mensonge est panoramique. Le massacre de 17 civils afghans le 11 Mars, incluant au moins 9 enfants et 4 femmes, est attribué à un soldat “fou” américain isolé. L’ “authenticité” de tout ceci est validée par le président Obama lui-même, qui a “vu une vidéo” et qu’il regarde comme étant “une preuve conclusive”. Une enquête parlementaire afghane indépendante quant à elle, produit des témoins occulaires qui donnent des récits et preuves détaillés d’au moins 20 militaires ravagrantgg leur village aidé par un hélicoptère, tuant et violant: un raid de nuit standard et routinier pour les forces spéciales américaines.

Retirez la technologie du meurte par jeu vidéo, la contribution de l’Amérique à la modernité, et le comportement est traditonnel. Immergés dans la fortitude de la bande-dessinée, des forces américaines, entrainées brutalement, souvent médiocrement, fréquemment racistes, obèses et menées par une classe d’officiers corrompus, transfèrent le meurtre domestique en des endroits reculés dont ils ne peuvent pas comprendre les luttes fondées dans la misère. Une nation qui s’est bâtie sur le génocide de la population native ne va jamais changer d’habitude. Le Vietnam était “territoire indien” et les “bridés”, les “jaunes” devaient être “pulvérisés”. La pulvérisation de centaines, pour la plupart des femmes et des enfants, dans le village vietnamien de My Lai en 1968 était aussi un incident “isolé” et de manière profane, “une tragédie américaine” (le titre de la couverture de Newsweek à l’époque). Seulement un des 26 hommes menés devant la justice a été condamé et le président Nixon l’a libéré. My Lai est dans la province de Quang Ngai, où, comme je l’ai appris d’un journaliste, environ 50 000 civils furent tués par les troupes américaines, pour la plupart dans ce qu’ils appelaient “une zone de tir libre”. Ceci a été le modèle de la guerre moderne: le meurtre à l’échelle industrielle.

Tout comme l’Irak et la Libye, l’Afghanistan est un parc d’amusement pour les bénéficiaires de la guerre permanente de l’Amérique, L’OTAN, les entreprises d’armement haute technologie, les médias et l’industrie de la “sécurité”, dont la contamination lucrative est une contagion sur la vie quotidienne. La conquête ou la “pacification” de territoire n’est plus importante. Ce qui importe est de vous pacifier, la culture de votre indifférence.

Qu’allez-vous faire à ce propos ?

La descente dans le totalitarisme a ses points de repère. A tout moment maintenant, la cour suprême de Londres décidera si le rédacteur en chef de Wikileaks, Julian Assange, doit-être extradé vers la Suède. Si son dernier appel échoue, le facilitatgeur de la divulgation de la vérité à une échelle épique, qui n’est accusé d’aucun crime, devra faire face à l’isolement en haute sécurité et à des interrogatoires sur de soi-disants abus sexuels. Grâce à un arrangement secret entre les Etats-unis et la Suède, il pourra être “rendu” au goulag américain à tout moment. Dans son propre pays, l’Australie, la premier ministre Jullia Gillard a conspiré avec ceux de Washington qu’elle appelle “ses vrais amis”, afin de s’assurer que son concitoyen innocent revête un pyjama orange, au cas où il “reviendrait à la maison”. En Février, son gouvernement a écrit un “Amendement Wikileaks” au traité d’extradition entre les Etats-Unis et l’Australie, qui rend la vie plus facile pour ses “potes” de mettre la main sur lui. Elle leur a même placé le pouvoir d’approuver au dessus des recherches pour la liberté de l’information, de façon à ce qu’on puisse mentir au monde, comme cela est devenu l’habitude.

Qu’allez-vous faire à ce propos ?

2ème tour présidentielles 2012… L’abstention est le seul choix politique cohérent ! Boycott du cirque électoral et bâtissons le contre-pouvoir !

Posté dans actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire avec des tags , , , , , , , , , , le mai 1, 2012 par Résistance 71

 

La seule forme de pouvoir cohérent ne peut-être que sa dilution dans le peuple… à tout jamais !

Halte à la supercherie de la délégation de pouvoir ! Voter c’est abdiquer !

– Résistance 71 –

 

Mon choix le 6 mai 2012

 

par Jean Lévy (Comité Valmy)

 

Le 1er Mai 2012,

 

Url de l’article original:


http://www.comite-valmy.org/spip.php?article2447

 

Le moment est venu de préciser mon vote au second tour de l’élection présidentielle.

Je me prononce la veille des défilés du 1er Mai, et deux jours avant le débat télévisé des deux candidats.

Pourquoi ?

Pour que ces évènements ne viennent pas polluer mes réflexions par la réaction épidermique qu’ils pourraient engendrer. Car, mon vote ne doit pas être un vote de circonstance.

Je m’abstiendrai dimanche prochain.

J’ai la conviction que nous sommes dans un climat proche de celui de 2002, où, nous disait-on, il faut voter CHIRAC face à la menace LE PEN. Or, hier comme aujourd’hui, il n’y a pas dedanger d’extrême-droite. SARKOZY n’a aucune chance le 6 mai.

Les chiffres du premier tour parlent d’eux-mêmes : l’actuel président devrait pratiquement doubler ses voix pour être élu. Ce qui signifie obtenir l’ensemble des voix obtenues par Marine Le Pen, et en plus la quasi-totalité de celles de François Bayrou. Or, très nombreux sont les électeurs du Front National, qui ont voulu par leurs suffrages, signifier le rejet de Nicolas Sarkozy. Et la candidate du FN va, le Premier Mai, accentuer son opposition franche à Sarkozy, car la défaite de celui-ci s’inscrit dans sa perspective politique : substituer son mouvement à l’UMP pour imposer une restructuration de la droite.

D’autre part, en dehors des chiffres et des calculs électoraux, le rejet physique de la personne de Nicolas Sarkozy est un des ressorts de cette élection présidentielle. Ce ne sont pas les invectives et les violences verbales du locataire de l’Elysée, qui vont modifier la donne. Au contraire. La divulgation des scandales, dans lesquels il est directement visé, montrent que son sort est scellé, y compris par nombre de ses soutiens.

La prudence du Medef à cet égard est éloquente.

Mais une crainte des milieux politiques réside dans l’ampleur de l’abstention probable. Celle-ci serait bien plus importante qu’au premier tour, ce qui serait une « première » pour un second tour d’une élection présidentielle. Aussi, il n’est pas exclu, pour promouvoir un faux suspense, que les instituts de sondages laissent entendre que « la courbe des pourcentages tende à s’inverser ».

Effet de frayeur garantie à gauche.

Et vite aller voter, quitte à « se boucher le nez » pour François Hollande. Celui-ci cherche à rassembler la plus large majorité possible pour s’en prévaloir en tant que « blanc seing » donné par le peuple français à sa future politique. Or, au contraire, une très large abstention réduirait sa base électorale et rendrait plus difficiles ses marges de manœuvre.

Donc, et aussi pour cet objectif, je m’abstiendrai le 6 mai.

Mais il y a des raisons plus fondamentales à mon refus de vote.

Le 7 mai, Hollande élu et Nicolas Sarkozy éjecté, demeurera en place l’essentiel : l’oligarchie qui a pris la France en otage depuis des décennies, et l’a placée en résidence surveillée dans la prison européenne. Et chacun sait que François Hollande est un « européen convaincu ». Il vient d’ailleurs de déclarer qu’il œuvre à la « défaite des souverainistes ». Donc, la politique imposée par Bruxelles, et surtout Berlin, se poursuivra. L’austérité rose fera place à l’austérité bleue.

Pour le malheur des Français.

A la satisfaction d’un soir d’élection succédera la colère des électeurs trompés sur la marchandise. Pour la grande joie de Marine Le Pen, qui attend ce moment-là. Alors, oui, il y aura un danger véritable. Mais il sera bien tard pour redresser la barre.

En clair, voter Hollande pour chasser Sarkozy, c’est un marché de dupe, à l’égal du « choix » de 1933, en Allemagne : « votez Hindenburg, pour éviter Hitler ». On sait ce qu’il advint.

Cette leçon, dit-on, vaut bien un fromage…de Hollande

*Jean Lévy est membre de la direction du Comité Valmy qui collectivement, ne se prononce ni pour l’un ni pour l’autre, des deux candidats de l’oligarchie financière euro atlantique et occidentaliste.


http://canempechepasnicolas.over-blog.com/

Illusion démocratique: Le grand cirque électoral ou…

Posté dans actualité, démocratie participative, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire avec des tags , , , , , , , , , , , le mai 1, 2012 par Résistance 71

Flashback # 2: Après un retour avant les élections de 2002, ici un retour sur avant les élections de 2007… Pourquoi les deux textes présentés sonnent-ils toujours juste en 2012 ? (comme la plupart des textes que nous avons reproduits dans notre rubrique "Illusion démocratique")… Parce qu’au fond, rien ne change jamais. Tout n’est que cosmétique, poudre aux yeux, fadaises et grand-guignolerie…

Il n’y a pas de solutions au sein du système ! Boycott de l’élection quelle qu’elle soit, et retour à la case solidarité pour bâtir le contre-pouvoir autogestionnaire.

Elections partout, démocratie nulle part… C’est bien connu !

– Résistance 71 –

 

Les élections, expression achevée du nihilisme contemporain

CNT-AIT

 

mercredi 18 avril 2007 


 

url de l’article original:


http://cnt-ait.info/article.php3?id_article=1386

 

 

 

Extrait de « Négatif », Bulletin irrégulier – Février 2007- n°8.

"La plus grande partie l’emporte toujours sur la meilleure ainsi que le dit Tite-Live en parlant des Carthaginois.", Rabelais, Pantagruel, Chapitre 10.

Précédées d’une préparation d’artillerie médiatique qui s’étale désormais sur des mois, voire des années, les élections, dans leur version présidentielle d’abord, législative ensuite, sont le clou du spectacle d’un régime que ses thuriféraires nomment « La Démocratie ». En France, depuis le début de la Cinquième République, pour ne pas remonter au-delà, les électeurs se sont déjà déplacés sept fois pour des présidentielles, douze fois pour des législatives. Ils le feront donc respectivement une huitième et une treizième fois au printemps 2007. Ce bel acharnement, derrière lequel il est aisé de distinguer l’intention de saisir les rares occasions qui leur sont officiellement offertes de se faire entendre, dans les limites permises, espoir évidemment toujours déçu, ne parvient pas à masquer un changement qui a commencé à devenir sensible vers le tournant des années 80. Auparavant, hormis lors de la période de mai-juin 1968, qui avait vu momentanément renaître en France la possibilité d’une transformation révolutionnaire, la plupart de ceux qui croyaient à l’avènement d’une société répondant mieux à leurs aspirations avaient encore confiance dans la routine électorale. Les partis de gauche, plutôt que d’inspirer une absolue confiance, engrangeaient les bénéfices d’un espoir qui avait rarement su imaginer d’autres voies. Bref, le réformisme, qui était alors synonyme d’avancées sociales, alors qu’aujourd’hui lesdites réformes sont autant de régressions sociales, faisait encore recette. Les électeurs d’alors, en glissant leur bulletin dans l’urne, imaginaient faire un pas vers un monde qui serait plus juste, plus vivable, plus humain en somme. Dans les rangs des partis de gauche, on savait tirer profit de ces aspirations, si bien que l’on entendait encore parfois quelque « enragé » en costume trois pièces parler de rupture avec le capitalisme, de société socialiste, de lendemains qui chanteraient. L’existence, à l’Est, de pays dits communistes suffisait à combler les plus de 20% d’électeurs qui accordaient régulièrement leurs voix au Parti Communiste. Pour les autres électeurs de gauche, plus circonspects sur le bilan « globalement positif » de ces États et qui critiquaient avant tout l’absence de démocratie dans les « démocraties populaires », l’existence de ce qu’ils avaient cependant la faiblesse de considérer comme une réalité extérieure au capitalisme permettait d’en envisager une autre, dégagée des aspect repoussants du stalinisme. L’expérience du Printemps de Prague en 1968, par exemple, encore fraîche dans les mémoires, certes vite écrasée par l’intervention des chars du Pacte de Varsovie, accréditait l’idée que pouvait naître un socialisme « à visage humain ». Le Programme commun de gouvernement, signé en 1972 par le Parti Socialiste, le Parti Communiste français et les Radicaux de gauche, rompu en 1977, fut certainement la dernière baudruche électorale d’une certaine ampleur sur laquelle les électeurs de gauche fondèrent leur espoir de transition vers une société construite sur d’autres bases. Lorsque la gauche arriva au pouvoir en 1981, après l’élection de Mitterrand, ce fut très vite, au bout de deux ans, le début de la fin des dernières illusions.

Vingt-cinq ans après, les électeurs continuent de se déplacer pratiquement aussi nombreux, mais la situation générale a pris une tournure fort différente. La gauche, après avoir exercé le pouvoir durant une quinzaine d’années, a définitivement épuisé auprès d’eux son crédit en tant que force de transformation sociale. Ces vingt-cinq années ont été marquées par une régression sociale extraordinaire, et il est à craindre que nous ne soyons encore loin du fond. Les acquis considérés comme définitifs (accès aux soins, au logement, à l’éducation, bref à une espèce de seuil minimum de survie acceptable) par ceux qui, pour avoir vécu les années de croissance exceptionnelles consécutives à la Seconde Guerre mondiale, pensaient pouvoir s’accommoder des conditions qui leur étaient faites, sont en phase de pulvérisation. De surcroît, la chute du mur de Berlin suivie par l’effondrement de la plus fameuse imposture du XXe siècle, les régimes dits communistes de l’Europe de l’Est, présentés comme seule alternative au monde capitaliste alors qu’il n’en étaient tout au plus qu’une version locale et provisoire, devenue au fil des années moins attrayante, n’a pas manquée d’être utilisée comme la preuve irréfutable qu’il ne pouvait exister sur notre planète qu’un seul système : celui du règne de la marchandise, de l’argent auquel tout se réduit, bref du capitalisme, assimilé à cet aboutissement que les trompettes de l’histoire doivent célébrer sans fin et comme fin : « La Démocratie ». Cette dernière a pu compter sur le soutien sans faille de la plupart des « intellectuels », dont de nombreux repentis du gauchisme, et l’on entend même aujourd’hui, dans les médias, un professeur en « hédonisme » pousser des cris d’Onfray pour affirmer le caractère indépassable du capitalisme, à condition qu’il se débarrasse de ses oripeaux libéraux.

On peut se demander ce que cette fameuse « Démocratie » a à voir avec la démocratie qui pourrait être, et qui signifierait la libre construction de leur vie et de leur société par des individus enfin débarrassés de la gangue idéologique spectaculaire et de la misère du temps. La langue spectaculaire est friande d’oxymores, figures de style réunissant en une formule une réalité et son contraire, parce qu’ils facilitent le brouillage des pistes. Si elle n’a pas inventé l’expression, elle a à coup sûr mis au point le concept paradoxal de « Démocratie » immuable, indiscutable, sans dynamique, sans vie. Le mot « Démocratie » est désormais l’un des exemples les plus frappants de la perversion du langage, celle qui rend impossible l’expression vraie, celle qui rend infréquentable un nombre de mots de plus en plus grand. Dans le monde de 1984, ce que George Orwell appelait le novlangue permettait des nouveautés telles que « La guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force ». Dans le monde d’aujourd’hui, que l’on peut hésiter à revendiquer comme le nôtre tant il nous est étranger, assurément, « La Démocratie, c’est la domination ».

Pas plus que de la « Démocratie » on ne peut aujourd’hui se permettre de discuter le caractère sacro-saint de l’éconocratie, à savoir le développement délirant de la sphère autonome de l’économie, cette folle entreprise qui est en train de laminer l’homme et son milieu de vie, la première n’étant finalement que le masque de la seconde et sa justification permanente. L’écono-démocratie n’est autre qu’une nouvelle forme de totalitarisme, totalitarisme « soft » si l’on veut, l’exercice de la domination ayant pendant quelques décennies revêtu cette forme qui ne contraint pas les pouvoirs à exercer une violence trop voyante, trop systématique. En fait, il semble que depuis quelques années cette phase touche à sa fin, pour des raisons qui tiennent sans doute au décalage croissant entre le discours que ce monde tient sur lui-même et la réalité qu’il offre. Et l’on assiste ainsi à un renforcement accéléré de la surveillance policière et au développement oppressant des moyens de contrôle techno-assistés (vidéo surveillance, nanotechnologies, fichiers génétiques, etc.). Le caractère encore « soft », mais de moins en moins, de ce totalitarisme, c’est-à-dire de ce monde privé d’ailleurs, dont on ne peut désormais plus s’extraire, avec à sa tête des pouvoirs s’immisçant toujours un peu plus dans les moindres recoins de la vie des êtres, n’est cependant garanti que par l’adhésion de la grande majorité des gens à l’idéologie et au mode de vie dominants, entraînée en cela par la propagande organisée par la publicité et les médias notamment. Le nihilisme est à la fois la conséquence et la condition du triomphe de l’écono-démocratie.

Le nihilisme contemporain n’est rien d’autre que le renoncement à l’idée que l’Ordre existant peut être modifié, bouleversé. Même si les conditions de vie qu’il impose ne sont pas reconnues comme idéales, l’idée selon laquelle les intérêts des individus seraient décidément trop étrangers pour qu’ils puissent construire ensemble une société digne de ce nom est en passe de triompher. Le nihilisme contemporain, c’est précisément cet abandon de soi au profit de forces jugées supérieures, qu’elle soient étatiques, technocratiques, économiques, et à ce titre considérées comme plus à même de régenter les vies. C’est la fin des idéaux de justice, de liberté, d’égalité. C’est l’atomisation sociale, la réduction de chacun au rôle de consommateur hyperpassif, c’est l’effondrement culturel et humain. C’est l’apologie faite depuis une vingtaine d’années déjà, de l’« ère du vide », de ce fameux hédonisme qui n’est autre que la capacité à jouir de ces restes sur lesquels il faudrait s’extasier, ces lambeaux d’humanité, ces lambeaux de nature, ou alors ces objets, tellement puissants et qui nous flattent, ces prothèses, ces béquilles, triste aboutissement de dizaines de milliers d’années d’évolution, et qui font, de si grotesque manière, briller, par simple reflet, des yeux qui en leur absence sont éteints. Les élections ne sont jamais qu’un moment de plus forte intensité, le point de fixation spectaculaire du nihilisme ordinaire. Du côté des candidats cela se traduit, à un degré de concentration d’autant plus fort qu’ils font partie des deux favoris pour la qualification en finale, par une symétrie digne d’un jardin à la française des propositions de chacun. Celles-ci ne concernent bien entendu jamais les aspects essentiels de la vie des gens, car il est entendu qu’il n’est pas question de remettre en cause les choix fondamentaux effectués par d’autres, qui ne font eux-mêmes qu’entériner le mouvement des choses tant qu’il leur profite. A un point tel que nos champions sont obligés de mettre en scène leurs différences, un peu comme si Dolly, la trop célèbre brebis clonée, s’était teint la laine en rouge fluo pour se différencier de sa mère, ou de sa sœur, on ne sait trop, afin de prouver qu’elle était bien un individu, juste un individu. Du côté des électeurs, cela se traduit par une assez grande indifférence vis-à-vis des partis et de leurs big stars. Tout au plus jouent-ils aux élections comme on joue aux quilles, et les changements de majorité parlementaire ont été systématiques depuis 1978. Les élections sont devenues l’exutoire de la mélancolie générale, car on ne renonce pas aussi facilement à l’appel du large. Le nihilisme est subi avant d’être élu. Plus personne désormais n’attend rien, ne désire rien, et c’est ce rien qu’incarnent aujourd’hui les candidats. Ils ne disent rien, ils vendent. Ils sont la substantifique absence de moelle de toute une époque, celle de la domination marchande.

On pourrait objecter qu’il existe à la « gauche de la gauche », chez les « antilibéraux », à l’extrême gauche, des candidats qui proposent encore quelque chose de différent. Il est vrai qu’à les voir sauter sur place pieds joints et poings fermés, on pourrait être vaguement impressionné. Ils crient : « Partage des richesses », mais quelles richesses ? Celles produites dans les usines du capital, ou lors des transactions financières internationales ? Ils crient : « Partage du travail », mais quel travail ? Le travail salarié, le travail aliéné, celui que Marx dans les Manuscrits de 1844 décrit comme rendant « l’homme étranger à son propre corps, au monde extérieur aussi bien qu’à son essence spirituelle, à son essence humaine » ? Sans oublier qu’ils prétendent lutter contre la bourgeoisie en se plaçant sur son terrain, celui de la démocratie représentative, « La Démocratie », cette alchimie savante inventée pour transmuer le pouvoir souverain du peuple, avec l’assentiment de ce dernier, en gouvernement oligarchique chargé d’assurer la bonne circulation de la marchandise. A la gauche de la gauche comme partout ailleurs, le jeu électoral favorise l’apparition de « personnalités » aux dents longues cristallisant sur leur personne beaucoup plus que sur leurs idées (lesquelles ?) les petits et grands abandons de soi. C’est l’éternelle reproduction de la séparation, celle qui détache de l’homme l’essentiel de son humanité, abandonnée au profit de Dieu, de l’État, de ceux qui le servent et s’en servent, des idoles de même acabit. Loin d’avoir une signification démocratique, dans le sens d’une affirmation des capacités politiques de chacun, les élections, dans le carcan représentatif, n’ont jamais été qu’une confiscation. Elles jouaient le rôle de soupape tant que les électeurs voyaient en elles un moyen de transformer le monde. Le personnel politique ne peut maintenir aujourd’hui cette dernière illusion, contradictoire avec le « réalisme économique » dont, d’une seule et même voix, il s’est fait le chantre. Ce n’est plus qu’en vertu de la fausse conscience qu’il a du monde que se prononce l’électeur, monde dont il a nécessairement admis les postulats, en cédant au chantage des pantins politiques. Il choisit l’un ou l’autre en fonction de la dose de peur qu’on lui a inoculée, ou alors pour « éviter le pire », sans savoir exactement où il se situe. Par ailleurs, les périodes électorales correspondent à une sorte de fête de la parole dominante. Il y a certes longtemps que l’expression vraie n’a plus sa place. En réalité, elle n’a jamais réellement surgi dans l’histoire que dans les moments de révolte. Mais les périodes électorales sont encore plus nuisibles à l’expression vraie. Or ces périodes tendent à devenir permanentes. Le raccourcissement à cinq ans du mandat du Président de la République n’y est pas pour rien. Le jeu électoral se réduit à un spectacle de cirque destiné à monopoliser l’attention des citoyens-spectateurs de la même façon que le crédit coince le salarié qui n’aura plus les moyens de faire grève. Les élections pèsent sur la société comme un couvercle. Quel que soit l’Élu, nous n’échapperons pas à la société autoritaire que nous sentons se profiler depuis quelques années. La mort des rêves, qui a fait le lit du nihilisme, la disparition derrière un lointain horizon, entretenue par les idéologues du capital, d’une société qui ne soit plus centrée sur les impératifs économiques avec son cortège de replis, la montée de la peur et l’obsession sécuritaire laissent présager un futur inquiétant. Il est clair que nous sommes déjà entrés dans des temps où la dépossession s’accroît, ou l’autonomie individuelle, dans tous les domaines où elle était parvenue à subsister, tend à disparaître. Les élections sont la cérémonie rituelle, la commémoration d’une liberté qui fut parfois réelle, dans les interstices du temps, dans les failles de l’histoire. Elles n’ont jamais été le moment où les individus pouvaient prendre en main leur destin politique. C’est seulement sur le terrain social que l’on peut faire de la politique, au vrai sens du terme. La politique se fait là où l’on combat. Un espoir ne peut renaître qu’à partir du moment où sera démolie la séparation entre ce que l’on appelle aujourd’hui les « luttes revendicatives » et la politique, celle des politiciens, de leurs bureaucrates et autres experts. Le terrain social ne doit pas être abandonné à ceux qui en sont les spécialistes autoproclamés, ceux que l’État consulte pour « gérer les conflits », les « partenaires sociaux », à savoir les syndicats. Partout, les salariés, ceux qui ne le sont plus, ceux qui ont refusé de l’être, sur les lieux de travail ou ailleurs, doivent définir leurs propres objectifs sur des bases organisationnelles qu’ils maîtrisent totalement, afin d’éviter la misère sociale et culturelle ainsi que la catastrophe écologique qui nous guettent. Les simples combats défensifs sont voués à l’échec. Nous pouvons jeter les bases d’un monde autre, et nous ne sommes pas démunis pour cela. Les combats du passé proche ou lointain, dans leurs succès comme dans leurs erreurs, n’auront pas été vains…

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